Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 26 sur 40

Pages du PDF

Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 33 · La sensation que je ressens tandis que…

 

 

La sensation que je ressens tandis que mes yeux essaient laborieusement de s’ouvrir est que j’ai froid. Forcément, je me suis endormie à même le dessus-de-lit après l’appel d’Evon. Perdue dans mes pensées, bercée par ce « Je t’aime » qui résonnait encore à mes oreilles, j’ai laissé la fatigue m’emporter sans prendre le temps de me glisser sous la couette. Un coup d’œil vers mon réveil m’indique qu’il est près de 3 heures du matin. Je me lève en ronchonnant et commence à tirer sur les draps quand :

— Putain, j’en ai marre de te voir tourner autour d’elle !!! hurle une voix étouffée.

Étouffée, certes, mais je n’ai aucun doute sur l’identité de son propriétaire. Ni une ni deux, je cours vers la porte de ma chambre en comprenant qu’il n’y a sûrement pas que le froid qui m’a réveillée.

J’ouvre et me rue vers la balustrade. Et tout ce que je craignais se produit, là, à quelques mètres de moi. Evon qui ne m’a jamais paru aussi imposant que ce soir à une main plaquée sur la gorge de son frère qu’il maintient contre le matelas du canapé déplié. Le poing levé, il est prêt à lui asséner un coup au visage.

— Evon !!! crié-je en dévalant les escaliers à toute vitesse.

— Ne t’approche plus jamais d’elle !!! braille-t-il sans même réaliser que je suis là. Elle n’est plus à toi, sale enfoiré !!!

— Lâche-moi, l’implore son frère d’une voix étranglée.

— Evon ! s’écrie la voix de David dans mon dos.

Lui aussi a dû être réveillé par tout ce grabuge.

— J’en ai marre que tu me prennes tout, Levi ! Je ne te laisserai pas faire cette fois ! Je ne serai pas le laissé-pour-compte dans cette histoire ! Tu m’as volé mon enfance, tu ne me prendras pas Harlow !

— Ce n’était pas de ma faute ! J’étais qu’un gosse, putain ! Je n’ai jamais voulu qu’elle agisse comme ça...

— La ferme, gronde Evon comme un avertissement.

J’accélère le pas pour tenter d’éviter cette catastrophe imminente, mais j’arrive trop tard ! Levi, qui se débat comme un lion pour se défaire de l’emprise de son frère, reçoit un coup de poing en plein visage.

— Arrête !!! m’égosillé-je en me jetant sur ses bras et en tirant dessus pour lui faire lâcher prise. Evon, je t’en supplie, arrête !!!

Tous les muscles de son corps sont tendus tandis qu’il réarme son bras.

— Bébé, lui dis-je plus calmement en posant une main sur sa joue pour le guider jusqu’à moi. Evon, je suis là.

Il se laisse faire et pose ses grands yeux bleus sur moi.

— Harlow, dit-il comme s’il venait de comprendre que j’étais à ses côtés. Tu es à moi, ma puce…

Je capture son visage aux traits torturés entre mes doigts.

— Bien sûr que je suis à toi, Bébé.

— Il te veut encore…

— Ce n’est pas important ça, Evon. Ce qui compte, c’est que tu saches que rien ni personne ne peut nous séparer. Ni lui ni aucun autre ne peut me détourner de toi. Tu le sais, n’est-ce pas ?

Il acquiesce avant de poser son front au creux de mon épaule, inspire longuement l’odeur de ma peau.

— Mon amour, tu es là !

— Oui, je suis là ! le rassuré-je en le prenant dans mes bras.

— C’est trop dur d’être séparé de toi. Jamais je ne me suis senti entier comme lorsque je suis auprès de toi. Je ne peux plus vivre en ressentant ce vide au fond de moi, et toi seule arrives à le combler.

— Et j’éprouve la même chose !

Je le force à se redresser. Il est sur le point de regarder vers son frère qui n’a pas bougé d’un centimètre, mais je l’en empêche.

— Bébé, je voudrais rentrer à la maison, maintenant.

— Je suis complètement bourré !

— Je sais, mais je vais nous conduire ! Viens avec moi, l’invité-je en le prenant par la main. Je vais chercher mes affaires là-haut, et on rentre chez nous.

Il me laisse le guider vers l’escalier. David complètement décomposé me regarde traîner son fils au premier. Lorsque je passe à sa hauteur, je pose gentiment ma main sur son avant-bras. Je peux lire dans son regard que voir ses fils se déchirer le détruit intérieurement.

