Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)
Chapitre 17
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IL Y AVAIT tant de foutu sable.
Même si Faucon n’avait pas retiré ses vêtements, il s’était insinué partout. Sous la grande toile de tente, le pirate gigota sur la collection de coussins et de couvertures qui composaient leur lit. Une table du mess ainsi que le fauteuil de son bureau se trouvaient non loin.
Vêtu uniquement d’une chemise blanche trop grande, Nathaniel dormait sur le côté, son dos collé au torse de Faucon qui avait passé un bras autour de lui. Les pans de la tente étaient détachés et s’agitaient sous la brise matinale, la lumière du soleil dansait et faisait scintiller le lobe d’oreille du prisonnier.
Faucon ignorait quelle sorcellerie s’était emparée de lui, mais en contemplant Nathaniel sous la pluie, nu, magnifique et ravi, ses muscles fins luisants, il avait eu envie de faire tout ce que celui-ci lui demandait. Il aurait fait n’importe quoi pour qu’il reste aussi heureux et libre.
Peut-être était-il une nymphe de mer qui exerçait une magie quelconque. Enfin, ce n’était sans doute pas le cas, étant donné qu’il avait plongé sans songer au courant, surtout avec le vent qui soufflait.
Même maintenant, le cœur de Faucon loupait un battement lorsqu’il imaginait Nathaniel disparaître sous les vagues sombres pour ne jamais refaire surface.
Mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
Un chœur de « Hissez ! » s’éleva lorsque la plupart de l’équipage mit le navire sur son flanc. Le capitaine les aperçut quand les pans de la tente s’ouvrirent. Les cordages étaient tendus et plusieurs lignes d’hommes les tiraient tour à tour. La coque de la Manta était révélée par le soleil impitoyable, et la masse de bernacles devint visible, tout comme les planches qui avaient besoin d’être remplacées, et Dieu seul savait quoi encore.
Faucon devrait être dehors, à superviser, à les encourager, à leur prêter main-forte étant donné leur délai limité. Il avait un boulot à faire et il ne consistait pas à se cacher dans sa tente avec leur prisonnier dans les bras.
Mais Seigneur, il s’en moquait, désormais.
Une part de lui aurait aimé que les matelots prennent le navire et le laissent tranquille, ici, avec Nathaniel. Pendant tant d’années, la mer avait été sa maison et il ne doutait pas qu’il en avait assez, à présent. Snell avait affirmé qu’il serait incapable d’abandonner sa vie de pirate, mais Faucon savait qu’il le devait.
Il était probable qu’il échoue misérablement. Pourtant, alors qu’il écoutait la respiration régulière de Nathaniel – sentant son torse s’élever et retomber, souhaitant appuyer ses lèvres sur le grain de beauté au sommet de son épaule – le monde sembla empli de possibilités.
C’était de la folie. Il ne devrait se préoccuper que de la rançon, qu’il récolterait dans deux jours.
La nervosité le saisit et un frisson de peur glissa le long de sa colonne vertébrale. Il devait rester focalisé sur sa tâche, surtout quand certains de ses hommes commençaient à s’agiter. Lorsqu’il était parti uriner au milieu des arbres, l’aube à peine visible à l’horizon, il avait entendu des voix. Elles n’étaient pas aussi atténuées qu’elles l’auraient dû grâce aux tonneaux de rhum.
— Si vous voulez mon avis, cette rançon est perdue d’avance. Le Cap’taine va tous nous faire tuer pour rien.
— Personne ne t’a demandé ton avis, Deeks, répondit sèchement une voix.
Elle ressemblait à celle de Boland, navigateur et homme lettré qui avait déserté la Marine Royale – Faucon en ignorait la raison.
— Bainbridge n’a p’t-être même pas cet argent.
Le capitaine tendit l’oreille, tentant de distinguer la voix. Ah, oui, Tully, leur nouvelle recrue à problèmes. Tully poursuivit :
— T’as entendu cette catin le dire, Deeks. Que s’passera-t-il s’il ne l’a toujours pas à la fin du délai imparti ? On aura vogué dans le néant et perdu not’ temps alors qu’on aurait pu pourchasser des navires.
— C’est vrai qu’elle l’a dit, confirma Deeks.
