Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)
Chapitre 4
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LE SIFFLEMENT DU maître d’équipage, appelant tout le monde sur le pont, retentit et les hommes se réunirent. À la barre, Snell à ses côtés, Faucon les scruta tous en silence, attendant qu’ils arrêtent de changer de place et de se bousculer. Il patienta jusqu’à obtenir leur attention pleine et entière.
Il portait encore toutes ses armes, y compris le poignard confisqué au prisonnier. Le creux de ses reins protestait à cause du poids supplémentaire à sa ceinture. Il se maudit de ne pas les avoir enfermées à clé dans son bureau avant de revenir sur le pont.
Il s’assura que sa voix se fasse entendre jusqu’à l’autre bout du navire.
— À cette heure, vous êtes tous au courant du trésor inattendu que nous avons capturé. Mes frères, cette aubaine nous offrira une récompense plus grande que nous n’aurions pu l’imaginer quand nous avons repéré ce navire marchand. Notre nouvelle mission est d’échanger le fils de Walter Bainbridge contre une rançon.
— Pour combien ? demanda une voix.
— Cent… dit le Faucon avant de marquer une pause pour l’effet théâtral. Mille livres.
Les hommes se toisèrent, murmurant et souriant, les images de leur part du butin dansant dans leur esprit. Pourtant l’un d’entre eux, du nom de Deeks, prit la parole.
— On n’aurait pas dû voter ?
Faucon soupira intérieurement. Si, ils auraient dû et il n’y avait même pas réfléchi une seconde puisqu’il n’avait vu que le prix double de sa revanche contre Bainbridge et de la possibilité d’une retraite paisible loin de la mer. Toutefois, il voulait également rendre service à son équipage, leur laisser suffisamment d’argent afin qu’ils puissent vivre convenablement, à moins de tout gaspiller, ce que certains feraient sûrement, mais cette gestion serait hors de sa portée.
Il hocha la tête.
— Oui. Pardonnez-moi, mes frères. J’ai été emporté par mon enthousiasme en imaginant nos richesses futures. Mais je vous en prie, votons. Voici les options : continuer à voguer sans aucun plan et espérer tomber sur un butin. Peut-être un peu de tabac ou de sucre que nous pouvons échanger à Nassau pour suffisamment d’argent afin de passer quelques jours à boire et à fréquenter les prostituées avant de partir pour tout recommencer. Encore. Et encore.
Il attendit et laissa son équipage encaisser cette éventualité.
— Ou alors, nous demandons une rançon de cent mille livres pour le fils unique de ce menteur et ce tricheur de Walter Bainbridge.
Enfin, ils prendraient ce que Bainbridge réussirait à réunir, mais les hommes n’avaient pas besoin de le savoir.
Faucon avait mis la barre haut pour le bien de ses matelots et il espérait que la rançon s’en rapprocherait suffisamment pour qu’ils puissent partager un butin généreux. Ce serait plus qu’ils ne pourraient s’attendre à gagner, à moins de tomber miraculeusement sur un navire abritant un trésor dans ses cales.
— Pendant un mois, nous nous détendons. Nous ne nous battons pas pour les restes avec d’autres navires aux pavillons noirs. Nous ne risquons pas la mort en nous battant contre ces bateaux. Nous restons loin des canaux commerciaux. Nous livrerons ensuite cette simple marchandise et deviendrons plus riches que nous ne l’aurions cru possible en un seul coup.
Il laissa également son équipage digérer son discours.
— Monsieur Snell, le vote, si vous le voulez bien ?
Réussissant admirablement à ne pas lancer un sourire narquois, le quartier-maître s’éclaircit la gorge.
— Nous savons tous que le capitaine est homme à respecter sa parole. Bien que la plupart des capitaines corsaires gardent jusqu’à quatorze parts du trésor, le Capitaine Faucon n’en a toujours réclamé qu’une seule, tout comme aujourd’hui. C’est un partage honnête, étant donné le boulot qu’il effectue en nous guidant. En nous protégeant. Monsieur Walker, combien gagniez-vous à faire ce travail éreintant, sur le domaine du riche propriétaire de Boston ?
