Kidnappé par un pirate: Romance MM (French Edition)

Chapitre 25

 

‡

 

FAUCON NE FERAIT plus jamais de mal à Nathaniel. Toutefois, à cet instant, l’époque où le jeune homme tremblait en sa présence lui manquait. C’était utile pour obtenir ce qu’il souhaitait. Il réessaya et aboya :

— Quand la blessure a-t-elle commencé à saigner ?

Étendu sur la paillasse dans la cabine du capitaine, Nathaniel haussa les épaules sous une faible lueur.

— À un moment, pendant notre fuite.

— À un moment, répéta Faucon.

Une sueur froide et poisseuse coulait le long de sa colonne vertébrale sous cette aube humide.

Une fois qu’il eut été certain qu’ils étaient assez loin de l’Île Primevère et qu’ils n’étaient pas pourchassés, Faucon avait attiré Nathaniel sous le pont en souriant, impatient de se nettoyer et de s’enfermer avec son amant. Ses envies d’ébats jusqu’à ce qu’ils atteignent Port-Royal s’étaient évanouies subitement quand il avait senti le liquide trempant la chemise foncée de Nathaniel et que sa main levée avait dévoilé un rouge terrifiant.

— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que la blessure s’était rouverte ? s’enquit-il.

— Tu n’aurais rien pu faire. Je ne voulais pas que tu t’en préoccupes.

— Monsieur Pickering ! Descendez immédiatement !

Faucon avança vers la porte pour traîner le physicien jusqu’en bas, puisqu’il l’avait vu parmi les survivants de l’équipage.

— Tu restes ici. Au lit. D’accord ?

Nathaniel fit mine d’y réfléchir, et si le cœur de Faucon n’était pas déjà au bord de ses lèvres, il aurait été charmé.

— Je ne le qualifierais pas vraiment de lit. C’est plus un hamac solide, étant donné qu’il est retenu par des cordes.

Faucon se pinça les lèvres et se pencha de son air le plus féroce par-dessus la paillasse dans la petite cabine.

— Je t’étrangle si tu oses t’asseoir.

— Eh bien, dans ce cas, j’aurai effectivement besoin du physicien.

Nathaniel eut le culot de sourire.

— Ce n’est vraiment rien.

— Rien n’a apparemment pas la même signification pour toi que pour moi, dit-il en plissant les yeux vers le sang qui avait trempé le bandage sur le ventre de son amant. Ce n’est pas rien ! C’est ma faute, si tu as été blessé.

Nathaniel leva la main et Faucon la saisit avant de se mettre à genoux.

— C’est la faute de mon père, pas la tienne, lui assura-t-il en lui serrant les doigts. Je vais me reposer. Je te le promets. Va chercher le physicien et je suis sûr qu’il sera d’accord pour dire que tout va bien.

Faucon l’embrassa brièvement et se releva, sinon il risquait de lambiner trop longtemps contre ces lèvres. Les retrouvailles de leurs bouches étaient bien trop revigorantes. Il n’imaginait pas se lasser un jour du goût ou des soupirs de Nathaniel.

— Veux-tu bien m’offrir un vrai sourire ? s’enquit le jeune homme.

— Quoi ?

— Il y a une grande différence entre cette grimace et un véritable sourire joyeux. Je les ai étudiés.

La chaleur monta en lui malgré son inquiétude.

— Ah oui ?

— Hmm. Je suis devenu un expert.

— Eh bien, je m’assurerai de sourire sincèrement dès que ce foutu physicien me dira qu’il n’y a rien à craindre.

Heureusement, O’Connell arriva avec monsieur Pickering, qui fit claquer sa langue en examinant Nathaniel, pendant que Faucon faisait les cent pas dans la cabine minuscule et envisageait de lui arracher cet appendice à mains nues. L’Irlandais lui jetait des coups d’œil nerveux.

— Il devrait guérir correctement, annonça Pickering. Je vais suturer une nouvelle fois la blessure et tant que vous vous reposez et que vous mangez pour garder vos forces, vous serez bientôt sur pied.

— Oh, il va se reposer, lança Faucon d’un air menaçant. Croyez-moi.

— Merci, monsieur Pickering, déclara Nathaniel en levant les yeux au ciel.

— Vous avez du rhum à portée de main ? s’enquit le physicien. Ça va faire mal.

