Iridescence, sauve-moi Harlow
Chapitre 39 · Deux jours – quarante-huit heures –, c’est…
Deux jours – quarante-huit heures –, c’est le temps qui s’est écoulé depuis que j’ai vu Levi au stade d’entraînement et ça fait aussi longtemps que je n’ai pas quitté ma chambre. Deux jours à pleurer...
Pourquoi je pleure ? Franchement, j’ai tellement l’embarras du choix que je ne peux pas vraiment statuer sur le sujet. Mes larmes sont-elles motivées par ce coup de poignard supplémentaire planté dans le dos par Leah, mon amie, ma confidente ? Est-ce la trahison, la énième déception que m’a infligée Levi qui en est la cause ? Ou encore apprendre qu’Evon, l’homme en qui je pensais pouvoir placer ma confiance et dont j’essayais de dompter les angoisses, était au courant de cette liaison entre son frère et Leah ? Je ne sais plus moi-même où j’en suis... À bout de forces, de ne plus comprendre la vie et les gens qui m’entourent, tellement affaiblie par les coups qu’on m’a portés, je n’ai pas trouvé le courage d’affronter le monde extérieur, de retourner dans ce quotidien que je comprends de moins en moins. Tout le monde m’effraie. Leurs manigances, leurs mensonges me font douter de tout, de moi. Est-ce que le problème vient de moi ? Je dégage quelque chose qui laisse penser qu’on peut me duper facilement ?
Encore en pyjama, je suis étendue sur mon lit et les yeux rivés sur le plafond, je cherche. Je cherche tout ce qui cloche dans ma façon d’être, quand dans un grand bruit, on toque à ma porte. Je sursaute surprise de cette interruption plutôt musclée.
Evon...
— Harlow !
Qu’est-ce que je disais...
Il tambourine plus fort.
— Écoute Harlow, je sais que je suis la dernière personne que tu as envie de voir, mais je veux seulement m’assurer que tu ne fais pas n’importe quoi !
Il frappe contre ma porte tellement fermement que je vois le bois vibrer sous ses coups.
— Ma puce, soit tu ouvres, soit je fais venir les flics !
Ne doutant pas du sérieux de son avertissement, je soupire et tourne la clef dans la serrure. Immédiatement, la poignée s’active et Evon pousse la porte, m’obligeant à reculer.
— Putain, Harlow, t’es chiante ! grogne-t-il avant de refermer derrière lui. Tu as le droit d’être en colère, de ne plus avoir envie de me voir, mais faire la morte..., se plaint-il. Je t’ai appelée ! Gavin t’a appelée !
Il se met à tourner en rond dans ma chambre. Moi, je suis assise sur ma chaise de bureau et je l’observe faire, sans réellement réussir à identifier ce que j’éprouve de me trouver en sa présence.
— Je voulais te foutre la paix, je te jure. J’ai déconné, je le sais, débite-t-il nerveusement.
Il lève les bras au ciel avant de les faire retomber bruyamment sur son jean.
— C’est toujours le même bordel quand il s’agit d’eux et j’en ai marre, H.
Il continue d’aller et venir devant moi tandis qu’il me fait son speech.
— Il suffit que je pense à eux et ça devient le merdier dans ma tête. Je vois rouge quand je me replonge dans tout ce foutoir.
Evon s’accroupit devant moi et pose prudemment ses mains sur mes genoux.
— Mais toi, Bébé, tu n’as rien à voir avec tout ça et je n’ai pas le droit de t’attirer dans mon enfer comme je l’ai fait l’autre soir.
Il remonte le long de mes cuisses.
— Tu m’aides à y voir plus clair. Ça devient plus simple, plus limpide quand tu es dans le coin et je dois chérir ça, pas le foutre en l’air à cause de mon impulsivité. Je te jure que je fais tout pour m’améliorer, que je veux plus que toute autre chose au monde nous préserver et ne pas laisser mes embrouilles avec ma famille influencer notre histoire, mais je ne suis pas infaillible, je fais des boulettes et tu ne peux pas savoir comme je m’en mords les doigts ! Je viens de passer deux jours horribles, H.
Il pose sa tête sur mes jambes.
— La vie sans toi, ce n’est pas la vie. C’est seulement de longues et pénibles heures qui n’ont aucun sens, aucun but valable.
Il relève la tête et se plonge dans mes yeux.
— Je t’ai trop dans la peau, Harlow.
— Levi a couché avec Leah, lui balancé-je froidement.
Son petit laïus, aussi beau et sincère qu’il semble être n’a pas le pouvoir de briser cette effroyable sensation de frustration, mais surtout de trahison que les récents aveux de Leah et Levi ont générée. Après toutes les informations encaissées ces derniers jours, je n’ai plus aucune émotion à faire transparaître. Evon a un réflexe de recul quand j’évoque son frère.
— C’était avant mon départ pour Savannah, avant que toute ma vie ne parte en vrille.
— Harlow...
— Et je me sens tellement humiliée et stupide, lui dis-je en retenant un sanglot.
— Ma puce, je suis désolé.
— Désolé, répliqué-je en ricanant. Tu es désolé !
Je le repousse et saute de ma chaise.
— Et de quoi es-tu désolé au juste, Evon ? Que ton frère m’ait prise pour une conne une fois de plus...
— Non, je suis désolé de ne pas te l’avoir dit, reprend-il.
— Alors, c’est vrai, me lamenté-je les paupières closes. Tu étais au courant...
— Je ne pouvais pas te le dire, m’explique-t-il calmement, les mains plongées dans les poches de son jean.
— Visiblement, les liens fraternels entre vous sont plus forts que tu ne le prétends.
— Tu es vraiment en train de supposer que j’ai fermé ma gueule pour le bien de Levi ?
Il m’attrape par le menton et me contraint à l’affronter.
— Regarde-moi en face et dis-moi que tu ne crois pas sérieusement que j’ai fait ça pour lui !
Je garde la bouche scellée. Il me relâche en jurant.
— Putain, je rêve, hurle-t-il en mettant un coup de pied dans mon lit. Même ses conneries se retournent contre moi !!!
— TU as fait le choix de te taire, Evon !!!
Il fait volte-face et me fustige du regard.
— J’ai découvert leur histoire par hasard. Je devais aller chez mes parents pour prendre des papiers et je voulais m’y rendre quand ils ne seraient pas à la maison. C’est là que je suis tombé sur Levi et Leah. Elle, elle ne m’a pas vu, mais dès qu’elle s’est tirée, j’ai sauté à la gorge de ce petit con et je lui ai mis la raclée de sa vie. Je lui ai posé un ultimatum : soit il te quittait, soit j’allais te trouver pour te le révéler, mais il n’y avait pas moyen qu’il s’en sorte... que tu restes avec lui...
— Il ne m’a jamais rien dit.
— Je le sais très bien. Quelques semaines après, tu es partie à Savannah et ce fumier s’est mis avec cette conne de Leah. À mes yeux, le plus important était qu’il ne pouvait plus te blesser.
— Mais je suis revenue depuis Evon et j’aurais voulu le savoir !
— Pourquoi ? Tu étais bien mieux sans lui et tu avais déjà assez souffert. Je voulais que tu m’aimes, Harlow, pas que tu me détestes ! Je me suis concentré sur nous, sur ce qu’on pouvait bâtir ensemble malgré le fait que je sois son frère. Que tu veuilles le savoir est une chose, mais que ce soit moi qui te le dise en est une autre ! J’ai vu ta peine, Brownie, et je me suis promis de la combattre, pas de l’aggraver.
— Mais..., tenté-je de protester.
— Il n’y a pas de mais, crie-t-il subitement. C’est à mon tour, Harlow. À mon tour de tenter ma chance, de faire mieux que lui. J’ai trop attendu !
Quoi ? Qu’est-ce qu’il entend par « j’ai trop attendu » ? Bon sang, mais est-ce qu’un jour je verrai clair dans le cœur de cet homme ?
— Attendu ? Comment ça ?
Caché dans ses mains, il se laisse glisser le long du mur. De longues minutes s’écoulent avant qu’il se montre à nouveau. Là, il se met à battre la mesure sur ses genoux remontés contre sa poitrine.
— Je... j’ai...
Il se pince l’arête du nez.
— Avec les années, envier mon frère est devenu presque un réflexe, comme une habitude malsaine. Il avait l’amour et l’attention de notre mère, et tout le monde l’aimait. À l’école, il était populaire, il avait des amis et tout lui souriait ! Toutes les filles étaient folles de lui. Toutes... même la plus belle et la plus douce d’entre elles.
Je me laisse tomber sur le sol, m’installe en tailleur à quelques centimètres de lui et me montre extrêmement attentive alors que je le crois, je l’espère, il est enfin prêt à jouer cartes sur table.
— J’ai vu votre relation grandir, évoluer et j’étais jaloux...
Il a un long soupir torturé.
— Tellement jaloux, Harlow. Mais c’était toujours comme ça, je l’enviais pour tout ce qui lui arrivait.
Nos regards se croisent et ce que je peux y lire me laisse avare de paroles tant c’est vrai, c’est profond. C’est au fond de ses tripes qu’il va chercher ce qu’il a à dire.
— J’ai compris que tu étais bien plus qu’une simple jalousie supplémentaire lors de son anniversaire, lorsque je vous ai vus dans le jardin. Tu étais assise sur une couverture posée dans l’herbe, lui avait la tête posée sur tes genoux. J’ai observé, détaillé chaque geste de tendresse que tu as eu pour lui, je voyais ce regard doux et protecteur dont tu le couvais et...
