Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 32 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 42 · La portière à peine claquée, Evon allume…

 

 

La portière à peine claquée, Evon allume le moteur et démarre en trombe dans l’allée, la mine toujours aussi grave. Retranchée sur mon siège, je ne sais plus quoi faire ou quoi dire pour l’aborder sans le voir s’emporter dans une colère noire. Je l’ai déjà vu faire avec Gavin et rien n’aurait pu le calmer. Craintive et démunie, je me risque à une œillade vers lui et voir ce visage de souffrance, de colère, me donne envie de pleurer. Voulant plus que tout le réconforter, le rassurer, je pose ma main sur sa cuisse et m’étire pour l’embrasser sur la joue.

— Je t’aime, mon amour, lui susurré-je à l’oreille, espérant apaiser son tourment.

Mais il n’en est rien, bien au contraire. Evon donne un coup de volant et stationne grossièrement sa voiture dans l’herbe qui longe l’allée, juste avant que nous passions le portail laissé ouvert. Il frappe le volant et sort comme une tornade. Je le vois disparaître dans le petit bosquet qui dissimule une ancienne cabane de jardin où nous jouions souvent petits. Je l’imite et me lance à sa poursuite.

— Evon, le hélé-je à travers les petits arbres. Bébé, je t’en prie, arrête de me fuir.

— Cinq minutes, putain Harlow, j’ai besoin de cinq foutues minutes, braille-t-il avant de ramasser un bâton et de le jeter au loin.

— Je suis désolée, mais non, je ne suis pas d’accord ! dis-je en me rebiffant.

Il me lance un regard noir avant de venir s’adosser contre la vieille cabane un peu délabrée. La tête enfoncée de ses épaules, il essaie de faire abstraction de ma présence, il m’ignore pendant qu’il rumine je ne sais trop quoi…

— Je veux que tu me parles, Evon, lui ordonné-je la posture assurée.

Me tenant droite devant lui, je n’ai pas l’intention de le laisser m’impressionner. Il doit me dire ce qu’il a sur le cœur.

— Ce n’est pas comme ça que nous avons décidé de gérer notre couple. Tu ne peux pas m’ignorer !

Toujours occupé à regarder le sol sous ses pieds, il n’a aucune réaction. Je m’approche et essaie de lui faire lever les yeux vers moi, mais le bougre se débat.

— Ce n’est pas comme ça qu’on fonctionne, finis-je par m’énerver. On parle, on dit ce qui nous préoccupe, on laisse l’autre nous aider…

— Arrête, bon sang, s’impatiente-t-il en s’éloignant de moi.

— Ev’, je t’aime ! Je veux savoir ce qui se passe dans ta tête. Imagine ce que tu ressentirais si je me fermais à toi, si je te gardais à distance de mes sentiments.

Je viens m’enrouler autour de sa taille et laisse ma tête reposée contre son dos musclé, il ne me repousse pas.

— Je sais que c’est le bordel dans ta tête, qu’y mettre de l’ordre n’est pas toujours simple, mais je peux t’aider. J’ai passé un bon moment avec ta famille et ce n’est pas ce qui s’est passé dans le salon qui viendra ternir ce moment. On se moque d’elle…

Il se défait de mon étreinte et avance de deux pas.

— Je n’aurais pas dû t’amener, finit-il par dire.

— Tu regrettes ?

— Je ne suis même pas foutu de te protéger, Brownie, avoue-t-il la voix vacillante.

Je cours vers lui et m’accroche à son avant-bras.

— Mais qu’est-ce que tu me racontes ? dis-je, choquée. Personne ne m’a jamais protégée comme toi !

— Je t’ai fait une promesse lorsque je t’ai demandé de m’accompagner ici et je ne l’ai pas tenue.

Je pose la paume de ma main sur sa joue et l’attire vers moi.

— C’est contre toi que tu es furieux ?

— J’ai été négligent, et elle a eu l’occasion de s’en prendre à toi. Je n’étais pas là.

— Tu te trompes, je t’assure. Tu es toujours avec moi, mon amour, même quand tu n’es pas là. N’est-ce pas ce que tu viens de faire au cours des dernières années : être là pour moi sans être à mes côtés ? Depuis le premier jour où tu es revenu dans ma vie, tu as tout fait pour que je m’endurcisse, que je prenne confiance en moi. Tu m’as aussi ouvert les yeux sur cette relation entre ma mère et David, mais surtout sur le fait que je ne devais pas me culpabiliser de ça. Grâce à toi, je suis plus forte, plus assurée, voilà pourquoi ta mère ne m’a pas blessée, que ces paroles perfides n’ont fait que m’effleurer. Voilà pourquoi j’ai pu lui dire d’aller se faire voir !

