Iridescence, sauve-moi Harlow
Chapitre 5 · C’est au premier que je retrouve ma…
C’est au premier que je retrouve ma petite furie, cachée dans sa chambre. Assisse sur son lit, la mine renfrognée, elle boude. Tout en marchant jusqu’à elle, j’observe les environs et trouver ses murs couverts de posters, de photos de moi, de notre mère me soulage autant que ça me fait souffrir. Ma sœur prend ses marques dans cette seconde vie avec son père et j’en suis heureuse pour elle, même si ça implique que rien ne sera plus comme avant. Je dois apprendre à me contenter de ce que nous avons, de notre vie en l’état, pourtant je suis si nostalgique de notre famille, du bonheur – certainement apparent – qui y régnait.
Je m’installe à sa droite et passe doucement ma main dans sa chevelure blonde comme les blés (une couleur identique à celle de David et Levi...).
— Maisie, tu ne peux pas être furieuse après Levi et David, lui dis-je le plus posément possible. Ce n’est bon pour personne de garder tant de colère au fond du cœur...
— Pourtant, c’est comme ça que je suis ; toujours en colère ! En colère après papa de nous avoir laissées, après maman d’être tombée malade, après David de se prendre pour quelqu’un qu’il n’est pas. J’ai un seul papa et même s’il est parti, il l’est toujours. Et Levi, il t’a abandonnée, il t’a laissée pour cette idiote !
Elle essuie ses petites joues trempées à l’aide de son gros pull en laine. M’allongeant à ses côtés, je la prends dans mes bras. Elle me laisse l’étreindre.
— Je sais, mon cœur. Parfois, moi aussi, je suis très en colère, mais je refuse de la laisser dicter ma conduite. Papa était trop malheureux pour rester et même si j’ai mal, je veux lui pardonner, car je ne peux pas imaginer ce qu’il a éprouvé lorsqu’il a découvert la vérité.
Pourtant, Maisie et moi n’avions rien fait... Est-ce que nous ne méritions pas qu’il reste malgré tout ?
— Maman s’est battue comme elle pouvait pour rester auprès de nous, et tu le sais. Mais il y a des combats que nous ne pouvons pas remporter. Je sais qu’elle a fait de son mieux. Quant à David, crois-moi, je comprends que ce soit dur pour toi d’admettre qu’il est ton père, mais s’il n’était pas là, nous aurions été séparées. Grâce à lui, parce qu’il a tout fait pour que ça n’arrive pas, nous pouvons être l’une avec l’autre...
— Tu parles ! Tu ne vis même pas ici !
— Et c’est moi la responsable ! Si je n’avais pas fait ces bêtises, j’aurais pu m’occuper de toi, demander ta tutelle et nous aurions pu vivre toutes les deux. À cause de ce que j’ai fait, je ne peux pas décider pour moi et encore moins pour toi.
Elle lève ses grands yeux verts dans ma direction.
— Je ne t’en veux pas, tu sais, me rassure-t-elle. Tu avais trop de chagrin... après maman... après Levi...
Elle croise ses petits bras, son regard devient plus sévère.
— Tout ça, c’est de sa faute !!!
— Maisie...
— La faute de qui ?
Un coup d’œil vers la porte nous indique que l’intéressé vient de faire son apparition sur le seuil.
— La tienne, tiens !!! lui répond-elle comme si ça coulait de source.
Il inspire profondément et jette un regard froid sur moi.
Hé ! Je n’ai rien dit, moi !
Il entre et s’assied sur le fauteuil qui fait face à la coiffeuse de Maisie.
— Qu’est-ce que tu me reproches, précisément ?
— Tu as fait du mal à ma sœur, gros nul !
Je m’apprête à protester, mais Levi ne m’en laisse pas le temps.
— Maisie, tu es encore petite pour comprendre ce qui s’est passé...
— Trop petite ?! s’agace-t-elle.
C’est vrai que c’est un gros nul, il est incapable de s’adresser à elle sans la heurter...
— Je sais que tu l’as laissé tomber pour Leah, c’est tout ce qu’il y a à comprendre !
— On ne choisit pas de ne plus aimer une personne et de tomber amoureux de quelqu’un d’autre...
Allez, H, mange-toi ça dans la gueule !!!
Naturellement, mes doigts retrouvent l’élastique à mon poignet. Le simple fait de le sentir détourne mon attention des paroles de Levi, me permet de contrôler mes émotions.
— Pff... tomber amoureux d’une fille aussi méchante. Ça va pas bien dans ta tête !
— Là encore, ce sont des histoires dont tu n’as pas à te mêler...
— Elle insulte ma mère, ma sœur !!! Tu devrais défendre H, mais tu la laisses faire ! Tu es aussi méchant qu’elle !
Levi passe lentement ses mains le long de son visage.
— Je t’ai promis qu’elle ne le fera plus...