Lentement, il passe les doigts dans sa barbe, en exhalant longuement.
— À cet instant, j’ai su que c’est dans tes bras et uniquement dans tes bras que je voulais découvrir ce que pouvait être la vraie tendresse... celle dont j’avais rêvé toute ma vie. Parce qu’il était évident que tu étais l’être le plus doux qui soit et que toi seule pourrais être à la hauteur de mes attentes. Et c’est précisément à cet instant que je suis tombé amoureux de toi, Harlow.
Ma vue se brouille lorsqu’il me fait cet aveu qui a dû lui demander tellement de courage. Le voir baisser les yeux, comme s’il avait honte me donne envie de l’encourager à poursuivre, mais je garde le silence de peur de le brusquer dans sa démarche. J’ai tant attendu qu’il m’ouvre son cœur.
— Sur le moment, je n’ai pas réalisé ce qui m’arrivait. C’est plus tard, quand tu as quitté la ville, que j’ai pris conscience de l’ampleur de mes sentiments.
Il laisse ses jambes retomber sur la moquette de ma chambre. Ses bras reposent nonchalamment sur ses cuisses, comme s’il se délestait progressivement d’un poids trop lourd à porter.
— Je l’ai appris de la bouche de Levi. J’étais de passage en ville et je voulais m’assurer qu’il avait fait ce qu’il fallait envers toi. Là, il m’a dit que ça n’avait plus aucune importance, que tu étais loin, maintenant ! Il m’a balancé ça à la gueule et la douleur que j’ai ressentie alors que l’éventualité de ne plus jamais te revoir venait de me frapper, je ne saurais même pas te la décrire. C’était encore pire que tout ce que j’avais enduré jusqu’alors. Levi a compris que je m’étais épris de toi et il s’est mis à rire en se vantant que jamais tu n’aurais posé les yeux sur quelqu’un comme moi, que tu étais bien trop amoureuse de lui.
Après m’avoir trompée avec ma meilleure amie, il ne manque pas d’air, celui-là...
— Je lui ai balancé une droite en pleine gueule et je me suis tiré. J’ai foncé chez ta grand-mère et je lui ai demandé où tu étais. Elle m’a appris que tu vivais à Savannah, maintenant.
— Tu étais au courant depuis le début ?
Il hoche honteusement la tête.
— J’ai sauté dans ma caisse et j’ai roulé pour te rejoindre, mais après une centaine de kilomètres, je me suis demandé ce que j’allais pouvoir te dire. Ta famille venait d’imploser, tu te retrouvais seule avec ta mère. Je ne pouvais pas me pointer et te balancer ça ! Tu étais amoureuse de lui, pas de moi ! Alors, j’ai rebroussé chemin et je suis rentré sur le campus. Sur la route, j’ai fait le choix d’attendre de voir comment les choses allaient évoluer, d’attendre que tu sois prête à m’écouter. Mais avant que ça ne soit le cas, il allait devoir se passer un tas de trucs pas simple pour toi.
— Mais pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de ça, Evon ? On se connaît depuis des années ! J’aurais su t’écouter !
— Non, ma puce, tu n’étais pas la même à l’époque ! La Harlow qui est partie à Savannah était follement amoureuse de mon frère, et moi aussi, j’étais très différent. Tu sais comme c’était difficile pour moi de sortir de ma coquille. Quand j’ai débarqué sur le campus, j’ai pris une décision, celle de ne plus être ce gamin introverti et taciturne. Devenir l’inverse de ce que j’étais à Georgetown, c’était redémarré une nouvelle vie, être qui j’étais vraiment au fond de moi et pas celui que la haine de ma mère avait progressivement façonné.
— J’ai souvent eu de la peine pour toi en te voyant te faire rabrouer par ta mère. Je t’avoue que souvent l’indifférence de Levi m’a mise mal à l’aise, mais j’étais si jeune, Evon, je ne mesurais pas la gravité de la situation.
— Ce que tu me dis me touche, mon amour. Ça me fait beaucoup de bien.
Je souris timidement.
— Nous nous sommes retrouvés, il y a des mois maintenant, notre relation a évolué. Pourquoi ne m’as-tu pas confié tout ça ?
— Tu me voyais te dire : « Hé, salut, H, tu te souviens de moi, le mec qui t’aime depuis ses 19 piges. Oh ! Et j’ai tout fait pour que tu reviennes dans ma vie et tu ne t’en es jamais rendu compte ! »
— Comment... bégayé-je. Je suis revenue parce que ma mère est morte.
— Ce n’est pas si simple, Brownie.
— Alors, explique-moi, m’impatienté-je intriguée mais aussi très nerveuse à l’idée qu’Evon ait pu jouer un quelconque rôle dans tout ce qui m’est arrivé avant que je m’installe sur le campus.
— J’ai toujours pris de tes nouvelles par l’intermédiaire de ta grand-mère, même si parfois ce n’était pas facile de tirer quelque chose d’elle.
Il a un petit rire.
— C’est qu’elle perd un peu la boule, ta grand-mère...
Je ris doucement, moi aussi.
— Tu n’as pas idée... elle me disait que c’était Levi qui venait lui rendre visite.
Il soupire.
— Elle est complètement sénile !
— Je suis désolée, Evon.
Pendant des mois, je me suis interrogée sur les raisons qui poussaient Levi à se montrer totalement indifférent envers moi à mon retour au lycée alors que ma grand-mère n’arrêtait pas de rebattre les oreilles à son sujet en me racontant ces innombrables conversations qu’elle a eues avec lui à propos de moi. Elle me disait sans cesse : « Il est fou de toi, ce garçon, fais-moi confiance, Harlow ! » Pas un seul instant, je n’aurais pu penser qu’il s’agisse d’Evon, en réalité.
Evon hausse les épaules avant de poursuivre.
— Je ne venais pas souvent à Georgetown, alors je n’avais pas beaucoup d’infos. Elle m’a parlé du cancer de ta mère, des semaines après ton départ. Là, j’ai été trouvé mon père et je lui ai demandé si c’était vrai. Il m’a confirmé que Joanne était gravement malade et qu’il n’y avait plus aucun espoir. Immédiatement, j’ai voulu savoir ce qu’il envisageait pour la suite et cet imbécile a semblé étonné de ma question.
Il se tend en abordant cette partie de son récit.
— Sérieusement, Maisie était sa fille, il devait prendre ses responsabilités envers elle, mais il n’a jamais été très courageux quand il était question de s’opposer à ma mère. Pour lui, tu allais avoir 18 ans donc tu allais devenir la tutrice de ta sœur et ça serait mieux pour tout le monde. Mieux pour lui, c’est certain, mais pas pour toi !
— Tu ne penses pas que j’étais capable d’assumer ma sœur ? lui demandé-je, blessée qu’il puisse le penser.
— Dis pas de connerie, Bébé ! Bien sûr que tu étais parfaitement capable de la gérer, mais tu avais ta vie à mener, Harlow. Tu avais le droit de faire des études, d’aller à l’université et de t’épanouir normalement, sans avoir à payer un loyer, prendre un job et subvenir aux besoins d’une fillette de 7 ans.
— C’est ma sœur, Evon, je l’aurais fait sans hésiter.
— Et je n’en doute pas une seconde, mais c’est sa fille ! Ce n’était pas comme si elle n’avait plus que toi au monde. Elle avait un père qui avait déjà trop tardé à jouer son rôle dans sa vie. On s’est engueulés genre un millier de fois à ce propos. Finalement, j’ai arrêté de revenir à Georgetown parce que ça me rendait dingue. J’étais obsédé par cette affaire. Ça me tenait éveillé toutes les nuits, mais j’étais en pleine licence de droit et j’ai failli tout foirer. Pendant ce temps-là, toi, tu es revenue à Georgetown.
Il serre les poings à s’en faire pâlir les jointures.
— Et ce connard de Levi ne m’a rien dit ! Il savait que je t’aimais, que je voulais ce qu’il y avait de mieux pour toi, et il a fermé sa gueule. Un jour, je suis passé en ville pour voir ta grand-mère et je t’ai vue.
Il sourit en se remémorant ce souvenir.
— Tu étais au parc avec Maisie, vous faisiez de la balançoire. Je suis resté planté là, à vous épier pendant un bail. Tu avais maigri et même si tu tentais de t’amuser avec ta sœur, je voyais que tu étais profondément triste. Et puis, il s’est mis à pleuvoir et vous vous êtes mises à courir pour rentrer chez vous. Tu es passé à deux pas de moi et tu ne m’as même pas vu. Tu étais si belle, ma Brownie, avec tes cheveux trempés.
— Evon, bredouillé-je en me sentant subitement submergée par toutes les émotions qu’Evon fait naître en moi.
— J’ai roulé jusqu’à chez mes vieux et j’ai tout retourné là-haut. Entre Levi qui ne m’avait rien dit et David qui ne se sortait pas les doigts du cul, j’ai pété un plomb. J’ai parlé à mon grand-père, je lui ai tout raconté. Je n’avais plus le choix, je devais mettre le feu aux poudres pour que David se retrouve dans l’obligation d’agir. Et toute cette merde a enfin explosé. Ma mère me hait parce qu’elle a vécu ça comme une humiliation. Il y avait des mois qu’ils faisaient tous comme si de rien n’était, comme si l’aventure de mon père et ta mère n’avait pas existée, comme si Maisie n’était rien pour nous, comme si toi, tu ne te retrouvais pas seule au milieu de leur foutoir. Tu penses bien que ma mère voulait garder tout ça secret, surtout la paternité de Maisie. C’était un vrai déshonneur pour elle, qu’il ait fait un enfant à une autre femme.
