Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)
Chapitre 18
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— ALORS, APPAREMMENT, tu es un imbécile, après tout.
Nathaniel savait que cette insulte ne devrait pas autant l’atteindre, mais elle le fit tout de même. Il avait accueilli volontiers les ecchymoses sur son corps, mais le revirement soudain de Faucon était un coup dur pour son âme et une sensation de vide grandit en lui. Il aurait dû savoir que cela arriverait, mais il avait été pris totalement de court.
Alors que la matinée se poursuivait, le capitaine ne refit aucunement son apparition et le jeune homme s’allongea donc sur le côté pour apaiser la pression sur ses fesses – qui palpitaient mollement, lui rappelant constamment ce qu’il s’était passé. Il était parfaitement idiot d’être surpris, étant donné que Faucon était effectivement un pirate. Un tueur, un voleur, un criminel.
Nathaniel ne l’avait-il pas détesté au début ? N’avait-il pas tremblé devant lui et ressenti la poigne éprouvante de la main de Faucon sur sa gorge ? Il n’aurait pas dû l’oublier un seul instant.
Pourtant, ils avaient pris tant de plaisir l’un avec l’autre. Il savait que l’homme ne l’avait pas feint. Et c’était plus que des ébats. Ils avaient discuté. Ils avaient confessé des vérités. Faucon l’avait bercé dans ses bras et rien de tout ça n’avait aidé à affaiblir ses désirs. Faucon lui avait lancé ces beaux sourires.
Les yeux de Nathaniel le brûlèrent, maintenant qu’il y songeait.
À travers les pans ouverts de la tente, il l’observa marcher dans ses bottes ridicules, tandis que tous les autres avaient choisi ce qu’il y avait de plus pratique et étaient restés nus pieds. Les ordres tonitruants de Faucon faisaient écho sur le sable et les hommes s’échangeaient des regards en se hâtant d’obéir.
À la mi-journée, monsieur O’Connell apporta au prisonnier de l’eau et du poisson fraîchement cuisiné, ainsi qu’un fruit acidulé et sucré qui aurait dû être un délice. Nathaniel s’assit et tritura son assiette d’un air abattu, le remerciant. Il était heureux d’avoir remis ses hauts-de-chausse, plus tôt.
Fronçant les sourcils, O’Connell tira sur les pointes de ses longs cheveux bouclés qu’il avait attachés pour lutter contre la chaleur. Il avait peut-être trente-cinq ans et des rides commençaient à marquer son visage barbu, les poils sous son menton devenant suffisamment longs pour qu’il les retienne avec une perle.
— Que s’est-il passé pour que le capitaine soit aussi furieux et que tu sois coincé ici ?
Nathaniel haussa les épaules, malgré la protestation de ses muscles. Il fut incapable de dissimuler son amertume.
— Je suis prisonnier, après tout. Je ne suis qu’une chose à échanger. Il a trouvé opportun de me le rappeler.
O’Connell soupira.
— Ne te tracasse pas. Ce sera bientôt terminé et tu rentreras chez toi, en toute sécurité, conclut-il en lui souriant.
Chez toi. En toute sécurité. Ces mots faisaient écho dans l’esprit de Nathaniel. Il n’avait pas de chez-lui, et la sécurité qu’il avait ressentie dans les bras de Faucon s’était évaporée. S’était-il convaincu que le pirate tenait à lui, rien qu’un peu ?
Mon Dieu, était-il réellement aussi stupide ? Et franchement, à quoi s’était-il attendu ? À ce que Faucon et lui voguent ensemble au soleil couchant ? Il ne connaissait même pas le vrai nom de cet homme.
Il sursauta en voyant monsieur O’Connell lui agripper le bras et s’agenouiller à ses côtés.
— Sincèrement, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu rentres chez toi en toute sécurité.
Nathaniel hocha la tête, reconnaissant.
— Où est votre maison, monsieur O’Connell ?
— Alan.
Il haussa les épaules, s’assit et croisa les jambes.
— C’est le navire. Peu importe où le vent nous mène.
— Mais à l’origine ? Était-ce l’Irlande ?
L’homme sourit.
