La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 8 sur 28

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La Princesse du Gangster

Chapitre Sept

 

Viktor faisait les cent pas devant la loge de Kira au théâtre. Il avait voulu la laisser se préparer pour sa répétition dans l'intimité. À présent, cependant, tout ce à quoi il parvenait à penser était le fait qu'il n'y avait qu'une mince porte de bois entre lui et toute cette peau douce. C'était très déstabilisant.

« Viktor ! »

Il se retourna pour voir Nicolas avancer vers lui à grands pas. Son frère n'avait pas l'air ravi.

Viktor serra les dents et se prépara à défendre sa position si nécessaire. « Bonjour, mon frère. » Il mit délibérément l'accent sur leur lien de parenté.

« Me rappeler que nous sommes de la même famille ne t'aidera pas cette fois-ci, » rétorqua sèchement Nicolas. « Il faut que je te parle. Maintenant. »

Viktor conduisit intentionnellement son frère un peu plus bas dans le couloir. Cette partie formait une pente qui montait des loges en sous-sol vers la scène. Il y avait moins de passage, mais Viktor pouvait toujours garder un œil sur la porte de la loge de Kira.

« À présent, » dit Viktor d'un ton impatient. « Qu'est-ce que tu as à dire ? »

« Ce que tu as fait à la réunion du conseil était inexcusable. Tu m'as fait passer pour faible devant les autres membres. Plus important encore, tu m'as fait passer pour faible devant Anton Berezin ! Est-ce que tu sais ce que ça m'a coûté ? »

« Non, mais je suis certain que tu vas me le dire. » Viktor ne se donna pas la peine de dissimuler son agacement.

Nicolas saisit Viktor par le bras. « Tu vas me témoigner le respect qui m'est dû ! »

« Je te témoigne le respect que tu mérites, et qui n'est pas très conséquent à l'heure actuelle. » Viktor dégagea son bras de l'étreinte de son frère. « Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? »

« Je dois attraper ce tueur ! » dit Nicolas avec ferveur. « Il a encore frappé hier soir. La femme d'Anatoly a été agressée. »

« Quoi ? » Viktor se sentit tout à la fois furieux et impuissant. « Est-ce qu'elle va bien ? »

« À présent. Oui. » Nicolas grimaça. « Anatoly l'a trouvée à temps. Tu te doutes qu'il y a eu un sacré remue-ménage. Il a dit qu'il avait vu trois hommes différents. Tous costauds. »

« Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? » Viktor commençait à avoir un mauvais pressentiment quant à ce que Nicolas allait dire ensuite.

« Tu insistes pour laisser Kira danser ? Alors que ça nous serve à tous. Elle va nous servir d'appât. Renvoie-là chez elle. Dis-lui de garder son emploi du temps habituel. Si on a de la chance, on pourra prendre ces types en flagrant délit. » Nicolas haussa les épaules et lui adressa un sourire malicieux. « Si tu es encore plus chanceux, peut-être qu'ils l'auront assassinée et tu seras libéré de cette fausse épouse dont tu ne voulais pas. »

« Je ne laisserai pas Kira être blessée à cause d'un plan stupide pour attraper un tueur. » Viktor éprouva une révulsion des plus intenses en entendant les paroles de Nicolas.

Nicolas se planta juste devant Viktor. « Tu n'as pas le choix à moins de vouloir que ma sanction s'abatte de plein fouet sur vous deux. »

« Tu oses me menacer ? » gronda Viktor. « Tu sais sans doute bien mieux ce qui arrive aux hommes qui font ce choix stupide. »

« Je suis ton frère et ton chef. Tu vas m'obéir sur ce coup, ou tu en paieras le prix, » gronda Nicolas.

KIRA PASSA LA tête hors de sa loge, mais Viktor avait quitté son poste à sa porte. Elle se sentit étrangement déstabilisée. Elle aurait dû se moquer de savoir où était Viktor. Il avait pourtant paru réellement intéressé par le fait de la regarder danser ce soir. Elle en avait même été tout excitée.

Elle sortit dans le couloir et ferma bien la porte derrière elle. Tout à coup elle entendit le timbre familier de la voix de Viktor qui lui parvenait depuis un point plus éloigné du couloir. Elle se dirigea vers cet endroit, montant vers la scène. Enfin, elle le vit plongée dans une profonde conversation avec son frère. Ils semblaient furieux. Son estomac se noua à l'idée qu'elle avait creusé un tel fossé entre Viktor et un homme aussi puissant que Nicolas.

« Viktor ? » appela doucement Kira. « Je suis prête à monter. »

Il fit volte-face, et il n'y avait pas trace de son humeur massacrante dans son expression. « Mon frère et moi étions justement en train de discuter des dernières nouvelles de la situation. »

« Ah ? » Elle lança un bref regard à Nicolas, mais baissa immédiatement les yeux pour éviter son regard furieux.

« Oui, » lui dit chaleureusement Viktor. Elle le vit échanger un regard étranger avec son frère. « Tu vas rentrer chez toi ce soir après l'entraînement. »

« C'est vrai ? » Elle joignit ses mains devant elle dans un effort pour contenir son enthousiasme. « Ce serait tellement génial ! Merci ! »

« C'était l'idée de Nicolas, » dit Viktor avec raideur.

