Julie De Carneilhan

Colette · Chapitre 27 sur 39

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Julie De Carneilhan

Julie rougit si fort qu’elle n’eut pas besoin de répondre.

« Tu l’as jeté, ce papier ? Ma bonne enfant, ce texte fantaisiste constituait un reçu fort valable. Car j’avais – dans ma folie ! – mentionné que la somme était « à titre de prêt. » Et je vois encore la belle feuille sur timbre, filigranée, que j’avais sacrifiée à ce moment littéraire… »

Il lisait au fond de sa sûre mémoire, qui ne le trahissait jamais. « Camouflé en étourneau, c’est Léon qui a raison, pensait Julie. Quand Herbert fait effort pour se souvenir, il louche un peu… »

« Tu l’avais gardée, cette feuille, dans…

– Dans une belle boîte incrustée de burgau, une boîte à chocolats, avec tes lettres – tes autres lettres d’amour. J’ai encore la boîte, si je n’ai plus la feuille sur timbre… »

Elle mentait alertement, retrouvait le ton juste et mondain des joutes d’autrefois, que crevaient des tempêtes brusques et sèches. Mais aujourd’hui qu’il parlait d’argent, Julie ne craignait que des violences diplomatiques.

« Cherche-la bien, dit-il d’une voix insinuante. Je te dois un million, Julie, te rends-tu compte ?

– Non, dit Julie sincèrement.

– Mais je m’en rends compte, moi ! Je voudrais te rendre cette somme. Pourquoi ne me la réclames-tu pas ? Parce que je ne te la rendrais pas ? Tu te trompes – pour une partie. Car Marianne déteste les dettes, surtout les miennes. Tu saisis ? »

Julie rougit si fort qu’elle n’eut pas besoin de répondre.

« Bon, n’en parlons plus. Je disais ça… »

 

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