— Pourquoi tu as fait tout ça, Evon ? insisté-je. J’étais chez ma grand-mère, je m’en sortais...
— On sait tous les deux que c’est faux ! Tu te sortais de que dalle ! s’agace-t-il. Tu vivais l’enfer au bahut, tu te coupais et ta grand-mère est une femme adorable, je l’aime beaucoup, sauf que ce n’était pas un soutien, mais une charge supplémentaire pour toi.
— Tu ne savais rien de tout ça à l’époque !
— Non, mais je savais ce qui allait se passer quand tu aurais 18 ans et ça, je ne pouvais pas m’y résoudre. Tu aurais demandé la tutelle de ta sœur, pris un job minable pour tenter de l’élever et tu serais passé à côté de ta vie.
— C’est ta vision des choses, Evon !
— De toute façon, ça n’aurait pas marché !
— Pourquoi dis-tu ça ? J’aurais pu m’en sortir !
— Tu te serais saignée pour Mai’, je le sais parfaitement. Tu lui aurais tout donné et il n’y aurait plus rien eu pour toi, H. Tu te serais oubliée pour ne penser qu’à elle. C’est beau, c’est noble, mais ce n’est pas juste. Je te dis que ça n’aurait pas marché parce que les services sociaux envisageaient déjà le placement de Maisie.
— Mais non ! protesté-je. C’est arrivé après que je me sois coupée au lycée !
— Non, mon cœur. David avait fini par s’en mêler avant que je foute le bordel. Dans le dos de ma mère, il préparait le divorce et sa défense pour récupérer Maisie. L’assistance sociale s’apprêtait à la retirer à ta grand-mère. Il lui a demandé un peu de temps qu’il puisse mettre de l’ordre dans sa vie et la prendre avec lui. Elle a accepté et c’est pour cette raison qu’elle venait souvent en visite, pour s’assurer que tout allait bien en attendant qu’il la prenne à sa charge.
Lentement, il se frotte les paupières.
— Et encore une fois, il a fallu que je bataille avec lui pour qu’il en fasse de même avec toi.
J’écarquille les yeux. Il lève les mains en l’air dans un geste rassurant.
— Ne va pas penser qu’il ne voulait pas de toi, je te jure que tu te trompes, mon père t’aime énormément. Mais il était l’homme qui avait fait fuir ton père, qui avait renversé toute ta vie alors, la perspective de venir te voir et te dire qu’il voulait que tu viennes vivre sous son toit lui foutait la trouille. Il était persuadé que tu ne voudrais pas de lui. Et il avait un peu raison, non ?
Je hausse les épaules.
— Un peu, oui.
— Mais tu m’as offert une belle opportunité de te piéger, et l’assistante sociale qui s’est occupée de vous a été formidable parce que sans elle, je n’aurais pas réussi mon coup.
— Me piéger ? m’étranglé-je. Evon, qu’est-ce que tu as fait ?
Il pince les lèvres et me dévisage la mine craintive.
— J’ai peur de te le dire parce que j’ignore si tu pourras me pardonner, mais je te jure que j’ai fait ça pour toi, pour m’assurer que tu aies un avenir.
Il s’accroupit et se déplace dans ma direction. Assis en face de moi, il pose sa main sur ma joue et se noie dans mon regard.
— Je veux que ça marche entre nous, tellement que je veux que tu deviennes ma femme et par-dessus tout, je veux te faire des bébés. Je veux les aimer comme tu m’as appris à aimer sans même le savoir. Je veux leur offrir tout ce dont on m’a privé, tout ce dont j’ai rêvé de vivre avec toi et uniquement avec toi. Pour qu’on en arrive là tous les deux, tu dois tout savoir, je ne peux rien te cacher. Alors, j’assumerai mes conneries, je ramperai devant toi éternellement s’il le faut, mais j’irai au bout de notre histoire parce que c’est la seule possible pour moi comme pour toi.
Il prend mes mains dans les siennes.
— Tu vas m’en vouloir, tu vas me détester et je ne m’excuserai pas parce que j’ai agi par amour. Et ce n’est pas cet amour que tu crois avoir partagé avec Levi, pas celui que tu crois avoir vu entre tes parents. Non, c’est celui dont je t’ai déjà parlé, celui qui te fait faire n’importe quoi, même les choses les plus ridicules, les plus insensées, parce qu’il emprisonne ta raison, ton discernement et te manipule comme bon lui semble.
Il passe et repasse son pouce sur mes lèvres.
— Cet amour te ferait faire l’impensable simplement pour une seconde, une minute avec l’être aimé, et j’ai fait ce qu’il fallait pour que tu me reviennes, Harlow. Je ne voulais pas d’une seconde ou d’une minute avec toi, non, je voulais l’éternité.
— Qu’est-ce que tu as fait ? pleuré-je, appuyant mon front contre son torse.
Il marque une pause, inspire lentement en posant ses mains sur mes épaules.
— Il n’y a jamais eu d’hôpital psy ou de mise sous tutelle.
Je me relève aussi brutalement que je reçois cette vérité en plein visage. Je crois que je vais crier, hurler, mais Evon capture mon visage entre ses doigts.
— Tout ça, ce sont des conneries que mon père et moi avons mises sur pied pour que tu restes avec lui, pour que tu ailles à l’université. Tes études, c’est moi qui les paie. Ce fric que tu touches tous les mois, c’est la seule aide que l’assistance sociale a réussi à obtenir pour toi.
Il rejette ces larmes qui me roulent sur les joues.
— Tu es libre, mon amour ! Libre de faire ce que tu veux de ta vie. Etudier, vivre chez David, tout ça, tu n’es pas obligée de le faire. Aujourd’hui, c’est à toi de déterminer ce qui est bon pour toi. Moi, je t’ai poussée malgré toi vers le chemin le plus sain et le plus raisonnable à vivre, parce que j’étais convaincu que c’était le mieux à faire à un moment où tu étais en perdition. Mais tu es plus forte que jamais, aujourd’hui, et je ne veux plus rien te dissimuler. Les secrets ont foutu une partie de ma vie en l’air et je ne veux pas que ça recommence. Certainement pas avec toi ! Il y a un moment que je veux t’avouer la vérité, mais comment se lancer quand je sais que je risque de te perdre ? Je ne suis pas un lâche et je ne l’ai jamais été, alors je dis « stop ». Tu es une adulte, tu es brillante, tu es intelligente et tu sauras faire les bons choix pour ton avenir. Je veux faire partie de ta vie, Harlow mais pas en être aux commandes.
— Tu as toujours su que j’étais ici, sangloté-je.
— Tu es ici parce que j’ai tout fait pour que ce soit le cas. Je te voulais près de moi. Mais plus les semaines passaient, moins je trouvais le courage de t’aborder. Après tout ce temps à rester dans l’ombre, il fallait que je t’affronte, que je tente ma chance et je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Dès le jour de la rentrée, j’ai cherché à te voir. Je me rendais à tes cours, je venais en bas de chez toi et pas une seule fois, j’ai eu le courage de venir te parler. Je rêvais de ça depuis des années, je touchais mon rêve du bout des doigts et je me dégonflais à chaque fois.
— Ce n’était pas par hasard quand on s’est croisés à la cafétéria !
— Non, mon cœur, ce n’était pas totalement par hasard. Je t’ai vue sortir de là et je me suis précipité sur toi sans prendre le temps de réfléchir. Tu m’es rentrée dedans et la suite tu la connais.
— Tu as fait semblant...
— Je t’interdis de dire ça, H ! me coupe-t-il rudement. Je n’ai jamais été aussi vrai qu’avec toi. Tout ce qui s’est passé entre nous était imprévisible, je ne pouvais rien calculer à l’avance. Quand tu as fait le choix d’effacer mon numéro, je n’ai rien pu faire. J’attendais ton appel, c’était ta décision !
— Et tu m’as retrouvée dans le bois...
— Ça, c’était une coïncidence, je te le promets. Je rentrais d’un bar où Gavin et moi avions été boire un verre et nous sommes tombés sur toi. J’ai eu un énorme coup de chance, cette nuit-là. Mais dès le lendemain, je t’ai laissé choisir entre rester ou partir. Je t’ai toujours laissé ton libre arbitre.
— Même à Thanksgiving ?
— Oui, même là ! Je suis venu pour comprendre ce que j’avais fait de mal, Brownie, mais je ne t’aurais jamais forcée à quoi que ce soit. Bébé, je t’aime. Je peux respecter que tu ne veuilles plus de moi, car j’ai été trop loin, mais tout ce que je te demande, c’est de ne pas douter de mes sentiments pour toi. Je n’ai pas menti, triché ou cherché à te manipuler, non, j’ai mené un combat pour la femme que j’aime, pour qu’elle trouve le bonheur. Tu es épanouie avec moi, Harlow, je le vois, je le sens au plus profond de mon être. Ce n’est pas feint, ce n’est pas surjoué, c’est vrai, authentique ! J’arrive à te rendre heureuse... Bébé, tu m’aimes...
Ces quelques mots fébriles voguent entre insinuation et affirmation. Les prononcer semble le faire atrocement souffrir, à croire qu’il vient de s’arracher le cœur pour le déposer à mes pieds.
— Je... je..., ânonné-je bêtement.
Nous échangeons un bref regard avant qu’il ne se mette à explorer les environs. À la recherche de quoi ? D’une sortie de secours ? D’une échappatoire ?