Une fois que Faucon eut fouillé dans la cabine pour en trouver, Nathaniel but quelques gorgées et acquiesça.

— Je suis prêt. Si je continue, je vais vomir.

Il croisa le regard de Faucon et lui lança un sourire discret.

S’asseyant aux côtés de son amant, Faucon lui prit la main et intima à Pickering d’être extrêmement prudent. Alors que le physicien s’affairait, Nathaniel se pinça les lèvres et ses narines se dilatèrent. Mais il supporta la douleur, comme il le faisait toujours, et Faucon se pencha pour l’embrasser sur le front, sans se préoccuper de ce que Pickering ou O’Connell pourrait penser.

Lorsque le physicien eut terminé et partit, Faucon s’assit sur la paillasse de sorte que la tête de Nathaniel soit posée sur ses genoux. Il enroula une boucle autour de son doigt, écoutant le matelot irlandais énumérer les membres d’équipage restant, qui s’étaient éparpillés dans leur fuite désespérée. O’Connell s’appuya contre le bureau, clairement épuisé.

— Ils se rendront probablement à Port-Royal ou Nassau dans peu de temps, répondit Faucon.

— Vous pourriez peut-être les réunir, lança Nathaniel d’une voix languissante. Pour former un nouvel équipage avec un autre capitaine.

— J’imagine. Monsieur Snell est capable de le faire, mais il n’en a pas envie. Être le prochain capitaine, c’est difficile. Comment faire mieux que le Faucon des Mers ?

Nathaniel haussa les épaules contre les genoux de son amant.

— Peut-être qu’on ne peut pas. Peut-être qu’on peut le ré-ré-ressusciter.

— Je crois que tu as bu assez de rhum, déclara Faucon en riant. Et j’en ai fini avec la piraterie.

— Pas toi. Quelqu’un d’autre. C’est le nom qui compte, non ? La répudiation ? Non. La réputation ? Enfin, la plupart des gens ne savent pas à quoi ressemble réellement le Faucon des Mers.

O’Connell but une gorgée de rhum.

— C’est vrai. Certains hommes du Nouveau Monde l’ont vu, mais beaucoup ne l’ont jamais rencontré. Ne serait-ce pas incroyable ? Que le Faucon des Mers reprenne son envol ?

L’intéressé se surprit à sourire et se dit qu’aux yeux de Nathaniel, ce serait un sourire sincère.

— Il s’est échappé de l’Île Primevère avant d’être condamné. Qui peut bien dire où il a fini ? Qui peut bien dire à quoi il ressemble ?

Il haussa un sourcil en scrutant O’Connell.

— Peut-être qu’il a laissé pousser ses cheveux.

Le matelot irlandais cligna des yeux.

— Vous voulez parler de…

Il regarda par-dessus son épaule.

— Moi ?

— L’élément qui l’identifierait sans l’ombre d’un doute, bien sûr, ce serait le tatouage sur son torse. Un balbuzard en plein envol.

Faucon se dégagea prudemment de la tête de Nathaniel afin de retirer son manteau de cuir. Il acquiesça en direction d’O’Connell en lui tendant le vêtement.

Celui-ci l’observa avec émerveillement et un enthousiasme immanquable brillait dans ses yeux. Faucon passa le manteau autour des épaules fines de l’Irlandais. Il était également un peu plus petit, mais suffisamment imposant. De plus, ça n’avait pas d’importance. Il s’en sortirait assez bien, tant qu’il restait fier et distant. Puissant.

— Moi ? répéta O’Connell. Un pirate légendaire ? Oh, je n’en suis pas sûr.

Faucon lui jeta un coup d’œil critique.

— Eh bien, vous allez devoir travailler sur votre attitude pour que l’on vous croie. Tout est une question de performance. Ayez confiance en vous. Soyez convaincu de tout. Ne trahissez aucun doute, aucune peur.

— Alan, imaginez simplement ce que Faucon dirait dans une situation donnée, puis ricanez et grognez. Ça devrait faire l’affaire, intervint Nathaniel. J’ai compris que les trois-quarts de la piraterie n’étaient qu’un spectacle.

Le sourire d’O’Connell faiblit.

— Je me demande ce que ma Nuala penserait si elle me voyait maintenant.

Faucon se moquait de savoir qui était Nuala et de ce qu’elle penserait, mais Nathaniel sourit gentiment à l’Irlandais.