— On rentre. Va t’occuper de Levi.

Il hoche la tête alors que des larmes de chagrin ruissellent sur ses joues.

— Je suis désolée.

— Je sais, ma petite Harlow.

Evon, qui n’a pas un regard pour son père, me pousse doucement vers l’escalier.

Nous montons dans ma chambre où je ne perds pas un instant pour rassembler mes habits et passer une tenue. Tout ce qui compte pour le moment est de conduire Evon loin d’ici, loin de Levi. Evon, la tête enfoncée dans les épaules, patiente sur le pas de la porte. Une fois prête, j’attrape mon bagage, mon sac de cours, les clefs de la voiture et Evon avant de retourner à l’étage inférieur. Le salon est vide quand nous descendons. David doit soigner Levi dans la cuisine. J’aimerais m’assurer qu’il n’a rien de grave, mais tant pis. J’ouvre la porte d’entrée et nous amène à la voiture. Evon s’installe sur le siège passager. Je démarre et quitte cet endroit au plus vite.

**

C’est dans l’obscurité la plus totale que la voiture d’Evon pénètre sur le campus de Caroline du Sud. Il est près de 5 heures du matin quand je la gare au pied de son bâtiment résidentiel. Mon copilote s’est montré très discret depuis notre départ de Charleston. De mon côté, entamer le dialogue m’a semblé une tâche titanesque. Entre ce qui s’est dit entre lui et son frère et le fait que j’appréhende sa colère, je suis muette comme une carpe. « Tu m’as volé mon enfance… » Pourquoi Evon pense que Levi lui a volé son enfance ? Comment Levi aurait pu faire une telle chose ? Et puis, je ne me leurre pas, trouver Levi endormi dans le canapé du salon l’a rendu fou de rage, et je doute m’en sortir sans problème : j’ai omis de lui révéler ce petit détail sur mon week-end à Charleston. C’est ainsi que nous regagnons son appartement dans ce même mutisme pesant et paralysant. Comment faire face à ce soir, à tout ce que Levi m’a avoué ce week-end et à l’ampleur du désastre de cette nuit ?

Dans l’entrée de notre petit appartement, j’observe Evon se déchausser avec toute la froideur dont il sait faire preuve quand il se laisse emporter par ses émotions et disparaître dans le couloir adjacent. Si je suis parvenue à établir un lien avec lui et le contraindre à lâcher son frère pour que nous rentrions à la maison, il n’en a plus rien été une fois le seuil de la porte d’entrée passé. Evon s’est totalement refermé sur lui-même, comme l’autre soir après la visite de Levi dans ma chambre.

Si je le croyais parti se coucher, le bruissement de l’eau dans les secondes qui suivent m’indique qu’il se trouve en réalité dans la salle de bain. Totalement démunie face à son silence, à cette distance qu’il m’impose, je me dirige vers notre chambre et me débarrasse de mes vêtements en les jetant au sol. Cette nuit m’a éreintée. Ma discussion avec Levi, l’irruption d’Evon chez son père au beau milieu de la nuit et sa réaction en trouvant son frère sur place ont fini de m’achever ; je suis à bout !

Ma relation avec Evon n’a rien de simple dès qu’il est question de son frère, de sa famille de manière générale. Son ami le connaît bien, et la remarque qu’il m’a faite lors de notre première rencontre prend plus que jamais son sens. Evon a un caractère bien difficile à cerner, mais surtout à gérer lorsqu’il s’agit de lui, de ce qu’il ressent envers Levi ou ses parents. Il y a cette jalousie qu’il ressent à l’égard de son frère, cette rancune envers son père et l’indifférence dont il fait preuve à l’encontre de sa mère. Mais qu’est-ce qui s’est passé au sein de cette famille ?

