Julie De Carneilhan

Colette · Chapitre 14 sur 39

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Julie De Carneilhan

Une quinte de toux l’interrompit.

– Qui ? »

Espivant regarda autour de lui comme un homme épié :

« À vrai dire, je n’en sais trop rien. On ne tombe pas au milieu d’une fortune comme celle de Marianne, on tombe à côté, dans les environs. On y arrive… Je ne t’ennuie pas, Julie ?

– Va donc, va donc.

– On y arrive comme… tu sais, comme le type qu’un accident de voiture oblige à passer une demi-journée dans une famille inconnue, au bord de la route, et à qui ses hôtes de hasard s’entêtent à dire : « Celui-ci c’est l’oncle Réveillaud, et cette dame c’est la tante de ma belle-sœur Charlotte, et ce grand garçon-là c’est Georges, qui se destine à Saint-Cyr… » Comme si le naufragé pouvait s’en souvenir cinq minutes après… »

Une quinte de toux l’interrompit.

« Herbert, tu te fatigues. Veux-tu boire ? »

Il refusa d’un geste.

« Je ne tousse pas de la gorge, je tousse du cœur. Laisse. La fortune de Marianne, c’est… c’est un gros corps étranger, quinteux, énorme, cachottier, qui parle toutes les langues, qui a tout le temps mal quelque part, comme moi j’ai mal au cœur, comme toi tu as mal aux reins…

– Pardon, je n’ai pas mal aux reins, dit Julie orgueilleusement.

 

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