— Elle retomberait amoureuse de vous. Et, vous savez, le Capitaine Faucon est connu pour autre chose.

— Le fanion, bien sûr, ajouta Faucon. On peut facilement le reproduire.

Un sourire espiègle étira les lèvres de Nathaniel.

— Oui, il y a ça. Mais aussi ses bottes. Les embouts dorés annoncent son arrivée sans même qu’il prononce un mot.

— J’imagine que oui.

Après avoir inspiré profondément, Faucon ne put que sourire lorsqu’il se pencha et se libéra du cuir chaud et usé une fois pour toutes, afin de tendre les bottes à O’Connell qui les prit d’une main hésitante.

— Je ne suis pas sûr qu’elles m’aillent. Au propre comme au figuré.

Faucon haussa les épaules.

— Alors, Monsieur Snell et vous, vous trouverez quelqu’un à qui elles iront comme un gant. Le Faucon des Mers renaîtra tel un phénix.

Plus tard, quand Nathaniel dormait, Faucon se dirigea vers le bureau et subtilisa le carnet de bord de l’ancien capitaine, souriant quand la couverture usée craquela. Il y avait également des livres, sur une étagère, et il plissa les yeux en lisant les titres.

Nathaniel avait mentionné que sa sœur avait commencé à lui lire Don Quichotte. Peut-être que Faucon pouvait reprendre où elle avait arrêté le matin même.

Comme ses livres et son carnet de bord robuste lui manquaient, tout comme cette sensation dans ses mains, comme si sa vie n’avait de sens et de valeur qu’à travers les pages. Il lut les précédentes inscriptions de l’ancien capitaine du Destin de l’Essa, un certain Rosewater.

Les gribouillis n’étaient que de simples notes, mais il les parcourut obligeamment, puis laissa une page blanche avant de saisir la plume trempée d’encre. Sur une nouvelle page, il commença une liste.

Le premier élément fut : Nouvelles bottes.

* * *

— ALORS, IL ne reste plus personne sur l’Île Primevère ?

— Je ne crois pas. Peut-être quelques esclaves qui se sont enfuis. La marine a envoyé un navire pour emmener les survivants à Kingston. Et ce taré de gouverneur a brûlé sa maison dans un éclat de rage. Ils ont dû lui tirer dessus.

— Oui, j’ai entendu dire qu’il avait essayé d’attaquer les officiers venus le récupérer. Il est parti dans une crise et a dû être abattu.

— Oui, il est mort.

Bien.

Par-dessus sa chope, Faucon scruta Nathaniel à la faible lueur de la lanterne. Leur table était dans un coin et Faucon était assis dos à la petite pièce, une main sur son nouveau coutelas. Son jeune amant observait intensément les marins, qui étaient à deux tables de là.

— Hé, Smitty ! cria l’un des hommes d’une voix devenue traînante à cause de la bière ou du rhum. Tu étais là-bas, non ? Sur l’Île Primevère ?

— Ouais, répondit Smitty dans un grognement rauque. Bon débarras. Même avant l’ouragan, l’île avait été détruite par sa putain d’incompétence.

La serveuse s’approcha pour prendre les assiettes de Faucon et Nathaniel – vides à présent, à part pour quelques os de poulet – et remplir leur coupe. Faucon but une gorgée et essuya la mousse sur sa bouche, toujours surpris de sentir son visage fraîchement rasé. Ses cheveux poussaient et personne ne l’avait reconnu. Bien sûr, ils gardaient la tête baissée quand ils s’aventuraient dans Port-Royal.

— Le gouverneur a vraiment fait brûler sa maison ?

Smitty rit sèchement.

— Ouais. Avec sa fille et son mioche à l’intérieur. Heureusement, son mari les a sorties.

Les articulations de Nathaniel étaient blanches autour de l’anse de sa chope, et il laissa échapper un soupir tremblant. Smitty reconnaîtrait-il Nathaniel s’il regardait dans sa direction ? Peu de gens l’avaient vu sur l’Île Primevère, puisqu’il avait passé toute sa convalescence au lit.

Faucon se demanda s’il valait mieux rester là ou s’en aller et potentiellement attirer l’attention sur eux. Nathaniel but une gorgée de bière, sa pomme d’Adam s’agitant, et il en fit de même. Ainsi, ils poursuivirent leur soirée ici.

