Iridescence, sauve-moi Harlow
Chapitre 31 · — Fais attention avec le verglas, surtout…
— Fais attention avec le verglas, surtout ! Ils annoncent de la neige cette nuit, alors ça risque de beaucoup se rafraîchir.
— Promis !
Accoudée contre la carrosserie de la BMW d’Evon, je l’observe charger mon sac de voyage dans le coffre avant de le refermer. Lorsqu’il s’avance vers moi, il capture mes mains dans les siennes, les porte à ses lèvres et souffle pour les réchauffer.
— Si tu as le moindre problème, tu te gares et tu appelles David, il viendra te chercher !
— C’est bon, Bébé, arrête de flipper, je vais arriver à Charleston en un seul morceau et ta jolie voiture aussi.
— Je devrais peut-être t’accompagner…
— Tu as cette soirée avec tes potes et moi, j’ai une soirée pyjama prévue avec ma petite sœur !
Je me réfugie au creux de ses bras, dans la chaleur de son corps.
— Et si tu te pointes, elle va te faire la misère !
— J’ai plus peur des conditions météo que de ce mini-machin truc !
La pulpe de son pouce frôle mes lèvres avec douceur.
— Tu es prudente, OK ?
— Oui, tout ira bien.
— Et appelle-moi dès que tu arrives à Charleston.
— Je ne vais pas pousser ta voiture comme tu te plais à le faire, alors ne me harcèle pas de messages si je mets du temps à arriver.
— Ça marche !
Les mains sur ma nuque, il me contraint à basculer la tête en arrière, sa bouche rencontre la mienne dans une danse amoureuse. Un baiser tendre et doux qui sait attiser mes pulsions, mon envie de lui.
— Evon, murmuré-je contre ses lèvres. Je ne vais jamais m’en aller si tu me fais ça...
— Je ne fais que t’embrasser, s’amuse-t-il en revenant à la charge.
— Mais tu fais ça trop bien...
— Maintenant, monte en voiture, ma Brownie, me dit-il en me frictionnant les bras. Tu vas attraper froid et je doute que tu veuilles passer ce week-end fiévreuse et clouée au lit.
— Oui, tu as raison.
Il contourne la voiture et m’ouvre la portière. Je lui donne un dernier baiser avant de m’installer au volant.
— Sois sage, samedi soir.
— Tu n’as pas de souci à te faire !
Il m’enferme dans l’habitacle et s’accoude à la vitre baissée.
— Je t’ai mis une clef USB dans l’autoradio, histoire d’élargir ta culture musicale.
Je lève les yeux au ciel.
— Je crois que je peux m’attendre au pire avec toi.
Il passe la tête par l’ouverture et me vole un baiser.
— File maintenant, sinon tu vas rouler sous la neige.
— On se voit dimanche.
— Je t’attendrai nu dans notre lit.
— J’ai tellement hâte !
— Et moi donc !
Je tourne la clef de contact. Il tend le bras vers moi et caresse doucement mes cheveux.
— Fais attention à toi, ma Brownie.
— Je gère, t’inquiète !
Il m’offre un dernier sourire avant que je démarre et quitte le parking.
**
Les premières lueurs du jour s’infiltrent dans ma chambre pour me tirer de ma grasse matinée en ce samedi matin. Un petit coup d’œil sur la gauche m’apprend que ma petite sœur Maisie dort encore elle aussi. Hier soir, nous sommes montées dans ma chambre après avoir dîné avec David et nous avons passé la soirée à bavarder tout en nous goinfrant de bonbons et de crème glacée, et ce moment a été génial. Nos sujets de conversation ont été plus ou moins sérieux. J’ai été particulièrement heureuse lorsqu’elle m’a dit se sentir bien avec David, qu’elle commençait à l’apprécier. Enfin, l’espoir renaît pour nous. Je le vois en Evon, en cette relation père-fille que Maisie bâtit doucement avec David. Après toutes ces épreuves, il y a de meilleurs jours qui s’annoncent pour nous.
Voyant que ma petite sœur est profondément endormie, je décide de quitter la chambre à pas de souris et de me rendre à la cuisine pour prendre une bonne dose de caféine. Au rez-de-chaussée, je fonce la tête basse, les yeux rivés à l’écran de mon portable sur lequel je rédige un doux message à Evon que j’imagine encore endormi vu que je n’ai aucune nouvelle de lui depuis qu’il m’a annoncé qu’il se couchait, il était environ minuit. Un peu à l’aveugle, j’entre dans la cuisine et manque de faire tomber mon téléphone par terre quand :
— Bonjour, Harlow !
Je lève la tête au son de cette voix forte et assurée, et tomber nez à nez avec Levi finit de me réveiller.
— Levi ! Tu… euh… je ne savais pas que tu devais venir, bégayé-je figée sur le pas de la porte.
— Je suis arrivé très tard, cette nuit.
— Tu as dormi ici ?
— Exact ! Café ?
Je lui souris pour toute réponse et immédiatement, il enclenche la cafetière déjà prête à l’usage, à croire qu’il m’attendait.
— Et où est David ?
— Parti faire des courses ! Tu vas rester plantée là longtemps ?
Gênée par sa présence, par son humeur trop joviale, je m’avance jusqu’à la table de la cuisine en l’observant du coin de l’œil. Il me rejoint, une tasse à la main.