— Douze livres puantes par an, répondit l’intéressé.
Snell observa les hommes.
— Douze livres. Par an. Nous sommes quarante-six sur le navire. Le capitaine touchera deux parts, moi, une et demie. Une partie des bénéfices ira au fonds pour les blessés, et cetera. Mais quand tout sera réglé, vous obtiendrez dix mille livres chacun. Je sais que nous rêvons tous d’or espagnol clinquant sur le prochain galion que nous verrons à l’horizon. Bien que ce butin ne se compte pas en millions, il ne doit pas être sous-estimé. Qui est pour ?
Les mains se levèrent dans une acclamation enthousiaste. Faucon sourit.
— C’est l’esprit de la Manta Maudite !
Il attendit quelques instants avant de lever les mains et de faire taire les hommes.
— Le garçon va rester dans ma cabine. Indemne. Intact. Certains de vous s’occuperont de lui quand ce sera nécessaire – pour lui donner de la nourriture, de l’eau et pour vider son pot de chambre si je suis occupé ailleurs. Ne lui parlez pas et ne le laissez pas vous prendre au piège. Certains de vous doivent se souvenir de son père ou ont entendu les récits de sa supercherie. Walter Bainbridge est comme un serpent dans l’herbe et son fils est certainement aussi trompeur et fourbe.
Les hommes acquiescèrent et murmurèrent leur approbation.
— Ne vous laissez pas avoir par sa contenance innocente. C’est un gamin paresseux et pourri gâté à qui on a tout donné sans qu’il lève le doigt, sans jamais connaître l’adversité.
Ils hochèrent à nouveau la tête.
— Que s’passe-t-il si l’vieux paie pas ?
Faucon identifia l’homme qui avait pris la parole. Des cheveux roux, maigrichon, une faim avide dissimulée dans ses longs membres. C’était le matelot qui venait tout juste de les rejoindre après avoir déserté le Fier William.
Prendre la parole avec autant d’audace dès le début ne pouvait être qu’un signe de problèmes, mais Faucon allait lui offrir le bénéfice du doute. Il savait à quel point ces navires marchands pouvaient être horribles, tout comme la marine – l’équipage s’épuisait à la tâche pour presque rien.
— Ah, notre nouveau frère. Ton nom ? s’enquit Faucon.
— Tully.
Il jeta un coup d’œil autour de lui, comme s’il mettait quiconque au défi de le contredire.
— C’est une question sensée. J’ai confiance en Bainbridge pour payer la rançon.
Un autre homme prit la parole.
— Je croyais que L’Île Primevère était un échec. Il n’y a pas de fric là-bas, pas assez de bouffe et de plus en plus de gens plient bagage pour rejoindre les Carolines ou la Jamaïque. Je pensais que c’était pour ça qu’on ne s’était jamais pris la tête avec cet endroit.
— C’est parfaitement vrai. Mais Bainbridge est un homme vénal et cupide. Nous avons entendu dire qu’il vit dans une grande demeure sur la colonie, qu’il prospère alors que son peuple est en difficulté. Il s’accroche au pouvoir. Quel message enverrait-il au reste du Nouveau Monde s’il laissait des pirates assassiner son fils unique ? S’il faisait preuve d’une telle faiblesse, d’une telle vulnérabilité ?
Les hommes murmurèrent avant de hocher la tête. Faucon poursuivit.
— Il ne peut se le permettre. Sa fierté ne l’accepterait pas. S’il ne possède pas les fonds, il les acquerra d’une manière ou d’une autre, sinon sa réputation prendra un coup fatal. Peu importe la vérité, il ne peut passer pour quelqu’un d’impuissant. J’en suis convaincu. Je suis également convaincu que nous devrons nous battre, une fois que l’échange aura été fait.
Faucon leur lança un sourire carnassier.
— Mais La Manta Maudite ne fuit jamais le combat quand le butin est si précieux. Qui est avec moi ?
Les hommes l’acclamèrent en levant le poing.
— La revanche sera tellement bonne ! hurla l’un d’entre eux.
Faucon était parfaitement d’accord.
— Partons maintenant pour Nassau afin d’échanger le reste de la marchandise.
