La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 15 sur 28

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La Princesse du Gangster

Chapitre Quatorze

 

La pièce pleine d'écho dans le vieux, restaurant à demi rénové était pleine des membres du conseil, de leurs épouses, et des principaux lieutenants de la mafia Russe de New-York. Cependant, on y aurait entendu une mouche voler. Personne ne parlait. Personne ne bougeait. Tous les regards étaient braqués sur Viktor Domnin tandis qu'il se tenait au centre de la pièce.

Anatoly désigna Kira d'un geste. « Tu t'entoures étrangement, mon ami. Toute réflexion faite, du moins. »

« C'est mon épouse, » déclara Viktor d'une voix claire. Il fit un demi tour afin de pouvoir croiser le regard de chacun des hommes présents qui l'appellerait bientôt « patron. » « Je veux qu'elle ne porte aucune responsabilité pour les crimes de son père. »

Viktor tendit la main et attendit. Il n'eut pas à attendre longtemps. Kira noua ses doigts aux siens et se tint à ses côtés comme son égale Les choses étaient telles qu'elles auraient dû être. Il éprouva un élan de fierté pour la femme qu'elle était devenue. Forte, déterminée, dévouée, toutes ces qualités et bien d'autres en faisaient une digne épouse pour n'importe quel homme. Il se trouvait qu'il était le chanceux qui avait réussi à capturer son cœur.

Il y eut du mouvement au fond de la salle. Il sentit Kira se tendre tandis que ses trois demi-frères étaient conduits dans la pièce tels des moutons à l'abattoir. Viktor remercia Aleks d'un hochement de tête. Son ami avait été immédiatement envoyé pour s'assurer qu'ils ne filaient pas en douce à la suite de leur père.

Anatoly agita une main pour désigner les jeunes hommes. « Et ses frères ? » Anatoly échangea à voix basse quelques commentaires avec les autres membres du conseil avant de reprendre la parole. « Est-ce que tu peux leur faire confiance pour ne pas te poignarder dans le dos ? »

L'étreinte de Kira sur sa main se serra infinitésimalement. Elle avait beau ne pas les apprécier particulièrement, ils avaient tout de même grandi comme ses frères.

Viktor soupira. « Qu'ils soient placés comme hommes de mains inférieurs sous ton commandement, Anatoly. S'ils font leurs preuves, ils pourront s'élever dans les rangs. Si ce n'est pas le cas ? » Viktor haussa les épaules, indiquant qu'il ne gardait pas de rancune, mais que leur destin lui importait peu.

Une lueur de quelque chose que Viktor était tenté d'appeler de l'approbation illumina le regard d'Anatoly. « C'est une sage décision. »

« Tu es un chef exigeant, » répliqua Viktor. « Je me suis hissé dans ta hiérarchie alors que j'étais tout jeune homme. »

« Je m'en souviens. » Anatoly soupira. « Le conseil a entendu l'histoire de la traîtrise de ton frère. »

Pour une fois, quelqu'un d'autre prit la parole. Replet, les cheveux blancs, Denis Igorevich était l'un des membres les plus âgés du conseil. « Qu'est-ce qui nous dit qu'il ne se retournera pas contre nous comme son frère ? »

« Son père était un homme de bien, » rappela Anatoly à Denis.

Denis grommela. « Je dis que le sang des Domnin est souillé ! »

« Je dis que je ferai mes preuves encore et encore s'il le faut, » déclara Viktor d'une voix forte. À présent il s'adressait à l'ensemble de la pièce. « Je n'ai jamais été censé commander. On m'a forcé à prendre cette place. Mais je me rappelle ce que c'est que de suivre les ordres qu'ils soient bons ou mauvais. Mon frère a donné l'ordre de blesser et même de tuer les membres de nos familles. »

Il y eut un murmure bas et plein de colère qui rebondit contre les vieux murs de briques. À ses côtés, Kira s'approcha. Il sentit la chaleur de sa peau contre lui, et sut qu'il ne serait plus jamais seul.

« J'ai aussi fait les frais de la trahison de mon frère ! » s'écria Viktor. « C'est lui qui a assassiné mon Elena. Il l'a reconnu devant moi avant de mourir. »

Anatoly hocha la tête. « Et Yakov l'a confirmé. »

Les chuchotements se turent. En fait, il régnait, il régnait dans la pièce un silence de mort.

Viktor contempla autour de lui les gens qui seraient sa famille et ses hommes. « Le pouvoir est peut-être me revient peut-être de naissance. Mais je ne le tiendrai jamais pour acquis. Je sais trop bien le prix que ça peut coûter. »

« Tu as ma voix, » déclara distinctement Anatoly.

Denis marmonna quelque chose en Russe.

« Quoi ? » dit Anatoly en le frappant du poing.

