Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)
Chapitre 6
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— AURAI-JE LA permission de me laver dans le mois qui vient ?
Faucon ne leva pas les yeux de la carte qu’il examinait.
— Oui, laisse-moi appeler les domestiques. Nous ferons remplir ta baignoire d’eau parfaitement chauffée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Nous ajouterons un parfum de lavande… ou préférerais-tu du jasmin ?
Bainbridge soupira dans son coin.
— Ça fait une semaine que je suis ici.
Sa voix laissait transparaître un éclat d’espoir.
— Peut-être pourrai-je nager si nous jetons l’ancre près de la côte ? Quelques minutes seulement ? C’est tout ce que je demande. Ce n’est pas grand-chose.
— Tss tss, le contredit Faucon avec une compassion feinte. Je ne suis né au monde que pour être le modèle des malheureux, et le blanc et le but où
visent et vont donner toutes les flèches du malheur.1
Il jeta un coup d’œil à Pépite, qui l’observait impassiblement.
— Tu as certainement lu Don Quichotte.
— Bien évidemment ! répondit le jeune homme un peu trop rapidement, en détournant le regard et en rougissant.
Étrange.
— Bien que je sache que tu as souffert des coups et des flèches d’un destin atroce, je t’assure que cela pourrait être pire. Bien pire.
— J’ai été kidnappé par des pirates. Si ce n’est pas un destin atroce, j’ignore ce que c’est.
Il n’avait pas tort. Faucon laissa échapper un soupir maîtrisé qui menaçait de se muer en rire.
— Tu pourrais avoir envie de bien pire que d’un bain et d’un ennui manifeste, même si je t’ai offert des dizaines de livres pour passer le temps. Évidemment, tu pourrais toujours t’amuser de manière plus physique.
Il n’eut pas besoin de jeter un coup d’œil à Pépite pour savoir que celui-ci rougissait furieusement. La raillerie avait eu l’effet escompté et le silence s’étira sur plusieurs minutes. En revanche, la conséquence inattendue fut que des images du prisonnier en train de se masturber pénétrèrent l’esprit de Faucon – ses lèvres entrouvertes par de petits cris, son sexe raidi, il se perdait dans quelques minutes d’abandon, de liberté.
Le garçon avait une âme agitée que le pirate ne s’était certainement pas attendu à trouver chez le fils de Walter Bainbridge. Bien qu’il geigne pour prendre un bain, Faucon avait la sensation qu’il s’agissait plus de retourner sur le pont et d’avoir la liberté de bouger. Il était comme un ressort torsadé, désespéré à l’idée d’être retenu et gigotant infiniment. Faucon avait imaginé une créature bien plus nonchalante.
Effectivement, Pépite finit par dire :
— Si je pouvais ne serait-ce qu’aller sur le pont, la prochaine fois qu’il pleut… Comme la pluie me manque. Avant, je partais explorer les environs sous la pluie pendant des heures. Mais même quelques minutes…
— Peu importe le stratagème que tu as concocté, oublie-le.
— Ce n’est pas un stratagème ! Cela fait plusieurs jours que le temps est nuageux, il va bientôt pleuvoir. J’ai simplement envie de respirer l’air frais et de me nettoyer.
Les fenêtres à la poupe, dans la cabine de Faucon, étaient fermées à cause du vent frais, et si le môme ne prenait pas la peine de les ouvrir de temps en temps, qu’il aille au diable. Il était clairement paresseux, finalement.
— Non.
— Si je suis si inutile, pourquoi ne pas me laisser monter ? Que pourrais-je faire sur un navire rempli de pirates ?
— À part te mettre en travers de leur foutu chemin ?
— J’ai dit que j’aiderais. Je suis certain que je pourrais apprendre.
Faucon s’esclaffa.
— Tu ne sais sans doute même pas comment faire un simple nœud sur une corde.
— Je pourrais apprendre, répéta-t-il. Je parie que je le peux.
L’agacement frémissant du pirate s’embrasa.
— Un pari ? D’accord, faisons les choses à ta façon. Nous allons te faire passer une épreuve. Tu auras une démonstration et une chance de nouer la corde, seul.
Pépite hocha la tête avant de se relever impatiemment.
— Si je gagne, j’ai le droit de passer la journée sur le pont. Je ne tenterai pas de m’échapper ou de blesser quiconque.
— Comme si tu le pouvais. Et non. Si tu gagnes… Si tu gagnes, tu auras un seau d’eau et un fin morceau de savon.
Les lèvres pincées, le garçon hocha la tête.