— Il y avait pas une histoire avec son fils et le Faucon des Mers ? Un kidnapping et une rançon ?

Le souffle de Faucon vacilla.

— J’ai entendu dire que le Capitaine Faucon avait tué le gamin, répondit l’un des hommes.

— Non, non, répliqua Smitty. Le gosse était blessé, mais il a aidé le pirate à s’échapper de l’île avant que Bainbridge puisse le faire exécuter. C’est ce qui l’a poussé à mettre le feu. Le gouverneur était si enragé qu’il a perdu toute sa tête. Il savait que la fin de sa colonie était proche, et je pense qu’il a décidé de détruire ce qu’il restait plutôt que d’accepter la défaite.

— Alors, il est où, le Faucon des Mers, maintenant ? Son navire a coulé, non ?

— J’ai entendu dire qu’ils avaient pu le sauver. La Manta Maudite va hisser les voiles à nouveau. Ils envisagent de longer la côte vers le Cap.

— Donc, il est en vie ?

— Oh, ouais. Tu connais Jones, de la Madeline ? Il a vu le Capitaine Faucon à Nassau, en train de réunir un équipage.

— Je me demande si le gamin est toujours avec lui ?

— Eh bien, j’ai entendu dire…

D’autres marins vinrent s’installer bruyamment à la table à côté de la leur et la discussion devint un brouhaha impénétrable. Faucon sirota sa chope et scruta Nathaniel.

— Je suis désolé.

Nathaniel soupira et but sa bière.

— J’imagine que je devrais l’être aussi, mais tant que Susanna et Grace sont en sécurité, avec Bart pour prendre soin d’elles, c’est tout ce qui compte. Il est peut-être sans le sou, mais il est fort et courageux. C’est un homme bien. Je ne peux que supposer qu’Elizabeth et son père se sont également échappés. Je l’espère.

— Ah, ta promise. Tu n’avais pas parlé d’elle.

Bêtement, un éclat de jalousie apparut dans l’estomac de Faucon.

— Elle était comment ?

Un sourire étira les lèvres de Nathaniel, comme s’il voyait clair dans son jeu.

— Très agréable. Loyale. Elle aurait fait une excellente épouse et une excellente mère. Je suis certain que son avenir sera merveilleux, avec un époux qui lui conviendra mieux. Et loin de cette colonie maudite. C’est dommage que mon père l’ait à ce point ruinée. Il a essayé de la dompter plutôt que de se servir de ses forces naturelles.

— Je suis sûr qu’il existe une parabole biblique, sur l’écoulement d’une rivière, qui conseille de faire le contraire.

Le jeune homme rit doucement.

— J’en suis convaincu.

— Tu as des regrets ?

Nathaniel croisa franchement son regard, ferme, clair et honnête.

— La vie que j’ai choisie n’est pas faite pour les regrets. Et même si c’était le cas… Non.

Sous la table, il coinça son pied derrière le mollet de Faucon, le cuir de leurs nouvelles bottes ordinaires se frottant.

— Devrions-nous nous retirer dans notre chambre ? s’enquit Faucon.

L’auberge se trouvait en périphérie de la ville. Port-Royal avait été décimé par un tremblement de terre quinze ou vingt ans plus tôt et, plus récemment, par un incendie. Toutefois, il restait le paradis des pirates, un trou sordide pour le commerce et les vices. Des cabanes et des tentes étaient alignées sur la rive et dans des rues étroites bondées.

Leur chambre était à peine plus grande que le lit, mais la porte avait un verrou et ils étaient tranquilles depuis des semaines. C’était un paradis.

— D’abord, on va nager, déclara Nathaniel.

Faucon fronça les sourcils.

— Il se fait tard. Tu as eu une longue journée et…

— Et je suis prêt à nager. Tu sais que le physicien a dit que j’étais guéri.

Il se leva et s’éloigna de la table.

— Je vais te faire une concession et marcher jusqu’au cours d’eau plutôt que de courir. À moins que tu veuilles faire la course ?

Grommelant Faucon repoussa sa chaise.

— On va marcher.

Le fleuve qui s’écoulait dans la forêt en périphérie de Port-Royal était juste assez profond pour que Faucon nage au lieu de marcher. Leurs vêtements étaient empilés sur la berge. Sous la brise nocturne, avec les étoiles pour seuls gardiens, l’eau fraîche était merveilleuse.