— Evon, l’appelé-je doucement.
Mais il fait la sourde oreille. J’attrape le bas de son visage, le force à revenir vers moi et découvrir ses yeux trempés ne m’aide pas à me sentir plus à l’aise.
— Ce n’est pas grave, Brownie, mâchouille-t-il prêt à bondir pour se relever. Je... euh...
Il se racle la gorge.
— Tu veux rester un peu seule ou tu préfères rentrer à l’appart avec moi ? se renseigne-t-il, l’air de rien.
Bien décidée à le retenir près de moi, je tire sur son bras alors qu’il essaie de se sauver. Il finit le cul par terre.
— Tu es un être à part, Evon Mendoza.
Nouveau haussement d’épaules.
— C’est difficile de trouver les mots justes à dire après tout ce que je viens d’entendre, tu sais...
Je repousse ma tignasse en arrière.
— C’est comme si tout ce que je croyais connaître de toi était faux, tout à coup.
Il s’apprête à prendre la parole, mais je l’en empêche en fermant ma main sur sa bouche. Penchée dans sa direction, je ne suis qu’à quelques centimètres de lui. Nous égarant dans le regard de l’autre, nous nous dévisageons un moment en silence. Mes doigts entravent toujours ses lèvres.
— C’est toi qui as mis cette chanson de Lenny Kravitz dans ma playlist ?
Il opine du chef sans tenter de se défaire de ma main.
— Je l’ai écoutée et tu sais ce que je me suis dit ?
Il secoue la tête.
— Que j’aimerais qu’on m’aime de cette manière. Je ne peux pas te dire le nombre de fois où je me suis endormie en pleurant parce que j’avais besoin d’être aimée comme ça, Evon. Et toi, tu étais là quelque part et tu faisais exactement ce dont j’avais besoin.
Nouvel acquiescement.
— Et tu me demandes si je t’aime ?
Il me répond « oui » de la tête.
Je laisse retomber ma main qui est immédiatement remplacée par mes lèvres.
— Tu es un homme incroyable et c’est impossible de ne pas t’aimer, lui murmuré-je.
Il recule légèrement.
— Ce n’est pas comme ça que je veux que tu m’aimes, H...
— Non, tu veux que je t’aime comme le seul homme de ma vie, celui qui me fera des bébés et avec qui je bâtirai cet avenir dont tu as tracé le chemin.
— Un truc comme ça...
— Tu ne m’as pas offert que ton amour, Evon. Tu m’as apporté quelque chose qui n’est pas aussi précieux, mais tout aussi important : du temps. Du temps pour vivre mes 18 ans, pour m’épanouir, pour grandir paisiblement avant de devenir une adulte et endosser les responsabilités qui en découleront le moment venu. Je veux plus que tout le savourer avant qu’on en arrive à penser mariage et bébé. J’adore vivre ici avec Gavin et toi, j’adore me découvrir à travers toi et retrouver le cours d’une vie normale, comme je l’envisageais après le lycée. Rien de ça n’aurait été possible sans toi. Je le pensais déjà avant d’apprendre à quel point tu étais impliqué dans ma vie. Evon, je t’aime pour m’avoir donné envie d’espérer à nouveau. Je t’aime pour m’avoir soutenue, comprise et défendue sans jamais faiblir. Je comprends qui je suis, ce dont je suis capable seulement lorsque je suis près de toi. C’est là où je sais que ce que j’éprouvais pour lui n’est rien en comparaison de ce que je ressens pour toi. Avec Levi, je voulais être tout ce qu’il aimait, mais avec toi, je veux juste être Harlow, parce que je sais que tu m’aimes vraiment et telle que je suis, à l’état brut. Je n’ai pas peur de te décevoir, de ne pas être à la hauteur parce que tu me permets de faire des erreurs, de me corriger et de m’améliorer. C’est ça l’amour, Evon, ce n’est pas définir une personne comme on le voudrait, c’est l’aider à se définir elle-même et la guider. Je ne veux pas que tu sois différent de ce que tu es, Bébé, parce que je t’aime et je ne changerai rien chez toi.
Je souris.
— Même pas ton fichu caractère...
Il ricane avant de s’accroupir devant moi et de m’embrasser en me faisant doucement tomber contre la moquette. Son genou m’écarte lentement les jambes.
— Est-ce que je peux en déduire que tu vas rentrer à la maison ?
Je hoche la tête avec enthousiasme.
— Et est-ce que tu peux envisager de te débarrasser de cette chambre ?
Je fronce les sourcils.
— Mais je n’aurais plus de chez-moi...
— Tu es certaine de ça ?
— Je m’y sens bien, je t’assure, mais c’est votre appart...
— Tu voudrais y mettre des trucs de gonzesses pour t’y sentir comme chez toi.
Je glousse.
— Ça va plaire à Gavin, tiens.
— Il n’a aucun goût de toute façon.
— Je veux payer un loyer !
— H...
— Non, tu m’as énormément aidée et je n’ai aucun moyen de te rembourser, mais je ne peux plus agir comme avant, maintenant que je connais la vérité. Je vais trouver un job et payer ma part du loyer, les courses et ce genre de choses. En ce qui concerne les frais d’université, je vais demander à mon beau chéri de m’accorder un prêt sur très très longtemps pour que je puisse m’acquitter un jour de ma dette, mais vu qu’on a l’éternité pour nous, je crois qu’on peut trouver un accord.
— Ça tombe bien que tu parles de ça, tu es dans la position idéale pour négocier, me dit-il un sourire carnassier accroché au visage.
Il saisit la ceinture de mon pantalon et le fait glisser le long de mes jambes.
— Tu es juste un peu trop habillée...
— Tu m’as manqué, lui avoué-je en le regardant faire.
— Toi aussi, ma Brownie.
Il s’intéresse alors à ma culotte.
— Evon ! le coupé-je.
— Hum ?
Il lève ses beaux yeux vers moi. Je pose ma main sur sa joue.
— Il n’y a plus que toi et moi, mon amour. Plus que tout ce qu’on désire bâtir pour nous. Laisse-les là où ils sont. Ils n’ont pas compris qui tu étais, mais moi, je le sais et c’est tout ce qui compte.
— Il n’y a rien qui pouvait me faire plus plaisir dans ta bouche, Brownie.
— Alors, ne les laisse plus prendre de la place entre nous et j’en ferai autant.
— Et tu es d’accord pour m’accompagner à l’anniversaire de mon grand-père ?
— Quelque chose me dit que je lui dois beaucoup, que sans son soutien, tu n’aurais pas pu faire tout ça pour moi...
— C’est vrai. Il est intervenu quelques fois.
— On ira, dans ce cas ! Et on s’en fout de qui sera là.
— Ça n’a aucune importance !
— Non, aucune !
J’enroule mes bras autour de son cou.
— Maintenant, j’ai envie que tu m’aimes, Bébé.
Il fonce droit sur ma bouche.
— Je n’attends que ça, ma Brownie ; t’aimer comme je rêve de le faire depuis que tu t’es immiscée dans mon cœur.
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Chapitre 40
Mettre des mots, même simples sur ce bonheur retrouvé, sur cette impression d’être profondément chérie, comblée ou encore comprise est un exercice qui ne manque pas de complexité, ce soir. Aucun de ceux qui me viennent à l’esprit ne me semble sonner juste et à la hauteur de ce qui se déroule en moi. À chaque foulée qui me reconduit à l’appartement, je perçois le poids du passé et de la solitude m’abandonner jusqu’à ce que je me sente plus légère qu’une plume. Et je dois tout ça à l’homme qui marche à ma droite, lié à moi par nos simples doigts noués les uns aux autres. Il porte nos mains jointes en direction de ses lèvres et souffle longuement dessus.
— On se gèle, bordel !
— Ça sent Noël, dis-je en chantonnant et en m’enroulant sur son bras.
— Ça sent les vacances !
— Et quel est le programme pour nous ?
— Je n’y ai pas encore réfléchi, à vrai dire. Tu aurais envie de quelque chose en particulier ?
— J’aimerais voir Maisie...
Je ralentis jusqu’à m’immobiliser complètement.
— Profiter d’elle un maximum.
Il arque un sourcil, m’observe curieusement avant de lever les yeux au ciel en poussant un soupir d’exaspération.
— Deux semaines, maugrée-t-il. Tu es vraiment en train de me demander de me coltiner David pendant quinze jours ?
J’ai une moue suppliante.
— Pour notre petite sœur.
Il pointe l’index vers moi, la mine grave.
— Voilà pourquoi j’aurais mieux fait de fermer ma gueule ! Avant, tu savais que je t’aimais, mais aujourd’hui, tu t’aperçois du pouvoir que tu as sur moi et tu vas en jouer pour me pourrir la vie, je me trompe ?
J’attrape ma lèvre inférieure entre mes dents pour ne pas rire.
— C’est possible !
— Brownie, brame-t-il avant de reprendre sa route. Deux semaines avec lui, sérieux !
— Pour Maisie !
— Pour Maisie, m’imite-t-il grossièrement.
Je cours vers lui et saute sur son dos.
— Je te promets qu’on va passer de bonnes vacances, dis-je en lui embrassant bruyamment la joue. Qu’importe où nous sommes, le principal est que nous soyons ensemble, non ?
— Je veux bien essayer, mais si ça me prend trop la tête, je te préviens, on se tire !
— Marché conclu !
— Tu es chiante, H, je te jure !
— Ce n’est pas de ma faute si tu m’as trop dans la peau !
