Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)

Chapitre 12

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LE PONT ÉTAIT presque sec sous ses pieds, le soleil ayant réapparu dans toute sa gloire afin de bannir la pluie et les nuages. Pourtant, il n’avait pas été renvoyé dans sa cabine.

Nathaniel resta près du bastingage, à bâbord, hors du chemin des autres pirates, et il ne soufflait pas un mot. Manifestement, Faucon l’avait oublié et il lui en était à la fois reconnaissant et rancunier.

Il s’était senti si audacieux quand il avait retiré ses vêtements et s’était lavé devant son geôlier. Il avait pris son temps, attendant que le pirate vienne à lui et le trousse à nouveau.

Toutefois, il n’en avait rien fait. La peau de Nathaniel le picota tandis qu’il bougeait maladroitement. Pour la centième fois, il aurait aimé courir, nager ou se vider la tête. Peut-être que Faucon en avait eu assez, maintenant, et que Nathaniel ne le tentait plus.

Il devrait en être ravi, mais bien évidemment, il en était désespéré. Comment allait-il s’en passer, à présent ? Que ce soit un péché ou non, il s’en moquait. Il voulait à nouveau avoir Faucon en lui. Il se fichait de savoir si c’était douloureux. Il accepterait chaque ecchymose, chaque courbature s’il pouvait connaître encore une fois cette délivrance, cette sensation de normalité, cette impression qu’il était enfin devenu lui-même, qu’il était réel d’une manière qu’il ne pouvait expliquer.

Seigneur, comme il voulait être embrassé, goûter la bouche de Faucon et partager son souffle, sentir l’éraflement de sa barbe, être consumé…

L’idée qu’il n’intéresse plus le capitaine le faisait mourir d’envie. Ce qui était insensé puisque, comme une voix logique le lui rappelait, Faucon était un pirate. Un pirate qui l’avait kidnappé et qui avait lâchement menacé sa sœur.

Cet homme était un voleur et un tueur qui provoquait la terreur sur les mers. Il avait deux fois son âge, si ce n’est plus. La liste de raisons pour lesquelles Nathaniel devrait grimacer à chacun de ses contacts était longue. Pourtant…

Il était devenu intolérable de penser que Faucon mettrait à exécution sa promesse de tuer Nathaniel ou Susanna si la rançon n’était pas réglée. Nathaniel reconnut qu’il s’était peut-être trompé en espérant que le capitaine soit un homme bon sous sa coquille, mais ses chances de survie ne pouvaient qu’augmenter proportionnellement à leur rapprochement.

Croire qu’il y avait plus chez Faucon ne faisait donc pas de mal, n’est-ce pas ? S’il avait le sang-froid au point de pouvoir mettre ces menaces à exécution, le fait que Nathaniel se torture à cause de cette inquiétude rendrait simplement ses dernières semaines insupportables et ne changerait rien à l’issue. Prendre du plaisir avec Faucon ne pouvait que lui donner plus de chance – et lui offrir une satisfaction plus profonde qu’il ne l’aurait imaginé.

Non, Nathaniel ne permettrait pas au capitaine de le garder à distance. Il le refusait.

Il l’observait de temps en temps. Il se trouvait à la barre ou sous la proue, et s’entretenait occasionnellement avec monsieur Snell. L’équipage menait ses tâches à bien et ils n’étaient que des… hommes. Des hommes avec des espoirs et des peurs, qui pouvaient être frustes, oui. Mais la routine de travail sur ce navire était la même que sur n’importe quel vaisseau, peu importait son drapeau.

L’équipage respectait clairement Faucon et le craignait aussi, à en juger par les coups d’œil nerveux jetés dans sa direction quand un équipement quelconque tomba et dut être réparé. Il les fusilla du regard et monsieur Snell alla leur passer un savon.

Faucon se tenait à l’écart de ses matelots, et Nathaniel supposa que c’était ainsi que se comportaient habituellement les hommes de pouvoir. Il paraissait plutôt solitaire. Les pirates se targuaient d’être fraternels, mais lui ne faisait visiblement pas partie de cette compagnie.

Un cri fendit l’air. Nathaniel rejeta brutalement la tête en arrière pour voir la vigie suspendue sur le gréement de la grand-voile, agitant les bras. Seul un pied enchevêtré l’empêchait de venir s’écraser sur le pont bien plus bas.

Le cœur martelant, Nathaniel bondit sur l’échelle de corde, s’élevant comme il l’avait fait par le passé sur le chêne bordant le pré de la propriété

Hollington.