Nathaniel nagea en cercle autour de son amant, avec de longs mouvements de bras fluides. Il se délectait clairement de la crispation de ses muscles.

— Plus jamais je ne prendrai pour acquis le fait d’être entier et en bonne santé, déclara-t-il en éclaboussant le visage de Faucon, apparemment par accident puisqu’il ne rit ni se moqua.

Faucon ne répondit pas. Il essuya l’eau dans ses yeux et une autre vague le bouscula quand Nathaniel s’approcha, pour poser une main sur son épaule.

— Qu’y a-t-il ?

Faucon cligna des yeux.

— Je ne suis pas en train de pleurer, bon sang. Tu n’arrêtes pas de m’éclabousser !

— Oh ! Désolé.

Bien sûr, il saisit cette opportunité pour lancer de l’eau directement au visage de Faucon, puis s’échapper hors de sa portée. Son rire se mua dans un cri quand le quadragénaire lui saisit le pied.

Tout dégénéra alors.

Lorsqu’ils revinrent sur la berge, ils étaient essoufflés et continuaient de se bagarrer sans enthousiasme. Nathaniel enroula les bras autour du cou de Faucon.

— Prends-moi. Je sais que tu en as envie.

— Évidemment que j’en ai envie. Mais…

— Pas de mais.

Il saisit la main de Faucon et l’appuya sur son ventre.

— Tu vois ? Il est intact. Ça ne fait pas mal du tout, je te le promets. Viens.

Sur la pointe des pieds, il chuchota à son oreille :

— Ça fait si longtemps que je n’ai pas eu ta queue.

Faucon traça la cicatrice de cinq centimètres. À la lumière du jour, elle était rose, plutôt que rouge, et elle continuerait de s’estomper jusqu’à ne devenir qu’une bande blanche argentée. Il était difficile de croire qu’il ne restait qu’une si petite marque alors que tant de dégâts avaient été causés.

Il prit une profonde inspiration et détendit le nœud de peur dans sa poitrine.

— Tu te lasses de mes mains ? De ma bouche ? le taquina-t-il.

— Jamais, répondit Nathaniel en saisissant le sexe de Faucon et en le caressant pour que le sang s’y amasse. Mais elle me manque. Tu n’as pas envie de l’enfouir en moi ? Si profondément, où aucun autre homme n’est entré ?

Grognant, Faucon empoigna les fesses de Nathaniel.

— Où aucun autre homme ne doit entrer.

— Ah, mais si tu ne me trousses pas, par peur de me blesser, je vais peut-être devoir chercher quelqu’un qui le fera.

Nathaniel se mordit la lèvre, un éclat taquin dans ses yeux couleur miel.

— Tu crois que je vais trouver un volontaire ?

Grommelant, Faucon scella leurs lèvres. Il s’apprêtait à faire tomber Nathaniel sur la rive herbeuse quand des voix d’enfants résonnèrent et s’approchèrent le long du cours d’eau.

Nathaniel et lui grognèrent et se séparèrent avant d’enfiler leurs vêtements et leurs bottes sur leur peau mouillée.

— Ne devraient-ils pas être au lit ? marmonna Faucon.

— Tout comme nous.

Le regard de Nathaniel pétilla lorsqu’il ajouta :

— Je te retrouve là-bas.

Avant que Faucon ne puisse l’en empêcher, le jeune homme se précipita dans la nuit et il n’eut d’autre choix que de le suivre.

Une quinzaine de minutes plus tard, haletant alors qu’il montait quatre à quatre l’escalier menant à leur chambre, Faucon découvrit que leur porte était déverrouillée. Le deuxième nœud d’inquiétude ne se relâcha pas avant qu’il observe Nathaniel sur le lit, attendant près de la bougie.

Nu, ses boucles toujours mouillées, les jambes écartées, il se masturbait lentement, le flacon d’huile ouvert sur la vieille table de nuit et son sexe luisant.

Après avoir tourné la clé dans la serrure, Faucon se déshabilla et vint se placer entre les cuisses de Nathaniel. Il se pencha pour embrasser la cicatrice, puis le gland lubrifié. Nathaniel trembla et gémit :

— S’il te plaît.

