La Princesse du Gangster
Chapitre Six
Il était sous la douche lorsqu'elle se réveilla. Tanya s'étira sur le lit et s'efforça de comprendre ce qui avait bien pu se passer la nuit précédente. Non qu'elle n'eût pas su que cela allait arriver. Leur badinage sexuel n'avait connu aucune interruption depuis l'instant où il avait posé les mains sur elle, et si elle devait être honnête, elle savait que coucher avec Andrei avait été inévitable. Elle avait trop envie de lui.
Et c'était apparamment réciproque.
Mais Tanya était une vraie romantique. Elle ne couchait pas avec des hommes dont elle se fichait. Et il était impossible qu'elle eût des sentiments pour Andrei. Tout ça n'était qu'une version particulièrement tordue du syndrome de Stockholm.
Satisfaite de cette explication, elle se glissa hors du lit et se mit à la recherche de ses vêtements. Lorsqu'elle vit la robe rouge qui gisait sur le sol, elle serra les poings. Qui était-ce, la nuit précédente ? Cette femme qui soutirait des informations aux hommes en les séduisant ? Ce n'était pas elle. Elle ne faisait pas ce genre de choses.
Et que diable était-elle censée faire à présent ?
L'eau cessa de couler et elle se dépêcha de trouver quelque chose à se mettre avant qu'il ne sorte de la douche. Lorsqu'il en émergea, elle lutait encore pour glisser ses jambes dans son jean, et elle tomba à la renverse, toujours vêtue de son seul soutien-gorge.
Uniquement vêtu de cette serviette basse, il s'essuya les cheveux à l'aide d'une petite serviette et la regrda longuement. « Un problème ? » fit-il avec un lent sourire.
« Non, » se hâta-t-elle de répondre. « Aucun problème. J'ai juste perdu l'équilibre. »
« Les jambes qui flageollent, ça veut dire que le sexe était bon, » dit-il avec un petit rire.
Elle rougit et secoua la tête. « Non. Non, je me suis seulement pris les pieds dans le jean. C'est tout. Mes jambes ne flageollaient pas. »
« Alors tu nies le fait que c'était bien, la nuit dernière ? »
La nuit précédente avait été la meillleure de son existence, mais elle n'allait certainement pas le lui dire. « C'était pas mal, la nuit dernière. C'était juste hors de mon personnage. »
Andrei leva les yeux au ciel. « Je t'en prie, ne me fais pas le coup du ‘je ne fais pas ce genre de trucs d'habitude’. On en avait tous les deux envie était c'était bien plus que pas mal. »
« Je ne fais pas ce genre de trucs d'habitude, » dit-elle. Elle réalisa avec horreur que ses yeux s'emplissaient de larmes. « Et je me contrefiche de ce que tu en penses. Je ne suis pas cette grue qui s'habille en rouge et fréquente les casinos sous couverture. Je suis un putain de cuistôt pour une chaîne de restaurant, et tout ce que je veux, c'est retrouver ma meilleure amie et devenir un chef. Mais tu me transformes en cette femme qui se prostitue à la pègre russe. »
Il la dévisagea froidement, et elle se figea. Elle n'était pas censée la jouer détendue ? Légèrement effrayée et humiliée, elle se précipita dans la salle de bains et ferma la porte à clé.
Elle s'aspergea le visage d'eau froide et entreprit de se brosser les dents. Lorsqu'elle vit son reflet dans le miroir, elle fronça les sourcils. La personne qui lui retournait son regard n'avait pas l'air de quelqu'un qui avait honte. Au lieu de cela, elle était pour ainsi dire resplendissante. Le plaisir avait manifestement fait des merveilles sur sa peau.
« Tanya, » dit Andrei en frappant à la porte.
« Je me brosse les dents, » marmonna-t-elle, la bouche pleine de dentifrice.
Elle l'entendit se balancer d'un pied sur l'autre derrière la porte avant de s'éloigner enfin. Il avait apparamment changé d'avis à propos de ce qu'il voulait dire. Et c'était très bien ainsi. Il n'avait vraiment aucune raison de s'excuser. Elle avait fait tout ce qu'il lui demandait sans poser la moindre question, et ce qui était arrivé la nuit précédente, elle l'avait désiré plus que tout.