— J’ai essayé de me débarrasser de mon accent, mais oui. Le comté de Clare. Ma famille est morte quand une fièvre a balayé notre village. J’ai traversé les océans pour tenter ma chance dans le Nouveau Monde. Je n’avais pas prévu de devenir pirate, mais voilà où j’en suis. La vie peut être amusante, à sa façon.
— Comment avez-vous fini sur La Manta Maudite.
— J’étais sur un navire marchand, dans le port de Tortuga. Le Capitaine Faucon recrutait. Je savais que j’allais sûrement mourir plus tôt que je ne l’aurais voulu, si j’étais un brigand, mais les conditions de vie sur le navire marchand étaient encore pires. Le scorbut était endémique. Nous n’avions aucune liberté. Aucun respect. Le Capitaine Faucon nous a offert les deux. C’est un chef exigeant et dur, mais il est juste.
Nathaniel joua avec sa nourriture.
— Je suis désolé pour vos parents. Quel âge aviez-vous ?
— Dix-neuf ans, mais mes parents ont survécu. Ce sont ma femme, Nuala, et notre fille qui ont péri. Elle venait tout juste de naître. Aileen.
Son regard était perdu dans le vide et ses épaules se soulevèrent avant de retomber lorsqu’il prit une profonde inspiration et soupira.
— C’était son nom. Elle avait une mèche de cheveux roux, comme sa mère. Elle aurait aussi eu des taches de rousseur, je pense, si…
Il inspira laborieusement.
— Nous n’avons pas eu la chance de la baptiser.
Il baissa les yeux et sa pomme d’Adam tressauta.
— Mais je sais qu’au moins, ma Nuala est en sécurité au paradis.
Il secoua la tête.
— Seigneur, je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’imagine que je pense plus souvent à elles depuis ce jour sur le gréement. Quand on affronte une mort imminente…
— Cela n’est pas sans conséquence.
L’homme lui lança un autre petit sourire.
— C’est vrai.
— Je suis sincèrement navré pour Nuala et Aileen.
Il aurait aimé pouvoir en dire plus ou faire un geste supplémentaire. Il posa doucement la main sur l’épaule d’Alan.
— C’est quoi ce délire ? rugit Faucon en surgissant dans la tente et en attrapant son pistolet.
Bondissant si rapidement qu’il manqua de basculer, Alan recula, les mains levées.
— Rien, mon Capitaine. Je vous le jure. Je lui ai simplement apporté ses rations.
Les dents serrées, Faucon ordonna :
— Dégage de là.
Alan sauta presque sur les pans ouverts et sortit en un instant. Ce fut au tour de Nathaniel de se lever d’un bond et de demander :
— Mais qu’est-ce qui ne va pas chez vous ?
Saisissant le col lâche de la chemise de Nathaniel, le capitaine le fusilla du regard et souffla chaudement sur son visage.
— Tu pensais user de tes charmes avec lui ? Retourner mes hommes contre moi ?
— Eh bien, je suis une catin, d’après vous.
Nathaniel se mit sur la pointe des pieds pour que leurs nez se touchent quasiment.
— Mais non. Je l’écoutais simplement me parler de sa femme et de sa fille mortes.
— Pourquoi devrais-je te croire ?
Faucon le repoussa et se dressa au-dessus de lui dans toute sa splendeur.
Nathaniel serra les poings et attrapa la chemise de Faucon, s’ancrant dans le sol puisqu’il était déterminé à ne pas céder d’un pouce.
— Vous savez ce que je crois ? Vous êtes jaloux. Mais surtout, vous avez peur.
Faucon l’écarta et s’enfuit. Nathaniel tituba, mais resta debout. Il fit les cent pas dans la tente pendant de longues minutes, le sang palpitant à ses oreilles et l’envie de frapper quelque chose devenant presque écrasante.
Finalement, sa combativité s’évanouit et il se laissa tomber sur le nid de couvertures. Ne souhaitant pas s’affaiblir, il mordit une bouchée de poisson, mais faillit la recracher puisque son estomac était trop noué pour qu’il mange.
Bien sûr, cela lui rappela la fois où il avait vomi sur Faucon, qui n’en avait été aucunement furieux. Il s’était si gentiment occupé de Nathaniel et l’avait même mené jusqu’à son lit pour qu’il soit plus à l’aise.