« J'ai dit que je voterai aussi pour lui ! » rétorqua Denis. « On peut avoir un peu de vodka maintenant ? J'ai soif. »

Les autres membres du conseil suivirent l'exemple de Denis et Anatoly. Pourtant, une fois qu'il fut institué comme le nouveau chef de l'organisation tout entière, Viktor tourna son regard vers les hommes qui allaient suivre ses ordres.

« Est-ce que j'ai votre soutien ? » demanda-t-il. « Parce que sans ça, aucun de nous n'y arrivera. »

Un cri s'éleva, en Russe et en Anglais, si sonore que la pièce sembla trembler du soutien des hommes et de leurs familles.

 

LE CIMETIÈRE ÉTAIT calme et plutôt agréable.

Kira rejeta la tête en arrière et contempla le ciel bleu. « C'est joli ici, » dit-elle à Viktor.

Il était silencieux, mais ce n'était pas surprenant. « J'imagine que oui. Je ne l'ai pas choisi parce que c’était particulièrement joli ou paisible. À l'époque, je ne sais même pas si j'ai pensé à ces choses-là. »

« Comment est-elle morte ? » demanda Kira. « Tu ne me l'as jamais dit, et je ne voulais pas insister, mais je dois avouer que ma curiosité s'en mêle à présent. »

Il lui prit la main et noua leurs doigts ensemble. L'attirant plus près, il glissa son bras à elle sous le sien jusqu'à ce qu'elle fût blottie contre son flanc. Il marchèrent un petit moment avant qu'il ne finisse par répondre.

« Elle s'est noyée. » Ses paroles furent d'abord à peine audibles, puis il s'éclaircit la gorge afin de continuer. « Elle s'est noyée dans la piscine de notre jardin. Je n'ai pas compris comment ça avait pu se produire, parce qu'Elena était une nageuse fantastique. Elle adorait l'eau. Cette piscine était la raison principale pour laquelle elle avait voulu cette maison. »

« Alors Nicolas l'a noyée ? » Kira frissonna. La température sembla soudain baisser de quelques degrés.

« Personne ne le saura jamais avec certitude, j'imagine. » Viktor tourna à un angle, les conduisant le long d'une allée qui traversait les rangées nettes de tombes. « Le médecin légiste a dit qu'elle avait une contusion à la tête. On s'est dit qu'elle avait dû glisser, tomber, tu sais ? Mais désormais je pense que Nicolas l'a poussée. Il s'est mis en colère quand elle a refusé de me quitter pour partir avec lui, et il l'a poussée. Elle a dû se cogner la tête. » Viktor s'interrompit, tourna de nouveau puis fit face à un monument de pierre blanche superbement gravé. « Nicolas m'a dit, à la fin, qu'il n'avait pas eu l'intention de la tuer. »

« Tu le crois, » dit-elle à voix basse.

Viktor soupira. « Il était en train de mourir. Quelle raison avait-il de mentir ? »

Kira ne dit rien. Elle pensa à un millier de raisons pour lesquelles Nicolas aurait menti. Et pourtant aucune d'elles n'avait d'importance. La seule chose qu'elle voulait, c'était que Viktor parvienne à trouver la paix. Cela signifiait laisser enfin les fantômes du passé reposer en paix.

Il se pencha en avant et balaya quelques fragments de feuilles et de terre de la base de la pierre tombale d'Elena. « Quand tu épouses quelqu'un, tu n'imagines jamais devoir un jour choisir sa pierre tombale. »

« Elle est splendide, » murmura Kira. « Mon amie, mon amour, mon épouse, tu me manqueras toujours. »

Elle appuya son visage contre son bras, l'effleurant de son nez et espérant qu'il parvenait à ressentir à quel point elle l'aimait même si aucun d'eux n'avait encore prononcé ces paroles.

« Parfois, cependant, » murmura Viktor. « Je te regarde, Kira, et je me demande comment il est possible de ressentir ce que je ressens. Je n'ai jamais cessé d'aimer Elena. »

« Tu ne cesseras jamais, » dit Kira avec ferveur. « Et je ne le voudrais pas. Elle fait partie de ton passé, et tu te souviendras toujours d'elle. »

« Et pourtant je t'aime, Kira Domnin. » Il se tourna et plongea son regard dans le sien. « Tu es une femme incroyable. Le feu et la passion qui t'habitent réduisent à néant ma capacité à les décrire. Tu m'émerveilles. »

« Viktor, » murmura Kira.