Des cris se mêlèrent dans un vacarme indiscernable, s’évanouissant tandis que Nathaniel se focalisait sur la vigie terrifiée et ses hurlements aussi cassants que du verre. Plissant les yeux face au soleil impitoyable, le jeune homme grimpa, encourageant mentalement le matelot à s’accrocher quelques instants de plus…

Passant un bras dans un barreau de l’échelle, il s’étira sur la gauche.

— Attrapez ma main !

La vigie tenta frénétiquement de l’attraper, son visage écarlate sous sa longue barbe, ses cheveux sombres balayés sous la brise. Ses doigts poisseux glissèrent contre ceux de Nathaniel et la cheville de ce pauvre homme – qui tenait tout son poids, là où la corde était enroulée – était certainement sur le point de céder.

Nathaniel se pencha davantage, ses muscles se crispant. Il n’avait plus que le pied droit sur l’échelle, à présent. Son estomac se retourna et ses instincts lui hurlaient de se mettre en sécurité. Encore quelques centimètres et il perdrait l’équilibre, les condamnant tous les deux. Mais alors qu’il croisait le regard terrifié de l’homme, il ne put l’abandonner.

— À trois, vous vous balancerez de ce côté et je vais me pencher vers vous. Un, deux, trois !

S’agrippant au bord de l’échelle d’une main et d’un pied, Nathaniel se balança en même temps que la vigie et leurs doigts se heurtèrent fermement. Rapprochant l’homme tête en bas, il replaça ses deux pieds sur l’échelle.

— Maintenant, déroulez la corde autour de votre cheville. Détachez-la d’un coup de pied. Je vous tiens.

Seigneur, faites en sorte que je le tienne.

Haletant, le matelot fit ce qu’on lui demandait. L’espace d’un instant abject, la vigie tomba, leurs mains toujours jointes. Toutefois, Nathaniel tint bon et ignora la douleur de son corps, puisque le poids entier de cet homme pesait à présent sur son épaule. Il avait mal, mais ne cria pas. Il se mordit la langue et sentit le goût du sang.

Ne lâche pas ! Allez !

Il ne fallut probablement que quelques secondes à la vigie pour mettre les pieds sous Nathaniel et relâcher sa main afin de s’agripper aux cordes, mais une vie entière traversa son esprit dans un mélange d’images – le sourire étincelant de Susanna, monsieur Chisholm lui touchant affectueusement l’épaule, ses courses dans les champs et ses bains dans les lacs translucides en plein été, les yeux bleus de Faucon le transperçant, ses tatouages couverts de la semence de Nathaniel.

Avec un sanglot pitoyable, le matelot descendit, clairement désespéré d’avoir un vrai plancher sous les pieds. Nathaniel le suivit, impatient également de quitter cette corde vacillante.

Sur le pont, la vigie s’était agenouillée et un de ses compagnons lui tapotait l’épaule tandis qu’un autre lui tendait une dose de rhum. L’équipage s’était évidemment amassé et l’un des membres dit :

— Tu es à moitié singe ou quoi ?

Cillant, Nathaniel réalisa que l’homme s’adressait à lui. Il jeta un coup d’œil autour de lui, découvrant que tous les regards étaient posés sur lui, y compris celui de Faucon. Celui-ci le fixait avec tant d’intensité, ses narines se dilatant, que Nathaniel se rendit compte qu’il ne pouvait parler. Il hocha la tête, grimaçant alors que son épaule gauche l’élançait.

— Monsieur Pickering ! hurla Faucon. Il est blessé.

La gorge de Nathaniel s’assécha autant que le désert, mais il déclara d’une voix rauque :

— Non, je vais bien.

Faucon le scrutait toujours avec une expression tempétueuse, ses poings se crispant et se desserrant.

— Mais à quoi tu pensais ? Tu n’as rien à faire là-haut.

— Il a sauvé la vie d’O’Connell. Je dis qu’il a le droit à une tournée de rhum ce soir ! cria une voix.

D’autres se joignirent à lui pour montrer leur accord.

Monsieur O’Connell se leva, chancelant, son visage encore bien rouge, ses longs cheveux bouclant à cause de la sueur. Il tendit une main.

— Merci. Que Dieu vous bénisse !

Nathaniel saisit sa paume rêche et transpirante. Un « hourra ! » s’éleva parmi les hommes. Le prisonnier leur lança un sourire, mais il disparut promptement quand il croisa une nouvelle fois les yeux plissés de Faucon.