Levi… Sa soudaine et inattendue déclaration d’amour me laisse pensive. Il y a encore quelques semaines en arrière, elle aurait pu me rendre folle de bonheur. Oui, je l’attendais, je l’espérais, mais aujourd’hui… Aujourd’hui, Evon compte énormément pour moi. Tout ce qu’il a fait pour moi, même si parfois son attitude n’a pas été des plus douces, m’a permis d’avancer, de grandir. Je lui dois beaucoup. Ce qui m’effraie le plus est qu’il y a eu tellement d’amour, d’adoration entre Levi et moi qu’il est difficile de penser que ressentir tant d’amour puisse être de nouveau possible. Suis-je capable d’éprouver ce genre de sentiments ? Pour Evon ? Je l’ignore. Je n’ai rien ressenti de particulier quand Levi m’a dit qu’il m’aimait, si ce n’est de la colère... Forcément, un aveu comme celui-ci après la manière dont il m’a traitée depuis mon départ de Georgetown est difficile à avaler. Mais Evon, lui aussi, m’a fait part de son attachement et là aussi, je n’ai pas eu de déclic. Ça m’a touchée, je ne peux pas le nier. Mais qu’il me balance ça à travers un téléphone après un excès de téquila n’est pas très malin de sa part. Je n’ai pas eu envie de lui répondre que moi aussi je l’aimais, tout simplement parce que ce n’est pas le cas... Je tiens à lui, c’est indéniable, mais dans quelle mesure, ça je ne parviens pas à le déterminer.

Seul le faible éclairage de la lampe de bureau illumine la chambre à coucher tandis qu’allonger sur le lit, je tapote des doigts sur mon ventre. Signe évident de mon anxiété à voir Evon débarquer d’une seconde à l’autre. Va-t-il encore m’ignorer ? Se coucher sans un mot ? Est-ce que ce que nous nous sommes dit chez son père avant que nous partions n’a pas eu d’effet sur lui ?

La porte s’ouvre enfin sur cet homme qui me met au supplice. Paré d’une serviette enroulée autour de sa taille, il avance jusqu’au pied du lit et planté là, il me dévisage, la respiration lente et profonde. Prenant appui sur mes coudes, je me redresse et l’imite. Lorsqu’il remue enfin, c’est pour ôter sa serviette qui tombe sur la moquette. Nu devant moi, il me scrute comme s’il redoutait que je le repousse.

— Tout ce que je voulais, c’était te faire l’amour, H, me dit-il, penaud. Je ne suis rentré que pour me faufiler dans ton lit et t’aimer comme j’aime tant le faire.

En un mouvement de mon corps, je suis accroupie devant lui. Lentement, mes mains remontent le long de ses abdos. Sa peau est encore légèrement humide. Arrivée à hauteur de ses épaules, je m’enroule autour de sa nuque et tends mon visage jusqu’à rencontrer ses lèvres. Il sent le gel douche et la menthe.

— La nuit n’est pas finie. Tu es ici, et le lit est juste là.

Il sourit contre ma bouche.

— Tu n’es pas fâchée ?

— Fâchée ? répété-je, surprise. Pourquoi crois-tu que je le sois ?

— Je m’en suis pris à lui...

Mes bras descendent quelques centimètres plus bas, sur ses hanches.

— Et si j’essaie de me mettre à ta place une seconde, je peux comprendre ton agacement. Si je t’avais parlé, si je t’avais dit qu’il était là, tu n’aurais pas réagi de cette façon. J’ai aussi une part de responsabilités dans ce qui s’est passé.

— Quand tu es partie vendredi, tu savais qu’il serait là ?

— Non, bien sûr que non. Je me suis levée samedi et il était là. Il a débarqué en pleine nuit, même ton père ne savait pas qu’il allait venir. Il devait passer le week-end dans la famille de Leah, mais comme…

Je baisse les yeux, un peu nerveuse à l’idée de lui révéler la raison de ce changement de programme. Du bout des doigts, je caresse la naissance de ce tapis de poil sur son bas-ventre. 

— Comme Leah et lui...

Je n’ai pas besoin d’en dire davantage. Evon jette sa tête en arrière et le soupir qui lui échappe me retourne les tripes tant il est teinté de tristesse, d’angoisse.

— Il te l’a dit ?

— Quoi ?

Il bascule vers moi, pose sa main sur ma joue et les yeux dans les yeux, il me demande :

— Est-ce qu’il t’a dit qu’il t’aimait toujours ?

Je manque de retomber en arrière sous le choc de cette question que je n’avais pas vue venir.

— Pourquoi penses-tu qu’il m’aime encore ? bafouillé-je un peu gauchement.

— Je sais ce que ça représente d’être amoureux de toi, Harlow et on n’arrête pas de l’être aussi facilement. Levi a essayé et il vient de comprendre quelque chose que j’ai su lorsque je t’ai découverte dans mon lit, couverte de sang et d’hématomes : on ne cesse pas de t’aimer, c’est impossible !

— Evon, bredouillé-je les yeux pleins de larmes.

— Est-ce qu’il te l’a dit ? réitère-t-il.