— Et tu t’en amuses ? s’indigne-t-il en enroulant mes jambes autour de lui. J’aurais dû me douter que je ne pouvais pas te faire confiance.
— Mon bel amour, tu n’as aucune idée de ce qui t’attend !
— De la souffrance...
— Une éternité de souffrance !
Arrivés tous deux au pied de notre immeuble, je bondis sur le sol. Evon m’ouvre la porte et m’invite à entrer.
— Te voilà à la maison, ma Brownie !
Je passe devant lui et lui dérobe un baiser au passage.
— Ça m’avait manqué !
— Forcément ! Vivre avec nous, c’est trop cool !
— Mais oui... le bonheur intégral... c’est le bordel, ça pue le fauve, il n’y a jamais un truc à bouffer et je ne te parle même pas de la cuvette des chiottes que je dois abaisser genre tout le temps !
Il me pousse si fort que je percute le mur à ma droite.
— Hé !!!
Il ricane et déverrouille la porte d’entrée. Avant de tourner la poignée, il se penche à mon oreille.
— Je t’aime, colocataire.
Je souris béatement et réponds à sa gentillesse d’un baiser.
— Je t’aime aussi.
Il ouvre et entre en premier.
— Putain, Ev’, j’essaie de te joindre depuis une heure, grogne Gavin alors qu’il n’a pas mis un pied à l’intérieur. Tu as vu Brownie ? Elle t’a écouté ?
Evon se dégage de sorte de me laisser la place nécessaire pour franchir le seuil.
— Coucou, dis-je timidement en faisant mon irruption.
Gavin a tenté de m’appeler à plusieurs reprises, j’ai eu des dizaines de SMS de sa part au cours des deux derniers jours et je les ai tous ignorés. Logiquement, je me sens un peu coupable.
— Princesse, m’accueille-t-il en bondissant de son fauteuil, la mine ravie.
Mais ses traits deviennent vite maussades.
— Tu es au courant qu’on s’est inquiétés pour toi ?!
Je pince les lèvres et jette un coup d’œil à Evon qui me lance un regard genre : « Démerde-toi, ma grande ! »
— Je suis désolée, Gavin. J’ai merdé, je sais !
— Un peu, ouais !!!
— J’avais besoin d’un peu de temps pour penser à tout ça.
— Bah, un SMS pour dire « je suis en vie », ça ne t’aurait pas tuée, tu sais !
— Non, c’est vrai, tu as raison et je te présente mes excuses.
— Je crois qu’elle a un truc à te demander, ajoute Evon qui, appuyé contre le mur, se régale de me voir me faire houspiller par mon ami.
Je balance la tête vers lui et le cingle d’un regard glaçant.
— Quoi donc ?
Jouant avec la lanière cassée de mon sac, je baisse les yeux sur mes chaussures.
— En fait, débuté-je la voix hésitante. Avec Evon, on a beaucoup discuté et j’aimerais... si tu es d’accord... venir vivre ici avec vous.
— Plus que tu n’y vis déjà ?!
— Je voudrais que ça soit plus officiel, mais je paierai un loyer, m’empressé-je de le rassurer.
Il échange un regard avec Evon.
— Je veux bien, mais je te préviens, tu me refais un coup comme celui-là et je serai moins sympa avec toi !
Je souris devant son manque évident de sérieux tandis qu’il essaie de me faire la leçon.
— Ça marche !
— On la met sur le bail ? demande-t-il à Evon qui hausse les épaules.
— Ouais, si tu veux !
— Et ce n’est pas parce que vous êtes en couple que je dois voir vos miches à longueur de journée. Vous avez une piaule pour vos parties de jambes en l’air ! J’ai déjà le son qui tourne en boucle, épargnez-moi l’image !
Je glousse.
— En passant, continue-t-il en marchant vers la cuisine. Vous devriez envisager de consulter, vous êtes trop dégueus !
Je zieute Evon par-dessus mon épaule. Il se marre à la remarque de Gavin.
— On est surtout trop bons, dit-il en me faisant un clin d’œil. Il est seulement jaloux !
Je me précipite sur lui et l’embrasse en riant.
— Je vais ranger mes affaires dans la chambre, après, je nous ferai à dîner.
— Spaghettis ! s’écrie Gavin qui a, visiblement, les oreilles qui traînent.
— Je vais aller acheter ce qu’il te faut pendant que tu te mets à l’aise.
— Entendu !
Il encadre mon visage. Ses lèvres effleurent les miennes.
— Je suis heureux que tu sois là, Brownie. J’ai l’impression de revivre.
— Je ressens la même chose.
Je tourne les talons et fonce vers notre chambre.
**
Le bonheur de retrouver un endroit familier nous inspirant sécurité, confort et bien-être, il n’y a rien de plus agréable. C’est exactement ce que j’éprouve en me retrouvant dans notre chambre à coucher. En petite tenue, je suis sur le point de me glisser sous la couette. Mon bel amour m’attend déjà dans notre lit. Les bras repliés sous sa tête, il m’observe me brosser les cheveux. Un geste du quotidien on ne peut plus anodin, pourtant il semble admirer l’une des plus belles œuvres d’art de ce monde. Je ris de sa mine contemplative.
— Quoi ? m’amusé-je.
Il réajuste sa position et s’adosse contre la tête du lit.
— Rien, c’est seulement que j’ai rêvé un milliard de fois de ce moment où je te dirai tout ; tout ce que je suis, tout ce que j’éprouve, où je n’aurais plus aucun secret pour toi et pas une seule fois, j’ai envisagé que ça puisse se terminer ainsi…
— Comment ? le questionné-je, curieuse d’en apprendre plus sur sa façon de penser du moment.
— Toi, qui me comprends, qui me pardonnes d’être souvent excessif, qui acceptes de passer sur mes vilaines cachotteries et qui reviens à la maison.
Je trottine jusqu’au lit, y grimpe jusqu’à m’asseoir sur lui.
— Tu pensais que je ne te pardonnerais pas de m’avoir offert la plus incroyable des preuves d’amour ?
— Encore fallait-il que tu l’interprètes comme ça. J’avais peur que tu n’y voies qu’une manipulation.
— C’est le cas, tu m’as manipulée, d’une certaine façon, mais tes motivations n’étaient pas intéressées.
Je fais la moue.
— Enfin, un peu quand même ! Tu espérais bien que je tombe follement amoureuse de toi.
— Je plaide coupable, badine-t-il.
Avec une grande attention, je redessine les contours de ses pectoraux puis de ses abdos du bout des doigts.
— Et ton père a accepté de te suivre dans ton plan machiavélique...
— Je te l’ai dit, ma puce, il t’aime beaucoup. Par égard pour toi, il voulait se tenir loin de ta vie. Pour lui, tu ne pouvais que le détester, mais ton sort l’inquiétait.
— Ils s’aimaient vraiment, Evon, affirmé-je.
— Oui, Brownie, ils s’aimaient vraiment, et je suis le mieux placé pour comprendre ce qu’il ressent pour ta maman.
Il repousse délicatement mes cheveux dans mon dos.
— Il a raison, tu lui ressembles un peu plus chaque jour.
Une vague d’émotion me submerge.
— Leur vie, comme la nôtre, aurait été plus simple s’ils s’étaient battus pour leur amour.
— Sûrement.
— Ça aurait fait de nous des demi-frères et sœurs, dis-je en me mettant à rire.
— L’horreur !
Je l’embrasse.
— Tu aurais été excellent dans ce rôle, mais je te préfère dans celui du petit ami.
— J’aurais fini par te détourner de toute manière.
— Je n’ai aucun doute là-dessus.
— J’aurais voulu qu’ils puissent vivre librement avant qu’elle s’en aille. Je crois qu’ils espéraient secrètement qu’un jour ce soit possible, mais c’était sans compter sur la maladie.
— Je ne veux pas passer ma vie en pensant que j’aurais toujours le temps de vivre les choses, Evon, je veux la vivre maintenant sans repousser à demain ce que je peux faire aujourd’hui.
— C’est la meilleure philosophie, Harlow. Il ne faut pas perdre un temps appréciable à se poser des questions, à trop réfléchir, non, il faut mordre la vie à pleine dent et en savourer chaque instant.
— Promets-moi que c’est ainsi que nous vivrons notre histoire, lui demandé-je ma bouche subtilement posée sur la sienne.
— Je te le promets, mon amour. Nous allons nous aimer follement, vivre pleinement et faire de chaque jour un moment unique, un moment précieux.
Ses mains se referment sur mes hanches avant qu’il ne me fasse basculer sur le lit pour s’installer entre mes cuisses.
— Et je crois qu’on va commencer maintenant, ricane-t-il avant de m’embrasser à pleine bouche.
J’enroule mes jambes sur sa taille et ondule contre lui à plusieurs reprises pour lui témoigner de mon enthousiasme et cette rencontre le fait grogner.
— Je t’aime, Evon, dis-je en m’extasiant quand il me laisse reprendre mon souffle dans ce baiser acharné.
— Moi aussi, ma Brownie. J’ai si souvent rêvé que tu me laisses t’aimer, mais jamais je n’ai cru que ça puisse se réaliser un jour. Tu es tellement…
Ses bras posés de part et d’autre de mon corps, il me domine de son imposante carrure. Un sourire adoratif se dessine sur son joli visage.
— … Harlow…
Je pouffe de rire.
— Je suis tellement moi, m’amusé-je.