— Et voilà, un café noir sans sucre pour la demoiselle !
Mais à quoi il joue, là ?!
— Tu es…
Je me racle la gorge.
— … bizarre…
Il rigole franchement avant de se placer face à moi.
— Bizarre, tiens donc !
— Oui, t’es sûr que ton coach ne met rien dans ton eau quand tu t’entraînes.
— On ne peut jamais être sûr de rien, ricane-t-il.
La main dans ses cheveux, il soupire.
— Je crois que la fatigue joue un peu sur mes nerfs. Je n’ai pas dormi plus de trois heures.
— Tu devrais aller te recoucher. Le lit de Maisie est libre, si tu veux !
— Non, c’est bon ! J’ai envie de profiter de ma journée ici avec vous.
— Oh… Tu vas rester tout le week-end ?
— Ça te gêne ?
NAN !!! Bien sûr que non !!! Un week-end avec mon ex sans que mon petit ami actuel soit au courant, pas de problème !!!
— Tu es chez toi, je crois…
— Donc, ça te gêne !
Je plonge en direction de ma tasse.
— Tu fais ce que tu veux, Levi.
— J’ai été surpris quand papa m’a dit qu’Evon n’était pas là, j’ai vu sa voiture dehors.
— Il me l’a prêtée.
— Sa précieuse BMW, rit-il. Eh bien, on n’arrête pas le changement…
J’avale une gorgée de mon café, de plus en plus mal à l’aise de faire la conversation avec lui.
— On ne s’est pas revus depuis l’autre soir dans ta chambre. J’ai eu envie de venir te voir sur le campus pour bavarder, mais avec Evon dans les parages, c’est loin d’être simple.
— Je comprends qu’il n’aime pas l’idée qu’on se voit tous les deux. Avec notre passé…
— Je doute que ce soit vraiment notre passé qui le dérange le plus.
Qu’est-ce qu’il entend par là ?
— Toujours est-il, je voulais te faire savoir que j’ai parlé avec Leah. Elle n’a pas nié ce qui s’est passé.
— Encore heureux ! répliqué-je du tac au tac.
— H, je pensais ce que je disais. Je peux accepter qu’il y ait des tensions entre vous compte tenu de la situation, mais jamais je n’accepterai que ça aille si loin de son fait ou du tien.
— Sauf que pour ma part, je me fiche bien de Leah…
Il lève les mains en l’air.
— Je sais, H, je sais ! J’ai ouvert les yeux sur beaucoup de choses depuis qu’on est venu me répéter ce qui s’est produit ce soir-là.
— Qui te l’a dit d’ailleurs ? Je n’en ai parlé à personne.
Il arque un sourcil genre « t’es sûre de ce que tu avances ».
— Je n’ai rien dit à Evon, il l’a compris en me voyant en présence de Leah.
— C’est une des filles qui était là qui m’a avoué ce qu’elle avait fait avec Leah. Elle s’en voulait vraiment.
Elle peut après m’avoir rouée de coups.
— OK !
— H, me dit-il en posant sa main sur mon poignet. Je suis vraiment désolé de ce qu’elle t’a fait.
Encore une fois, je me dérobe à son regard insistant, son comportement me laisse perplexe quant à ses intentions.
— Je… ce n’est pas grave. C’est du passé.
— Si, ça l’est ! Tellement grave que je ne pouvais pas rester avec quelqu’un que je connais si mal…
— Tu l’as quittée ? l’interrogé-je, bouche bée.
— Oui, et c’est bien mieux comme ça ! Tout est plus simple maintenant ! Et je regrette de ne pas t’avoir plus écoutée quand tu as tenté de me parler. On a discuté de Georgetown, de tout ce qu’elle t’a fait endurer au lycée. Quand je repense à toutes ces fois où tu es venue en me suppliant de t’écouter et où je t’ai ignorée.
Il cherche mon regard et s’y plonge lorsque je lève les yeux vers lui.
— Quand je t’ai vue au lycée, le jour de la rentrée, j’ai cru que ma tête allait exploser. Je n’avais jamais envisagé que tu puisses revenir, et te trouver là, ça m’a retourné les tripes. Je savais que tu allais découvrir que j’étais avec Leah, mais il y avait des choses bien plus graves que tu allais finir par apprendre et je…
Il se frotte lentement le visage en soufflant.
— Je me suis détaché de toi parce que j’avais trop morflé. Ma vie reprenait un cours normal alors je voulais plus que tout oublier les mois difficiles que je venais de passer avec ma mère. Je t’ai laissé tomber, je l’admets. Mais ne va pas imaginer que je n’ai rien ressenti en songeant à toi.
Je suis sur le point de lui dire que même si je peux comprendre, ça n’excuse pas tout, mais Maisie entre à ce moment-là et interrompt notre conversation. Je ne perds pas une seconde pour me lever et embrasser ma sœur avant de m’affairer à lui préparer son petit-déjeuner, heureuse de m’être débarrassée de cette situation gênante. Cela dit, j’ai un autre problème que Levi et son mea-culpa. Faut-il que je prévienne Evon que Levi est là, qu’il passe le week-end ici ? S’il l’apprend, il ne lui faudra pas plus de deux heures pour débarquer, c’est certain !
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