— On sait tous que le cap’taine se tape ce p’tit dandy, ajouta Tully.
— On peut pas lui en vouloir. Si on nous donnait la moitié d’une chance de le faire, on serait beaucoup à tenter le coup avec ce beau petit cul.
— Et pourtant, c’était quand la dernière fois que le capitaine s’est retrouvé avec quelqu’un dans son lit ? intervint à nouveau Boland. Ce n’est pas son habitude.
Il marqua une pause.
— C’est inquiétant, je vous l’accorde. Cette… tentative de séduction.
Faucon restait figé au milieu des arbres. Les ombres des hommes étaient à peine visibles au bord de la plage. Il avait fini d’uriner, mais ne bougeait pas. Son membre était toujours sorti et son cœur tambourinait.
Deeks s’esclaffa.
— J’ai entendu dire qu’il rêvait de prendre sa retraite et de devenir un putain de fermier ou quelque chose du genre.
Des rires rauques résonnèrent alors et Faucon demeurait là, dans l’obscurité. Il se sentait horriblement petit. À qui Snell l’avait-il dit ? Quelqu’un avait-il espionné leur conversation ? Il se disait que c’était futile et pourtant, cela restait tout de même douloureux.
— Un homme comme ça ? ajouta Deeks. Vous imaginez ? Il se moque de qui, franchement ?
— Ça m’paraît clair, répondit Tully. Le cap’taine est plus intéressé à l’idée de besogner ce p’tit cul et d’entretenir des fantasmes, plutôt que de faire c’qu’y a de mieux pour le navire. Pour nous. Il va vraiment abandonner le morveux ?
Quelqu’un que Faucon ne reconnaissait pas prit alors la parole.
— Bainbridge a sauvé la vie d’O’Connell. Il n’est pas si mal.
— Ouais, et on est contents d’ça, répondit Tully. On l’laisse monter su’le pont, sans être attaché ni rien. J’en veux pas à O’Connell, mais est-ce qu’y mérite votre part d’la rançon ? On a été gentil avec le cabot. On l’a laissé tranquille et on n’a pas levé la main sur lui.
— Parce que tu sais que le capitaine portera tes boules en boucles d’oreille si tu oses lancer un mauvais regard au gamin, répondit Deeks.
— Exactement ! Ça prouve bien c’qu’on dit, non ? Bien sûr, il faut que le butin reste intact pour qu’on soit sûr d’avoir la rançon. Mais c’est plus qu’ça. Le cap’taine a pas les idées claires. Vous avez vu, il a laissé Bainbridge courir sur la plage. Il est…
— Compromis ? proposa Boland.
— C’est ça, répliqua Tully. Compromis. Vous l’servez tous depuis trop longtemps. Moi, j’le vois clairement.
— Alors, qu’est-ce que tu suggères ? s’enquit Boland. Une mutinerie ?
L’estomac de Faucon se crispa et sa respiration devint erratique.
Après quelques murmures étouffés, Tully répliqua :
— C’est pas une mutinerie si on vote, si ? Je croyais que les bateaux pirates étaient tous… c’est quoi le mot ?
— Démocratiques, répondit Boland.
Faucon l’imagina lever les yeux au ciel.
— Oui, mais tu n’étais pas avec nous quand Walter Bainbridge nous a trompés. Nous avons suivi les règles de l’Angleterre à la lettre et il a menti avant de faire de nous des pirates. On aurait tous probablement été pendus pour ça si on ne les avait pas pris par surprise. Ils nous ont sous-estimés – surtout le capitaine. C’est une blessure profonde. Il veut sa revanche contre Bainbridge, peu importe à quel point il s’est amouraché de son fils.
— C’est vrai, répondit Deeks. Sous-estime le Cap’taine Faucon à tes risques et périls. On doit se montrer malins.
— Tout c’que j’dis, insista Tully, c’est qu’on doit être certains d’obtenir ce qui nous r’vient. Sans moi, il aurait jamais su qui était cette p’tite merde.
La voix inconnue lança alors :
— Il est impossible que le capitaine abandonne cette rançon et ne crache pas au visage de Bainbridge. Aucun cul n’est aussi bon. Il en profite tant qu’il peut et, comme on l’a dit, qui peut lui en vouloir ? Mais si Bainbridge n’a pas l’argent, le Capitaine Faucon coupera ce gamin en petits dés et les livrera à son père un par un.
