Julie De Carneilhan
Elle enfla les narines, ouvrit une figue d’un coup de dents.
Il rit, entraîna Julie à rire. Elle le fit avec contrainte d’abord, puis céda au fou rire aussi facilement qu’elle eût cédé aux larmes.
« Si elle nous entend…, dit-elle…
– Qui ? Marianne ? Elle nous entend bien un peu.
– Tu es mufle avec elle, Herbert.
– Non, puisque je lui mens. Avec… avec toi, tiens, j’ai été mufle. Je te disais la vérité. »
Elle enfla les narines, ouvrit une figue d’un coup de dents.
« Accorde-moi que je te l’ai bien rendue.
– Parce que je t’ai serré le cou assez fort pour t’obliger à la dire. »
Il lui jeta le regard oblique et plongeant dont il usait, dans le temps qu’il était son mari infidèle et jaloux. Même il mit son poing sur la hanche. Quelque intervention souveraine l’avait déjà dépouillé, à jamais, de la part la plus efficace de sa séduction, et Julie sentit fondre en pitié la violence qu’éveillaient en elle des accents d’autrefois. « Pauvre homme… » Et comme elle confondait volontiers, faute de vocation et d’habitude, la pitié avec l’ennui, elle se sentit un peu prisonnière entre Herbert alité, l’argenterie compliquée et les fruits mûris à l’abri du vent. Ses bibelots coloniaux l’appelèrent. Elle eut envie de sa rue à boutiques, de Coco Vatard et de Lucie Albert parce qu’ils étaient jeunes, appliqués naïvement à
– 33 – travailler et à s’amuser. Elle regarda autour d’elle et chercha querelle au mobilier.