Pourquoi avait-il fait ça si Nathaniel n’était rien d’autre qu’un trou à besogner ? Pourquoi, plus tard, avait-il pris tant soin à procurer du plaisir à son prisonnier avec sa bouche et ses mains ? À lui faire la lecture pendant des heures, même quand sa voix devenait rauque ?
Posant son bol sur le côté, Nathaniel se blottit à nouveau sur le nid de couvertures. Il tourna la tête vers le tissu et, malgré lui, prit une profonde inspiration. Il s’était habitué au parfum de Faucon – une odeur de bois et d’embruns s’accrochait à sa peau. Il s’était habitué aux bruits qu’il faisait – aux grognements graves et aux grondements, mais aussi à ses petits soupirs quand il pensait que Nathaniel dormait.
Surtout, il s’était habitué au contact des mains calleuses de Faucon sur son corps. À la merveilleuse entièreté et au pouvoir de sa verge. À ses doigts érodés qui glissaient parfois sur la peau du jeune homme avec une douceur incomparable.
Faucon se familiarisait-il avec Nathaniel, de cette manière ? Ressentait-il une pulsion de désir rien qu’en le sentant ?
Toutefois, les envies contenues en Nathaniel étaient devenues trop grandes et encombrantes. Oh, comme il mourait d’envie de retirer d’autres couches marquées dans l’esprit de Faucon afin de se blottir là où se dissimulaient ses sourires tendres et même son rire.
Il avait envie de le serrer contre lui et d’être étreint, de partager du vin et du pain, ainsi que la chaleur d’une cheminée en hiver, tout en écoutant Faucon lui faire la lecture. Il souhaitait qu’ils se créent un foyer, ensemble.
— Je suis vraiment un imbécile, marmonna-t-il.
Il n’avait pas de foyer. Il ne pouvait s’en bâtir un sur l’Île Primevère, bien que sa chère Susanna lui manque terriblement. Seigneur, que penserait-elle si elle savait ce qu’il avait fait ?
La menace de Faucon d’exposer la véritable nature de Nathaniel à Walter faisait violemment écho dans son esprit et la rancœur grandissait. Le capitaine ne lui avait-il pas affirmé qu’il n’y avait aucun déshonneur là-dedans, que ses désirs étaient naturels ? Et à présent, il menaçait de lui faire honte avec cela.
La peau de Nathaniel le picotait sous l’effet de l’humiliation, pourtant l’hypocrisie l’irritait, l’excédait.
Catin.
Il s’était senti à l’aise, dans sa propre peau, avec Faucon, le suçant, le troussant et le prenant sans être déconcerté le moins du monde. Quand le capitaine l’avait tenu et maîtrisé, une étrange sensation de pouvoir avait empli Nathaniel en même temps que cette verge imposante. Et maintenant, Faucon disait qu’il devrait s’en sentir coupable, que c’était mal ?
Les larmes lui montèrent aux yeux et il les essuya furieusement. Non. Il ne permettrait pas à Faucon de le priver de l’épanouissement qu’il avait trouvé dans son âme, de l’harmonie qu’il avait enfin atteinte. Il savait qu’il pouvait avoir les choses qu’il avait toujours souhaitées et que ce n’était pas un péché. C’était vrai, c’était approprié et il ne se le refuserait pas.
Les poings serrés, il s’assit et tendit la main vers le bol. Il mangea à pleines bouchées, laissa la rage bouillonner et le nourrir en même temps que les rations. Il conserverait sa force. Il ne s’inclinerait pas devant les fanfaronnades de Faucon. Il ne se soumettrait pas à sa cruauté, peu importait à quel point l’homme insistait vigoureusement et absurdement à ce sujet.
— Je ne le crois pas, chuchota-t-il.
Fixant Faucon sur la plage, travailler côte à côte avec ses matelots pour nettoyer et réparer la coque, Nathaniel hésitait entre la colère et la compassion, comme un navire naviguant en mer agitée.
Il songea au garçon qui avait été enrôlé de force dans la marine et qui avait pourtant voulu servir son pays. Il avait ensuite été désigné comme pirate. Mais il avait accepté ce rôle, peu importait ce qui – ou qui – le motivait.