Il y eut d’autres vivats et le capitaine ne les interrompit pas pour leur dire que l’arrêt à Nassau serait bien, bien plus bref qu’ils ne le souhaiteraient. Il serait trop risqué de jeter l’ancre là-bas trop longtemps. Si la rumeur de leur rançon se propageait, ils devraient se battre contre d’autres pirates.
Non, il valait mieux rester en mouvement, loin des canaux commerciaux, et voguer près de l’Île Primevère, mais pas trop.
Les marins se remirent au travail, l’enthousiasme visible dans leurs pas. Faucon se retourna pour observer la mer derrière eux et les ondulations laissées dans leur sillage. Snell le rejoignit après un moment.
— Avez-vous remarqué quelque chose qu’on ne voit pas ?
Faucon rit légèrement.
— J’ai bien peur que ma vue ne soit plus ce qu’elle était.
— Mon corps entier n’est plus ce qu’il était.
Snell passa une main sur ses cheveux blonds clairsemés et tapota son ventre proéminent.
Un silence agréable s’abattit sur eux et le capitaine scruta l’horizon. Il était vrai que sa vue n’était plus aussi précise qu’elle l’avait été des décennies avant qu’il gagne son surnom, mais il était toujours un observateur attentif.
Adolescent, il était rapidement devenu la meilleure vigie sur le navire qu’il servait. Il a des yeux de faucon, là-haut ! Il attribuait ce mérite à son enfance sur les falaises galloises, à regarder la mer et à se languir de son étreinte.
Attention à ce que tu demandes.
De temps à autre, la tranquillité de la vigie manquait à Faucon. Là-haut, il serait loin de l’agitation et des discussions. Son équipage était bon et travailleur, mais s’ils pouvaient simplement la fermer parfois… Il secoua la tête.
— Je deviens trop vieux pour ça.
Snell ricana.
— Si vous êtes trop vieux, je suis une antiquité.
— Eh bien, je n’allais pas le formuler ainsi, mais…
— D’accord, d’accord.
Le sourire de Snell disparut.
— Putain de Walter Bainbridge. Cette merde. J’imagine qu’il était inévitable que nos chemins se croisent à nouveau.
Il resta silencieux un moment, mais Faucon savait que Snell avait plus à dire. Il patienta donc.
Finalement, le quartier-maître continua, le regard rivé sur l’horizon.
— Je me suis demandé pourquoi on avait fui Bainbridge après ce qu’il avait fait. À cause de lui, on a failli être pendus. Beaucoup d’hommes lui auraient rendu visite pour régler leur compte, bien avant aujourd’hui. Mais pas vous.
— Au début, ça ne valait pas la peine de prendre le risque. On devait gagner notre vie, nous établir sous pavillon noir.
— Oui. Créer la réputation du Faucon des Mers.
— Hmm. Quand Bainbridge est devenu gouverneur de cette nouvelle colonie, j’ai envisagé de lui rendre visite. Je l’ai fantasmé.
Il s’agrippa à la rambarde et visualisa ses mains autour de la gorge de Walter Bainbridge, la peau de ce bâtard prenant une teinte d’un rouge intense, ses yeux sortant de leurs orbites et sa langue dépassant, alors que Faucon lui arrachait toute vie. Ou peut-être le transpercerait-il de son épée, ou qu’il l’attacherait et…
— Pourtant, on est restés à l’écart. Pourquoi ?
Inspirant profondément, Faucon chassa les images de la mort de Bainbridge.
— Je m’étais attendu à ce que vous me le demandiez bien avant aujourd’hui.
Snell lui jeta un coup d’œil et un sourire narquois.
— J’ai appris il y a longtemps que vous faites quelque chose seulement quand vous êtes sûr et prêt, pas une seconde avant.
Le capitaine fut obligé de sourire.
— Ce n’est pas faux. La dernière chose dont j’avais envie, c’était de faire de cet homme un martyr. C’est ce qu’il se serait passé si nous étions arrivés soudainement sur la nouvelle colonie et que nous l’avions pendu. Cela aurait été une autre preuve contre les méchants pirates et il aurait été notre victime innocente. Ils auraient probablement érigé une foutue statue à son effigie. Non. Je ne pouvais le tolérer. Je savais que le jour viendrait où je pourrais prendre ma revanche et que je le reconnaîtrais. Effectivement. Voilà où nous en sommes.
