Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)

Chapitre 22

‡

 

PLUS JAMAIS.

Ces deux mots firent écho, narguant infiniment Faucon dans les entrailles obscures du brigantin des corsaires. L’air était froid et humide dans la petite cale qui lui servait de cellule, et il était presque certain qu’une tempête couvait.

La sueur collait à sa peau. Son manteau de cuir était moisi et humide, les chaînes autour de ses poignets étaient trop serrées et érodaient sa peau suppurante puisqu’il avait inutilement tenté de se libérer. Ses pieds avaient gonflé dans ses bottes et il n’aurait pas pu les enlever même s’il avait essayé.

Il supposait que son unique consolation était qu’il ne se retrouvait pas coincé dans le ventre d’un navire de la Marine Royale. D’après ce qu’il avait entendu avant d’être emprisonné, Walter Bainbridge avait engagé des corsaires pour l’arrêter. On ne pouvait négocier avec la Marine, mais avec des corsaires ? Éventuellement.

Il n’avait aucune notion du temps dans cette noirceur et ne se fiait qu’aux coups de cloches distants et à l’eau saumâtre ainsi qu’aux restes de nourriture qu’on lui apportait. Les cris d’agonie de Nathaniel faisaient écho dans son esprit.

Pourquoi diable s’était-il tant efforcé d’éloigner Nathaniel ? Il aurait dû l’embrasser chaque fois qu’il en avait l’occasion. Désormais, il ne le ferait plus jamais et cela le blessait comme une lame de rasoir.

Nathaniel était-il en vie ? Faucon priait inutilement auprès de tous les dieux qui l’écoutaient afin que son amant survive. Afin qu’il ne meure pas après avoir sauvé l’existence pitoyable de Faucon.

La scène se jouait encore et encore dans sa mémoire. Nathaniel s’était jeté devant cette lame, acceptant cette lésion grave sans y réfléchir à deux fois.

Faucon n’avait pas cru qu’il pouvait retomber amoureux et à cet instant, il avait compris à quel point il s’était trompé. À quel point l’amour l’avait lacéré et paralysé. Il marchandait encore et encore avec l’univers, lui promettant n’importe quoi – tout – en échange de la survie de Nathaniel.

Ne pas connaître le destin de son amant était une torture. La tristesse le réveillait pendant ses sommes sporadiques alors que son cœur se serrait et que ses poumons gelaient. Bien sûr, il avait demandé des nouvelles et, bien sûr, on avait refusé de lui en donner. On ne lui avait même pas annoncé où il était emmené pour le procès.

Qu’en était-il des hommes ? Il avait attiré l’attention des corsaires avec des explosions et un capharnaüm afin que Snell et les matelots ayant survécu à la bataille puissent s’enfuir. Il était resté sur son navire autant qu’il l’avait pu et y serait demeuré jusqu’à la fin s’il n’avait pas été forcé à se soumettre par les ennemis trop nombreux. La Manta Maudite hisserait peut-être à nouveau les voiles, mais sans le Faucon des Mers.

Il s’esclaffa péniblement, les rats sursautant à cause du bruit. Le Faucon des Mers était mort, du moins son esprit l’était, et son corps suivrait bientôt. Sa fin avait été inévitable et Faucon espérait simplement que cela ne s’était pas fait aux dépens de Nathaniel. Tout cela pour une rançon qui ne signifiait plus rien maintenant.

Il aurait dû laisser Nathaniel sur le vaisseau marchand avec sa sœur, il aurait dû le laisser rejoindre son avenir sûr et confortable. Aussi étouffant et frustrant soit-il.

Une nuit – ou un jour – il se réveilla brutalement, en mourant d’envie d’être avec Nathaniel. Dans son rêve, celui-ci tendait la main vers lui et l’encourageait à venir au lit. Faucon avait été incapable de bouger. Désormais, il souffrait et ce n’était pas simplement par désir de prendre son pied.

Il mourait d’envie d’entendre les cris de plaisir de Nathaniel. De le faire jouir avec sa bouche, ses mains et son sexe. Puis de le tenir contre lui alors qu’ils dormaient, d’inspirer son odeur et de le serrer contre lui pour qu’il soit en sécurité et au chaud.

Seigneur, il mourait d’envie de l’embrasser.

Cette disparition aurait dû être comme un bras ou une jambe détruite lors d’une bataille, et amputée par la suite. Au fil des ans, plusieurs hommes de Faucon avaient été la victime de ce destin, et leur membre pendant et inutile avait été coupé avant de pouvoir causer davantage de dégâts. Une infection pouvait effectivement s’étendre jusqu’à leur sang.

Cette chair et cet os gaspillés étaient jetés par-dessus bord, abandonnés dans le sillage du navire afin d’être dévorés par les créatures des profondeurs.