Nathaniel tâtonna à la recherche de son poignard, que le capitaine l’avait autorisé à apporter sur la côte sans ciller. Il me fait confiance.
Pourquoi cette idée devrait-elle l’emplir de chaleur et de satisfaction ? Peu importait s’il s’était parfois montré sensible, Faucon était son geôlier. Nathaniel ne devrait aucunement se préoccuper de ses pensées ou de ses sentiments.
Il se leva d’un bond et s’entraîna à manier la lame, faisant des feintes et plongeant sur des ennemis invisibles, la sueur luisant sur sa peau. Si Faucon disait qu’il n’en avait rien à faire, Nathaniel devrait le prendre au mot.
Pourtant, chaque fois qu’il tentait de se convaincre qu’il n’y avait rien entre eux, qu’il avait tout imaginé, des souvenirs des douces mains de Faucon, de son sourire sincère ou de son rire le sillonnaient.
S’agrippant à sa dague, il fendit l’air. Il ignorait comment mettre un terme à sa confusion, surtout que Faucon était apparemment déterminé à l’éviter comme la plus contagieuse des pestes.
L’équipage travailla bien après le coucher du soleil et Nathaniel fit les cent pas dans la tente, le poignard à la main. Manifestement, il y avait pire que d’être rabaissé : être négligé. Après une journée terrée dans la tente, les arbres, la mer et cette plage glorieuse le narguant – tout comme le mépris de Faucon – il en eut assez.
Il était tard, à présent. Nombre de membres d’équipages dormaient et les autres buvaient leur rhum autour d’un feu. S’accrochant à sa dague comme à un talisman et rassemblant son courage, il sortit de la tente et traversa la plage sans hésitation.
Il était déjà passé devant le feu de camp lorsqu’il entendit les premiers cris. Bientôt, la voix de Faucon tonitrua.
— Où crois-tu aller ? Retourne dans la tente. Maintenant.
Le cœur tambourinant, Nathaniel fit volte-face. Le capitaine était toujours assez loin, mais il avançait vers lui, les lèvres pincées et le regard rivé sur lui.
— Je vais courir ! hurla Nathaniel.
— Tu as couru hier.
Puisque Faucon passa devant le feu en s’approchant, le jeune homme vit que ses traits étaient sévères et ses poings, serrés.
— Je t’ai dit de rester dans cette tente. Tu n’as pas le droit.
Nathaniel attendit que le capitaine soit presque à portée de main.
— Je parie que vous ne pouvez pas m’attraper.
Les jurons de Faucon résonnèrent dans la nuit quand le prisonnier se mit à courir. Il ordonna ensuite à ses matelots de rester là et leur promit qu’il allait effectivement l’attraper.
Un rire bouillonna dans la gorge de Nathaniel, affolé et frénétique, alors qu’il menait Faucon dans cette poursuite et savait qu’il pouvait largement le distancer – surtout que le pirate avait insisté pour enfiler ses bottes.
Le jeune homme rejoignit le bord de l’île en un clin d’œil, ses pieds volant au-dessus du sol, son cœur tambourinant et son poignard dans sa main, puissante et vivante. Intacte.
À l’extrémité de l’île, le sable se noyait dans un enchevêtrement de rochers et de cailloux. Le poignard entre les dents, Nathaniel grimpa pour attendre Faucon, mais il était déterminé à ne pas être ignoré. Il allait confronter le capitaine avec sa vérité. Il…
Une silhouette apparut au coin de son œil, par-dessus la crête de ce méli-mélo de pierres. Le cœur de Nathaniel cessa de battre lorsqu’il se retourna pour lui faire face, la dague toujours entre les dents.
Ils se fixèrent à la lumière des étoiles et le jeune homme vit alors l’ombre d’un navire ayant jeté l’ancre au large. Trois mâts, dont l’un était clairement brisé et abîmé. Des hommes en canots ramaient pour rejoindre la côte. Ils ne portaient aucun uniforme distinct.
Des pirates.
