Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 35 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 47 · — J’ai terminé ce carton !

 

Mon regard se tourne vers Maisie, qui, assise dans un coin de sa chambre, s’affaire à ranger ses jouets dans une boîte. Voilà notre activité principale de la journée : préparer le départ de ma sœur pour la Floride. Son père en a fait de même. Quant à Evon, il n’a fait qu’errer d’une pièce à l’autre en silence, nous observant sans prendre part à quoi que ce soit.

— Je termine de ranger ces quelques vêtements et après nous aurons fini ici.

— OK ! s’exclame-t-elle avant de sauter sur son lit.

D’un œil interrogateur, elle me regarde faire.

— Tu crois qu’il est vraiment fâché ?

— Qui ça ?

— Bah, Evon, bien sûr !

— Oh...

Je finis de plier l’un de ses pulls avant de la rejoindre sur son lit.

— C’est un coup dur pour tout le monde, Maisie. En venant ici, on ne s’attendait pas à ça...

— Il m’en veut !

— Ne dis pas n’importe quoi...

— C’est à peine s’il m’a dit un mot, depuis hier.

Je me redresse et m’intéresse au plaid posé sur le rebord de son lit, je m’active à le plier, espérant que m’occuper les mains me permettra de ne pas songer à ce malaise pesant qui alourdit l’air.

— Ce n’est pas toi, Mai’, il n’a rien dit à personne...

— Ça serait plus simple s’il venait avec nous.

— Il ne peut pas, Mai’...

— Pourquoi ?

— Evon fait ses études. Il ne peut pas quitter l’université à quelques mois de son diplôme.

— Il y a bien d’autres universités en Floride, non ?

— Mais c’est sa dernière année ! Il doit finir son semestre à Columbia pour valider son année. Ensuite, il aura un examen important pour pouvoir devenir avocat.

— C’est tellement nul !!!

Je l’embrasse et me lève pour finir ses bagages.

— Je vais aller préparer le dîner, maintenant, dis-je pour la prévenir une fois ma tâche accomplie.

— Je viens avec toi !!! me répond-elle en sautant de son lit.

Un sourire forcé au coin des lèvres, je me dirige vers la sortie, suivie de près par ma petite sœur. Elle n’a fait que ça, aujourd’hui : me suivre comme mon ombre. À croire qu’elle redoute que je me sauve dès qu’elle aura le dos tourné. Dans ces conditions, il a été difficile de trouver un moment pour discuter avec Evon. Si j’en ai souffert, je m’en suis aussi sentie soulagée. Vu la situation, je ne vois pas bien ce que je pourrais lui dire. Il y a tant d’incertitudes dans les œillades qu’il me jette, et je n’ai aucun moyen de le rassurer, car rien en moi n’est sûr ! Je dois me poser autant de questions que lui, et les minutes qui passent ne me fournissent pas la moindre réponse.

Dans la cuisine, nous rejoignons David qui achève quelques cartons. Evon est assis à la table de la cuisine. Une bière à la main, il boit gorgée par gorgée en contemplant la nuit noire qui a enveloppé la ville.

— Je vais faire le dîner ! leur annoncé-je à mon entrée.

— Euh... Evon s’en est occupé, m’apprend David.

— Oh...

— J’ai seulement commandé des pizzas, nous dit celui-ci sans détourner son regard de dehors.

— Super ! s’écrie Maisie en prenant place face à son frère.

Je me dirige vers le réfrigérateur et sors une bière pour David ainsi que deux sodas pour Mai’ et moi-même. Je m’installe avec eux. David m’imite. Dans un silence de mort, nous buvons nos boissons pendant un temps qui me semble interminable.

— Si on regardait un film, après ?

La question de ma sœur me fait tressauter quand elle brise ce calme si éprouvant.

— Je ne sais pas, Maisie, je crois que tout le monde est fatigué, lui explique son père.

Evon se lève brusquement. Sans abandonner sa bière, il sort dans le jardin par la porte de la cuisine.

— Qu’est-ce que j’ai dit ? me questionne tristement Maisie.

— Rien, ma chérie, tu n’as rien dit de mal, la rassuré-je. Je vais aller le voir.

Je les abandonne et sors à mon tour. À l’extérieur, je le trouve installé sur la petite balancelle.

— Evon ? l’interpelé-je tandis que son regard est perdu dans le vague.

— Désolé, mais je n’ai pas la tête à m’asseoir en famille, ni à mater un film comme si de rien n’était.