— Oui, tu es tellement toi ! Être Harlow, c’est être incroyablement forte, exceptionnellement douce et d’une gentillesse sans égale, mais c’est surtout rester fidèle à soi-même, qu’importe les gens qui vous blessent ou les épreuves à traverser. Si j’étais si en colère lorsque je t’ai retrouvée près de St Gervais, c’est en partie parce que j’ai eu peur que tout ce que tu as vécu t’aie changée. Ma colère n’était pas dirigée vers toi, bien sûr, mais contre ceux qui t’ont abîmée. J’étais furax qu’on écorche un être aussi parfait. Je t’aimais tellement, mon bébé, je ne voulais qu’on me prenne ce qu’il y avait de plus cher en ce monde, et c’est toi, Harlow.
— Evon…
— Pendant ce temps où je ne t’avais pas près de moi, je n’avais que mes souvenirs et mon imagination pour penser à toi et souvent, je me raisonnais en me disant que je te fantasmais, que je t’idéalisais, qu’il était impossible que tu sois si extraordinaire, si parfaite. Lorsque je songeais à mes sentiments pour toi, je ne voyais pas comment je pourrais être plus amoureux et il n’a pas fallu plus de quelques minutes auprès de toi pour comprendre que tu es encore plus fabuleuse que je l’imaginais, que j’étais bien plus éperdument amoureux que je n’avais pu le concevoir jusque-là.
Les yeux cachés dans mes mains, je laisse échapper un long souffle supplicié.
— Je ne sais pas comment je vais faire, bafouillé-je émue.
— Faire quoi ?
— Pour te rendre tout ça !
Je rejette mes larmes dans un hoquet.
— Ça n’a rien à voir avec mon amour pour toi, je t’aime, je n’en doute pas. Mais comment je peux te le prouver sans paraître totalement ridicule à côté de toi ? Tu as mis la barre trop haut !
Il me saisit les poignets pour que je ne puisse plus me cacher.
— J’ai compris quelle place je voulais que tu tiennes dans ma vie, il y a des années de ça. Depuis, je me suis focalisé sur toi et sur tout ce que je voulais t’offrir. Toi, tu as commencé à me voir autrement il y a peu de temps, ton amour est encore jeune et tu es en pleine découverte de toi-même. Tu sauras me montrer comme je suis important à tes yeux le jour où j’en aurai besoin, je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet. Dans l’immédiat, tu dois seulement te reconstruire et c’est avec moi que tu entreprends ce grand travail. Tu me laisses te guider, t’épauler et c’est déjà une démonstration de ton attachement très importante, même primordiale. Ne nous vis pas trop vite, ma chérie, laisse-nous grandir, devenir forts, bâtir des bases robustes et nous serons inébranlables quand les mauvais jours arriveront. Je ferai tout pour les éviter, malheureusement, ce n’est pas toujours possible. Mais nous saurons les affronter ensemble, c’est ça être un couple.
— Tu ne me laisseras jamais seule ? articulé-je difficilement, la gorge entravée par un sanglot.
— Jamais, ma puce.
Je secoue la tête subitement envahie par mes émotions.
— Je ne veux plus jamais ressentir ça, Evon. Je ne veux plus me retrouver seule, pleuré-je à chaudes larmes.
Il me fait captive de ses bras et roule sur le dos en me gardant plaquée contre son corps.
— Il est hors de question que je te lâche, H. J’ai remué ciel et terre pour que nous en arrivions là, et je peux te jurer que je ne renoncerai pas à nous, pour rien au monde. Plutôt crever que de t’abandonner.
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Chapitre 41
Mes doigts n’ont de relâche que de fouler le tissu de ma robe comme si ce geste machinal était un exutoire à l’immense stress qui me mord le ventre depuis notre départ de Columbia. Ce dimanche, Evon et moi nous rendons à Pawleys Island, une petite ville côtière de Caroline du Sud. C’est là que se trouve la maison de son grand-père. Celle-ci est une grande demeure qui a fait office de résidence secondaire pendant des années quand monsieur Mendoza menait ses affaires à Charlotte en Caroline du Nord. Maintenant à la retraite, il est venu s’installer en bord de mer et profiter de cette vie paisible, loin de la ville et de ses agitations.
Pawleys Island n’étant qu’à une vingtaine de kilomètres de Georgetown, j’ai eu souvent l’occasion d’y venir en été avec Levi. Nous y passions des journées, voire des week-ends entiers. Et penser qu’Evon était là lui aussi sans que je n’y prête réellement attention est assez déroutant. Il faut dire qu’il était difficilement abordable à l’époque. Surtout si Levi était dans les parages. Si me rendre là-bas était toujours une bonne nouvelle, il n’en est rien, aujourd’hui ! Non, pour la première fois de ma vie, j’y vais à reculons et la boule au ventre. Comment être enthousiaste d’aller dans un endroit où je ne suis pas la bienvenue ?
— Pourquoi ne me dirais-tu pas ce qui se passe dans ta jolie tête, ma puce, m’encourage Evon en emprisonnant ma main dans la sienne.
— Rien, m’étranglé-je.
Evon a un gloussement taquin tandis qu’il embrasse chacun de mes doigts.
— Tu sais, tu es carrément nulle quand il s’agit de mentir…
— Oui, je suis au courant, soupiré-je en laissant ma tête retomber contre le siège.
— Harlow, je t’assure que ça va bien se passer. Il faut que tu me fasses confiance !
— Si ce n’était pas le cas, je ne serais pas assise à ta droite ! Ça n’empêche que ce n’est pas facile de me rendre à ce repas. Je suis la fille de celle qui a…
— Arrête ! me gronde-t-il.
Je me tais immédiatement.
— Tu n’es rien d’autre que ma petite amie, H ! C’est ce rôle que je veux que tu tiennes, aujourd’hui ! Aujourd’hui et tous les autres jours, d’ailleurs ! Il n’y a rien d’autre que ça ! C’est fini, Harlow, il n’y a plus de liaison, de mensonge, de tromperie, de secret. Maintenant, il n’y a que toi et Mai’ qui vous reconstruisez après la mort de votre maman, il y a David qui fait le deuil de la femme dont il est amoureux et qui bâtit une nouvelle vie avec son enfant. Il y a toi et moi, ma puce, qui nous sommes enfin trouvés. Je ne vois rien d’autre, ni aujourd’hui ni demain.
Je hoche la tête.
— Il n’y a que nous, acquiescé-je.
Il me sourit fièrement avant d’arquer un sourcil.
— Je t’ai dit que tu étais très belle ?
— Depuis ce matin, au moins un millier de fois, le taquiné-je.
— C’est lourd si je recommence ?
Je secoue la tête en riant.
— Tu es resplendissante, mon amour et je t’aime comme un putain de malade.
Je m’accroche à son bras et l’embrasse.
— Moi aussi, je t’aime.
**
Après deux heures de route, Evon pénètre dans la propriété de son grand-père, un peu avant midi. Nous rencontrons d’abord cette grande allée de cailloux. Allée qui remonte jusqu’à la maison, entourée de grandes étendues d’herbe qui encerclent cette imposante bâtisse cosy et luxueuse. Faite de bois, elle surplombe la mer qui s’étend sous nos yeux. L’océan est particulièrement agité.
La BMW s’immobilise près du porche. Il y a deux autres voitures stationnées ici, dont celle de Levi. Mon cœur s’emballe un peu plus dans ma poitrine. Parfaitement détendu, Evon sort et vient m’ouvrir la portière. J’accepte la main qu’il m’offre et me mets au pas à ses côtés tandis que, la démarche altière, il s’engage sur le perron. Si je n’étais pas si angoissée, je rirais de son attitude fanfaronne. Je crois que je vais m’évanouir sous la pression quand il tourne la poignée, pousse la porte et fait un pas dans le hall d’entrée. Ici, rien n’a vraiment changé, c’est peut-être un peu plus ordonné que lorsque nous étions enfants. Il n’était pas rare que nos vestes, nos chaussures traînent dans tous les coins ou que le sol soit recouvert de sable. Evon me débarrasse de mon manteau et en fait autant avant de m’inviter à le suivre à travers la salle à manger sur notre droite. Ici, le couvert a été dressé sur cette table imposante. Un feu brûle dans la cheminée. Je reconnais le vaisselier qui m’a marquée par sa beauté. Taillé dans un bois noble, il me donnait l’impression d’avoir habillé les plus beaux palais de ce monde tant il me paraissait prestigieux.
La prochaine pièce, celle dont provient de nombreuses voix est le salon. Là, trois immenses canapés sont placés devant une seconde cheminée. Un buffet d’époque, un piano à queue et de nombreux tableaux de peintres viennent finir de le meubler.
Assis autour d’une bûche qui se consume, le grand-père d’Evon est entouré de Levi qui nous tourne le dos, de son fils aîné, Thomas et de sa femme, Claire, ainsi que de leurs deux enfants : Amanda et Ben. Je les connais pour avoir passé bien des moments ici, avec Levi et moi. Amanda a mon âge et Ben a 21 ans.
Garrett Mendoza est le premier à remarquer notre présence. Il abandonne sa place.
— Evon, s’exclame-t-il, ravi, en venant à notre rencontre.
Levi balance un coup d’œil à son frère, mais c’est sur moi que son regard se pose. Il écarquille les yeux en me trouvant là et bondit disgracieusement du canapé.
— Je suis content de te voir ! s’enthousiasme Garrett en prenant son petit-fils dans ses bras.
— Bon anniversaire, Grand-père !
Il le remercie et s’intéresse à moi.
— Harlow, je suis heureux de te revoir, dit-il en me mettant à l’aise. C’est fou, ce que tu as grandi. Tu étais haute comme trois pommes la dernière fois que nous nous sommes vus.