Elle pencha la tête, rendue perplexe par la dynamique entre eux. « Merci, Nicolas. J'apprécie vraiment de pouvoir retourner dans mon appartement. »

« Pas besoin de me remercier, » dit Nicolas de sa voix mielleuse de menteur. « Je suis sûr que tu y seras très bien toute seule. »

« Seule ? » Elle fronça les sourcils. « Alors le danger est écarté ? »

« Pas seule, » rectifia Viktor. « Il veut dire qu'on sera tous les deux seuls dans ton appartement, à vivre enfin comme n'importe quel autre couple marié. »

« Oh. » Kira ne savait pas trop que penser de cela non plus. Avoir Viktor dans son espace personnel serait ardu.

« À présent. Tu es prête ? » Viktor tendit son bras, et elle le prit.

Il tourna le dos à Nicolas sans ajouter un mot et la conduisit vers la scène. Quelque chose dans ses manières semblait décalé, mais elle n'eut pas l'audace d'en faire mention. Cette idée lui rappela qu'elle avait également des informations à lui communiquer au sujet des hommes de son père. À ceci près qu'elle n'était pas certaine de leur justesse.

« Viktor ? » commença-t-elle d'un ton hésitant. « Si je pensais avoir une idée de l'identité du meurtrier, est-ce qu'il vaudrait mieux que j'attende d'en être sûre ? »

Il sembla distrait. « Aussi tentant que puisse être le fait de pointer du doigt tous les connards de l'organisation, il vaudrait probablement mieux attendre d'être certaine de tenir le bon connard. »

Ses paroles la firent rire. « Tu as probablement raison. Les hommes de mon père sont des connards. »

« C'est pour ça que tu es venue à la réunion du conseil ? » Il fronça les sourcils. « Est-ce qu'ils t'ont intimidée ? »

« Sans arrêt, » dit-elle avec un soupir découragé. « À un moment, il faudra que je me rappelle que techniquement, je leur suis supérieure dans la hiérarchie. Sauf que je ne peux pas les battre comme plâtre, et que c'est ça qu'il faudrait que je fasse. »

Viktor grogna. « Laisse tomber le plâtre. Si tu veux qu'ils se fassent tabasser, je serai ravi de leur casser la gueule quand tu voudras. »

VIKTOR REMUA SUR son siège, tout observant l'activité du théâtre avec intérêt. Il ne s'était jamais vraiment intéressé à ce genre de choses, mais à présent il était surpris par tout le travail évident qu'exigeait la mise en place d'une telle production. Des éclairagistes étaient suspendus au-dessus de la scène, occupés à remplacer des ampoules et à tester des branchements. Les passerelles qui traversaient le plafond en tous sens au-dessus de lui étaient une véritable autoroute pour les machinistes qui réparaient ou remplaçaient des fragments de décor. Cependant, rien de tout cela ne soutenait la comparaison avec l'action qui se déroulait sur scène.

« Encore ! » cria le directeur.

Des danseuses virevoltaient, leurs jupes d'entraînement flottant autour de leurs jambes élancées tandis qu'elles exécutaient une courte série de pas jusqu’à ce qu'elles aient gagné l'approbation du directeur. D'un côté, il pouvait voir Kira qui s'échauffait. Elle avait une jambe sur la barre, son corps penché à un angle incroyable tandis que ses bras formaient un arc gracieux au-dessus d'elle.

Un soudain souvenir d'un moment avec Elena manqua de couper le souffle de Viktor. Il avait emmené son épouse voir un ballet une fois. Il se rappela comme elle avait été captivée par les danseurs, et comme elle lui avait fait l’éloge du dévouement qu'il fallait pour atteindre un tel niveau de performance.

Elena aurait adoré Kira.

Cette idée était réconfortante, d'une certaine manière. Puis Kira s'avança au centre de la scène avec deux autres jeunes femmes. Toutes trois se mouvaient de manière parfaitement coordonnée. Il observa le mouvement sensuel du corps de Kira. La puissance de ses muscles dépassait sa capacité à la décrire. Elle bondissait dans les airs, tournant et atterrissant pourtant exactement à l'endroit parfait avant de se dresser de nouveau sur la pointe des pieds. Il voyait ses jambes se plier et se tendre et sentit un tiraillement dans son bas-ventre.

La voir lui ramena à l'esprit l'image qu'elle lui avait offerte, penchée sur son bras tandis qu'elle jouissait si joliment autour de ses doigts. Ses sons et son odeur s'attardaient dans son esprit, et Viktor dut rajuster sa queue pour éviter d'être mal à l'aise. Il n'avait jamais éprouvé un désir aussi farouche pour une femme, pas même pour Elena. C'était une idée plutôt choquante.

« Ah, oui ! » cria le directeur. « Et passé ! Encore ! Plus de hauteur, Kira, s'il te plaît. »

La détermination sur les traits minces de Kira forçait l'admiration. Viktor la regarda essayer encore et encore jusqu'à enfin maîtriser les pas d'une manière qui fit pousser au directeur excessivement théâtral de petits cris aigus d'enthousiasme.