— Je pense que nous ressentons tous la même chose, mais...

Ses yeux se posent enfin sur moi et je regrette immédiatement qu’il le fasse. Son regard attristé me met au supplice.

— Au risque de paraître égoïste et franchement con, je pense que personne ne ressent ce que j’éprouve en ce moment !

— Donc selon toi, ce qui se passe ne me fait pas souffrir.

— Je n’ai pas dit ça, mais tu ne sais rien de ce que j’ai au fond du cœur, là, tout de suite !

— Vraiment ? m’agacé-je. Je dois être trop stupide pour ça...

Il bondit de la balancelle si violemment qu’il en renverse le contenu de sa bouteille sur le sol.

— Tu veux qu’on s’engueule, Harlow ? C’est ça que tu cherches ? Ça te rendrait les choses plus faciles !?

— C’est la dernière chose que je désire !

— Non, ce que tu souhaites, c’est que j’entre là-dedans, s’énerve-t-il en m’indiquant la maison de son père. Et que je fasse comme si tout n’était pas en train de partir en vrille !!!

— C’est toi qui rends tout plus difficile !

— C’est ainsi que tu me vois, Brownie ? me questionne-t-il, déçu. Bizarrement, je me vois plus comme le mec qui réalise l’impensable pour toi, mais là, ce n’est plus à moi d’agir !

— J’aimerais que tout soit plus facile pour toi et pour Maisie...

— Tu te leurres ! hurle-t-il en se prenant la tête entre les mains. Rien ne sera facile dans les jours à venir et tu refuses de le voir !

— Avec ton attitude, c’est certain !

Il me lance une œillade assassine.

— Mais qu’est-ce que tu attends de moi, à la fin !?! Est-ce que tu réalises ce qui se passe, Harlow ? Soit tu perds ta sœur, soit je perds la femme que j’aime. Il n’y a pas d’autres alternatives à ce problème !

— J’essaie de rester positive, de penser autrement...

— Tu essaies d’arrondir les angles parce que tu es incapable d’envisager de nous faire souffrir. J’aime que tu sois ainsi. Ta douceur et ta profonde gentillesse ont influencé mes sentiments pour toi. Si je suis si foutrement amoureux, c’est pour ça ! Et pour la première fois de ma vie, je regrette de t’aimer de cette manière...

— Tu regrettes ?

— Avant de me rapprocher de toi, je ne savais pas comme cet amour me dominait. J’étais prêt à tout pour toi, mais à ton contact, ce désir d’être ton homme est devenu plus fort que tout le reste. Mon seul et unique regret est de t’avoir donné le pouvoir de m’anéantir.

— Ce n’est pas ce que je veux...

Il passe devant moi sans même regarder dans ma direction.

— Je ne pense pas que tu veuilles le faire, pourtant je crois que tu n’auras pas d’autre choix.

— Evon ?

Mais son prénom se brise contre la porte de la cuisine qui se referme sur son passage.

**

Il est un peu plus de minuit quand je sors de la salle de bain fraîchement douchée et vêtue de l’un de ces pyjamas très élégants qu’Evon m’a achetés, il y a quelques jours lors d’une de ces virées « shopping » dont il raffole tant depuis le jour où il m’a offert ce sac de vêtements de chez Macy’s qui regorgeait de choses très belles choisies avec goût. Comme toujours quand ça me concerne, il fait les choses à la perfection. Mon cher Evon... Je ne suis pas naïve au point de penser que la nouvelle de David ne ficherait pas un coup monumental à notre moral, qu’elle ne remettrait pas en cause nos existences, cependant, j’espérais que nous traverserions cela ensemble. Mes pensées ne sont pas plus sereines que les siennes. J’ai le cœur déchiré entre l’homme que j’aime et ma petite sœur pour qui l’idée que je la laisse s’éloigner est impensable. Cela dit, elle est dans le vrai et tout mon dilemme est là ! Je peux difficilement concevoir de vivre si loin de ma sœur, tout comme je ne peux imaginer mettre autant de distance entre Evon et moi et je n’ai pas la moindre idée de comment gérer le problème. Oui, j’élude le sujet avec brio, je fais comme si ma sœur n’allait pas partir pour Orlando dans moins de dix jours. Je me contente d’attendre... J’attends de savoir ce que je dois faire, que quelqu’un me montre la voie à suivre parce que tout ça, c’est trop pour ma tête.