Il inspire et expire lentement, profondément avant de prendre mon visage dans ses mains. Il se penche jusqu’à me réchauffer de son souffle.

— Il t’aime, Harlow.

Je tente un pas en arrière refusant d’en écouter davantage, mais sa prise se raffermit.

— Je connais Levi, et je sais quand il est faux et quand il ne l’est pas. H, il est sincère !

Je sens des larmes glacées, amères, rouler sur ma peau.

— Il a compris la douleur de vivre sans toi et il veut pouvoir te prouver son amour…

Je serre les poings et commence à le frapper.

— Tu ne crois pas en moi, Evon, pleuré-je. Tu ne crois pas que je t’aime.

— Je… j’essaie de ne pas penser qu’à moi. Tu ne me dois rien, Harlow, je te l’ai dit, tu es libre. C’est ta vie…

— Ma vie, crié-je en pleurant.

J’abats mes poings sur son torse avec toute la frustration que ses mots, ses doutes éveillent en moi. J’y mets tellement de force qu’il recule.

— Ma vie, c’est toi, espèce de con, crié-je encore. Comment oses-tu ?

Désemparé, honteux, il se renfrogne dans son coin. À l’aide de la manche de mon manteau, j’essuie rageusement ma figure avant de plonger la main dans le tas de feuilles qui jonchent le sol et de les lui jeter.

— Salaud, bramé-je. Tu n’es qu’un salaud !

Prise d’une envie de le frapper aussi violemment qu’il me fait mal en doutant de moi, je me rue sur lui, les poings levés, mais Evon me saisit par les épaules et me ramène dans ses bras si fermement que nos corps s’entrechoquent. Nos bouches se rencontrent de la même manière.

— Je t’interdis de douter de moi, grondé-je dans sa bouche avant de m’agripper à sa tignasse et de tirer dessus. Ne doute jamais !

Lorsque ses mains m’empoignent, c’est sous ma jupe qu’elles prennent prise. Il me soulève avant de me plaquer contre le mur de la cabane. Je m’introduis entre nous et tire sur le bouton de son pantalon avant de m’emparer de son sexe. Je le guide entre mes cuisses.

— On ne peut pas, Harlow, bafouille-t-il dans ce baiser endiablé que nous partageons appuyés contre les lattes de bois de cette maisonnette un peu lugubre.

— Evon, viens, je t’en prie, imploré-je entre ses lèvres.

— J’ai pas…, essaie-t-il de s’exprimer malgré ma langue qui va et qui vient contre la sienne dans un rythme acharné. Bébé, mon manteau…

Je me fige contre lui.

— Je n’ai pas mon manteau, j’ai rien.

— On s’en fout, le rassuré-je en revenant à la charge.

— H, tu n’es pas prête à courir ce risque.

Je recule et l’observe en silence.

— Je sais ce que je suis prête à assumer, mais toi, le sais-tu ?

— J’essaie de me montrer responsable, de ne pas faire n’importe quoi pour toi, parce que je peux m’enfoncer en toi jusqu’à jouir et je n’ai pas peur de ce qui peut en découler. Tu es fâchée, OK ! Franchement, tu as le droit parce que je suis un gros con, c’est vrai, mais je sais ce que je veux de toi, de nous, Harlow et j’en ai tellement rêvé que tu ne devrais pas trop tenter le sort !

Prenant plus fermement appui sur ses épaules, je me réajuste dans ses bras et sans briser notre contact visuel, un véritable conflit que nous nous livrons dans ce seul regard, je m’empale sur son sexe. Tout en lui se crispe quand il me découvre si intimement. Je suis tout aussi chamboulée par la vague de sensations inédites que de le rencontrer ainsi fait naître en moi. Mais je lutte contre moi-même, contre lui, contre le plaisir. Je lutte pour ne pas céder la première. Comme deux bêtes sauvages en pleine nature, nous nous livrons à cet acte primaire dans une succession de coups de reins dépourvus de douceur. C’est une lutte que nous menons. Il attend, il résiste en pensant que je vais flancher, mais je n’en ai aucunement l’intention. Qu’importe ce que nous apportera demain, je suis prête ! À bout de souffle, à bout de forces, Evon cède dans un juron. Cacher dans mon cou, il rend les armes et se délecte de longues secondes de sa jouissance. Je ne sais pas si c’est de le sentir jouir ou le voir plier qui me fait basculer à mon tour, mais c’est redoutablement fort. Tellement que, comme souvent, je ne peux me retenir de crier mon plaisir quand l’orgasme me ravage.

