Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 6 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 8 · Une nouvelle fois, je porte le goulot…

 

Une nouvelle fois, je porte le goulot à ma bouche et avale une bonne rasade de ce liquide infâme qui m’arrache la gorge sur son passage. Même après en avoir bu une bonne moitié, je grimace encore. Le regard perdu dans le vide, je pose la bouteille de vodka sur mon bureau et me jette contre le dossier de ma chaise en manquant de peu de m’écraser sur le sol. J’éclate de rire alors que je me retiens de justesse au plateau de mon bureau, mais très vite mes rires se transforment en larmes quand je réalise comme je suis déplorable. Comment j’en suis arrivée à être complètement saoule dans ma chambre ? Eh bien, c’est très simple : j’ai assisté au match de Levi.

J’étais totalement bouleversée en quittant le stade où se jouait la rencontre. Mon visage était ravagé par ces larmes que je n’arrivais plus à retenir, j’avais cette sensation que mon cœur venait de voler en éclats dans ma poitrine. Comme si c’était la première fois que je voyais Levi avec Leah… Pourquoi ce soir, ça m’a fait plus mal que d’ordinaire ? Peut-être est-ce le fait de me trouver sur ce campus où nous avions projeté de vivre ensemble, lui et moi ? Ou encore de le voir réaliser ce rêve d’enfant d’intégrer une équipe universitaire m’a ramenée à cette époque où j’étais la seule à compter pour lui, où il ne voyait que moi ? J’ai remonté la longue avenue du stade en direction de ma résidence avec tous mes souvenirs qui me mitraillaient la tête. J’avais l’impression d’étouffer un peu plus à chaque foulée.

Levi et notre amour, Leah et notre amitié, mon père, ma mère, Maisie et notre vie heureuse dans cette belle maison, ce foyer si rassurant… Tout ce qui me rendait heureuse, tout ce que j’ai perdu…

Je ne voyais qu’eux et j’étouffais. Je n’entendais qu’eux et je pleurais. Et qui y avait-il autour de moi pour me rassurer, pour me dire que tout finirait par s’arranger ? Personne !!! Voilà ma vérité : je n’ai personne. Voici ma réalité : je ne suis personne dans cette vie où tous les protagonistes ne sont plus que des souvenirs. Des souvenirs bien trop heureux pour que je veuille me les remémorer, car il me rappelle l’insignifiance de mon existence. Vivre dans un endroit où je n’ai même pas envie d’être. Étudier une matière qui n’a aucun intérêt à mes yeux. Mais à quoi bon ? Et pour quoi faire ? Pourquoi m’entêter de la sorte ? Il n’y a que le vide autour de moi et en moi. Oui, je suis vide. C’est un trou béant que j’ai dans la poitrine. Il n’y a plus rien en moi. Plus d’envie, plus de besoin, plus de force, plus de raison de continuer, plus de motivation. Il n’y a qu’un vide intersidéral.

C’est à cet instant que sur mon chemin, j’ai croisé ce petit supermarché. Immédiatement, j’ai su ce que je voulais : oublier, juste oublier… Je suis entrée dans la supérette et j’ai déambulé dans les rayons quelques minutes. Le caissier était un jeune homme d’une vingtaine d’années. Certainement un étudiant travaillant ici à mi-temps. Je l’ai regardé faire la cour à une jolie blonde qui faisait la belle devant lui. Une occasion rêvée… Ni une ni deux, j’ai attrapé une bouteille de vodka et je l’ai glissée dans le pan de ma veste avant de détaler l’air de rien. Je crois que les deux individus étaient tellement occupés à se faire du gringue qu’ils ne m’ont même pas vue sortir. Une aubaine pour moi. Premièrement, je n’ai pas l’âge légal d’acheter et de consommer de l’alcool et, deuxièmement, je n’ai pas l’argent nécessaire pour me payer cette bouteille. Je n’avais qu’une seule solution, le larcin.