La lumière est tamisée dans notre chambre quand j’en pousse la porte. Je suis prête à bondir sur le lit, persuadée d’y trouver Evon avec l’ambition de me précipiter dans ses bras et d’amoindrir les tensions qui accroissent entre nous. Alors, le voir assis sur la banquette qui borde ma fenêtre, avec les bras croisés sur ses genoux, me surprend et, sa valise posée à ses pieds fait envoler les battements de mon cœur.

— Ev’ ?

— J’ai besoin que tu me le dises, Brownie, dit-il sans lever ses yeux tournés vers le sol.

— Te dire quoi ?

Il plonge son visage dans ses mains en exhalant.

— Il faut que tu me le dises, Harlow. Cette fois, je ne peux pas le faire pour toi.

— Je ne vois pas...

Il se redresse enfin et le regard qu’il me lance clôt immédiatement mes lèvres.

— J’en peux plus, mâchouille-t-il au bord des larmes. J’en peux plus d’attendre ! Tu dois mettre un terme à tout ça...

Il passe lentement ses mains sur son visage.

— Je t’en prie, murmure-t-il la voix torturée.

Je marche jusqu’au rebord du lit et m’y installe.

— J’ignore ce que je suis supposée faire.

— Je crois que tu sais parfaitement ce que tu veux, Harlow, mais que tu ne trouves pas le courage de me le dire en face. Je crois que tu attends que je sois courageux pour toi.

— Evon, murmuré-je la vue brouillée par mes propres larmes.

— Mais je ne peux pas, H, gémit-il comme si cette réalité le faisait souffrir. Tu m’en demandes trop cette fois, je n’ai pas la force. Pas après tout ce que j’ai fait pour toi, pour nous. Je t’aime...

Il jette la tête en arrière en inspirant comme s’il craignait de manquer d’air.

— Je t’aime à en crever et je ne peux pas me résoudre à te laisser t’en aller.

Instinctivement, je ramène mes genoux contre moi, les serre dans mes bras comme un dernier rempart à ce chaos annoncé.

— Ne fais pas ça, s’il te plaît...

— Il faut que tu me le dises, H. Je dois l’entendre de ta bouche...

Cette fois, rien qu’au son de sa voix, je sais qu’il pleure lui aussi.

— Non, sangloté-je. Je ne veux pas faire ça, Evon.

— Tu me mets au supplice depuis des jours et je vais devenir fou si tu n’abrèges pas mes souffrances au plus vite. Tu as fait un choix à l’instant où il a annoncé la nouvelle à Maisie.

Il se jette sur le sol, finit à genoux devant moi.

— L’autre jour, lorsque nous étions dans ta chambre et alors que je venais de t’avouer mon implication dans ta nouvelle vie, je t’ai dit que tu étais assez forte, assez intelligente pour faire tes propres choix, et c’est exactement ce que tu as fait, Harlow. Mais faire des choix implique d’en assumer les conséquences, et c’est devant ce problème que tu te trouves, aujourd’hui. Ce qui te fait souffrir, ce n’est pas d’ignorer ce que tu dois faire, mais de faire ce qui doit être fait face à la décision que tu as prise.

— C’est ça que tu exiges de moi ?

— Je n’ai pas le droit à ta franchise, H ? Après tous les combats que j’ai menés pour toi, tu ne peux pas me regarder dans les yeux et me dire ce que j’ai besoin d’entendre ?

— Tu as vraiment besoin d’entendre ça ? m’agacé-je en me jetant sur mes pieds, le contraignant à s’écarter de moi.

— Oui !!! hurle-t-il en se levant à son tour. Dis-le-moi, putain !

— À quoi ça sert puisque, de toute évidence, tu sais ce que je veux mieux que moi-même ???

— Tu me dois au moins ça, Harlow !!!

— Au moins ça !!! Tu n’as jamais cessé de te mêler de tout, même de ça, visiblement !

— DIS-LE ! hurle-t-il en enfonçant son poing dans le mur voisin.

— JE VAIS PARTIR AVEC ELLE, avoué-je dans un cri de douleur avant de me laisser tomber sur le sol.

Cachée dans mes bras, j’éclate en sanglots.

— Je ne peux pas la laisser, Evon. Pardonne-moi..., pleuré-je dans mes mains.

Je l’entends remuer autour de moi un bref instant, puis c’est le bruit d’une porte qu’on ouvre.

— S’il te plaît, gémit-il la voix tremblante. H, épargne-moi la douleur d’avoir à te revoir. C’est tout ce que j’exige de toi !

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