Le brigand ouvrit la bouche pour crier et Nathaniel plongea sur lui, l’écrasant contre le rocher et lui coupant douloureusement le souffle. Ils tombèrent ensuite entre deux rochers, sur le sable, heureusement, et les propres poumons de Nathaniel souffrirent sous l’impact tandis qu’il mordait le manche en bois du poignard et refusait de l’abandonner.
Le pirate, qui faisait environ la même taille que Nathaniel et qui avait sa corpulence, tenta de se dégager de ce fatras de membres dans l’espace étroit entre les rochers. Sur le dos, il réussit à saisir sa dague alors que le pirate frappait son crâne avec de petits coups, puisqu’il n’avait pas la place pour prendre de l’élan.
Le sang coula tout de même du nez de Nathaniel pendant qu’ils luttaient, couinaient, tâtonnaient et crachaient. L’homme était toujours sur lui. Lorsque les doigts ronds du pirate se refermèrent autour du cou de Nathaniel, la panique le saisit.
Mourir ! Non !
Nathaniel donna de violents coups de pied, heurtant la pierre avec ses orteils nus et faisant de son mieux pour décaler le poids du brigand et renverser la situation. Il haletait et des étoiles blanches faisaient leur apparition dans l’obscurité.
Le pirate était trop fort, il était impossible de déloger ses mains autour de la gorge de Nathaniel qui n’avait pas assez d’espace pour relever un genou ou pour se retourner et se servir de son élan.
Il allait mourir ainsi.
Nathaniel se débattit, la lame du poignard cliquetant contre les rochers. Il avait ajusté sa poigne et donna un coup vers le haut. L’homme hurla quand le jeune Bainbridge toucha sa chair et sa clavicule.
Le cri se mua en gargouillement dès que Nathaniel lui enfonça la lame dans le cou. Il la ressortit et lui trancha la peau, le sang chaud se déversant sur son visage pendant que le pirate s’étouffait, les doigts sur sa gorge pour essayer d’atténuer le flot continu.
Le brigand était encore sur Nathaniel dans cet espace humide et sombre. Ce dernier le poussa et lui grimpa dessus. Il venait de le tuer, mais n’attendit pas qu’il soit mort tant il était désespéré à l’idée d’échapper à ces ultimes respirations sifflantes.
Debout, sur lui, Nathaniel se hissa et réussit à poser les mains et les pieds sur les rochers. Il avait du sang dans la bouche, mais tenait toujours le manche de sa dague en métal et bois.
Inspirant l’air frais, ses membres tremblant, il se leva sur les rochers quand Faucon approcha, son torse se soulevant douloureusement et son ton implacable. Il n’avait aucune arme à la ceinture.
— J’ignore ce que tu crois faire, mais…
Il s’interrompit et l’observa, prenant une inspiration si brutale qu’il sursauta. Le désarroi creusait son visage.
Jetant un coup d’œil derrière lui en direction des pirates s’organisant sur le flanc est de l’île, Nathaniel rangea son poignard dans ses hauts-de-chausse et chancela vers Faucon, qui le rejoignit à mi-chemin. Sa confusion avait été remplacée par de la détermination et il mit sur lui des mains fermes avant de le soulever des rochers pour le reposer sur le sable. Il l’observa de son regard frénétique.
— Comment ? s’enquit Faucon.
Il parcourut la tête, les bras et le torse de Nathaniel, avant de prendre son visage en coupe.
— Où es-tu blessé ?
Nathaniel tendit la main pour essuyer le sang sur son visage.
— Je l’ai tué. Les pirates. Ils arrivent.
Après avoir fait asseoir Nathaniel sur un petit rocher, tout en continuant de l’examiner à la recherche de plaies, Faucon grimpa pour jeter un coup d’œil derrière la crête. Il revint rapidement aux côtés de son prisonnier et siffla.
— Merde alors. Le Borgne n’a pas abandonné, après tout.
Agenouillé près des pieds de Nathaniel, il saisit une nouvelle fois son visage.
— Tu peux courir ?
— Oui.
Le choc céda la place au frisson horrible de la bataille qu’il ressentait pour la première fois, et Nathaniel se leva d’un bond.
— Oui, répéta-t-il.
Toujours à genoux et levant les yeux, Faucon lui prit les mains.