Elle prit son visage entre ses mains et se dressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. « Je t'aime tellement. Je n'ai jamais voulu insister, cela dit. Je savais que tu avais besoin de faire la paix avec ce qui est arrivé à Elena. »

 

VIKTOR CONTEMPLA cette perle de femme. « Comment ai-je pu avoir autant de chance deux fois en une seule vie ? »

« Peut-être que cette fois c'est moi qui ai eu de la chance. » Elle fronça le nez à son adresse. « Tu y as déjà pensé ? »

« Est-ce que tu m'épouserais de nouveau ? »

« Un mariage ? » Elle paraissait perplexe. « Et si on renouvelait nos vœux ? »

« Quand ? »

Elle regarda autour d'elle, et il put voir son esprit en action derrière ces yeux splendides. « Pourquoi pas tout de suite ? »

« Maintenant ? » demanda Viktor d'un air dubitatif. La tombe d'Elena se tenait devant eux tel un autel. « Ici ? »

« Oui, ici. » Elle hochait vigoureusement la tête. « Je trouve que c'est approprié, pas toi ? Elena est ton passé. Je suis ton avenir. C'est comme si l'un se fondait dans l'autre. »

Et là, comme ça, Viktor sut qu'elle avait raison. Il n'était pas du genre fantasque. Bordel, il avait reçu une éducation orthodoxe Russe. Il n'y avait aucune place pour là fantaisie là-dedans. Pourtant à cet instant, il pouvait presque sentir la présence d'Elena à leurs côtés. Viktor se sentait serein et sûr de lui.

« Tu as raison, » dit-il à Kira. « Maintenant, c'est parfait. »

Elle fit un pas en arrière et posa ses mains dans les siennes avec précaution. Elle leva les yeux vers lui, et leurs regards se croisèrent et ne se séparèrent plus. Viktor inspira profondément et réfléchit à ce qu'il devait dire exactement.

« Kira Domnin, je te prends pour épouse et partenaire. Je promets de t'aimer tant qu'il y aura un souffle de vie en moi, et de toujours prêter l'oreille à tes soucis en essayant de ne pas être autoritaire. Je te promets de toujours te soutenir dans ta pratique de la danse. Je ne te l'enlèverai jamais. Tu es le feu et la passion de ma vie, Kira. Je suis fier d'être ton époux, et j'ai hâte de passer le reste de ma vie à découvrir la suite. »

Il y avait des larmes dans ses yeux. Elles scintillaient, et prit la parole après un petit reniflement joyeux. « Viktor Domnin, je te prends pour époux et partenaire. Cette fois je veux être une véritable épouse pour toi. Je veux partager tes soucis et t'écouter te plaindre de ta journée. Je te promets d'être toujours reconnaissante pour le soutien que tu m'apportes dans la pratique de la danse. Je t'aimerai toujours, et j'ai hâte de passer le reste de ma vie à apprendre à te connaître un peu plus chaque jour. »

Viktor prit ses joues dans ses mains et se pencha en avant pour l'embrasser longuement, lentement. Il bougea sa bouche contre la sienne, sentant l'enthousiasme avec lequel elle s'abandonnait à lui. C'était son épouse. Cette femme serait avec lui pour le restant de ses jours quoi qu'il advienne.

Il s'écarta, tout en lui donnant quelques petits baisers légers. Puis il frotta doucement son nez contre le sien. Ce geste était ridicule et ne lui ressemblait pas du tout, pourtant il lui semblait tellement approprié.

Elle leva la tête vers lui et sourit. « Viktor, il faut vraiment qu'on parle d'une chose très importante. D'accord ? »

« Bien sûr. » Il lança un dernier regard à la pierre tombale d'Elena. Peut-être était-ce encore plus ridicule que tout le reste, mais il parvenait presque à l'imaginer qui leur souriait de là-haut.

« Il faut qu'on face quelque chose à propos de notre logement. » Le ton de Kira était grave. « On ne peut pas continuer à vivre dans mon studio. Il n'y a pas de place pour tes affaires, et on n'a même pas de canapé ! »

« On peut toujours retourner à la planque. » Il hocha la tête, son expression toujours sérieuse. « Oui, c'est la solution. La planque est libre. C'est pas cher. On ira ce soir ! »

« Woah, woah, woah. » Elle lui agrippa vraiment le bras et enfonça ses talons dans le sol comme si elle refusait de faire un pas de plus. « Je ne passerais pas une nuit de plus dans ce trou à rats même si le diable en personne était à nos trousses. »

« Qu'est-ce que tu dis de ça ? » Il lui prit la main et lui fit faire un petit tour sur elle-même. La grâce de ses mouvements l'excitait complètement. « Demain, on commencera à chercher un logement. On cherchera quelque chose près du studio avec une pièce supplémentaire où tu pourras installer une barre et t'entraîner. »

À présent elle sautillait sur place et tournoyait toute seule. « Vraiment ? Tu ferais ça ? »

« Ma douce Kira. » Il la prit dans ses bras et la tint contre son cœur. « Tu n'as pas encore compris ? Tu me mènes par le bout du nez. Je ferais n'importe quoi pour toi. »

« Souviens-t'en bien, » murmura-t-elle. « Je crois bien que je je sais par quoi tu pourrais commencer. »

 

LA FIN

 

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