— Tes promesses ne valent rien ! Tu avais promis de toujours veiller sur Harlow, que tu serais toujours son ange gardien et tu ne l’as pas fait. Tu peux te les garder tes promesses, je te crois plus !!!
— C’est pas vrai, soupire-t-il en se pinçant l’arête du nez.
Il se lève et, les mains plongées dans les poches de son jean, il fait quelques pas dans la chambre. Puis, il se tourne vers Maisie.
— Je vais faire attention à elle sur le campus.
Ma sœur ouvre la bouche, prête à riposter, mais Levi tend la main pour lui réclamer le silence, elle se ravise.
— Je veux tenter de regagner ta confiance, Mai’, mais pour ça, il faut aussi que tu me laisses une chance de faire mes preuves.
Elle acquiesce d’un hochement de tête.
— Leah ne fera plus rien contre H, je t’en donne ma parole. Quand nous sommes sur le campus, je garde un œil sur elle.
Il s’approche et s’accroupit près d’elle. Il prend ses petits doigts dans sa paume.
— H et moi, nous ne pouvons plus être ce que nous étions par le passé, nous ne pouvons pas vraiment être amis, mais tu es ma petite sœur et même quand tu es en colère après moi, je t’aime très fort. Pour te le prouver, je vais m’assurer qu’elle aille bien quand elle est loin de toi. D’accord ?
Convaincue par les dires de son frère, Maisie se jette à son cou et lui offre un câlin sincère.
— C’est pas vrai ce que j’ai dit tout à l’heure, tu sais ! Je ne te déteste pas, lui avoue-t-elle.
— Je sais que tu as beaucoup de peine, que les choses ne sont pas simples pour toi, lui explique-t-il en la serrant dans ses bras. Je t’aime, Mini-Mai’ et je te demande pardon de t’avoir déçue.
— Moi aussi, je t’aime !
Je devrais sûrement me réjouir de les voir se réconcilier tous les deux. J’ai conscience que c’est ce qu’il y a de mieux pour tout le monde, pour Maisie surtout, pourtant je suis pleine d’amertume quand je les observe ensemble. Tout est tellement facile pour lui ! Il m’a tourné le dos au moment de ma vie où j’ai eu le plus besoin de sa présence, de son soutien, et quand il a resurgi dans mon existence, c’est dans le rôle du frère de ma sœur, la seule personne qui me reste en ce monde. La famille Mendoza m’a tout pris, et même ma précieuse Maisie, je risque de la perdre.
Elle s’écarte de Levi pour le regarder dans les yeux.
— C’est vrai, tu feras attention à elle, tu jures ?
Levi me dévisage un bref instant, une seconde, pas plus...
— Oui, Mai’, je te jure de m’occuper d’Harlow.
... juste le temps nécessaire pour que je sache qu’il ment.
Elle se blottit de nouveau contre lui.
— De mon côté, j’ai aussi une faveur à te demander.
— Laquelle ?
— Mon père, commence-t-il avant de corriger : notre père fait tout ce qu’il peut pour rattraper ses erreurs. Lui aussi t’aime très fort et tu l’as blessé dans la cuisine. Je voudrais que tu fasses un effort envers lui. Il veut plus que tout que nous soyons une vraie famille. Alors, ça va prendre du temps et nous demander à tous de faire des concessions, mais c’est possible...
Une famille ?! Oui, c’est possible et c’est tout ce que mérite Maisie, mais soyons réaliste, quelle place il y a pour moi dans cette famille ?
— Je vais aller m’excuser, lui apprend-elle en sautant du lit.
— C’est une bonne idée...
Maisie disparaît sur le palier me laissant seule avec Levi. Il avance en direction de la porte et je me sens soulagée quand je crois qu’il va partir sans un mot pour moi, mais on a toujours le droit de rêver. Il se stoppe avant de faire volte-face dans ma direction.
— Tu sais ce que ça veut dire ?
Je fronce les yeux.
— Excuse-moi ?
— Fous la paix à Leah !
Nan, mais j’hallucine !
— Je n’ai rien fait...
Le voir se ruer sur moi, l’index pointé me coupe dans mon élan et mon courage s’évapore instantanément.
— Si tu arrivais à te mettre dans le crâne que nous deux c’est fini, on n’en serait pas là !
L’absurdité de sa remarque me laisse bouche bée.
— J’ai bien compris cette partie de l’histoire, Levi ! Ce sont les raisons qui t’ont poussé à me traiter plus bas que terre qui demeurent un mystère. Dix ans ! On s’est aimés pendant dix ans et pas une fois, tu as pris ma défense alors que tout le lycée me prenait à parti. Qu’est-ce que j’ai fait de si horrible pour mériter que tu me méprises autant ?
Impassible, il tourne les talons et sort.
Visiblement, ce n’est pas aujourd’hui que j’aurai la réponse à ma question...
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