— Dis à Snell de réunir tout le monde. Nous serons impuissants tant que le navire sera hors de l’eau. C’est tout ou rien. Nous sommes en infériorité numérique, alors nous devons les surprendre.
Il serra tant les doigts de Nathaniel que celui-ci craignit qu’ils se brisent.
— Attends au campement. Si nous échouons, rends-toi et dis-leur qui tu es, ce que tu vaux. Dis-leur qu’ils ne peuvent pas te faire de mal, au risque de ne pas recevoir l’argent. Promets-moi que tu ne te battras pas. Promets-moi que tu resteras en sécurité.
— Non, je peux aider ! Je l’ai tué. Il allait me tuer, mais je ne l’ai pas laissé faire. Je n’ai pas pu. Je devais… Ils sont si nombreux, je dois…
À genoux, Faucon l’implora.
— S’il te plaît.
Nathaniel comprit qu’il ne pouvait le lui refuser. Il acquiesça et le capitaine se leva avant de lui lancer un sourire maladroit.
— Je parie que tu peux retourner au camp avant que j’atteigne leur navire.
— Leur navire ? Mais… Ils sont trop nombreux.
— Oui, mais ils se réunissent sur la plage, ce qui signifie qu’il ne restera que quelques membres d’équipage à bord.
Il se pencha et retira ses bottes.
— C’est une bonne soirée pour une petite baignade. Vas-y, maintenant.
Nathaniel avait envie de dire tant de choses – trop de choses. Il arracha plutôt ses mains à celles de Faucon et mit sa dague ensanglantée dans la paume de son geôlier.
Il courut ensuite.
Son esprit s’affaira lorsqu’il réfléchit à ce que Faucon allait faire pendant ce temps-là. Il priait pour que l’homme attende des renforts, mais il savait que ça ne serait pas le cas. Nathaniel se hâta en direction de la plage, refusant son envie démente de retourner vers Faucon, comme si lui, il pouvait le protéger de hordes de pirates débarquant de l’autre bateau.
Il hurla le nom de Snell en arrivant et les matelots bondirent avant de passer à l’action, jetant leurs verres de rhum sur le côté et réunissant leurs armes. Ils semblèrent oublier Nathaniel en fonçant sur la plage, monsieur Snell envoyant également des contingents dans la forêt. Le jeune homme les suivit simplement, restant près du feuillage, dissimulé par les ombres, le sable indulgent sous ses pieds usés.
L’explosion secoua la nuit alors qu’il s’approchait de l’extrémité de l’île, et il faillit tomber à la renverse. Les oreilles bourdonnant, il se hâta et se cacha, ignorant les branches coupantes, les racines et les pierres sous ses plantes de pied. Il avança vers les hommes que monsieur Snell avait envoyés au milieu de la jungle et suivit leurs traces.
À la lisière, il s’arrêta et observa la scène sous ses pieds, éclairée par les flammes. Le Javelot non protégé brûlait, des feux orange léchaient son mât principal qui n’avait pas été entièrement réparé et les pirates criaient tandis que le premier pont était englouti. L’odeur de la poudre à canon s’élevait lourdement dans l’air, alors même qu’il était loin du navire, et il voyait une épaisse fumée noire se propager.
Faucon ! Où était-il ? Avait-il réussi à nager assez promptement après avoir sûrement allumé une mèche ? Nathaniel se tenait au bord du précipice surplombant la plage et il scrutait désespérément le paysage, calculant le chemin le plus rapide dans l’eau alors que l’équipage de la Manta arrivait de deux côtés.
Ils acculèrent les pirates du Javelot qui furent apparemment surpris. Ces derniers titubèrent et s’agitèrent, ébahis de voir leur navire brûler. Et puis… là.
Faucon émergea de la mer, sa silhouette soulignée par l’éclat orange derrière lui alors qu’il empoignait l’homme le plus proche et lui brisait le cou, avant de dérober son coutelas pour rejoindre la bataille où les bruits de lame métallique s’entrechoquant résonnaient.
L’autre équipage se défendit avec une ferveur meurtrière, une fois leur surprise passée. Nathaniel retint son souffle dans ses poumons épuisés, ses côtes devenant douloureuses. La terreur à l’idée de voir Faucon se faire tuer le saisit, mais il demeura enraciné sur place à cause de sa promesse de rester en sécurité – et sa peur de se joindre à une telle bagarre.