Pourtant, Nathaniel refusait d’être abandonné. La perte même de son amant était plutôt comme une douleur fantôme ou un gouffre. Non, elle emplissait Faucon jusqu’à ses dernières limites, telle une pression inébranlable contre sa peau, se propageant et l’étouffant à chaque inspiration.

Faucon aurait aimé que sa propre peau molle et inutile se dissolve pour qu’il ne reste que ses os.

Aimer ne pouvait être qu’une folie.

Il avait été si certain d’avoir appris cette leçon après John, mais enfermé avec des rats pour seule compagnie, il se rendait clairement compte qu’il était avide de punitions. L’idée que Nathaniel se soit mis en travers du danger pour le sauver s’accrochait à lui. La culpabilité du survivant était comme une créature palpitante. Il donnerait n’importe quoi pour changer cela, pour chasser la douleur et sauver son amant.

Faucon serra ses poings vides. Il était idiot de mourir d’envie d’avoir un souvenir qu’il pourrait toucher, un témoignage, un bout de tissu ou un bijou, le poignard de Nathaniel, même. Faucon l’avait caché dans sa botte, mais on le lui avait confisqué et il était donc perdu.

Il ne restait rien de tangible pour lui rappeler Nathaniel. Même les griffures sur son torse – les marques que Nathaniel avait laissées quand il avait insisté sur le fait que leur relation était réelle – avaient disparu, sa peau traître guérissant.

Réelle.

Alors que les journées s’égrenaient dans l’obscurité perpétuelle, Faucon se demanda si tout ça n’avait été qu’un rêve fiévreux. Il savait que sa captivité aurait pu être pire. Il n’était pas torturé et ils lui donnaient suffisamment d’eau et de biscuits secs pour qu’il survive.

Son tourment ne venait pas du fait qu’il était enfermé dans les entrailles puantes du vaisseau, en sachant qu’il mourrait bientôt. Il pouvait accepter cela. C’était le destin auquel il s’attendait depuis des années. En revanche, l’idée de vivre le reste de sa vie misérable sans Nathaniel était répugnante.

Le véritable enfer, c’était d’aimer.

* * *

LORSQUE LA TEMPÊTE les frappa, il n’en fut aucunement surpris. Il l’avait aisément présagée, malgré le peu d’air qui atteignait la puanteur de sa cellule. Il détestait ne pas être à la barre et ne pouvait qu’espérer que les hommes guidant le navire soient compétents. Il n’avait aucune raison de croire qu’ils ne l’étaient pas, mais tandis qu’ils étaient balancés d’un côté, puis de l’autre comme un jouet pour enfant, il n’en fut pas aussi sûr.

Les liens autour de ses poignets étaient rattachés au mur et ses épaules le brûlaient alors qu’il était projeté dans tous les sens. Il craignait que les mâts soient arrachés, ce qui, bien sûr, lui fit penser à Nathaniel qui s’était précipité sur le gréement pour sauver O’Connell. Comme il était intrépide, courageux et beau.

Cette envie aurait achevé Faucon s’il n’était pas déjà à terre, impuissant dans les hautes vagues. Fermant les yeux bien qu’il soit dans l’obscurité, il s’autorisa le luxe de faire comme s’il était de retour dans la cabine qui avait été son foyer pendant si longtemps.

Se retournant dans son lit, il enlaça le doux Nathaniel qui soupira dans ses bras, leurs lèvres se rencontrant indéfiniment puisqu’ils n’avaient pas besoin de parler.

* * *

ILS AVAIENT SURVÉCU.

Et à en juger par la rapidité du navire ainsi que les bruits révélateurs faisant écho le long de la coque, ils se rapprochaient d’un pont pour jeter l’ancre. Effectivement, des marins vinrent promptement le traîner hors de sa cellule. Ils le tiraient et le poussaient comme un animal. Les poignets toujours liés, il réussit à peine à se lever.

Le capitaine, un grand homme plus vieux que lui du nom de Taylor coiffait ses cheveux gris comme s’il s’agissait d’une perruque, et les bouclait au-dessus de ses oreilles. Il s’approcha de lui, sous le pont, en fronçant les sourcils. Il boutonna ensuite son gilet.

— Voici ton dernier port, pourriture. J’ignore ce qui est le pire : la piraterie ou la désertion. J’imagine que ça n’a aucune importance, puisque tu seras pendu quoi qu’il arrive. Dommage que tu n’aies pas un plus grand public.

Il s’adressa ensuite à son équipage.

— Je l’amène sur la terre ferme avec l’avant-garde. Dès que nous aurons récupéré l’argent, nous quitterons cet endroit maudit.

Clignant des yeux à cause de la lumière aveuglante et refusant de baisser la tête, Faucon tituba sur le pont principal et vit l’Île Primevère sous le soleil de cette journée.

— Mais où est le reste, bon sang ?

OceanofPDF.com