Evon est encore contre moi quand je me détache de lui sans un baiser, sans un regard. Rien de ce que nous venons de partager n’atténue ma colère. Je réajuste ma jupe et prends la direction de la voiture. Evon ne tarde pas à m’emboîter le pas. Mais me retrouver nez à nez avec Levi à la sortie du bosquet me fait m’arrêter net. Evon, qui s’occupe de rattacher son pantalon, me percute.

— Levi, bégayé-je mal à l’aise qu’il ait pu nous voir ou nous entendre.

— Je… j’ai vu la voiture. Je voulais m’assurer que tout allait bien, s’explique-t-il sans parvenir à me regarder.

— Euh… oui, ça va...

Il fait volte-face.

— Je… j’y vais.

Je le regarde s’éloigner en me disant qu’il me fait de la peine, quand subitement, il revient vers nous et saute sur son frère si vite qu’Evon ne peut rien faire. Il reçoit un coup violent au visage.

— Levi, hurlé-je en me précipitant vers eux.

Evon chancelle avant de se redresser et de brandir les poings, prêt à riposter.

— Je vais te démolir, Levi, je te jure que…

Levi baisse sa garde.

— Me démolir ? rit-il comme un dément. Rassure-toi, tu viens de le faire !

Il tend son visage vers lui.

— Allez, cogne, Evon ! l’encourage-t-il en se frappant le torse. Tu ne peux rien me faire qui me fera davantage souffrir que de te taper ma nana !

— Ce n’est pas ta…

— Elle était à moi quand tu as commencé à la convoiter, le coupe Levi. J’étais ton petit frère et tu avais des vues sur ma copine.

Il se tourne vers moi.

— Tu veux savoir pourquoi je ne lui ai rien dit quand tu es revenue ?!

— Levi, arrête s’il te plaît !

— Parce qu’il a un problème ! Il me jalouse tellement qu’il n’a rien trouvé d’autre que d’avoir des sentiments pour toi, Harlow ! Ça a toujours été ainsi ! Alors, non, je ne vois pas d’amour sincère chez lui, mais simplement un mec avec un monstrueux complexe d’infériorité.

Il revient sur Evon qui l’observe de façon enragée.

— Finalement, tu as raison, on n’est pas frère toi et moi, mais la génétique n’y ait pour rien ! Tu nous as empêchés de le devenir, qu’importe qu’on ne partage pas le même ADN. Tu m’as toujours détesté ! Moi, je voulais juste qu’on soit amis, et tu m’as toujours fermé ton cœur ! Aujourd’hui, tu veux même me la prendre, elle !

Il fait un pas vers Evon. Je m’interpose, mais Levi se contente de le dévisager.

— Ce n’est pas Harlow que tu aimes, Ev’, simplement l’idée de me faire du mal ! Je t’ai vu faire avec maman, je t’ai vu te montrer impitoyable pour lui faire payer ces années où elle a été dure avec toi. Tu fais exactement pareil avec moi. Tu n’es pas amoureux d’elle…

Son bras s’enroule sur mes épaules, il m’embrasse dans les cheveux.

— Je t’aime, mon petit ange. Fais attention à toi, surtout.

Et il repart en me laissant totalement déconfite par ce qui vient de se produire. 

**

— Je maintiens qu’on aurait dû soigner ton arcade avant de repartir, répété-je une énième fois depuis que nous avons quitté Pawleys Island alors qu’Evon saignait abondamment.

— C’est bon, ça va ! gémit-il en replaçant un nouveau mouchoir contre la plaie.

— Il y a un hôpital à Charleston, on peut faire un détour.

— Putain, Harlow, je t’ai dit que ça allait, arrête de me gonfler !

J’immobilise la voiture à l’approche d’un feu de circulation.

— J’en ai marre de ton caractère, Mendoza ! Vous me faites tous profondément chier, d’ailleurs ! Bande de cinglés ! Si tu as un problème, bah prends ta caisse et tire-toi ! Je commence à en avoir ma dose de vos conneries.

Je redémarre.