Des cris et des hurlements d’agonie emplirent la nuit et le glacèrent. Il avait tué un homme et désormais, la mort régnait partout. Le métal s’entrechoquait et des coups de feu retentissaient. Nathaniel n’avait jamais été le témoin d’une telle brutalité. Il avait même été incapable de l’envisager.
Il aurait dû être horrifié, pourtant tout ce qui comptait, c’était que Faucon survive. Une haine envers les autres pirates bouillonna en Nathaniel et il aurait souhaité qu’ils périssent tous afin que le capitaine Faucon puisse vivre.
Le Borgne courut d’ailleurs dans sa direction en hurlant et le fit tomber sur le sable. Ils dévoilèrent leurs dents en luttant. Chaque retournement de situation, chaque coup durait une éternité aux yeux de Nathaniel et il souhaitait de tout son être que Faucon prenne le dessus.
Ce dernier utilisa la dague pour tuer le capitaine ennemi. Comme il était étrange de penser que monsieur Chisholm l’avait offert à Nathaniel dans une vie si lointaine et que maintenant, à un océan de là, elle se trouvait dans la main d’un pirate. Nathaniel s’exclama en voyant le sang se déverser alors que Faucon, victorieux, étripait son adversaire.
Les hommes d’Alfred le Borgne étaient anéantis. Le reste de l’équipage se rendit, mais Nathaniel ne put réellement respirer jusqu’à ce que Faucon hurle des ordres et abandonne le carnage fumant pour grimper sur les rochers d’un pas déterminé.
Il revient vers moi.
Nathaniel battit en retraite dans les arbres, arrivant avant lui de l’autre côté et patientant plus loin sur la plage. Au coin de l’île, des cris faisaient écho à la suite de la bataille.
Pourtant, ici, ils n’étaient que tous les deux. Lorsque Faucon le remarqua, il s’arrêta, son torse se soulevant difficilement et ses pieds toujours nus. Ils se regardèrent fixement pendant qu’un oiseau pépiait au-dessus de leur tête, que les vagues se brisaient sur la côte, que les bruits de destruction résonnaient au loin et que la fumée était emportée par le vent.
Faucon commença à avancer dans sa direction et Nathaniel ne put rester figé. Il se hâta pour aller à sa rencontre. Le visage taché de rouge, le capitaine prit une inspiration pour parler, mais Nathaniel l’attira vers le bas et le fit taire en l’embrassant comme il en rêvait depuis des semaines. Pourtant, ce n’était pas du tout tel qu’il l’avait imaginé.
Écrasant leurs lèvres, s’irritant contre la barbe mouillée de Faucon, Nathaniel se délecta férocement de sa présence et l’explora avec sa langue tandis que le pirate haletait pour respirer. Il avait un goût de sueur, de poudre à canon et de sang métallique. Était-ce le sien ou celui des hommes qu’ils avaient tués ? Il n’en savait rien.
Il aurait dû être horrifié. Dégoûté ou désespéré. Aucune de ces émotions ne se manifesta pourtant. En réalité, Nathaniel ne s’était jamais senti si puissant, si libre, si vivant.
Grognant, ils s’agrippèrent l’un à l’autre, leurs lèvres se scellant et leurs mains brutales s’accrochant, se noyant. Faucon souleva Nathaniel et le prit dans ses bras, leurs bouches désespérées et leurs langues dévorant l’autre alors qu’ils titubaient.
Nathaniel se libéra, ses poumons le brûlant tandis qu’il poussait Faucon vers les arbres et dans l’obscurité. Ce dernier grommela quand son dos heurta un large tronc, l’éclat de ses yeux tout juste visible sous la canopée des palmiers. Son amant lui mordit les lèvres, l’embrassa fiévreusement, dans un mélange de dents et de salive.
— Je ne crois pas un mot de ce que tu as dit ce matin, marmonna-t-il. C’est réel.
Il ouvrit la chemise mouillée de Faucon et posa les mains sur son torse, plongeant les doigts dans les tatouages qui se trouvaient là. Des poils irritèrent ses paumes.
