Julie De Carneilhan

Colette · Chapitre 9 sur 39

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Julie De Carneilhan

Elle changea de ton, courba un peu le dos.

« Il me faudrait un œillet violet. Dix francs… Pas de blagues en ce moment-ci. » Elle feuilleta ses mouchoirs, trouva une pochette en crêpe mauve, la chiffonna en forme de fleur, la déchiqueta habilement à coups de ciseaux, et fleurit sa boutonnière. « Épatant ! » Elle s’assombrit tout aussi vite : « C’est idiot, le mouchoir coûte un louis. »

Elle comptait en louis, par snobisme, et par attachement à ce qu’elle nommait le « bon chic ». Un nuage, en passant sur le ciel, balaya son envie de promenade. « Si je réveillais Lucie ? Si je demandais chez Hermès quel jour on solde ? Si je… »

Elle tressaillit d’entendre la sonnerie au moment où elle étendait la main. Comme beaucoup de créatures sans appui, elle n’attendait le secours que du téléphone.

« Allô !… Oui. Elle-même. Comment ? J’ai mal entendu, voulez-vous répéter ? De la part de… »

Elle changea de ton, courba un peu le dos.

« C’est… C’est toi, Herbert ?… Mais si, comme tout le monde, j’ai lu, dans les journaux… Alors, ce n’était pas sérieux ? »

Elle se vit de loin, dans la grande glace, et se redressa :

« Nous faire des peurs pareilles ! Quoi ? Mais nous ça veut dire tout Paris, mon cher, la moitié de la France, un bon bout de l’étranger… »

Elle rit, écouta, cessa de rire.

« D’où me téléphones-tu ? Quoi ? Que je vienne ? Chez toi ? Oh ! rien, je comptais déjeuner seule… Non, aucun… Mais non,

 

– 25 – je ne refuse pas ! Mais… et Marianne ? Bon… Oui… Mais pas du tout, voyons… Oui, je la guetterai par la fenêtre. »