Julie De Carneilhan
Coco Vatard fronça les sourcils.
« C’est vrai, ça, dit Lucie Albert. Tu ne devrais pas y aller. D’abord qu’est-ce qu’il t’écrit, ce monsieur ? Des mensonges probablement. Pense, tout ce qu’il t’a fait…
– Oh ! elle y pense bien, dit Coco Vatard.
– Et tu sais, on s’amuserait au Journal. Maurice de Waleffe m’a dit que nous aurions les meilleures places, et qu’on nous garderait, de toute façon, du chocolat. Parce que, tu sais comment sont les gens quand le buffet est gratuit, c’est le chocolat qui part le premier… »
Coco Vatard fronça les sourcils.
« Qui est-ce qui parle de buffet gratuit quand je suis là ? »
Julie sortit avec peine de son silence, leva le nez et prit sa voix de tête :
« Quand vous aurez fini, je placerai un mot ? Je ne dois pas de comptes à aucun de vous deux. Mais je veux bien vous dire qu’il s’agit de l’état de santé de M. Espivant, qui est assez gravement atteint pour…
– Pour qu’il t’empile, dit Coco Vatard.
– Ça veut dire ? »
Il redevint très jeune, et contrit :
« Oh ! rien, Julie. Tu comprends, tu me fais de la peine, alors je me fais méchant. N’importe qui à ma place, Julie… »
Elle s’adoucit, sourit aux yeux gris, au nez retroussé, pensa fugitivement : « J’aurais mieux fait de lui accorder un moment de bon temps, et de me réjouir moi-même avec lui… L’heure en
– 73 – est passée… Ils ont sûrement raison, lui et la petite idiote. Des mensonges, probablement… » Quatre coups sonnèrent à l’horloge de l’école voisine. Julie ramassa sur la table les gants de Coco, le sac de Lucie, les leur jeta à la volée.