Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)

Chapitre 20

 

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S’IL ÉTAIT MORT, il était apparemment au paradis, puisque Susanna était là. Nathaniel n’arrivait manifestement pas à ouvrir les paupières plus d’une seconde, mais il avait repéré les yeux noisette de sa sœur ainsi que ses boucles sombres. Il percevait aussi ses doux soins et entendait à la fois ses petites berceuses et le cri d’un bébé.

Imaginait-il tout ça ? Peut-être qu’ils étaient décédés et que Nathaniel les avait rejoints. Mais s’il avait rencontré son créateur, il aurait certainement été maudit dans les Enfers, pour ses nombreux péchés.

Nathaniel savait qu’il devrait probablement regretter ses fautes et se repentir, mais il n’arrivait visiblement pas à rassembler toute sa volonté, même s’il voyait la mort de près. Il avait la sensation d’être en vie, étant donné la souffrance déchirant son ventre chaque fois qu’il inspirait – ou expirait, d’ailleurs.

Il souffrait tout le temps, donc. Il avait l’impression que la dague qui l’avait transpercé était toujours là, s’enfonçant impitoyablement, son acier horriblement frais et pourtant brûlant à la fois.

La chaleur montait et il imaginait des flammes lécher son visage et son torse et, bien sûr, son ventre. Une véritable agonie. Le feu se mua en enfer avide et il reconnut à peine la voix de Susanna quelques instants plus tard. Ses paupières étaient trop lourdes. Il y avait une autre voix, également, celle d’une jeune femme qu’il ne reconnaissait pas, mais qui s’exprimait calmement.

Celle qui résonnait le plus, cependant, ne devait exister que dans son esprit, il le savait. Faucon criait son nom avec tant de ferveur, de supplication déchirante.

— Nathaniel !

Gémissant et délirant, trempé de sueur et frissonnant, pourtant Nathaniel tendit la main vers les satanées bottes de Faucon. Les embouts dorés glissaient sous ses doigts alors qu’il tentait encore et encore de s’agripper.

Il était incapable de faire autre chose tandis qu’il se blottissait sur le pont, coincé et seul, Faucon cruellement hors de portée.

* * *

— NATHANIEL ? S’il te plaît, s’il te plaît. Reviens-moi.

Grognant, il tenta d’ouvrir ses paupières lourdes comme du plomb. C’était Susanna qui l’appelait, à présent, et l’idée qu’elle puisse avoir besoin de lui l’arracha à ces profondeurs tourbillonnantes. Clignant des yeux, il aperçut sa peau pâle et pincée.

— Oui, c’est ça ! Ouvre les yeux.

Où étaient-ils ? Il tenta de se souvenir de la dernière fois qu’il s’était retrouvé avec Susanna – le navire marchand, les pirates montant à bord – Faucon. Non, ils n’étaient pas là. Tout ça n’avait pas été qu’un rêve. C’était impossible. Ce qu’il avait partagé avec Faucon avait été réel. Le contraire était inenvisageable.

Alors comment… La rançon. L’Île Primevère. Le messager plongeant sur Faucon, le poignard soudain en main, la lame s’enfonçant jusqu’à la garde dans le ventre de Nathaniel, la douleur lancinante le brûlant puis refroidissant atrocement.

Le monde était confus. Il y avait un plafond blanc, avec un motif gravé, de boucles et de spirales. Tourner la tête lui demanda un effort monumental, mais cela valut la peine pour observer le sourire larmoyant de Susanna. Il avait toujours détesté la voir pleurer. Il tenta de tendre la main et d’essuyer ses larmes, mais elle ne coopérait pas.

— Susie ?

Sa gorge était sèche comme un désert où il n’y avait que des pierres et du sable.

— Oui. Chhut, tout va bien. Tu es en sécurité. Tiens, bois. Tu dois boire.

Elle leva un verre jusqu’à ses lèvres et lui souleva la tête. L’eau tiède le brûla en coulant dans sa gorge.

— Où ?

Il était dans un lit plus doux que celui dont il se souvenait, mais il était probable que sa mémoire soit courte, pour le moment. Derrière Susanna, le soleil filtrait par une fenêtre ouverte et les rideaux pâles s’agitaient bien peu dans cette atmosphère poisseuse.

— Nous sommes sur l’Île Primevère. Tu es en sécurité, à la maison, avec nous.

Son sourire s’effaça, mais elle releva le menton.

— Qu’y a-t-il ?

— Rien, rien. Ça peut attendre. Oh, Nathaniel. Nous pensions t’avoir perdu à nouveau. Je ne sais pas vraiment ce dont tu te souviens. Ce pirate méprisable t’a restitué avec une blessure sérieuse, mais n’aie crainte – justice sera rendue.

Son cœur se serra.

— Que veux-tu dire ? Où est-il ?

Nathaniel tenta de se rasseoir, son corps tremblant, ses membres traîtres bien trop faibles.

— N’essaie pas de bouger ! S’il te plaît, mon cher. La blessure était déjà assez horrible. Quand j’ai cru que tu nous revenais enfin, l’infection s’est installée. Ça fait deux semaines et le physicien n’avait pas beaucoup d’espoir. Mais moi, si, et Elizabeth aussi.

— Qui ?

Susanna s’esclaffa et des rides de fatigue creusèrent son visage.

— Ta promise, bien sûr. Tout te reviendra bientôt. Tu t’es embourbé dans cette fièvre, mais elle est retombée, à présent. Elizabeth débordera de joie quand elle arrivera ce matin.

Il lui fallait faire trop d’efforts pour parler. Il ne prit donc pas la peine d’évoquer le problème Elizabeth Davenport. L’obscurité avait commencé à noircir les contours de son champ de vision, mais il déclara d’une voix rauque :

— Faucon ? Où est-il ?