La mâchoire crispée, celui-ci déclara :

— Monsieur Pickering, emmenez-le dans ma cabine et examinez-le de la tête aux pieds.

D’autres « hourra » firent écho derrière Nathaniel quand il descendit l’échelle jusqu’au pont inférieur, la douleur dans son épaule gauche s’intensifiant à chaque pas. Le physicien, un vieil homme au ventre rond et aux cheveux gris, le poussa à s’asseoir au bord du lit. Ses joues le brûlèrent lorsqu’il se souvint des choses obscènes et merveilleuses qu’il avait faites sur cette surface, mais il fit ce qu’on lui demandait.

Faucon entra.

— Alors ? s’enquit-il auprès de monsieur Pickering.

L’ignorant, le physicien glissa ses lunettes rondes sur son nez puis le toucha et le palpa. Lorsqu’il fit tourner l’épaule de Nathaniel, celui-ci ne put retenir un halètement puisque son articulation était en feu. Faucon arriva soudain à ses côtés et attrapa le bras du physicien comme s’il avait l’intention de le jeter hors de la cabine.

— Ne lui faites plus mal ! hurla Faucon.

— J’évaluais simplement l’étendue de sa blessure.

Monsieur Pickering baissa les yeux vers son bras, où les doigts du capitaine s’enfonçaient.

— Si vous le voulez bien, Capitaine ?

Faucon le relâcha.

— Je me dis seulement que s’il ne retrouve pas son père vivant, nous aurons fait tout cela pour rien.

Monsieur Pickering se retourna vers Nathaniel, le visage neutre, si on ignorait le froncement narquois de ses sourcils.

— Oui, eh bien, il est sans doute passé à deux doigts de la dislocation, mais ce n’est qu’une entorse. Sa vie n’est incontestablement pas menacée, je vous l’assure. Je vais préparer un cataplasme de consoude pour apaiser l’inflammation. Autrement, vous n’aurez qu’à vous reposer.

Il lança un doux sourire à Nathaniel.

— Plus de sauvetage héroïque pendant quelques jours, d’accord ? Je reviens dans un moment.

Un silence gênant s’étira alors qu’ils patientaient. Faucon se tourna vers la fenêtre à la poupe, le visage vers l’extérieur, les mains jointes derrière son large dos, ses longues jambes musclées légèrement écartées et ses bottes plantées dans le plancher. Il était une silhouette frappante et sombre en contraste avec les rayons du soleil.

— Je suis désolé de vous avoir inquiété.

Le souffle de Nathaniel se coupa. Venait-il de prononcer ces mots à voix haute ?

Oui, il les avait prononcés, puisque la colonne vertébrale de Faucon se raidit. Il grogna.

— Je m’inquiète à l’idée que tu te fasses tuer avant que je puisse t’échanger contre l’argent qui m’est dû. Rien de plus.

Nathaniel avait déjà entendu ça par le passé, et il n’y avait aucune raison pour que ce soit douloureux, à présent. Pourtant, sa poitrine se comprima et sa gorge se serra tant qu’il n’aurait pu répondre, même s’il avait eu une réplique cinglante.

Tout de même… Faucon se tritura les mains et commença bientôt à faire les cent pas, jetant occasionnellement des coups d’œil vers Nathaniel et relevant la tête avant de marmonner dans sa barbe.

Cela ressemblait manifestement à de l’inquiétude, selon le point de vue du prisonnier, et il réprima son sourire.

Monsieur Pickering entra avec un petit mortier. Il le posa à ses pieds et tendit la main vers l’ourlet de la chemise de Nathaniel.

— Voilà, on va retirer ça.

— Ce sera tout, aboya Faucon. Reprenez votre poste.

— C’est mon poste, Capitaine. Mais comme vous le voudrez, dit-il en hochant la tête en direction du mortier. Étalez-le plusieurs fois par jour. La peau sera légèrement tachée de marron, mais cela disparaîtra rapidement.

Sur ces mots, il s’en alla et ferma la porte de la cabine derrière lui.

Nathaniel grimaça quand il tira sur l’ourlet, et un instant plus tard, Faucon repoussait ses mains. Il leva ses bras et son épaule protesta. Le pirate lui retira alors le lin usé.

Avec un genou posé sur le lit, il récupéra une poignée de cet onguent, qui était d’un gris verdâtre et qui sentait vaguement le pain séché.