— Et pour l’instant, nous savons que Bainbridge a perdu la confiance de la Couronne, puisqu’il gère mal les affaires de l’Île Primevère. Le fait que nous ayons kidnappé son fils sera un autre coup dur.
— Oui. La rumeur dit qu’il n’aura bientôt plus le pouvoir. J’imagine que l’avenir de la colonie elle-même est remise en question. L’Angleterre ne veut pas envoyer d’argent si c’est une mauvaise idée.
— Pourquoi le feraient-ils ? Le reste du Nouveau Monde prospère tellement.
Le sang du Faucon frémit face à cette promesse d’obtenir enfin sa revanche.
— Bainbridge aura désespérément envie de préserver le peu de réputation qu’il possède encore et de ne pas paraître faible. L’argent est le moins qu’il puisse nous offrir après avoir anéanti notre gagne-pain d’un coup de plume. Et quand je le tuerai, maintenant, peu le pleureront et personne ne le canonisera.
— Ce bâtard nous a sous-estimés par le passé. Il ne le fera probablement plus. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.
— Moi non plus. Nous devons nous montrer prudents.
— Le fils nous causera-t-il des ennuis ?
Faucon secoua la tête d’un air dédaigneux.
— Il n’est qu’un petit homme. Un lâche pleurnichard comme son père.
À vrai dire, Bainbridge semblait prêt à tout pour protéger sa sœur, mais ce n’était qu’un mince critère dans l’évaluation de sa valeur.
— Il ne sera pas un problème.
Snell sifflota.
— Imaginez si on y arrive.
Faucon écarta grandement les mains sur le bastingage et observa les reflets du soleil scintiller sur les vagues. Une impuissance inhabituelle l’envahit.
— Ce sera peut-être l’ultime coup du Faucon des Mers.
— Excusez-moi ?
Riant à moitié, Snell le fixa et fronça les sourcils.
— C’est quoi cette ânerie ?
Résistant à l’envie de tanguer d’un pied sur l’autre sous ce regard scrutateur, le capitaine resta concentré sur la mer.
— Avec cette rançon, je vous laisserai, les hommes et vous, dans de bonnes conditions. Vous pourrez devenir le capitaine quand je serai parti.
Snell ricana.
— Je suis un excellent quartier-maître parce que je sais comment faire en sorte que les hommes soient assez heureux pour tenir les rangs. Les capitaines doivent planifier les batailles, être mystérieux et menaçants. Ce n’est pas mon domaine. En plus, vous n’irez nulle part.
L’estomac du capitaine se tordit.
— Ah non ?
— J’ai déjà vu ça, par le passé. Cette fébrilité. Ça va passer. Vous serez incapable de partir quand l’heure sera venue. Enfin, qu’est-ce que vous feriez de votre vie ?
Il haussa les épaules, rougissant.
— Pêcher. Cultiver un peu. Je ne me battrai plus.
Snell rit de bon cœur.
— Un jour plus tard, vous vous ennuieriez déjà ! L’herbe semble toujours plus verte ailleurs, mais pourriez-vous vraiment adopter un tel style de vie ?
Il posa une main sur l’épaule du Faucon, son sourire s’atténuant.
— En plus, la mer n’abandonne pas ses serviteurs aussi aisément. Vous savez qu’il n’y a qu’une seule porte de sortie. Alors on devrait profiter du temps qu’il nous reste.
Une sensation écœurante submergea le Faucon et ses membres n’en devinrent que plus lourds, comme s’il avait un boulet de canon au fond de l’estomac.
— Oui, dit-il d’une voix rauque.
Snell soupira.
— Une fois que ces bras cassés se seront ressaisis.
Il cria derrière lui.
— Peters, tu es sourd ou quoi ? Qu’est-ce que je t’ai dit, ce matin ?