— Moi, je t’aime, H… Non, moi je t’aime plus… Non, c’était moi le premier… Non, mais c’est moi le plus beau… Non, mais c’est moi qui ai la plus grosse, dis-je en parodiant. Vous me prenez pour qui, au juste ? Un putain d’arbitre ! Finalement, vous devriez peut-être vous taper dessus une bonne fois pour toutes. Vu que vous n’êtes pas foutus de vous parler et encore moins de vous ignorer, il ne reste plus que ça !

— Moi, je t’aime, lui c’est un gamin capricieux qui n’est pas content d’avoir perdu son jouet, je suis le plus beau et j’ai la plus grosse ! répond-il calmement en s’occupant de sa blessure.

Je l’observe du coin de l’œil avant d’être prise d’un fou rire. Celui-ci est le résultat de tout ce que je viens de ressentir au cours des dernières minutes, des émotions que je viens de vivre bien plus que de sa blague. 

— Quoi ?

— Tu es…, baragouiné-je dans mon coin. Tu m’emmerdes…

— Toi aussi, tu m’emmerdes.

— Bah tiens ! On n’en serait pas là si tu n’avais pas piqué ta crise chez ton grand-père. Non, on serait déjà presque à la maison !

— Non, mais c’est toi qui m’as sauté dessus pour t’offrir un petit plaisir en pleine nature. Et comme d’hab, t’es incapable de baisser le volume.

— Tu as douté de moi !

— Et toi, tu règles ça avec la baise ?! On va souvent s’engueuler, ma puce !

— Ne te défile pas derrière ton humour de merde. Tu étais prêt à me jeter dans les bras de Levi.

— Non, Harlow, je reconnais seulement ton intelligence et ta capacité à prendre des décisions pour toi-même. Vous avez eu une histoire, tu l’as aimé et s’il est prêt à tout pour te reconquérir, il n’est pas impossible que ça ne te laisse pas indifférente. Je ne veux pas que tu te sentes redevable de quoi que ce soit et que de ce fait, tu t’obliges à rester avec moi…

— Au moment où on se parle, oui je m’oblige, parce que là, tu m’énerves !

— J’ai eu peur, H ! Il était là à sortir tous ses « je l’aime depuis toujours… », et j’ai flippé.

— Il a raison, constaté-je en le scrutant en détail. Tu es jaloux.

— Non, bébé, je ne suis pas jaloux, mais la seule femme que j’ai aimée dans ma vie avant toi, c’est ma mère et elle, elle a choisi Levi. Ensuite, je suis tombé amoureux, et de qui ? De la nana qui aimait Levi. Je suis peut-être légèrement parano, c’est vrai, mais ça ne tombe pas de nulle part, non plus. Il y a des antécédents.

Je me radoucis.

— Et plutôt que de me dire les choses posément, me les expliquer de cette manière, tu me pousses presque vers lui.

— Je n’ai pas prétendu être parfait…

— Tu l’es presque tout le temps, pourtant. C’est dommage.

— Il faut bien ajouter un peu de piment.

Je ris.

— Oui, eh bien, la journée a été assez pimentée pour moi, je suis rincée.

— C’est l’aparté dans le bois qui t’a épuisée ? me taquine-t-il en prenant appui sur l’accoudoir.

— Ah non ! Ne me cherche pas avec ça…

— On peut en parler au moins ?

— J’étais furieuse !

— La colère ça a du bon, voire du très bon avec toi…

Je lui assène un coup de coude.

— Tais-toi, râlé-je sans conviction.

— Tu étais... stupéfiante !

J’étouffe un rire. Ses doigts se faufilent dans mes cheveux dénoués.

— Tu ne regrettes pas ? me demande-t-il, inquiet.

— Regretter quoi ? le questionné-je, l’air de rien.

— H…

— Evon…

Il câline ma joue en souriant.

— On a peut-être fait un bébé…

— Techniquement, il y a 20 % de chance que ce soit le cas.

— Et tu gères ces 20 % ?

— Bah, je pense que je gérerais mieux que Gavin, badiné-je. Il péterait un plomb si on revenait avec un bébé.

Il se marre contre mon épaule.

— Je t’aime, mon amour.

Je l’embrasse.

— Je le savais, murmuré-je en me reconcentrant sur la route.

— Tu savais quoi ?

— Que tu ne crois pas en mon amour pour toi. Tu veux y croire, mais tu n’en es pas pleinement convaincu.

Il s’apprête à parler, mais je pose ma main sur sa bouche.

— Je vais trouver, Ev’, lui dis-je sûre de moi. Je vais trouver comment te le prouver…

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