La bile monta dans la gorge de Faucon et il tendit la main vers l’écorce rêche d’un arbre alors que les hommes poursuivaient.
— Il enverra probablement les oreilles en premier. Peut-être les lèvres.
— Les doigts.
— Puis sa queue.
— Mais le f’ra-t-il ? demanda Tully. J’pense qu’il faut pas autant le craindre. Il est devenu faible. À mon avis, ses priorités sont pas claires.
Faucon resserra son bras autour de Nathaniel, qui murmura et gigota dans son sommeil. Il avait eu envie de faire irruption sur la plage, de sortir son coutelas et de les tailler en pièces pour que les oiseaux et les insectes affluent. Surtout Tully. Faucon prendrait un malin plaisir à lui arracher sa langue de sa grande bouche.
Mais, à vrai dire, ils avaient raison. Il était compromis par sa verge. Non, bien pire que ça, il l’était par de douces sensibleries en lui qu’il n’avait pas déterrées depuis des années. Il ignorait même qu’elles existaient encore depuis qu’il avait connu John, tant de temps auparavant.
Il avait autorisé Nathaniel à creuser en lui, à déplacer les grains de sable un par un jusqu’à ce qu’il soit nu.
Il effleura de ses lèvres les nœuds dans la colonne vertébrale du jeune homme, son cœur se réchauffant lorsqu’il entendit un soupir endormi. L’entrée de la tente s’ouvrit dans une bourrasque et à l’autre bout de la plage, Faucon repéra quelques matelots réunis en pleine discussion. Parmi eux se trouvait Tully. Ils jetèrent un coup d’œil vers la tente et le capitaine ignorait si le soleil étincelait trop pour qu’il le voie. Pour qu’il remarque qu’il tenait leur prisonnier dans ses bras.
Ça suffit.
Il était temps de mettre un terme à tout ça. Fermant les yeux, il songea à Walter Bainbridge et à ce jour, à la Cour de l’Amirauté, quand Faucon était resté incrédule, alors que l’homme le désignait comme pirate après tant d’années de loyauté envers la Couronne.
Il appuya sur cette blessure qui gangrenait depuis et invoqua toute sa fureur. Oui, il aurait sa revanche et sa rançon. Sinon il perdrait le contrôle de son navire. Pire que ça, si les matelots décrétaient qu’il avait agi contre leurs intérêts, il pouvait être mis à mort. Il avait vu des équipages se retourner contre leur commandement et cela pouvait se produire en un clin d’œil. Comment avait-il pu dériver à ce point ?
Les paroles de Snell firent écho dans son esprit. Les sentiments ne feront pas tout.
C’était allé trop loin. Roulant loin du jeune prisonnier, il attrapa ses bottes et en enfila une.
— Dites-moi que vous n’allez pas vraiment porter ces bottes, murmura une voix endormie. Nous allons passer la journée sur la plage. Les hommes vous respecteront toujours, vous savez.
Nathaniel resta blotti sur son flanc, incapable de voir ce que Faucon faisait.
Seigneur. Me connaît-il déjà si bien ? Comment ai-je pu permettre ça ?
Nathaniel avait sans doute raison. Le capitaine n’avait probablement pas besoin de s’habiller pour assumer son rôle. Toutefois, il enfila tout de même la seconde botte, ses pieds protestant immédiatement dans le cuir humide et moisi qui lui donnerait bientôt l’impression d’être un four. Il ne pouvait suivre les conseils de Nathaniel. Il devait mettre un terme à cette attirance indésirable qui le bouleversait bien trop.
Bientôt, il échangerait Nathaniel contre de l’argent et ne le reverrait jamais. C’était le plan. C’était ainsi que cela allait se produire. Sauf que Nathaniel avait insisté sur le fait qu’il se créerait une nouvelle vie.
Peut-être…
Nathaniel rit légèrement et du coin de l’œil, Faucon le vit se lever et prendre une brusque inspiration.
— Quoi ? demanda-t-il immédiatement.