Je souris, gênée.
— Je n’ai pas vraiment l’impression d’être beaucoup plus grande que ça…
Il rigole et se tourne vers Evon.
— Venez vous asseoir, les enfants, nous allions boire une coupe de champagne !
Nous nous approchons et, sous le regard insistant de Levi, je salue un à un les membres de sa famille et tous se montrent extrêmement polis. Bien sûr, Evon et Levi ne se saluent pas. C’est même glacial entre les deux frères, mais personne ne semble s’en préoccuper. Pendant que Garrett et Thomas s’occupent de déboucher le champagne, Evon m’invite à m’asseoir et prend place à mes côtés.
— Je t’ai à l’œil, ma beauté, me murmure-t-il à l’oreille lorsque son oncle me tend ma coupe.
Je ris doucement et mon air enjoué s’évapore instantanément quand Abigail, la mère d’Evon et Levi, revient de la cuisine. Comme si elle avait un radar, ses yeux noirs se braquent sur moi. Elle a un mouvement de recul en me trouvant assise aux côtés de son fils. Instinctivement, je cherche refuge auprès d’Evon et glisse ma main dans la sienne. Lui qui échangeait un mot avec son cousin regarde vers moi et aperçoit sa mère.
— Abigail, la salue-t-il froidement.
— Evon, lui dit-elle comme s’il venait de lui balancer un coup de poignard dans le cœur.
— Maman, intervient Levi. Viens t’asseoir.
Il lui indique une place vacante près de lui.
— C’est… je…, ânonne-t-elle en virant au rouge.
Garrett Mendoza se lève.
— Abigail, ton fils vient de te dire de t’asseoir. Vas-y et je ne veux rien entendre !
Elle rudoie son père du regard.
— Et plus vite que ça, insiste-t-il sans se démonter.
Acculée, elle finit par céder et sans me quitter des yeux, elle rejoint Levi.
Nous trinquons dans une ambiance relativement plaisante malgré les tensions qui règnent dans la pièce. Au fil du temps, je finis par me détendre, grâce à Evon, et à son grand-père qui ne manque pas une occasion de me montrer de l’intérêt.
**
— Oh ! Je pensais trouver Evon, ici…
Le déjeuner en famille chez Garrett Mendoza s’est bien mieux passé que je le redoutais. Evon est bien décidé à ignorer la présence de sa mère et de son frère, et j’en ai fait autant. Finalement, j’ai beaucoup bavardé avec Amanda qui est toujours aussi adorable. Claire, sa mère, s’est montrée très gentille, elle aussi. Evon, lui, n’a fait que de discuter avec son grand-père. Les deux hommes sont incroyablement complices. Mais seulement voilà, à la fin du repas, je me suis absentée pour aller aux toilettes et Evon avait disparu du salon à mon retour, je me suis donc lancée à sa recherche et une nouvelle fois, je n’ai pas pioché le bon frère…
Je ne m’éternise pas et tourne les talons, prête à déguerpir.
— T’amener ici, se lamente Levi. Il a osé !
Je jette un coup d’œil vers l’homme à qui je tourne le dos. Une bière à la main, il est appuyé contre le dossier du canapé de style classique au centre du petit salon.
— En quoi est-ce si étonnant après tout ?! Ne m’as-tu pas présentée à ton grand-père par le passé ?
— Si, justement !
— Evon n’a pas moins de droits que toi, Levi !
— C’est juste déplacé...
— Pas plus déplacé que tout ce qui a conduit à notre séparation !
Il encaisse le coup dans un long soupir.
— Et il ne va pas partir en vrille s’il te voit ici avec moi ?
— Non, il n’y a aucune raison pour que ça arrive.
— Vraiment ? Toi et moi, c’est un sujet sensible pour Evon. Enfin, à ce qu’il prétend...
— Je ne pense pas que ce soit le plus sensible. Maintenant, je peux me mettre à sa place et comprendre qu’il ne soit pas fan de nous voir « sympathiser ».
— Il a tellement de choses à me reprocher, s’apitoie-t-il faussement.
Je croise mes bras sur ma poitrine et l’observe franchement.
— Je dois être trop curieuse, mais j’aimerais savoir ce que toi, tu as à lui reprocher précisément parce que de ce que j’en sais, tu as merdé dans ta relation avec Evon.
— Bah voyons ! s’exclame-t-il en souriant avec ironie. Qui n’entend qu’une cloche...
— Levi, j’ai grandi avec vous ! Je connais Evon et j’ai souvent assisté aux brimades de ta mère à son encontre.
Il n’en faut pas davantage pour que Levi montre les crocs. Je lève les mains en l’air dans un signe d’apaisement.
— Je me moque de savoir ce que tu en penses. C’est une affaire entre Evon et ta mère. J’ai mon opinion sur la question et ça me suffit. Ce que je ne comprends pas, ce sont les raisons qui t’ont poussé à ne rien lui dire de mon retour à Georgetown.
Ses traits se durcissent quand j’évoque cette partie de notre histoire.
— Tu savais qu’il m’aimait, qu’est-ce que ça pouvait te faire qu’il s’intéresse à moi ?
— Il t’a parlé de ça ?
— Il m’a tout dit, Levi !
— Et donc lui, tu lui pardonnes ? Il savait pour Leah...
— Et ce n’est pas son erreur pour autant ! C’est de ta bouche que j’aurais dû l’apprendre, pas de celle de Leah et encore moins celle de ton frère ! Il voulait veiller sur moi, bon sang, pourquoi ne lui as-tu rien dit ?
— Tu te poses vraiment la question ? s’agace-t-il. Tu ne vas pas t’imaginer que j’aime vous savoir ensemble, si ?
— Mais tu étais avec Leah ! Tu avais fait un choix...
— Un choix !!! Tu crois que j’avais le choix ? Je me suis démerdé comme j’ai pu, Harlow ! Ma famille partait en fumée et ma copine était à des centaines de kilomètres de moi !
— Mais avant tout ça, tu avais déjà renoncé à nous en couchant avec elle. Tu ne vas quand même avoir le culot de me dire que tu m’aimais toujours pendant que tu t’envoyais en l’air avec Leah !!!
— Ce n’était que du cul, putain, hurle-t-il. Je m’en tapais d’elle ! Elle m’apportait seulement ce que tu me refusais.
— Donc, c’est de ma faute, m’insurgé-je. Je ne sentais pas prête, alors tu t’es rabattu sur ma meilleure amie !
— J’avais 16 ans et les hormones en ébullition. Leah n’arrêtait pas de me chauffer. Oui, j’ai merdé, mais ça ne veut pas dire que je ne t’aimais plus.
— Sauf que ça n’a plus la moindre importance, aujourd’hui. Savoir ce que vous avez fait ne me blesse même pas. Oui, je me suis sentie stupide quand je l’ai su. Stupide et humiliée. Mais ça ne m’a pas fait mal.
Il passe lentement les mains sur son visage.
— On parle d’Evon, là, Brownie ! s’irrite-t-il en marchant vers moi.
L’entendre utiliser ce surnom dont il est l’inspirateur et dont je me régalais quand nous étions enfants me hérisse les poils, aujourd’hui.
— Non, je ne parle pas de lui, mais de toi ! Tu es la dernière personne en ce monde avec qui j’ai envie d’évoquer mon histoire avec Evon. Je te parle de toi, de ce droit que tu t’es octroyé d’interférer entre nous !
Dans un geste presque enragé, je le pousse.
— Après tout ce que tu m’as fait, dis-je les dents serrées quand je crois que je vais pleurer.
— Tu es à moi, Harlow ! Je m’en tape d’Evon.
— Je l’aime, Levi.
Il rejette mes paroles dans une grimace.
— Tu essaies de m’atteindre, c’est tout ! Tu veux me donner une leçon, mais j’ai compris, Harlow ! On peut arrêter cette mascarade, maintenant ?
Il lève la main vers moi. Je comprends qu’il s’apprête à la poser sur ma joue. Je la rejette violemment.
— Je t’aime, mon ange, et je suis prêt à tout pour te le prouver, me dit-il attristé que je le repousse.
— Mais tout ce que je souhaite, c’est vivre cette nouvelle vie avec l’homme qui a su faire de moi sa seule priorité, qui m’a montré et qui me montre encore tous les jours comme je suis importante, mais surtout qui ne m’a jamais laissée seule, même quand je ne savais pas qu’il était là pour veiller sur moi. Tu n’es pas cet homme Levi, et ce n’est pas de ma faute ni celle d’Evon, mais uniquement de la tienne. Je t’ai aimé, je t’ai attendu et tu m’as méprisée. Je te pardonne de m’avoir trompée, je te pardonne d’avoir préféré ta famille à notre histoire, mais je ne te pardonnerai jamais de ne pas l’avoir laissé entrer dans ma vie à un moment où j’en avais tellement besoin et où, toi, tu étais absent.
Je crois qu’il va prendre la parole et se ravise comme s’il ne savait pas par où commencer, mais la porte qui s’ouvre à deux pas de nous coupe court à sa réflexion. Si l’espace d’une seconde, je redoute que ce soit Evon, voir apparaître la mère de Levi ne me rassure pas davantage. D’abord, elle pose son regard sur son fils puis sur moi et là, il n’y a plus de douceur, plus d’affecte, que de la haine. Une haine profonde, sans limites.
— Quand on dit que le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre...
— Je..., bégayé-je.