Lentement, Faucon prit soin de l’épaule de Nathaniel et massa le remède sur l’articulation douloureuse d’une main douce. Bien que cela soit apaisant, le cœur de Nathaniel loupa un battement et il se rendit compte qu’il ne respirait plus.

Il haleta, ne voulant point trahir son… quoi ? Agitation ? Excitation ? Non, ce n’était pas ça, puisque sa verge ne se durcissait aucunement.

— Là.

Faucon s’éloigna et Nathaniel dut se mordre la lèvre pour s’empêcher de le rappeler, tant il était impatient de ressentir ce contact réconfortant. Il riva son regard sur le sol tandis que Faucon revenait avec une serviette qu’il étendit sur le matelas.

— Repose-toi, ordonna-t-il.

Nathaniel leva les yeux vers lui.

— Vous voulez dire… Ici ?

— Ou sur le sol, répondit-il avant de soupirer. Je m’en moque.

Il sortit de la cabine et Nathaniel s’allongea précautionneusement sur le matelas.

Comparé au plancher, le matelas dur et bosselé était digne d’une étreinte douce, comme un duvet en plumes. Le mouvement du navire le berça et une voix dans son esprit chuchota que, peut-être, Faucon tenait à lui.

* * *

— HOURRA !

Les hommes levèrent leur verre et burent une nouvelle fois à la santé de Nathaniel. Il tenta vaillamment de prendre une nouvelle gorgée. Le rhum brûlait moins maintenant qu’au début de la soirée et il ne sentait plus ses lèvres.

Le navire roula sur une autre grande vague, le vent s’était soudainement mis à souffler alors que la nuit tombait et les nuages de pluie étaient revenus se venger. La salive envahit la bouche de Nathaniel et son estomac se retourna.

Monsieur Richards servit une nouvelle tournée, les matelots riants chahutant bruyamment et allègrement sans se préoccuper de la mer agitée. Non loin, quelqu’un jouait du violon et parfois, les hommes se lançaient dans un chant marin, leurs voix étonnamment mélodieuses.

Posant une épaule contre le mur, le capitaine était ancré comme un roc tandis qu’ils tanguaient d’avant en arrière. Il avait bu un verre, un seul, à moins que Nathaniel n’ait pas vu les autres. Il était certain que ce n’était pas le cas, puisqu’il avait gardé un œil sur lui toute la soirée.

Faucon le scrutait dans l’obscurité avec une expression insondable. La lumière des lanternes vacillantes pendues au plafond se reflétait sur l’or de la ceinture et la boucle à son oreille.

Son regard se riva alors sur celui de Nathaniel, le bleu apparaissant presque noir à la lueur tamisée du gaillard. Le prisonnier déglutit, étourdi, une excitation écœurante se déroulant en lui et lui donnant l’impression de flotter.

La coupe en métal fut remise dans sa main et l’un des hommes hurla.

— Santé !

Nathaniel avala vaillamment, profitant de la camaraderie avec l’équipage pendant qu’il le pouvait. Il voulait prouver qu’il était assez viril pour garder le rythme – et qu’il était quelqu’un qu’ils appréciaient trop pour le tuer.

Quand il éructa, son estomac se retournant dangereusement, ils rirent et l’acclamèrent. Toutefois, son verre fut à nouveau rempli et il ne put prendre qu’une gorgée puisque sa tête tournait.

Il se releva, son épaule palpitant, et réussit à peine à passer au-dessus du banc sans tomber la tête la première. Le navire tangua et il tendit les bras pour garder son équilibre, la salive montant hâtivement dans sa bouche. Il déglutit à plusieurs reprises avant de roter.

— Je crois que j’ai suffisamment bu.

Cela provoqua un éclat de rire parmi les hommes et un sourire narquois chez Faucon. L’estomac de Nathaniel vacilla et il en fit de même en rejoignant l’entrée. Cette fois-ci, il serait tombé la tête la première, mais le capitaine se retrouva subitement à côté de lui, le tenant par le bras, heureusement valide malgré son épaule endolorie.

Nathaniel se contenta d’éructer – l’odeur des restes du ragoût et de ce qui ressemblait à un flot infini de liquides qui n’était probablement que du rhum monta. Pire que ça, il vomit sur la chemise, le pantalon et les bottes de Faucon, éclaboussant le cuir poli et l’or quand il eut une succession de haut-le-cœur.

Toussant les dernières gouttes de bile acide, il se rendit compte qu’il y avait un silence total et qu’on entendait que les bourrasques, la joie des hommes s’étant évanouie. Les genoux de Nathaniel auraient cédé sans la poigne d’acier du capitaine le retenant.