Faucon lui lança un sourire obligeant tandis que Snell posait une nouvelle fois sa main sur son épaule et allait s’occuper de ses affaires. Observant le vaste néant, le capitaine des pirates ne put s’empêcher de s’imaginer ce qui se trouvait au-delà.
Une petite maison, une cheminée et du thé chaud le matin, une journée de travail honnête devant lui. Une bonne nuit de sommeil dans un lit décent, un sol qui ne tanguait pas constamment sous ses pieds.
Peut-être même un homme pour réchauffer ce lit, pour vivre dans le confort à ses côtés.
Il se moqua terriblement de lui-même. Ce n’était effectivement que des conneries. Ceux qui subsistaient grâce à leur épée n’appréciaient pas les retraites paisibles. Il n’en méritait pas et, dans tous les cas, Snell avait sûrement raison : ça ne lui conviendrait pas le moins du monde.
Une vie en mer était ce dont il mourait d’envie depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait, alors pourquoi voudrait-il abandonner ? Surtout maintenant qu’il était un capitaine pirate avec plus de pouvoir qu’il ne l’avait jamais imaginé.
Pourtant, Faucon n’arrivait pas à chasser totalement ce fantasme. Il l’éloigna dans un coin de sa tête puisqu’il était apparemment déterminé à se tourmenter, bien qu’il sache que c’était une erreur.
Il se mit à la barre pendant un moment. La journée passa lentement, et à plusieurs reprises, il dut s’empêcher de retourner dans sa cabine pour voir comment se portait son prisonnier. Plus longtemps il laisserait Pépite seul, plus vite le garçon serait intimidé. Faucon mangea son dîner avec les hommes du deuxième tour de garde quand le soleil se coucha.
Le jeune posté devant la cabine de Faucon se mit au garde à vous quand il approcha.
— A-t-il essayé de marchander avec vous ? s’enquit le capitaine.
— Non, monsieur. Il a à peine levé les yeux du sol.
Faucon tendit la main pour avoir la clé.
— Très bien, monsieur Porter. Assurez-vous d’être sur vos gardes, avec lui, dans les jours à venir. Rompez.
Suivant son propre conseil, le capitaine tourna promptement la clé et entra dans la cabine en se préparant à être attaqué. Ce ne fut nullement le cas. Les bras autour de ses genoux, Pépite était blotti dans son coin, où le côté tribord de la coque rencontrait le côté bâbord. Faucon ne pouvait qu’apercevoir le sommet de son crâne par-dessus le bureau.
Il le contourna d’un air arrogant, comme s’il ne se souciait de rien, et resta en alerte, la main nonchalamment posée sur la garde de son épée. Pépite maintenait le regard rivé sur ses pieds, désormais nus. Au moins, il avait eu le bon sens de se débarrasser de ses souliers et de ses bas.
Après une journée au soleil, Faucon mourrait d’envie de retirer ses bottes étouffantes. Mais pas encore. Il observa le bol de nourriture sur au sol. Il semblait intact. Il avait parlé trop vite, concernant la sagesse de ce garçon.
— Mange.
Aucune réponse.
Faucon grogna.
— Serais-tu devenu sourd ?
Pépite marmonna.
— Regarde-moi, exigea le pirate.
Le captif leva la tête.
— J’ai dit que je n’avais pas faim !
— Ah oui ? Et qu’est-ce qui te fait croire que ça m’intéresse, si tu as faim ou non ? Tu mangeras quand je te le dirai. Dois-je te tenir le nez et t’enfoncer ce ragoût au fond de la gorge ?
Le garçon mentait. Évidemment qu’il avait faim. Il avait vidé presque toute sa coupe d’eau, au moins. Mais cette rébellion stupide devait être matée. Faucon fit un pas pour se rapprocher et écarta légèrement les jambes en se penchant au-dessus de son prisonnier.
— Dois-je t’enchaîner, nu, au lit, après tout ?
Sa pomme d’Adam s’agitant, Pépite détourna le regard vers le renflement dans le pantalon du pirate et son souffle se coupa. Était-ce simplement de la peur ou quelque chose d’autre ?