Et mon incapacité à faire face à cette femme finit par m’agacer. Pourquoi je la laisse me rabaisser ainsi ? Et de quel droit elle nous juge, moi ou ma mère ? Une femme, une mère capable de faire des distinctions entre ses enfants sous prétexte que l’un d’eux a été adopté n’a absolument rien à me dire !
— Ça n’est pas suffisant que ta mère ait foutu le merdier dans mon mariage, tu viens semer la zizanie entre mes fils.
— Maman, soupire Levi d’une voix faiblarde.
Elle le rudoie, il se recroqueville sur lui-même.
— Je crois que vous n’avez besoin de personne pour détruire votre famille, Madame Mendoza. Vous vous en chargez très bien toute seule !
Elle hoquète avant de se tourner vers Levi qui reste comme deux ronds de flan.
— Mais pour qui te prends-tu ? s’énerve-t-elle en faisant un pas dans la pièce.
— Maman, essaie d’intervenir une nouvelle fois Levi.
— Heureusement, tu t’es débarrassée d’elle, mon chéri.
Heureusement, heureusement... heureusement pour moi !
— Je ne pensais pas que ton frère pouvait être aussi stupide...
— Stupide, riposté-je sans attendre. De quel droit vous parlez de lui de cette manière ?
— Je suis sa mère ! surenchérit-elle.
— Quand ça vous arrange ! Vous n’avez rien d’une mère en ce qui concerne Evon.
— Tu n’as aucune leçon à me donner...
— Ça fait des années que vous vous permettez d’insulter ma mère et c’est très facile quand la personne n’est plus là pour se défendre, mais moi, je suis toujours là pour le faire ! Je vous interdis de la juger...
— Elle m’a volé mon mari.
— Avant d’incriminer ma mère, vous devriez vous regarder en face et vous poser les bonnes questions !
— Qu’est-ce que tu dis ? vocifère-t-elle, perdant son sang-froid.
— Vous n’avez que ce que vous méritez !!!
— Espèce de garce, hurle-t-elle avant de se précipiter sur moi.
Je me tiens fermement devant elle, prête à tout affronter quand je suis happée par la taille et projetée en direction de la porte. Evon vient de surgir dans la pièce et fait barrage entre moi et sa mère. Elle se fige face à l’armoire à glace qui vient de se dresser sur son chemin.
— Tu n’as pas honte de la ramener ici ? Ne cesseras-tu jamais de m’humilier ?
— Evon, intervient Levi d’un ton suppliant en fonçant vers son frère aîné.
Même si je ne peux pas le voir frontalement, je devine à ses épaules qui s’abaissent et qui s’élèvent à une allure démesurée qu’il est au bord de l’explosion.
— Ne t’approche pas de moi, brame Evon à l’intention de Levi.
Puis, il se tourne vers sa mère.
— Ne t’adresse plus jamais à elle.
— Elle n’a rien à...
— La ferme, s’époumone-t-il. Je ne veux plus t’entendre ! Quand est-ce que tu comprendras que rien de ce que tu dis ou penses ne m’intéresse ?!
— Je n’ai pas élevé un ingrat !!!
— Tu ne m’as pas élevé du tout, et il n’y a rien dont je puisse t’être reconnaissant !!!
Elle tente de reprendre la parole, mais Evon ne lui en laisse pas l’occasion.
— Tu ne comprends pas Abigail, c’est terminé !!! Cette parodie de famille que tu crois avoir bâtie, c’est de l’histoire ancienne ! Tu es toute seule ! J’ai ma vie, David est enfin libre de vivre avec sa fille. Tu ne peux plus asseoir ton pouvoir sur nous, c’est terminé. Trouve-toi d’autres pauvres âmes à torturer, mais je te préviens, laisse Harlow en dehors de tout ça ou tu verras jusqu’où peut aller mon ingratitude.
— Evon, s’oppose Levi.
— Et toi aussi, arrête de lui tourner autour ! Si tu te mords les doigts de l’avoir jetée, ce n’est pas notre problème.
La mère d’Evon a un rire moqueur. Je le vois serrer ses poings le long de son corps.
— Maman, arrête maintenant, s’interpose Levi une nouvelle fois. Tu n’avais pas à lui parler comme ça.
Abigail Mendoza, la mine effarée dévisage son jeune fils.
— Tu prends sa défense contre moi !?!
— Elle n’y est pour rien dans ce qui s’est passé entre papa et Joanne, tout comme moi ou Evon. Tu ne peux pas lui coller sur le dos quelque chose qu’elle a subi comme nous tous.
M’accrochant au pull d’Evon, je me penche légèrement pour regarder la scène plus en détail tellement elle me paraît surréaliste.
— Je rêve !
Levi tend une main vers sa mère et attrape la main de cette dernière.
— Maman, je t’aime, mais je te le demande, arrête de ressasser le passé, tourne la page et laisse Harlow en dehors de tout ça.
— Pour... pourquoi ? bafouille-t-elle, sonnée par la supplique de son fils.
— Parce que je l’aime toujours, Maman. Parce que je n’ai jamais cessé de l’aimer et que je ne peux plus faire semblant simplement pour toi.
Étrangement, Abigail Mendoza ne réplique pas. Visiblement à court de mots, elle scrute Levi et encaisse ses paroles.
— Je sais que tu as de la peine et j’en suis désolé, mais Harlow reste la seule que j’aime, papa reste mon père et Maisie est ma petite sœur.
Elle a un soupir agacé quand il parle d’elle.
— Je ne renoncerai pas à elle comme j’ai renoncé à Harlow. Regarde où j’en suis aujourd’hui... C’est avec moi qu’elle devrait être, pas avec lui. Je dois voir la femme que j’aime avec mon frère parce que je n’ai pas su te dire « non » quand j’aurais dû le faire !
Et aussi parce que tu m’as trompée, hein ! Il oublie vite ce petit détail, lui !
— Dis que c’est de ma faute, se rebelle-t-elle.
— Non, Maman, c’est de la mienne et je ne te reproche rien. Je te demande seulement de mettre un terme à tout ça.
Ébahie, je les observe discuter en me demandant si je ne suis pas en train d’halluciner. Jamais je n’aurais cru voir Levi s’opposer à sa mère. Mais je cesse brusquement ma contemplation quand on me fait pivoter en me prenant par la main. Je suis alors attirée en dehors du petit salon et traînée dans le couloir.
— Evon ?
— On s’en va !
— Mais, Bébé !
Aussi brutalement qu’il s’est mis en route, il se stoppe et me fait front.
— J’ai dit qu’on se barrait, cesse de tout discuter en permanence, Harlow.
Préférant lui laisser un moment pour se calmer, je ne bronche pas et le suis à travers les imposants couloirs de la maison de son grand-père. Nous retrouvons ce dernier dans son bureau. Installé sur son sofa, il boit un verre de scotch tout en fumant le cigare.
— Evon, Harlow, vous voilà !
— Je suis désolé, Grand-père, mais nous devons y aller. Nous avons de la route jusqu’au campus.
Monsieur Mendoza se lève, donne une accolade à son petit-fils.
— Bien sûr, fiston, je comprends.
Il reporte son attention sur moi.
— Ma chère Harlow, je suis heureux de t’avoir revue.
— Moi aussi, Monsieur Mendoza.
— Les vacances de Noël approchent à grands pas. J’aurais la chance de vous voir ?
— Nous serons à Charleston, chez David. Harlow a envie de passer du temps avec Mai’, mais nous prendrons un moment pour te rendre visite.
— Entendu.
Il m’embrasse chaleureusement.
— Prends soin de toi.
— Encore merci. Maisie et moi, nous vous devons beaucoup.
Il pose délicatement sa main sur mon épaule.
— Et je te dois énormément, moi aussi. Evon n’en serait pas là aujourd’hui s’il ne s’était pas accroché à toi et à cet espoir que tu puisses l’aimer. Après que tu aies sauvé mon petit-fils, il était normal que je fasse en sorte que toi et ta sœur soyez en sécurité et à l’abri du besoin.
Avec une certaine retenue, due à ma timidité probablement, je l’étreins en le remerciant une nouvelle fois.
— Tu feras mes amitiés à David. J’espère qu’il va bien. J’ai toujours apprécié mon gendre et je ne cesse de répéter à Evon qu’il devrait parler à son père. Selon moi, il l’a mal jugé.
— Je le ferai.
— Je ne serai pas éternel et le jour où je m’en irai j’aimerais savoir qu’il a quelqu’un, une image paternelle sur laquelle il peut compter, tu comprends ?
— Je…, hésité-je avant de lancer un coup d’œil à Evon.
Je dois dire qu’il est particulièrement touchant en écoutant son grand-père sans sourciller. D’habitude, lui qui objecte tout, se tait, mais ce n’est pas un silence boudeur ou renfrogné, non c’est un silence respectueux. Il vénère son grand-père, c’est indiscutable.
— Je vais faire de mon mieux !
Les deux hommes se prennent dans les bras.
— Merci d’être venu. Je t’aime, fils.
— Moi aussi, je t’aime, Grand-père.
Evon attrape ma main.
— Je t’appelle bientôt, lance-t-il à son grand-père lorsqu’il nous conduit vers la porte.
— Soyez prudents !
— Au revoir, lui dis-je avant que nous disparaissions dans le couloir.
Là, Evon reprend sa cadence d’enfer. Dans l’entrée, il prend mon manteau et me le passe.
— Evon ?
— Allons-y, se contente-t-il de me répondre après qu’il m’ait chaudement habillée. Il pousse la porte d’entrée et me pousse dehors.
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