Clignant des yeux en voyant un morceau de pomme de terre s’accrochant au tissu noir, le jeune homme rougit. Il ne put s’obliger à lever la tête et à observer la fureur de Faucon face à ce que son prisonnier avait atrocement recraché sur lui.

L’ombre et la lumière se mêlèrent dans un tourbillon de mouvements alors qu’on le retournait et qu’on le faisait avancer. Les pieds de Nathaniel effleuraient à peine le plancher tandis que Faucon le poussait dans le couloir. L’espace d’un instant déchirant, il craignit d’être jeté par-dessus bord, dans les profondeurs noires et infinies de la mer, mais ils se retrouvèrent plutôt dans la cabine et la porte claqua derrière eux.

Clignant des yeux, Nathaniel se focalisa sur la bibliothèque et les lanternes qui oscillaient. Il put à peine profiter du soulagement d’être en sécurité quand son estomac tressauta à nouveau et qu’il eut un haut-le-cœur qu’il tenta de réprimer. Faucon le relâcha et il tomba à quatre pattes.

Un seau – propre, heureusement – fut placé devant lui et il vomit dedans. Il toussa et cracha, les larmes lui montant aux yeux. Il se dit alors que, peut-être, être jeté par-dessus bord et mourir serait préférable.

— C’est ça. Vide tout.

Nathaniel tenta d’obéir à l’ordre de Faucon, bien qu’il n’ait pas parlé avec autorité, mais plutôt avec douceur. Après une autre minute à ne rien cracher de plus que des gouttelettes, son estomac vide se tordant inutilement, Nathaniel se rassit sur ses pieds et poussa mollement le seau.

Les yeux fermés, il prit une inspiration aussi profonde que possible, son cerveau semblant osciller au même rythme que le bateau. Il avait vaincu son mal de mer après quelques jours sur le Fier William, mais il ne pouvait lutter contre le rhum démoniaque.

Il sursauta lorsque quelque chose s’appuya contre sa bouche, puis il avala, reconnaissant, quand de l’eau fraîche franchit ses lèvres. La voix de Faucon était un doux murmure.

— Lentement.

Buvant de petites gorgées, le cœur de Nathaniel se serra tandis que quelque chose passait au-dessus de sa tête. Ouvrir ses paupières était une tâche monumentale, mais il se rendit ensuite compte qu’il s’agissait de la grande main calleuse de Faucon écartant ses cheveux trempés de sueur. Il n’était pas furieux ou cruel, mais infiniment tendre.

Puis, la main et la coupe disparurent et Nathaniel ravala un gémissement sous l’effet de cette perte. Il réussit à rouvrir les yeux et à ramper dans son coin. Ses vêtements avaient également été éclaboussés de vomi et il essaya de les retirer, impuissant, avant d’abandonner.

Il devait dormir et venait tout juste de se rouler en boule quand Faucon tira sur ses jambes pour une raison inexplicable. Il tenta de donner des coups de pied, mais c’était inutile.

Il fut ensuite relevé sur ses pieds nus. Le monde tourbillonna impitoyablement. Nathaniel aperçut le visage de Faucon, qui n’était toujours pas furieux, mais doux et patient, avant de refermer les yeux. Il frissonna tandis que l’air frais effleurait sa chair et que ses habits souillés étaient enlevés un à un jusqu’à ce qu’il soit dévêtu.

D’épaisses barres de fer chaudes le soulevèrent au niveau du dos et des genoux et il réalisa que Faucon le portait comme une damoiselle qui venait de tomber en pâmoison. Il aurait dû protester, mais préféra dissimuler son visage dans le cou nu de Faucon. Il se rendit compte que l’homme avait également dû retirer ses vêtements souillés.

Le lit dur fut une nouvelle fois un luxe et il s’y enfonça, reconnaissant. Il marmonna en disant qu’il avait eu de la chance deux fois dans la journée lorsqu’il s’installa et soupira. Des doigts doux et puissants déposèrent de l’onguent sur son épaule.

Bien que le bateau roule toujours sur la houle, sa tête en faisait de même. Nathaniel se recroquevilla sur son côté valide, impatient de s’échapper dans ses rêves, ses instincts lui indiquant qu’il était en sécurité. Le corps imposant et chaud de Faucon s’appuya rapidement contre lui, l’enveloppant, telle une ancre dans la nuit tempétueuse.

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