Pliant les jambes de Nathaniel et relevant ses genoux, exposant son joli petit derrière, Faucon l’ouvrit et plongea son visage entre ses fesses, le léchant et se délectant du goût et de l’odeur musqués, ainsi que du soupçon d’eau fraîche qui s’y attardait.

Il se décala et appuya la langue sur son orifice, prenant un moment pour suçoter l’anus de Nathaniel et cracher alors que les cris du jeune homme faisaient écho dans la petite chambre et s’envolaient par la fenêtre ouverte.

— Oh, s’il te plaît. Je ne peux pas… C’est trop. Mon amour, je veux jouir quand tu seras en moi.

Comment Faucon pouvait-il résister à une telle supplication ? Il lubrifia son membre et le pénétra. Ils grognèrent tous les deux. Nathaniel rejeta la tête en arrière, ses fesses se crispant. Il était si serré, si beau.

— Oh, merde, marmonna Faucon.

Les talons de son jeune amant se plantèrent dans ses fesses.

— Je peux le supporter. Donne-moi tout.

Incapable de lui refuser quoi que ce soit, Faucon appuya davantage son poids sur ses mains posées sur le matelas bosselé, de chaque côté des épaules de Nathaniel. Il s’enfonça alors entièrement.

— Je ne veux jamais arrêter.

Avec un petit rire victorieux, Nathaniel leva la tête et attira celle de Faucon dans un baiser mouillé et obscène. Son souffle était chaud sur les lèvres de son amant.

— Ne le fais pas. Je te l’interdirai. Tu es si merveilleux en moi. Tu vas devoir me prendre jusqu’à la fin des temps.

— Ma vie est sous un charme.3

Il se retira pour se renfoncer profondément.

Nathaniel gémit et rit en même temps.

— Espérons qu’elle finira mieux pour toi que pour ce pauvre Macbeth.

L’embrassant entre leurs sourires, Faucon le prit lentement, le plaisir montant à chaque coup de reins, le feu embrasant ses veines jusqu’à ce qu’il en perde ses mots et ne puisse que grogner ou haleter. La sueur perla sur sa peau et le claquement de leurs chairs s’éleva dans l’air, de plus en plus fort.

Nathaniel s’agrippa à l’épaule de Faucon, à son cou, puis à sa joue. Leurs regards se rivèrent l’un sur l’autre.

— Michael, chuchota-t-il.

Faucon ne put que crier en jouissant, la sensation qui le traversait étant plus que du plaisir ou une satisfaction physique. Elle bousculait son âme, le laissait parfaitement nu et dévoilé – vu, connu et vulnérable. Il trembla en emplissant Nathaniel de sa semence.

Ses nerfs étaient à vif, et une part distante de lui hurlait de battre en retraite pour se protéger. Toutefois, Nathaniel continuait de tenir son visage.

— Reste avec moi, ordonna-t-il.

Faucon l’embrassa, coincé par sa chaleur et sa lumière, frémissant quand un autre filet de semence jaillit profondément, comme s’il était un prisonnier obéissant. Alors que les frissons disparaissaient, il glissa une main entre eux et saisit le sexe de son amant.

Après trois caresses, Nathaniel jouit, son fluide poisseux retombant sur sa peau alors que des cris adorables s’échappaient entre ses lèvres. Il s’agrippa à Faucon, tremblant pendant son orgasme, avant de souffler. Une boucle parfaite s’abattit sur son front mouillé.

Déposant des baisers sur cette peau fiévreuse, Faucon demeura en lui, refusant de briser leur connexion, même s’il devait être lourd et que Nathaniel était presque plié en deux, les chevilles en l’air. Nathaniel enroula les jambes autour de lui, ne lui accordant aucune pitié.

Lorsque leur sueur refroidit, Faucon se retira afin qu’ils puissent s’allonger sur le flanc, les jambes enchevêtrées, l’un en face de l’autre. Il était étrange que le lit ne tangue pas, que le bois ne grince pas constamment et que l’eau n’éclabousse pas leur chambre. Il se disait qu’il allait s’y habituer.

— Comment l’as-tu su ? s’enquit-il d’une petite voix.

— Grâce à la sorcellerie, bien sûr.

— Ah. C’est ce que je me disais. Tu es une nymphe des mers, en fin de compte.

Il traça le contour du nez de Nathaniel.