Il saisit les bras du jeune homme avant de pouvoir y réfléchir à deux fois. Haletant, le prisonnier haussa les épaules et se dégagea, appuyant les mains sur la couverture froissée et voilée de sable.
Faucon tira sur le col de la chemise usée de Nathaniel et observa les ecchymoses en forme de doigts. La culpabilité le submergea, vive et tranchante. Peu importait l’état de ses épaules, d’ailleurs, puisqu’il imaginait à quel point l’orifice de Nathaniel serait sensible après ce qu’ils avaient fait sans huile et dans le sable. Avant qu’il puisse dire quoi que ce soit, le jeune homme prit la parole.
— Ce n’est pas votre faute. Je vous ai demandé de le faire. J’avais envie que ça se passe ainsi.
Ce n’était pas faux, mais… Faucon s’éclaircit la voix.
— As-tu besoin du physicien ?
Nathaniel observa par-dessus son épaule et leva les yeux au ciel.
— Pour quelques ecchymoses ? Je crois que je vais survivre.
— Tu es sûr qu’il n’y a que les ecchymoses ?
Nathaniel gigota avec précaution et s’assit. Il sourit légèrement.
— Je crois. Si je me rends compte du contraire, je vous le dirai.
Fronçant les sourcils, Faucon croisa les bras et envisagea d’appeler le physicien dans un cri.
— S’il y a une déchirure…
— Je vais bien.
Le captif posa une main chaude et douce sur l’avant-bras nu de Faucon, où ses manches étaient relevées, et il le caressa.
— Ne vous inquiétez pas.
Et merde, c’était trop difficile à supporter. Cette familiarité si aisée, la manière dont Nathaniel grattait son torse d’un air absent, bâillant, comme s’il s’agissait d’une matinée tranquille dans un autre endroit. Une autre vie.
C’était une farce et elle pouvait potentiellement être mortelle. Faucon se libéra et se leva dans ses stupides bottes, perdant presque l’équilibre dans le sable quand une couverture s’enroula autour de sa cheville.
Il donna un coup de pied pour la chasser.
— Je ne m’inquiète pas. Mais je ne peux pas te rendre à ton père avec trop d’ecchymoses.
Nathaniel lui lança un autre sourire charmant et exaspérant.
— Peut-être que vous n’avez pas besoin de me rendre. Nous pourrions…
— Faucon !
Snell se tenait juste devant la tente.
— Si tu es prêt à commencer ta journée, nous avons quelques problèmes à régler.
Sans jeter un coup d’œil à Nathaniel, Faucon sortit et longea la lisière de la forêt, hors de portée de voix de la tente. Ses bottes étaient déjà trop chaudes et il n’avait pas mis sa ceinture. Il redressa le dos en chassant une mouche.
— Qu’y a-t-il, monsieur le quartier-maître ?
Snell souffla interminablement avant de se pincer les lèvres.
— Eh bien, Capitaine, je veux m’assurer que vous avez la tête sur les épaules. La vôtre, soit dit en passant. Parce que l’équipage commence à se poser des questions.
Faucon garda un ton calme, puisqu’il avait conscience que les hommes les observaient de l’autre côté de la plage. Tully avait-il continué de planter les graines de la rancœur ?
— S’ils sont aussi motivés à élire un nouveau capitaine, ils devraient le faire.
— Quelle ânerie est-ce là ?
— Ce serait peut-être pour le mieux. Je pourrais… passer à autre chose.
Soupirant, Snell secoua la tête et ses épaules s’affaissèrent.
— Nom de Dieu, Faucon. Je sais que vous êtes troublé. Mais je vous dis que j’ai déjà vu ça auparavant et il est impossible que vous soyez satisfait en faisant autre chose. Les seules règles que nous suivons sont les nôtres. Pas celle de la tyrannie anglaise. Vous recommenceriez vraiment à vivre comme ça ? De toute façon, ils ne vous laisseraient pas faire. Vous êtes recherché dans le Nouveau Monde et dans l’ancien.
— Il y a sûrement une autre manière de bâtir sa vie en restant hors de portée de l’Angleterre. Une île espagnole ou française. Ou un tout nouvel endroit. Ça ne sera pas facile, mais… Eh bien, pourquoi diable ne devrais-je pas essayer ? Pourquoi ne devrais-je pas vivre, vieux et gros, avec mon amant à mes côtés au lieu de lutter constamment pour survivre ?