Un éclat, semblable à une étincelle provoquée par un silex, crispa les testicules de Faucon. Hmm. Était-il possible que Bainbridge apprécie d’être violé ?
Mais non, les lèvres de Pépite se recourbèrent de dégoût.
— Vous êtes répugnant. Vous n’êtes qu’un animal grossier.
— Continue de me repousser et tu verras à quel point je le suis.
Pépite frissonna.
— Vous savez que mon père ne paiera pas si vous me faites du mal, monstre.
Faucon prit son temps pour le regarder comme s’il était son morceau de viande. Il lui lança alors un sourire lubrique.
— Je peux te faire un tas de choses qui ne laisseront aucune marque.
— Vous en voulez à mon père de vous avoir collé l’étiquette de pirate, mais il est clair que votre cœur était déjà noir.
Le pirate baissa la voix d’une autre octave.
— Je t’obligerai à aimer. Imagine comme tu te détesteras après ça.
Bainbridge n’eut aucune réponse à offrir, mais il tendit la main vers le bol et mit une pleine cuillérée de ragoût dans sa bouche. Il mâcha furieusement. Faucon le laissa à sa rage impuissante.
Pépite était l’une des marionnettes de la société anglaise. Évidemment qu’il était horrifié à l’idée que deux hommes prennent du plaisir. Il vivait une petite vie pathétique et guindée d’obéissance à son père. Cette excursion sur un navire pirate serait probablement le seul moment d’excitation de toute son existence.
Autant lui offrir la totale, alors.
Lentement, avec insouciance, Faucon fit le tour de la cabine en se déshabillant petit à petit. Il retira sa ceinture et rangea ses armes, y compris le poignard du garçon, dans un coffre qu’il ferma à clé.
Il envisagea d’ordonner à Pépite d’enlever ses bottes. Faucon s’assiérait sur le côté du lit, son pantalon délacé et torse nu, ses jambes aussi écartées que possible, et il obligerait le prisonnier à s’agenouiller.
Cette pensée fit monter le désir en lui, dans un élan chaud et profond. Il s’agissait sans doute du frisson persistant de la chasse et de la capture qui le bouleversait encore. Tourmenter le fils de Bainbridge était une chose, mais il devait surveiller son désir. Habituellement, ce n’était pas un problème. Il pouvait largement se contenter de se satisfaire avec sa main pendant des mois.
Pourtant, il y avait quelque chose d’enivrant chez Pépite et ses petits actes de rébellion. De nombreux hommes se seraient faits dessus et auraient pleuré. Le pirate l’avait suffisamment constaté au fil des ans.
Malgré tout, il avait déjà accordé trop de temps à ce garçon. Bien que ce soit amusant de jouer avec lui…
Faucon retira sa chemise et détacha son pantalon avant de le glisser, en même temps que son caleçon, sur ses jambes. Il portait encore ses bottes. Il était presque certain d’avoir l’attention de Bainbridge tandis qu’il se penchait, dénudé, et libérait ses pieds. Il résista à l’envie de soupirer de soulagement lorsqu’il étira ses orteils et jeta son pantalon sur le côté.
Nu, il contourna lentement son bureau et passa à quelques centimètres seulement du prisonnier. Le regard de Bainbridge, chaud sur sa peau, le suivait sans aucun doute. Faucon ouvrit le premier tiroir et retira ses bagues une par une, dissimulant sa contrariété quand l’une d’elles se coinça obstinément sur une cicatrice au niveau de son articulation.
Il aimait sa boucle d’oreille en or – il l’oubliait la plupart du temps et en était surpris, à l’occasion, en la voyant dans son miroir à main lorsqu’il se rasait et taillait sa courte barbe. Toutefois, il trouvait les bagues encombrantes et il les mettait donc uniquement quand le Capitaine Faucon était en tenue d’apparat.
Après avoir éteint la lampe, le pirate s’étendit, nu, sur son matelas et grimaça à cause de la raideur dans son dos.
— File droit, ordonna-t-il. Sinon, souviens-toi que ta sœur souffrira. Compris ?
— Compris, répondit le jeune homme d’une voix suintant de rancœur.
Malgré sa détermination à ignorer son prisonnier, Faucon sourit.
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