J’acquiesce d’un mouvement de tête craintif.

— Est-ce que tu l’aimes toujours, toi ?

— Je suis chez toi, dans ta chambre ! Comment peux-tu me demander ça ?

— Tu as voulu m’éloigner de lui...

J’attrape son visage dans mes mains.

— Oui, mais dans le seul but de te protéger. Pas de lui, mais de toi-même ! De cette colère que tu laisses te gouverner ! Il y a quelque chose que tu gardes au fond de toi et qui te ronge, Evon. Je le vois bien et je peux porter ce fardeau avec toi, je peux être là pour toi. Il te suffit de me parler.

Il disparaît dans mon cou, me serre aussi fort que mon corps peut le supporter.

— C’est si dur, ma puce. J’ai peur de tout, de toi surtout, pleure-t-il à mon oreille.

— De moi ? Tu n’as pas à avoir peur de moi !

— Ce que j’ai à te dire..., articule-t-il péniblement. Je ne veux pas que tu imagines que je me suis servi de toi, H.

Je le contrains à me regarder.

— Je sais que tu es sincère, que tu l’as toujours été ! Rien ne changera ça !

— Tu te souviens de cet été où nous avions fêté mon dix-huitième anniversaire dans le jardin de tes parents ? Ta mère avait fait un gâteau et ton père nous avait fait des hamburgers si gros qu’on pouvait à peine les manger.

Je ris en me remémorant ce moment. J’avais environ 13 ans et mes parents avaient décidé de lui faire un anniversaire « surprise ». C’est la seule fois qu’ils l’ont fait !

— Je me rappelle très bien de cette journée.

— Le lendemain, je suis partie chez mon grand-père. J’y ai passé le reste de mes vacances, puis, à la rentrée, je suis venu ici. J’ai mis plus d’un an à retourner chez mes parents, même pour quelques heures.

— Pourquoi ça ?

— Je venais d’apprendre que...

Son hésitation me déchire le cœur. Enfin, il se livre à moi et le voir mener ce combat contre lui-même me rend si fière de lui. Je glisse mes mains dans les siennes pour l’encourager.

— Je suis là pour toi, Evon. Tu peux tout me dire, aie confiance !

— H, gémit-il doucement. Ils m’ont menti ! Mes parents m’ont menti toute ma vie.

— À quel propos ?

— Je ne suis pas leur fils naturel, ils m’ont adopté quand j’avais 3 ans.

Pris d’un sanglot à m’en fendre l’âme, il s’agrippe à moi comme il le ferait à une bouée de sauvetage et me soulève contre lui.

— Bébé, je suis tellement désolée.

— Quelques mois après mon adoption, elle est tombée enceinte alors qu’elle pensait que ça n’arriverait jamais. Elle a toujours préféré Levi et je n’ai jamais compris pourquoi ! Toute mon enfance, j’ai tout fait pour gagner son amour. Je me disais que si j’étais un bon petit garçon, elle me câlinerait comme elle le faisait avec lui, que moi aussi, j’aurais l’attention de ma maman, seulement ça ne s’est jamais produit. Je n’ai jamais rien représenté pour elle. J’étais seulement une erreur de parcours à ses yeux. J’étais de trop dans son idéal de la famille parfaite.

L’entendre m’ouvrir son cœur avec tellement d’élan est déroutant. Evon dégage une telle prestance et le voir pleurer en me révélant les dessous de son enfance ne me laisse pas de marbre.

— Je n’aurais jamais pensé que tu avais autant souffert. Tu m’as dit un jour que je voyais le couple de mes parents avec mes yeux d’enfant. Je m’aperçois à quel point j’ai été naïve sur le monde qui m’entourait à l’époque.

— Tu étais insouciante, et c’est très bien que tu aies vécu ainsi. C’est la preuve que tes parents t’ont apporté beaucoup d’amour et t’ont permis de t’épanouir comme une enfant normale.

— C’est vrai que Maisie et moi avons été très gâtées, jusqu’à ce que tout bascule.

— Tes parents étaient adorables. Cet anniversaire improvisé n’a pas eu lieu pour rien. Je l’ai compris plus tard...

— Comment ça ?