— Marché conclu.
Il sautilla sur le bout de ses orteils.
— Allons-y.
Faucon se reconcentra sur sa carte, saisit son compas, le cuivre frais se réchauffant dans sa main alors qu’il mesurait la côte d’une île à l’ouest de Nassau.
— On ira quand je le dirai.
Tandis qu’il continuait de travailler, Pépite s’agita d’avant en arrière, puis fit les cent pas à travers la cabine. Les minutes s’écoulèrent et Faucon aurait pu arrêter, mais il avança vers la bibliothèque, sortit une autre carte et se réinstalla derrière son bureau pour apprécier l’effervescence de plus en plus grande dans les pas de Pépite.
— Je suis sûr que tu avais l’habitude de tout avoir en un claquement de doigts, releva-t-il enfin. Malheureusement, tu vas être déçu à bord de ce navire.
Pépite rit amèrement.
— Je n’ai jamais eu ce que je désirais réellement. Je ne l’aurai jamais.
— Oh, et quels pauvres désirs contrariés te font souffrir ? Dis-m’en plus, je t’en prie.
Pépite ferma brutalement la bouche et le pirate ajouta :
— Si tu veux apprendre ce qu’est la véritable adversité, nous avons libéré un navire négrier au printemps dernier. Certains de ces hommes ont choisi de rester avec nous. Je suis sûr qu’ils auront beaucoup de choses à te dire à ce sujet.
Le visage rougi, le captif laissa ses épaules s’affaisser.
— Oui. J’en suis certain. Vous avez raison.
Ébahi par cette capitulation, Faucon cligna des yeux en observant son prisonnier quelques instants. Il jeta ensuite son compas et contourna son bureau.
— Très bien, il est l’heure de te mettre à l’épreuve.
Il attrapa le bras de Pépite et le fit brusquement sortir de la cabine, puis monter l’échelle vers le pont principal.
L’équipage arborait un air désapprobateur et Snell approcha.
— De quoi s’agit-il ?
Faucon poussa Bainbridge pour qu’il s’agenouille.
— J’ai conclu un petit pari avec notre prisonnier. Il pense pouvoir nouer une corde aussi bien que n’importe quel homme à bord.
Les matelots s’esclaffèrent à gorge déployée et l’épaule de Pépite se crispa, là où le pirate le tenait fermement.
Faucon imaginait à quel point ses joues étaient rouges.
— Qu’en dites-vous ? Devrions-nous laisser ces mains délicates prouver leur courage en échange d’un seau d’eau ?
Au milieu des acclamations et des rires, une voix demanda :
— Je croyais qu’on n’avait pas le droit de parier sur ce bateau.
Tully. Il avait été utile quand ils avaient assailli le navire marchand et il n’avait pas tort sur ce point. Toutefois, alors que certains grommelaient, Faucon aurait aimé que Tully ferme sa grande bouche avant qu’il soit obligé de lui rabattre le caquet.
— C’est vrai, répondit Snell. Mais étant donné que nous tuons le temps en attendant notre récompense, nous pouvons peut-être faire une exception cette fois-ci.
Il jeta un coup d’œil au Faucon.
— À condition que les hommes puissent eux-mêmes faire des paris.
— Bien sûr. Rien que pour cette fois.
Snell savait toujours maintenir la paix parmi les matelots, ce qui faisait de lui un excellent quartier-maître. Le sale gamin échouerait en un rien de temps, donc les paris ne dégénéreraient pas.
— Très bien, lança Faucon. Commençons avec une simple demi-clé à capeler. Monsieur Lee, voulez-vous bien nous faire la démonstration ? Le garçon aura ensuite une chance.
Tandis que les hommes murmuraient entre eux, plaçant des paris, Pépite regarda par-dessus son épaule.
— Et combien de nœuds vais-je devoir réussir avant de gagner ?
Faucon lui lança un sourire carnassier.
— Autant que je le décréterai.
Il donna un violent coup de pied dans le dos du prisonnier.
— Très bien. Montre-nous que nous avons tort. Noue la corde.
Et puis… il s’exécuta.
Pépite réussit du premier coup chaque nœud dont Lee faisait la démonstration. Nœud en huit, nœud plat et même nœud de jambe de chien. Faucon le contourna et observa la concentration sur son visage, sa langue rose serpentant parfois entre ses lèvres tandis que son regard se concentrait sur les mains de Lee, ignorant le murmure grandissant de l’équipage qui faisait des suggestions au matelot pour qu’il pose une colle au prisonnier.
