Julie De Carneilhan
Il lui sourit avec une approbation qui la flatta.
– On le sait, on le sait qu’ils sont en acier ! dit Espivant en haussant l’épaule. C’est pas comme les minerais de Marianne ! Quand on a envie d’avoir… je ne sais pas, moi…
– La lune », proposa Julie.
Il lui sourit avec une approbation qui la flatta.
« La lune, mettons, on découvre tout d’un coup que justement cette année-là le cuivre a les pâles couleurs, les diamants ont le ver coquin, et que les passereaux ont bouffé les arachides sur l’arbre… »
Julie riait comme elle savait rire, les yeux mouillés et la bouche ouverte. Elle crut entendre un frôlement contre la porte et rit un peu plus haut, tandis qu’Espivant baissait la voix.
« De la paperasse et de la paperasse, des cartonniers, des machines à calcul, des bureaux glacés dans des quartiers impossibles, des petits gars mal foutus qui transportent des dossiers, des fondés de pouvoir mieux habillés que moi, qui disent : « Nous n’avons pas à connaître le comte d’Espivant, mais la dame Anfredi Marianne-Hélène, veuve de Horlitz Ludovic-Ramon… » C’est ça, la fortune de Marianne, ça et encore bien d’autres choses, mais ce n’est pas « de l’argent ». C’est une administration. C’est un dédale. Finalement on bute, au bout d’un couloir, contre un petit vieux qui s’appelle Saillard, qui est plein d’asthme et n’arbore aucun titre. Marianne va chez Saillard, revient de chez Saillard. Elle en ramène souvent une figure longue comme ça. Elle dit : « Ça n’a pas marché, Saillard ne veut pas. »
– Ne veut pas quoi ?
– Ne veut pas affecter quatre millions à une acquisition domaniale, ne veut pas avancer dix-huit cent mille francs pour
– 45 – l’achat d’un petit Fragonard ravissant, une occasion unique !… Saillard fait observer à Mme la comtesse d’Espivant que ses diamants ont été remontés au goût du jours lors de son remariage, et qu’en outre une nouvelle parure d’émeraudes, acquise récemment… Qu’en sa qualité de tutrice de son fils mineur, Horitz Antoine-René, elle est tenue à… Oh ! assez de tout ça ! s’écria Espivant en étirant les bras. C’est drôle, quand j’ouvre les bras, j’ai un point, ici… »