Julie De Carneilhan

Colette · Chapitre 38 sur 39

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Julie De Carneilhan

Elle montra dans le miroir son image défaite.

Une lumière rapide et rose montait dans le ciel. Dans le miroir parut le visage de Julie, sa pâleur, ses cernes, son ternissement…

« Oh ! dit-elle effrayée…

– Qu’est-ce qu’il y a encore ? »

Elle montra dans le miroir son image défaite.

« Je ne pourrai jamais tenir, Léon !… Avant une lieue d’ici je serai en bas de ma bête… Je n’ai pas dormi, je ne suis pas entraînée, je… »

Elle se détourna, s’essuya les cils. Son frère lui prit le coude, la fit virer vers lui.

« Tu es une grande dinde, voilà ce que tu es. Tu sais bien que Tullia est un vrai fauteuil. Ton affreuse gentille Tullia truitée comme un cheval de cirque, mon beau reste d’Hirondelle, La-Grosse et le tonneau déverni, Gayant tout mal foutu, c’est parce que tu as honte de notre pauvre train de nomades que tu ne veux pas venir ? »

Elle lui posa ses bras sur les épaules, rit, pleura :

« Oh ! non, oh ! non, je n’ai pas honte ! Regarde ma culotte, qui a deux trous de mites ! C’est toujours le tonneau que tu as ?

– Tu ne penses pas que j’en acheté un neuf pour Gayant ? C’est le tonneau. Il n’a plus un pouce de peinture. Il est écaillé comme un platane qui perd ses écorces. Mais il a gardé un coquin d’étui à ombrelle !… Ses bandages de caoutchouc tiennent, heureusement. Quand tu seras fatiguée, tu monteras dans le tonneau, et tu passeras Tullia à Gayant. »

 

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