Appuyant un tissu frais contre son front, elle l’apaisa :

— Tout va bien. Ce méchant homme ne peut plus te faire de mal, désormais.

Un cri déchira la gorge irritée de Nathaniel, mais il avait l’impression d’être sous l’eau et que des vagues sombres s’écrasaient sur lui.

* * *

LES FLAMMES DES bougies oscillaient tandis que Nathaniel se concentrait sur le paquet dans les bras de Susanna. Il se rappelait vaguement avoir entendu des cris de bébé, à un moment, et il se rendit compte que le ventre de sa sœur était plus plat, quand il s’était réveillé.

Il fut capable de lever sa main, cette fois-ci, et Susanna releva la tête en s’exclamant. Le nourrisson gémit. Une jeune femme blonde arriva précipitamment pour prendre l’enfant tandis que Susanna aidait Nathaniel à boire plus d’eau.

Se couchant contre les oreillers duveteux, Nathaniel tenta de se souvenir de ce dont ils avaient discuté plus tôt, son cœur se serrant quand il se le remémora.

— Où est-il ?

— Qui ? Père ? Il est venu tout à l’heure avec le physicien. Bien sûr, il mourait d’inquiétude. Nous mourions tous d’inquiétude.

Il reporta son regard sur la jeune femme, qui s’attardait là, berçant le bébé et roucoulant au-dessus de lui.

— Elizabeth ?

La femme répondit.

— Le bébé s’appelle Grace, m’seigneur.

Susanna rit maladroitement.

— Je te présente Cecily. La nourrice. Elizabeth est venue tout à l’heure, mais tu as dormi pendant longtemps. Elle revient demain matin, ne t’inquiète pas.

Elle se leva et s’adressa à Cecily avec une voix si basse que Nathaniel ne tenta pas de déchiffrer leur conversation, son esprit se focalisant sur les différentes éventualités concernant le destin de Faucon. Cecily partit avec le bébé et Susanna regagna son fauteuil. Elle portait une robe bleue qui avait connu des jours meilleurs, et des bijoux qui scintillaient à ses oreilles.

Il voulait lui demander davantage d’informations, mais il se rappela ses manières à temps.

— Vous allez, bien, toutes les deux ? Elle est belle. Grace.

Susanna lui lança un sourire radieux.

— Elle l’est, n’est-ce pas ? Et oui, nous allons merveilleusement bien. Bart et moi, nous ne pourrions être plus heureux.

Son sourire s’estompa.

— Père aurait préféré un petit-fils, bien évidemment, mais nous espérons que ce sera pour la prochaine fois.

— Père peut aller se faire mettre.

Sa sœur s’exclama et leva brusquement une main pour couvrir sa bouche. Elle se tordit ensuite le cou pour regarder par la porte ouverte. Ne voyant apparemment personne, elle s’inclina et tenta de dissimuler son hilarité.

— Tu es allé sur un bateau pirate, effectivement.

L’inquiétude le rongeait.

— Où est-il ? Le Capitaine Faucon. Je dois le savoir.

Susanna balaya ses cheveux mouillés en arrière.

— Je te l’ai dit, ce monstre ne te causera plus d’ennuis. Tu n’as pas besoin d’avoir peur. Oh, Nathaniel. Était-ce horrible ? Évidemment que ça l’était, pourquoi je te pose la question ? Pardonne-moi.

Elle prit une inspiration tremblante.

— Tu n’imagines pas à quel point je suis soulagée de t’avoir à la maison. Je pensais ne plus jamais te revoir.

— Je vais bien, Susie.

Il frotta son visage, qui avait été rasé de près. Probablement sous les ordres de son père, puisqu’un gentleman devait toujours être respectable, même à l’article de la mort à cause de la fièvre.

Une femme à la peau sombre et aux cheveux grisonnants ouvrit brutalement la porte et entra avec un bol de bouillon fumant. Trop faible pour se nourrir, Nathaniel n’eut d’autre choix que de se soumettre à Susanna qui levait la cuillère jusqu’à ses lèvres.

Lorsqu’ils l’eurent dorloté comme s’il était le bébé – et malgré sa rancœur, puisqu’il ne pouvait nier son impuissance – ses paupières redevinrent lourdes, mais son cœur tambourina et la douleur dans son ventre blessé palpita.

— Susie. Qu’est-il arrivé au pirate ?

— Père a engagé un navire corsaire pour combattre les pirates, puisque nous n’avons pas de soldats anglais ici. Il avait espéré les faire couler dans le port, mais ils ont mené les corsaires dans une joyeuse poursuite. Tout cela pour rien. Le Capitaine Faucon affrontera bientôt la potence. Alors, tu vois ? Tu n’as pas à t’inquiéter. Tu n’auras plus jamais besoin de penser à cette abominable créature.

Il était certain que le poignard avait fait son retour, qu’il remuait en lui, qu’il lui coupait le souffle. Susanna se raidit et écarquilla les yeux.

— Nathaniel ? Non, rallonge-toi. Ne t’agite pas, sinon tu rouvriras la blessure.

Elle tourna la tête.

— Judith !

La vieille femme refit son apparition et l’esprit de Nathaniel bourdonnait bien trop pour qu’il comprenne ce que Susanna et elle échangeaient en le maintenant. Bientôt, elles lui administrèrent des gouttes amères de médicament et il eut un haut-le-cœur avant de haleter.

— Là, là.

Susanna déposa un autre tissu frais sur son front.

— Rendors-toi, mon cher. Tu as besoin de te reposer.

Ce dont il avait besoin, c’était de sauver Faucon, de le savoir en sécurité, heureux et entier, mais l’obscurité l’appela une fois de plus.

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