Curieusement, rien ne fonctionna. La corde rêche rougit les doigts et les paumes de Pépite, mais il n’hésitait pas à imiter les mouvements de Lee, le scrutant attentivement tandis que la sueur coulait sur son front dans la fraîcheur de la journée.
Malgré lui, le capitaine devenait admiratif. Pépite restait invaincu et aucunement intimidé. Certains membres de l’équipage commencèrent à l’encourager et les paris s’envolaient furieusement.
Après quelques minutes, sa tentative d’épissure s’effilocha et Faucon mit fin à la démonstration.
— À votre avis, a-t-il gagné sa récompense ?
Les oui furent presque unanimes.
Pépite lui sourit alors.
L’espace d’un instant incroyable, le capitaine eut envie de lui sourire en retour. Nom de Dieu, clairement, son cerveau était embrouillé à cause de trop nombreuses journées dans une routine paisible à bord de son navire, au lieu d’écumer les mers à la recherche de proie.
Heureusement, il se reprit à temps et releva le jeune homme, avant de le pousser précipitamment vers la cabine. L’un des pirates apporta un seau d’eau de mer et Faucon coupa une tranche de savon.
Derrière son bureau, il ne put détourner le regard tandis que Pépite retirait sa chemise, révélant des muscles étonnamment fermes et minces. Le captif se rendit compte qu’il était observé et ses mains hésitèrent sur ses hauts-de-chausse, au niveau de sa taille.
Faucon faillit tourner la tête et se sentir étrangement coupable, avant de se rappeler qu’il était un fichu brigand et que ce gamin était son prisonnier, à qui il ne devait aucune politesse et pas le moindre soupçon d’intimité.
Il pivota pour être face au coin de Pépite et s’enfonça sur son fauteuil. Toujours en hauts-de-chausse, le jeune homme battit des paupières. Il baissa les yeux vers son corps avant d’observer Faucon. Il était clairement perturbé, mais il y avait autre chose, une vibration dans la pièce, un léger tiraillement entre eux. Faucon reconnut quelque chose en ce garçon qui dilatait ses narines et faisait frémir son sang.
Les jambes écartées sur son fauteuil et les bottes aplaties sur le plancher, le capitaine le scruta.
— Où le fils pourri gâté de Walter Bainbridge a-t-il appris à nouer une corde marine ?
— Je ne l’avais jamais fait jusqu’à aujourd’hui. Je suis simplement doué avec mes mains.
Il était plus que doué et plus rapide que la plupart des hommes avec qui Faucon avait navigué. Peut-être y avait-il plus chez ce jeune Bainbridge que l’œil n’en révélait. Mais ça n’a pas d’importance, puisqu’il n’est qu’un moyen d’arriver à mes fins.
Pourtant Faucon se surprit à demander :
— Ah oui ? Hmm. Tu as plus de muscles que je ne m’y attendais. Tu es petit, mais fort. Je t’aurais cru beaucoup plus… doux.
— J’ai… J’ai toujours…
Il haussa un sourcil.
— Continue.
— J’ai toujours aimé être en extérieur. Grimper sur des arbres, courir, nager. Et il y a la lutte. Mon tuteur me l’a enseignée.
Sa peau rougit, de son visage jusqu’à son torse, pendant qu’il tanguait d’un air coupable d’un pied sur l’autre.
— Ah oui ?
Faucon sourit lentement, malicieusement. Il baissa la voix pour prendre un ton de conspirateur.
— Ton tuteur t’a aussi sodomisé follement ?
L’idée qu’un autre homme ait pu découvrir ce trésor était étrangement décevante.
Pépite écarquilla largement les yeux et une exclamation franchit ses lèvres.
— Non ! C’était quelqu’un de bien. Pas comme…
Il déglutit difficilement et pensa ensuite apparemment qu’il valait mieux ne rien dire.
— Non. Je n’ai jamais… Jamais, je ne ferais ça ! Mon tuteur n’était pas comme ça. Il était gentil et convenable.
— Ah. Les hommes gentils et convenables sont rares. Comme tu as de la chance. Et c’est dommage que ta chance ait tourné.
Pépite se lécha les lèvres et baissa les yeux vers le renflement entre les jambes écartées du pirate. Il frissonna et le désir fut immanquable dans ses pupilles.
Ah oui. Le voilà.
Les instincts de Faucon ne s’étaient pas trompés, il le savait jusque dans sa moelle. La question était : pourquoi cela lui importait-il ? Quelle importance s’ils partageaient des désirs communs ? C’était le cas de beaucoup d’hommes.