Snell plissa les yeux.
— Ne me dites pas que vous rêvez de ce petit seigneur guindé.
Faucon dut faire de son mieux pour ne pas écraser son poing dans le visage grassouillet et usé de Snell qu’il avait toujours regardé avec affection. Il débordait d’une violence qui ne demandait qu’à être libérée.
Levant les mains en signe de reddition, Snell secoua la tête. Il baissa la voix pour le supplier.
— Dites-moi que vous ne croyez pas sincèrement qu’il voudrait de vous ? Une fois qu’il sera de retour à la civilisation, dans une demeure majestueuse, avec de jolies filles et des bains chauds dès qu’il le souhaite, ainsi que de la viande succulente dans son assiette tous les soirs ? Il a beau aimer votre queue, vous pensez réellement que le fils de Bainbridge abandonnerait une vie de luxe et de richesse pour vous ?
Faucon eut envie de crier oui !
— Il n’a pas dit qu’il voulait ça, répondit-il plutôt. Il a dit…
Faucon était écorché, à vif sous le ciel sans nuage, la sueur perlant sur son front.
La compassion dans les yeux de Snell était bien ce qu’il y avait de pire.
— Il a dit ce qu’il croyait devoir vous dire. C’est un gamin intelligent. Il a réussi non seulement à rester en vie, mais à obtenir un certain confort. On lui a accordé bien plus de libertés qu’à tous les prisonniers que j’ai jamais vus. Vous vous souvenez de ce que vous nous avez dit, le soir où nous l’avons capturé ? De ne pas nous laisser charmer. De ne pas nous laisser piéger. Je crains que ce soit trop tard, mais vous devez tenir compte de vos propres mots, Faucon. Je vous en supplie. Et si vous tenez réellement à lui, laissez-le avoir sa vie de privilégié.
Le capitaine ouvrit la bouche avant de la refermer.
Snell poursuivit :
— Il est jeune. Il s’est laissé emporter par l’aventure et il a réchauffé le lit d’un pirate. C’était un fantasme pour vous deux. Ne vous infligez pas cela. J’ai vu tant de marins rechercher de jolies petites choses et ça a toujours fini de la même manière. Je ne veux pas que vous viviez une telle déception. Ce gamin a toute une vie devant lui. Franchement, que pouvez-vous lui offrir ? Réfléchissez-y. La réalité, c’est que nous sommes des voleurs. Des tueurs.
Le déni se manifesta et Faucon cracha.
— Parce que Bainbridge nous a trompés et nous a désignés comme des pirates. Des criminels.
Snell demeura silencieux de longues secondes et l’observa avec une expression indéchiffrable, jusqu’à ce que son capitaine tangue d’un pied sur l’autre et que le désespoir le saisisse.
— Il l’a fait !
— Oui. Et nous avons accepté cette vie. Nous avons fait du Faucon des Mers l’un des noms le plus redoutés sur ces eaux, en quelques années. Nous avons volé et nous avons tué. Oui, d’autres pirates sont bien pires. Nous ne violons pas et ne torturons pas, sous votre surveillance. Mais n’allez pas croire que vous êtes ce que vous n’êtes pas.
Faucon sursauta quand Snell saisit gentiment son bras.
— Vous êtes trop doué pour abandonner. Vous ne connaissez aucune autre manière de vivre. Vous l’oublierez dans peu de temps et votre cafard finira par passer. Vous vous rappellerez ce que vous aimez à propos de la mer quand nous pourchasserons notre prochain butin.
La gorge de Faucon était sèche, mais il déclara :
— Qu’y a-t-il de mal à vouloir un peu de paix ?
Snell soupira et serra une dernière fois son bras.
— Les hommes comme nous n’ont pas la paix.
Faucon observa celui qui était la chose la plus proche d’un ami se retourner et rejoindre l’équipage. Snell avait raison. Il ne méritait pas un seul moment de sérénité. Il ne méritait pas une vie avec un garçon aussi brillant, beau et bon que Nathaniel. Plus important encore, ce dernier méritait mieux qu’un pirate marqué et épuisé avec trop de sang sur les mains. Faucon en avait conscience.