— J’aime bien. Michael. Le nom d’un ange.

Son cœur tambourina. Il l’entendait pour la première fois depuis tant d’années.

— Il n’y a que des diables, ici, répondit-il en haussant les sourcils.

L’éclat de rire de Nathaniel illumina son visage.

— Je savais que tu allais dire ça ! Je le savais.

— Suis-je si prévisible ? demanda-t-il avant de soupirer.

— Seulement pour moi.

Nathaniel l’embrassa, sa langue glissant lentement et profondément en lui. Faucon l’abandonna dans un soupir.

— Je ne te mérite pas, chuchota Faucon lorsque leurs lèvres se séparèrent. Ces dernières années, j’ai fait certaines choses…

— Je te pardonne.

Il n’eut d’autre choix que de sourire.

— Je ne pense pas que l’Angleterre soit si encline à le faire.

— L’Angleterre t’a kidnappé.

Nathaniel tendit la main pour caresser les cicatrices sur les fesses de Faucon.

— Ils t’ont enrôlé de force dans leur marine. Ils t’ont traité atrocement. Puis mon père a une nouvelle fois essayé de te priver de ta liberté. Je suis ravi qu’il soit mort.

Ils s’embrassèrent alors férocement, leurs corps emmêlés. Faucon sut que, peu importait ce qu’il méritait, il s’accrocherait à Nathaniel et ne le relâcherait plus.

Ils finirent par dormir, mais quelques instants plus tard, Nathaniel commença à s’agiter au point que son amant grogne et ouvre un œil.

— Quoi ? Tu es mal à l’aise ?

Une pensée traversa alors son esprit et il se réveilla brutalement en s’appuyant sur un coude.

— Tu as mal ?

— Non, non. Je réfléchis simplement.

Sur le dos, Nathaniel saisit la main de Faucon et la posa contre son ventre, où la cicatrice était encore intacte.

Il soupira et se rallongea, se mettant sur le ventre afin de pouvoir garder la main sur Nathaniel.

— Je pense que ça peut attendre demain matin.

— Hmm. Rendors-toi.

Fermant les yeux, Faucon essaya au moins trente secondes.

— À quoi penses-tu ? demanda-t-il finalement.

Il aurait aimé pouvoir lire dans les pensées de Nathaniel, aussi facilement que celui-ci semblait pouvoir le faire avec lui.

— À l’endroit où nous nous installerons. Nous avons les bijoux de Susanna pour nous faciliter la tâche. Mais où devrions-nous aller ?

— Hmm. Nous devons trouver un endroit sûr où l’Angleterre n’aura aucune influence et où elle ne reviendra jamais.

— C’est tout ? Ça devrait être facile.

Il gloussa et embrassa l’épaule de Nathaniel.

— Sans aucun doute.

Alors que Faucon commençait à se rendormir, Nathaniel bondit en se libérant de sa main et en manquant de lui provoquer une fichue crise cardiaque.

— Bien sûr ! Je connais l’endroit parfait.

À nouveau éveillé, Faucon roula sur le dos.

— Très bien. Où ?

— Il y aura beaucoup de travail, mais nous n’avons rien à perdre et tout à gagner.

— Ça m’a l’air prometteur. Tu veux bien m’éclairer un peu plus ?

Un sourire illumina le visage de Nathaniel.

— Oui. Quand on aura repris notre pied. Nous avons tant de temps à rattraper.

Glissant un doigt sur la fossette au menton de Nathaniel, Faucon s’esclaffa.

— J’ai créé un monstre.

— Effectivement, Michael.

Il chevaucha les hanches de Faucon et déposa des baisers sur son torse, sa langue taquinant ses tétons et faisant tressauter son membre tandis que ses mains le parcouraient.

Son cœur rugit.

— Je n’arrive toujours pas à savoir ce que tu comptes faire avec un vieux pirate comme moi.

Nathaniel leva la tête.

— Je veux…

Il sembla y réfléchir, ses sourcils se fronçant légèrement. Il haussa ensuite les épaules.

— Tout.

— Rien que ça ?

Il attira Nathaniel dans un lent baiser insondable. Que Dieu lui en soit témoin. Faucon – ou peut-être Michael Biddle ressuscité – allait tout lui donner.

 

3. Macbeth, acte V scène 8, William Shakespeare.

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