Iridescence, sauve-moi Harlow
Chapitre 35 · L’appartement est plongé dans le plus grand…
L’appartement est plongé dans le plus grand silence en ce début de soirée. Une quiétude des plus agréables y règne, un parfum de sérénité aussi. Il y a eu tant de gestes de tendresse, d’amour ces dernières heures que l’air s’en trouve changé. Assise sur le sofa, je lis un des nombreux magazines qui traînent sur la table basse, celui-ci porte sur les jeux vidéo. Non que je sois une experte, loin de là, mais bon, les images sont jolies et ça passe le temps. La porte de l’appart s’ouvre et Gavin apparaît dans cette minuscule entrée. Il me voit et immédiatement, semble chercher quelqu’un dans la pièce.
— Ev’ n’est pas là ? se renseigne-t-il, inquiet que ce puisse être le cas. Il a pris un taxi pour venir te rejoindre chez son vieux, cette nuit.
— Et il est arrivé à destination, rassure-toi. Il dort.
Il porte une main à son cœur.
— Putain, j’ai eu un moment de stress. Je n’étais pas tranquille en le laissant s’en aller, mais quand ce mec a une idée dans la tête...
— Oui, je suis au courant...
Il se déchausse et vient s’affaler dans le canapé. Il m’embrasse la joue.
— Et si cette idée s’appelle Brownie, c’est encore pire.
Je ricane et pose ma tête sur son épaule.
— La nuit n’a pas été simple.
— Putain, le con ! Ne me dis pas qu’il s’est tapé deux heures de bagnole seulement pour venir gerber devant toi !
— Heureusement pour moi, non, gloussé-je. Il est bien arrivé chez son père, mais ce qu’il ignorait c’est que Levi était là, lui aussi.
— Et merde...
— Comme tu dis ! Il est devenu complètement fou. Levi dormait dans le canapé du salon. Il l’a attrapé à la gorge et il l’a frappé, Gavin ! C’était horrible ! J’ai cru que je n’allais pas réussir à le calmer.
— Ce truc entre eux, ça pue grave, Princesse ! Même si tu fais l’impossible pour les tempérer, il y a un jour où tu ne pourras plus faire tampon.
Je coule mon bras sous le sien.
— Il m’a parlé...
— Parlé ? Genre, vraiment parlé ?
— Oui, vraiment ! Je sais pour son adoption.
— Putain ! Je commençais à croire qu’il ne le ferait jamais…
— Il a du mal à se confier.
— Ce n’est pas l’unique problème ! Il craignait que tu t’imagines qu’il a voulu se rapprocher de toi dans le seul but de faire chier Levi.
— On a abordé ce sujet, également !
— Il t’aime sincèrement, Harlow, me confirme Gavin. Je connais ce mec depuis un bail et je l’ai vu changer depuis que tu es revenue dans sa vie. Son amour pour toi l’a transformé.
J’ai un sourire séduit en écoutant l’ami d’Evon m’assurer de ses sentiments. Même si, réaliser qu’il puisse réellement m’aimer est encore sensiblement compliqué, j’ai toujours plaisir à me l’entendre dire.
— Je suis complètement désemparée, Gavin. J’ai beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment calmer le jeu entre eux...
— Tu devrais peut-être te faire à l’idée qu’il n’y a pas de solution à ce problème, me répond mon ami et nouveau confident. C’était déjà hyper tendu avant que son amour pour toi vienne tout empirer. Vu vos antécédents, c’est cuit, ma beauté ! Il sera toujours fou de jalousie.
Je laisse ma tête retomber contre le dossier du canapé.
— Jamais je n’aurais pu supposer être un obstacle entre Evon et Levi.
— Tu te tortures pour rien, H ! Je peux te garantir que la situation était déjà très mal barrée avant que tu entres dans sa vie. Il a trop de colère en lui ! Par contre, depuis toi, je remarque qu’il a de plus de facilité à la canaliser. Elle ne le domine plus comme avant. Ce n’est pas encore parfait, mais il y a du mieux. Si tu as un vrai combat à mener, c’est celui-ci. Il a besoin de trouver une espèce d’équilibre émotionnel et, plus que tout, d’être rassuré. Si je peux me permettre un conseil, je te dirai de te focaliser là-dessus !
— Ce week-end, Levi m’a appris qu’il s’était séparé de Leah. Ensuite, il m’a dit qu’il était encore amoureux de moi et pour finir, il m’a assuré que son frère ne s’intéresse à moi que par intérêt.
— Quel enfoiré ! siffle-t-il entre ses dents.
Il se tourne légèrement vers moi.
— Voilà précisément pourquoi Evon a pris ses distances avec eux. Levi est comme sa mère : manipulateur, menteur et tricheur. Penses-y une seconde, Brownie : crois-tu qu’Evon ait besoin de quelqu’un comme Levi dans sa vie, qu’importe que ce soit son frère ? Ce type a le culot d’essayer de voler la nana de son frère sous son nez. Il n’a aucun scrupule à le poignarder dans le dos ! Moi, je pense qu’il sera gagnant à rester loin de ce petit connard.
— Ce que tu dis ne manque pas de sens, c’est vrai, finis-je par admettre. Je suis trop idéaliste, je présume. Ce qu’il y a, c’est que j’ai du mal à accepter de m’être autant trompée sur Levi.