Le savoir était une chose. Mais le désir martelant dans son cœur, coulant dans ses veines comme la marée – incessante et implacable – en était une autre. Toutefois, il était clair qu’il s’était laissé emporter par ses fantasmes depuis trop longtemps.
Il repartit vers la tente et se baissa pour entrer. Il coinça sa chemise dans son pantalon et saisit sa ceinture. L’envie de rejoindre Nathaniel sur le lit de fortune l’attirait comme si un hameçon s’était planté dans sa chair.
Le jeune homme roula pour se mettre à genoux et tenta de dissimuler une nouvelle grimace.
— Puis-je aider avec les bernacles ?
Posant son regard partout sauf sur Nathaniel lorsqu’il avança vers son bureau de fortune, Faucon cracha :
— Non. Tu vas rester ici.
— Ici ? Dans la tente ? Mais…
— Mais rien. Tu es le prisonnier et tu resteras où je te le dirai. C’est moi qui contrôle la situation.
Le poignard devait être posé sur la gorge de Nathaniel et non sur la sienne.
— Je t’ai bien trop laissé faire ce que tu voulais. C’est fini. Bientôt, tu seras rendu à ton traître de père sur l’Île Primevère et moi, je serai riche.
Nathaniel resta silencieux quelques instants, puis il s’éclaircit la gorge.
— Que vous a dit monsieur Snell ? s’enquit-il d’une voix tremblante. Qu’est-ce qui a changé si soudainement ?
— Rien n’a changé, lui assura Faucon en détournant le regard. Cela a toujours été la réalité de la situation. Bientôt, ce sera terminé.
— Pourtant, jusqu’à ce que ce soit le cas, nous pouvons encore profiter de ce qu’il y a entre nous, répliqua Nathaniel d’une voix rauque.
— Il n’y a rien entre nous.
— Mais… Hier soir, nous…
Avec des mouvements brusques, Faucon attacha sa ceinture et repoussa sans ménagement les souvenirs de leurs ébats frénétiques : les cris du jeune homme, la chaleur de son corps, la pluie trempant leurs peaux fiévreuses. Il était même certain d’avoir pu entendre leurs cœurs battre à l’unisson.
— On a baisé, cracha-t-il. J’ai coincé ma queue dans ton petit trou serré. Rien de plus. Je suis un capitaine pirate et tu es une pépite. J’ai aimé trousser ton cul vierge, en sachant à quel point ton père en serait horrifié, mais je m’en suis lassé. Tu es usé, maintenant.
— Vous ne le pensez pas.
— Ne me dis pas ce que je pense ! brailla-t-il.
Il rangea son arme dans sa ceinture, sa fichue main tremblant. Cette conversation devait prendre fin. Il devait rester déterminé.
Cherchant une cruauté particulièrement saisissante, il trouva enfin sa cible.
— Je dois dire que j’ai hâte de raconter en détail à ton père toutes les choses obscènes que tu as dites et faites. Tu as supplié pour avoir ma queue. Tu es une vraie catin. Je vais peut-être même lui faire quelques dessins.
Nathaniel prit une brusque inspiration.
— Vous ne feriez pas ça.
Le capitaine rit sévèrement.
— Pourquoi pas ? C’est une question de vengeance, N… Pépite. Rien de plus. Si j’ai pu te faire croire une fausse fatuité, tu ne peux en vouloir qu’à toi-même. Puisque je ne suis qu’un pirate, après tout. Tout le monde sait qu’on ne peut pas nous faire confiance.
Ne le regarde pas. Mets un terme à tout ça avant de t’enfoncer encore plus dans ce fossé.
— Je ne comprends pas ce qui a changé en une nuit.
Faucon s’arrêta près des couvertures, les jambes écartées. Il toisa son prisonnier de haut, son sourire narquois bien en place. Il asséna le coup fatal.
— Alors, apparemment, tu es un imbécile, après tout.
Sur ces mots, il sortit en essayant déjà d’oublier l’image de Nathaniel, la bouche ouverte sous l’effet de la surprise, et une douleur indéniable creusant son beau visage.
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