Une fois dehors avec l’objet de mon délit, j’ai marché très vite comme si l’employé du magasin allait soudainement me courir après. Du fait, il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour rentrer chez moi. Là, je me suis mise à l’aise et étendue sur mon lit, j’ai commencé à boire et à boire encore.

Une heure plus tard, une demi-bouteille de vodka après, je suis enivrée par l’alcool. Tous mes gestes me paraissent plus lents comme si tous mes membres étaient devenus subitement lourds, qu’ils avaient perdu leur coordination. Mais même cette torpeur n’apaise pas mes angoisses et mes peines, bien au contraire, elle les rend omniprésentes. Je voulais les faire taire et, plus que jamais, elles m’assourdissent. L’effet recherché est à l’opposé de l’état dans lequel je me trouve. Je ne ressens qu’une chose : la souffrance de vivre. Vivre dans un monde où ma mère n’est plus là, où je ne peux plus voir le sourire de ma sœur quotidiennement, où j’ai perdu l’amour de Levi. Non, ça fait trop mal et je donnerai n’importe quoi pour me débarrasser de cette douleur.

Le poids que je porte dans ma poitrine est de plus en plus oppressant jusqu’à me donner l’impression de suffoquer. Oui, j’étouffe ! Ma première réaction est de courir en direction de la fenêtre de ma chambre et de l’ouvrir en grand avant d’y passer la tête. J’inspire encore et encore, mais l’air de dehors ne semble pas arranger mon trouble. Incapable de reprendre mon souffle, je cours dans la direction opposée et ouvre la porte de ma chambre avant de m’engouffrer dans le couloir desservant les parties communes. Je dégringole les marches à toute vitesse, franchis l’entrée de ma résidence et me retrouve enfin au grand air.

La nuit est bien installée et le froid des premiers jours d’octobre me saisit brusquement. Celui-ci m’accorde un répit. Courbée en deux, les mains posées sur mes cuisses, je tente de prendre une bouffée d’oxygène. Lentement, ma respiration retrouve son cours normal. Une nouvelle fois, je me mets à pleurer.

T’es trop stupide, H, pensé-je en me flagellant. Non, mais regarde-toi. Rien d’étonnant à ce que tout le monde se moque de toi, tu es pathétique !!! Ta vie passée te manque, mais la vérité est que toi, tu ne manques à personne !!! Même si tu disparaissais, il n’y aurait pas une âme pour le remarquer, pas une âme pour te pleurer.

Je relève la tête et examine les alentours. Les abords de ma résidence sont très calmes. Il n’y a pas un chat. La vue brouillée par mes larmes, je lance le regard de droite à gauche à la recherche d’une réponse à ma condition. C’est alors qu’apparaissent au loin les lumières du pont de Gervais Street. Elles me frappent comme un éclair.

C’est ça la solution, le remède à tous mes problèmes, à ce que je suis...

Sans réfléchir, je me mets en marche. J’avance et chacun de mes pas me rend plus légère. Je suis progressivement délestée du poids qui encombre ma vie, et ce simple constat me conforte dans ma décision de me rendre sur ce pont et de me jeter dans cette eau, ce courant rocailleux qui saura abréger mes souffrances. Il n’y a que quelques mètres qui me séparent de lui, mais mon ivresse ne rend pas ma progression facile. Tant bien que mal, j’atteins ce petit bosquet en bordure de route qui précède l’accès au pont quand une fulgurante envie de vomir me retourne l’estomac. Probablement le résultat de mon parcours chaotique depuis Bates House. Je m’accroupis et vomis longuement devant moi. Lorsque j’ai régurgité le contenu de mon estomac, je tente de me remettre sur mes pieds, mais mon corps est pris d’un vertige. Mes jambes chancellent et je m’écroule dans l’étendue d’herbe. Dans un dernier effort, je tente de me relever, mais en vain. La joue enfoncée dans la terre humide, je me sens partir. Mes paupières sont de plus en plus lourdes. Puis les ouvrir devient impossible. Alors, j’abandonne, je cesse de lutter et je laisse l’inconscience remporter la bataille…

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