— Je peux comprendre que ce soit dur à avaler !
Je me tords le cou et l’embrasse chaleureusement.
— Merci de veiller sur Evon, d’être si bon ami pour lui.
Il hausse les épaules avec une pudeur touchante.
— Après cinq ans à vivre ensemble, il est comme ma famille. J’aime ce mec ! Même s’il a un caractère de chien...
Je ricane.
— Qui a un caractère de chien ? gronde la voix d’Evon dans notre dos.
Je balance la tête en arrière. Mon bel amant, à moitié dévêtu se tient à l’entrée du salon.
— Lâche ma nana, peste-t-il en assénant une tape à l’arrière du crâne de Gavin.
Il passe devant nous, attrape ma main et me force à me lever. Après s’être laissé choir dans son fauteuil, il m’attire à lui. Je tombe assise sur ses genoux.
— Qu’est-ce que je disais ? Un caractère de merde !
Gavin part en direction de la cuisine.
— Tu faisais quoi avec ce pot de colle ?
La tête posée sur mon buste, il semble attendre ma réponse.
— Evon, finis-je par me plaindre. Tu ne vas pas être jaloux de Gavin. Je l’aime beaucoup...
Il me jette une œillade furibonde.
— Je n’ai pas d’amis ! Hormis toi et Gavin, je n’ai personne sur le campus...
— Mais tu n’as besoin de personne d’autre que moi !
— Tu ne peux pas te montrer aussi possessif, Evon.
Il me sourit avant de déposer un baiser sur mes lèvres.
— Je le sais et je suis heureux que vous vous entendiez bien, mais c’est mon rôle de jouer le mec macho, jaloux et possessif...
— Vraiment ?
— Je transmets un message en agissant ainsi.
— Quel message ? Je suis un vrai emmerdeur ?
— Non, c’est plutôt du style : H est à moi, c’est ma nana et le premier qui aurait dans l’idée de me la piquer, je l’enterre !
— Tu n’es qu’un sale con, dis-je en riant contre sa bouche.
— Il n’y a pas un putain de truc à bouffer dans cette cuisine !
Evon et moi nous tournons vers notre ami qui fouille les placards de la cuisine.
— Tu veux qu’on sorte dîner dehors ? me glisse Evon à l’oreille. Je t’invite au resto.
— Il faudrait quand même qu’on apprenne à faire les courses.
— Plus tard ! Ce soir, on va en centre-ville et on se fait une putain de bouffe ! Je connais un super restaurant avec une excellente carte.
— Mais...
Il me saisit à la taille et me pousse.
— Va te faire jolie, ma puce, on sort !
Je fais la moue. Il roule des yeux.
— Tu es déjà belle, Harlow ! Mais ce n’est pas le genre de resto où on mange en jogging donc va passer un truc plus habillé.
— Sauf que je n’ai rien à me mettre qui soit « habillé » !
— Fouille dans mon placard...
J’éclate de rire.
— Tes maillots de basket sont confortables, mais je doute qu’ils soient plus appropriés que mes pulls.
Il bondit de son fauteuil et me met une pichenette sur le front.
— Aïe !!!
— Je n’avais pas fini de parler ! rouspète-t-il. Cherche bien, il y a un sac de chez Macy’s. Tu ne risques pas de le louper. Il y a ton cadeau de Noël dedans.
— Pardon ?
— Un sac dans le placard, de chez Macy’s...
— J’ai compris, dis-je en le frappant. Tu as...
Je me mords l’intérieur de la joue pour ne pas pleurer.
— Tu as déjà pensé à mon cadeau de Noël...
— Je les ai pensés et achetés, oui !
— Les ?
— C’est un très, très gros sac, tu verras ! me dit-il fièrement en me faisant un clin d’œil.
— Evon, murmuré-je au bord des larmes.
— Je vais devoir retourner faire les boutiques, maintenant !
— Y retourner ?
— Bah, il faut bien que tu aies tes cadeaux sous le sapin, le matin de Noël.
— Attends, tu en as déjà assez fait, je crois !
Il pose sa main au creux de mes reins et me ramène dans ses bras.
— Ce n’est jamais assez quand il s’agit de toi, Harlow. Et j’ai adoré faire les magasins en cherchant ce qu’il y avait de plus beau pour toi. Je suis content d’avoir une bonne excuse pour recommencer !
Après avoir séché les larmes que je n’ai pas su contenir, il dépose un baiser sur mon nez.
— Maintenant, file, mon amour. J’ai hâte de te voir !
— Evon...
— Sauve-toi, embraye-t-il sans me laisser le temps de le remercier. On verra ça plus tard ! Je vais appeler le resto pendant que tu te changes.
Il se tourne vers Gavin.
— Et toi aussi, grouille-toi !
— Je ne vais pas vous emmerder, s’empresse-t-il de lui répondre. Faites vos trucs ensemble, je comprends !
— Arrête de faire chier, Gavin. Lève ton cul et va te saper correctement !
Le regard reconnaissant que porte Gavin à son ami me fait chaud au cœur. Je me mets en route, impatiente de découvrir la surprise qu’Evon me destinait pour Noël.
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