— Je te l’ai dit, Harlow, la vie de ma famille n’avait rien de très agréable... En tout cas, pas pour moi... Pour mes 18 ans, mes parents avaient organisé un repas avec le reste de ma famille. Mon grand-père, mes oncles et tantes ; tout le monde était là. Mais le repas a dégénéré. Mes parents se sont disputés. Je crois que ma mère avait de gros soupçons sur l’infidélité de mon père. Ils se sont engueulés comme jamais je ne les avais vus faire, et ce, devant tout le monde. Mon grand-père m’a dit de prendre mon frère ainsi que mes cousines et cousins et d’aller jouer plus loin. Mais je voulais comprendre ce qui se passait. J’ai laissé les enfants s’amuser à l’autre bout du jardin et je suis revenu les observer discrètement. Ma mère hurlait après mon père de quitter la maison, de partir et de me prendre avec lui, mais que Levi resterait avec elle, que lui seul était réellement son fils.

— Seigneur, m’exclamé-je choquée par la cruauté de sa mère. C’est de cette façon que tu as su ?

Il hoche doucement la tête.

— Je n’ai rien dit sur le moment. Je me suis contenté de retourner auprès des enfants et je me suis tu. Les jours qui ont suivi, ces quelques mots ne m’ont plus quitté, j’étais tellement troublé.

— Comment ne pas l’être après avoir entendu une telle chose ?...

— C’est après ça que tes parents m’ont invité pour fêter mon anniversaire. Avec le recul, je pense que mon père a raconté à ta mère la manière dont ce repas a tourné au cauchemar, et gentiment, elle a voulu m’offrir une journée plus agréable.

Il cajole ma joue.

— Et elle a réussi. Le lendemain, j’ai fait mon sac et sans rien dire à personne, je suis parti chez mon grand-père. Je lui ai dit que je ne retournerai plus chez mes parents tant qu’ils ne m’auront pas expliqué le sens des propos de ma mère. Au fond de moi, je savais que ce n’était pas des paroles en l’air, que dans sa bouche, ça voulait dire quelque chose. Deux jours ont passé et mes parents sont venus me voir. On a discuté et c’est là qu’ils m’ont appris qu’ils m’avaient adopté alors qu’ils pensaient ma mère stérile.

— Je ne peux même pas imaginer ce qui a pu se passer dans ta tête en apprenant la vérité.

— Bizarrement, j’ai été soulagé. Je me suis si souvent demandé ce que j’avais pu faire pour qu’elle se désintéresse de moi. Au moins, j’avais la réponse à cette question. Tout est plus compliqué avec mes parents, mais aujourd’hui, je sais pourquoi.

— Et Levi ? Pourquoi cet aveu impacte sur ta relation avec lui ?

— Entre lui et moi, ça a toujours été difficile. C’est peut-être injuste ou stupide, mais je l’ai envié toute ma vie. J’étais tellement jaloux de lui. Il avait son amour, son intention, tout... Moi, je n’avais rien.

— Qui pourrait t’en vouloir ! Je trouve très dommage que tu aies grandi dans cette solitude malsaine, mais ce que tu as vécu toutes ces années a façonné ton ressentiment. Qui suis-je pour en juger ?

— Merci, ma puce, merci de me comprendre.

— C’est tout ce que je désire, Evon ! Réussir à te comprendre, à t’aider à gérer ces émotions qui doivent souvent t’assaillir. Tu m’as souvent dit qu’il faut tirer un trait sur le passé et avancer vers l’avenir, mais pour le bâtir, tu as besoin de faire la paix avec tout ça...

— Je ne veux pas faire la paix avec ma famille, encore moins avec ma mère.

— Ce n’est pas ce à quoi je pensais en parlant de faire la paix. Non, j’aimerais t’aider à trouver une certaine sérénité.

Il hausse les épaules. La ligne constructive et positive qu’a prise notre conversation l’aide à se détendre. Je le sens clairement s’apaiser sous mes doigts.

— Bon courage...

Négligemment, je remonte le long de ses cuisses, dessine la courbe de ses fesses.

— J’ai une technique infaillible, Mendoza !

Il sourit avant de me agripper à la taille.

— J’ai abandonné mes potes et la téquila seulement pour ça, ricane-t-il en me jetant sur le lit. Ne l’oublie pas, Brownie !

Écartant les jambes dans une posture des plus provocantes, je parcours mon corps et repousse mon tee-shirt, lui offrant ainsi ma poitrine.

— Plus enivrant que la téquila, m’amusé-je avant de prendre mes seins en coupe. Et ils ne peuvent pas faire ça, tes potes...

J’éclate de rire.

— Je t’aime, H, me dit-il avec adoration sans louper une miette du spectacle que je lui offre.

— Montre-moi comme tu m’aimes !

OceanofPDF.com