Oui, oui ! C'est splendide! » lui dit-il. « Magnifique ! Toutes les trois ! »

Les jeunes femmes échangèrent un hochement de tête et un bref regard, et Viktor réalisa que leur camaraderie n'était pas différente de ce qu'il éprouvait souvent auprès de ses frères de la mafia. Elles étaient toutes sur le même bateau. Et parfois le lien créé dans ces moments était aussi puissant que n'importe quelle amitié.

 

KIRA SENTAIT LE REGARD DE VIKTOR sur elle pendant l'entraînement. C'était étrangement érotique. Elle se rappelait quel effet cela faisait de sentir ses mains qui touchaient son corps. Il avait éveillé des nerfs qu'elle n'avait jamais eu conscience de posséder et un désir vorace de satisfaire ses appétits.

« Qui c'est ? » murmura Tiana. « Ce type? Celui qui a l'air de pouvoir fendre un arbre en deux d'un regard assassin. »

« Fendre un arbre ? » Jessie leva les yeux au ciel. « Seigneur, tu en fais des tonnes ! »

Tiana désigna Viktor d'un petit geste de la main. « Eh bien, regarde-le ! Avec ce visage anguleux et ces yeux sombres. On dirait un putain de gangster ou un truc du genre. Tu ne l'imagines pas avec une bande de mecs derrière lui, en train de faire des trucs de mafieux ? »

Kira dut réprimer un rire. « Des trucs de mafieux ? Raconte. Tu crois que c'est quoi exactement ? »

« J'en sais rien, » se déroba Tiana. « Genre des salles de jeu illégales, et plonger les pieds des gens dans le ciment avant de les balancer dans le port parce qu'ils te doivent de l'argent ? »

« Tu sais ce qu'il y a de vraiment débile dans le fait de tuer quelqu'un qui te doit de l'argent ? » demanda Jessie d'un ton taquin tandis qu'elle délaçait ses guêtres et les faisait rouler le long de ses mollets. « S'ils sont morts, tu n'auras jamais ton fric. »

« Tu dis seulement ça parce que Tiana te doit trente dollars depuis la semaine dernière, » dit Kira en riant. Elle s'étira les jambes puis entreprit de retirer ses pointes.

« Eh bien, il y a ça, » reconnut Jessie. « Alors vas-y, Tiana. Donne-moi mon fric avant que je t'envoie dormir avec les poissons ! »

« Chérie, tu regardes beaucoup trop la télé, » dit Tiana en faisant la moue. « Cela dit, si ce type voulait se pointer ici, je serais ravie de lui rendre mille fois trente dollars. »

Kira adorait la camaraderie de la scène. Elle adorait avoir de véritables amies pour la première fois. Et même si elles étaient également rivales lorsqu'il s'agissait d'obtenir des rôles, la compagnie de ballet était juste la plupart du temps, ce qui permettait au danseuse d'être davantage une famille que des adversaires.

« Kira, tu ne trouves pas qu'il est canon ? » insista Tiana. « Même si tu es une vieille femme mariée, bien sûr. »

Kira s'amusait énormément. Ce n'était jamais elle qui avait une longueur d'avance dans ce genre de situation. Pas quand il s'agissait d'hommes. Tiana était l'audacieuse.

Elle adressa un clin d'œil à son amie. « En fait, je le connais. Tu aimerais que je te présente ? »

« Sérieux ? » La bouche de Tiana s'ouvrit d'un coup. « Tu connais ce mec ? »

Jessie sourit largement. « Wouahou ! On dirait que Kira vient de te passer devant, Tiana. Qu'est-ce que t'en dis ? »

Kira savait déjà que Viktor les observait. Elle sentait son regard comme une caresse physique. Il lui procurait un sentiment de sécurité qu'elle n'avait jamais éprouvé auparavant. Elle se tourna et lui adressa un minuscule geste de la main ainsi qu'un sourire. Il se leva et se mit à marcher en direction du côté de la scène où les autres danseuses s'étiraient et s'apprêtaient à quitter l'entraînement.

« Hé, » dit-elle doucement en prenant ses mains dans les siennes.

S'il fut surpris par ce contact, il n'en dit rien. Au lieu de cela, il posa sa main sur sa joue et l'embrassa sur le front. Elle se sentit emplie d'une douce chaleur.

« Tu es prête à y aller ? » demanda-t-il. « Je me disais qu'on pourrait s'arrêter manger un morceau sur le chemin de la maison. »

Pendant ce temps, Tiana et Jessie les dévisageaient toutes deux avec une fascination non dissimulée.

Enfin, Tiana donna un petit coup sur le bras de Kira. « Pardon. Tu as dit que tu le connaissais. Je me dis que l'histoire est plus longue que ça ? »

Kira sourit largement. « Voici mon époux, Viktor. »

« Waouh. » souffla Tiana. « D'accord. Alors vous existez vraiment ! »

Il y eut une tournée de rires tandis que Kira faisait les présentations. Il lui vint étrangement à l'esprit qu'elle ne s'était jamais sentie aussi normale de toute sa vie.

 

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