Au fil des ans, depuis l’éclat initial d’excitation et de tendresse, le pirate n’y avait pas franchement réfléchi et s’était contenté de trouver un individu quelconque et inconnu pour se satisfaire.
Cela avait été si différent avec lui. John.
Un sourire irrépressible, des cheveux blonds retombant sur ses yeux bleus, rebelles et beaux. Ils avaient été si ingénus, si naïfs, croyant qu’ils pouvaient vivre quelque chose de bon et de pur dans le ventre de cette frégate. Qu’ils pouvaient être heureux malgré les mauvaises circonstances et leur emprisonnement virtuel.
Peut-être que l’innocence criante de Pépite l’attirait. La sodomie était strictement interdite dans la Marine Royale et l’aventure de Faucon avec John était demeurée secrète. Mais chez les corsaires et, à présent, chez les pirates, ce n’était pas inhabituel. Les hommes prenaient leur pied comme ils le souhaitaient, blasés et loin du vertige de la découverte juvénile.
Le capitaine n’avait pas pensé à John depuis des années, et il était faible et idiot de le faire maintenant. Toutefois, tandis qu’il bannissait le spectre de son ancien amant, il ne put quitter son prisonnier des yeux. Alors que les tétons de Pépite durcissaient, son membre gonflant désormais immanquablement dans ses hauts-de-chausse, Faucon lutta contre sa propre excitation pendant que ses testicules se contractaient.
Il souhaitait entacher cette innocence. La dérober. S’en délecter. Il résista à l’envie d’attirer Pépite entre ses cuisses afin de pouvoir lui suçoter les tétons, l’un après l’autre, et entendre ses halètements de plaisir.
Il demanda plutôt :
— Tu n’as vraiment jamais forniqué avec un homme ?
— Évidemment que non !
Pépite fit volte-face, s’agenouillant et s’éclaboussant avec l’eau du seau. Sa voix était rauque.
— Ce serait contre nature. Un péché.
Il secoua violemment la tête.
— C’est dégoûtant. Honteux. Aucun homme décent n’entretiendrait une telle idée. Vous êtes un monstre.
Ah, oui. Voilà. Il était stupide d’être déçu, mais cette impression pesa lourdement sur les membres de Faucon. C’était parfaitement ridicule, puisqu’il allait peut-être tuer Pépite dans quelques semaines.
Il retourna son fauteuil vers son bureau, clairement mal à l’aise et ayant la nausée. Il rapprocha son carnet de bord et glissa les doigts sur le dos robuste et la couverture en cuir usé.
Cela lui avait toujours procuré un certain confort d’écrire les activités du navire dans son carnet de bord. Il rapportait la météo et notait tout ce qui pouvait avoir un quelconque intérêt. Comme si le mettre sur papier rendait sa vie insignifiante plus concrète.
Il plongea sa plume dans l’encrier et noircit une nouvelle page. Le prisonnier est un gentilhomme typique. Il est hypocrite et refuse le plaisir pour l’illusion de moralité anglaise.
— Tu as une minute pour te laver, aboya-t-il. À compter de maintenant. Ne perds pas ton temps à me sermonner.
Du coin de l’œil, il aperçut l’étendue de peau pâle alors que Pépite se débarrassait de ses hauts-de-chausse et s’éclaboussait avant de se savonner. Faucon n’aurait pas dû avoir envie de tourner la tête et de jeter un coup d’œil plus appuyé. Il n’aurait pas non plus dû être surpris que le fils de Walter Bainbridge insiste sur cette ineptie de honte et de péché.
Pourquoi avait-il cru un instant qu’il y avait plus chez lui ? Qu’ils avaient quelque chose en commun ? Évidemment, Pépite était tout aussi faux que son père.
— Le temps est écoulé. Pose le seau près de la porte.
Faucon riva son regard sur son carnet de bord et trempa sa plume. Il avait dû dissimuler son inclination et favoriser sa main gauche pendant des années, lorsque son père lui avait infligé des coups de bâton à cause de ses désirs. Il se disait que c’était l’avantage d’être un pirate – tout le monde vous croyait déjà démoniaque.
Bien qu’il baisse la tête vers le carnet, il se surprit à observer les progrès de Pépite. L’eau coulait sur sa peau nue, ses fesses fermes et rondes se contractaient alors qu’il se penchait.
Quand le prisonnier se retourna, Faucon se reconcentra sur la page et y découvrit des taches d’encre. Jurant, il l’arracha et recommença de plus belle.
1. L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, tome 2, Cervantes. Traduction d’Aline
Schulman.
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