— Nous sommes réels.
Soupirant lourdement, le capitaine le décala légèrement et le retourna contre l’arbre. L’écorce fut étonnamment lisse quand le dos de Nathaniel s’y écrasa. Sa tête ne la heurta aucunement, puisqu’elle était protégée par la grande main du pirate.
Faucon l’embrassa et gémit dans sa bouche tout en se frottant contre lui, avec ses muscles, ses os, son désespoir et ses lèvres chaudes. Le membre de Nathaniel était douloureux et il essaya de glisser une jambe sur la cuisse de son homme afin de chercher davantage de friction. L’eau salée – présente grâce à son bain de nuit – mouillait le pantalon du jeune homme également. Cette fraîcheur fut la bienvenue sur sa peau fiévreuse.
Faucon s’agrippa à sa taille et le souleva comme s’il ne pesait rien. Il passa l’autre main derrière sa tête en collant leurs hanches, en grondant et grognant.
Entre leurs baisers précipités, trempés et glorieux, de petits cris échappaient à Nathaniel. Il enroula les jambes autour des hanches de Faucon, leurs membres durs comme de la pierre se heurtant à travers leurs pantalons. Il avait envie de sentir cette chair chaude, mais il était incapable de s’arrêter. L’idée de se séparer ne serait-ce que quelques instants était impossible à envisager.
Il suçota la langue de Faucon alors qu’ils se frottaient l’un à l’autre. Rien n’existait à part leurs halètements et leur poursuite éhontée de jouissance. Leurs bouches fusionnèrent, leurs dents se cognèrent et leurs lèvres mouillées gonflèrent.
La pression dans l’entrejambe du jeune homme s’enflamma et la poudre à canon embrasa ses veines. Il avait envie de dire à Faucon de le prendre, il mourait d’envie d’être à nouveau ouvert par une verge, de brûler de l’intérieur.
Toutefois, il ne pouvait supporter de briser leur baiser, de pourchasser l’essence même de Faucon avec sa langue maintenant que le barrage était tombé et qu’il goûtait enfin sa bouche. Il s’agrippa aux épaules du capitaine, mais glissa une main sur son torse et griffa le tatouage avec ses ongles pour y laisser sa propre marque.
Faucon arracha sa bouche à celle de Nathaniel dans un cri, frissonnant et tremblant contre lui, jouissant dans son pantalon mouillé. Il colla leurs fronts l’un contre l’autre, ses lèvres effleurant celles du jeune homme qui serra les cuisses autour de lui, ses poumons luttant pour se gonfler.
— C’est ça, marmonna Faucon alors que son souffle chaud pénétrait la bouche de Nathaniel. Jouis pour moi.
Il décrivit des va-et-vient contre lui avec une vigueur retrouvée, même s’il avait déjà joui. Ses doigts se resserrèrent autour des boucles de Nathaniel.
L’extase de ce dernier le saisit et le secoua. Il était comme un prédateur avec une proie impuissante. Il ne pouvait que gémir contre la bouche de Faucon tout en palpitant, la brûlure de son plaisir le traversant et le faisant faiblir contre l’arbre. Le capitaine caressait ses cheveux trempés de sueur de sa main chaude, tout en continuant de protéger son crâne.
Ils haletèrent, leurs nez se touchant, leur torse se soulevant difficilement. Dans un grognement, Nathaniel relâcha ses jambes autour de la taille de Faucon et celui-ci l’aida à se remettre sur pied. Ni l’un ni l’autre ne tenait en équilibre et ils restèrent appuyés l’un contre à l’autre, à l’abri contre l’arbre.
— Il n’y a que toi, chuchota Nathaniel.
Faucon traça le contour de sa bouche du bout des doigts avant de se pencher pour coller leurs fronts et l’enlacer. Nathaniel s’accrocha à lui et enroula ses doigts dans les cheveux mouillés de Faucon.
Lorsqu’ils s’embrassèrent à nouveau, le soupçon de sang et de lutte s’attardait. Mais derrière les charbons ardents du feu qui venait de faire rage, derrière les lents mouvements de langue implorants et de la douce pression de ses lèvres, derrière les gémissements et les soupirs, Nathaniel ne goûtait que l’amour.
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