Tanya ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même.
Après avoir fini sa toilette, elle redressa les épaules et revint dans la chambre d'un pas décidé. « Alors, c'est quoi, la suite ? » demanda-t-elle en enfilant son haut. Il l'observa attentivement, mais elle évita son regard. « Je suppose qu'on va à Boulder maintenant ? »
« J'ai un contact à Boulder, » répondit brièvement Andrei.
« Évidemment, » marmonna Tanya. « Il y a des endroits où tu n'as pas de contact ? »
« Il y en a beaucoup. Mais si Vadim est allé à Boulder, c'est parce qu'il avait besoin de quelque chose. Et en général, quoi qu'il lui faille, on peut le trouver dans nos points de ralliement. Le Colorado est une plaque tournante du trafic de cocaïne. On a plusieurs gars là-bas. »
« Il a besoin de quoi, alors ? »
Andrei haussa les épaules. « C'est une excellente question. À présent, je suis sûr qu'il a de faux papiers, et Vadim a des milliards de dollars. Évidemment, ils sont inaccessibles à moins qu'il ne les retire en liquide. » Andrei se figea. « C'est ça. »
« De quoi ? »
« On ne peut pas transporter autant de liquide sur soi. Ça attire les soupçons. Donc il le planque dans différents endroits pour y avoir accès quand il en aura besoin. »
Tanya fronça le nez. « En l'enterrant dans les montagnes ? »
« C'est un peu plus sophistiqué que ça, » fit-il avec un rire creux. « On parle de diamants et d'autres objets de valeur qui peuvent être mis en dépôt sécurisé dans des banques. Des biens lucratifs achetés sous un faux nom qui peuvent facilement être vendus. Quand il a besoin de l'argent, il les vend. »
« Mais ça voudrait dire qu'il devrait voyager en permanence. »
« Si Vadim veut rester sous les radars de Gregory, il faudra qu'il voyage en permanence. Les gens planquent du fric dans le monde entier. Ils en gardent assez sur eux pour tenir ne année, et quand ils n'en ont plus, ils passent à la cible suivante. »
Tanya avait du mal à imaginer qu'Alana puisse être d'accord pour se déplacer ainsi dans le monde entier, mais après tout, elle ne pensait pas non plus qu'Alana serait du genre à tout plaquer pour partir avec un mafieux russe.
À en juger par la vidéo qu'elle avait vue, elle avait fait son choix.
« Tanya, » dit doucement Andrei. « Si tu veux t'en aller, tout ce que tu as à faire, c'est partir. Je ne te retiendrai pas. »
« Tu l'as déjà dit, » dit-elle d'un ton amer. « Tu es plutôt certain que je suis accro à ce style de vie, et que je ne partirai pas. »
« Je me suis trompé. »
Elle leva brusquement les yeux vers lui. « Je n'en suis pas sûre. Mais je ne partirai pas avant qu'on l'ait trouvée. Alors allons-y. »
***
Au bout de cinq heures de route, elle dormait profondément. Andrei lança un regard en direction de sa silhouette endormie et fronça les sourcils. Il n'avait pas sû à quoi s'attendre ce matin-là, mais sûrement pas à des larmes ni à de la colère.
Elle était la seule femme, de toutes celles qu'il avait eues, à avoir pleuré après.
Évidemment, il choisissait des femmes qui savaient qu'elles ne devaient pas s'attacher à lui. Andrei ne souhaitait rien d'autre que dépenser un peu d'énergie. Il n'avait jamais recherché une relation ni une liaison à long terme. Il y'avait eu quelques femmes qu'il avait vues plus d'une fois, mais la plupart du temps il ramassait des coups d'un soir , et il était toujours parti au matin.
C'était plus qu'un besoin qui l'avait poussé vers Tanya. Il avait beau refuser de l'admettre, il éprouvait quelque chose. Il était contrarié de la voir blessée et marquée d'un hématome. Il était contrarié du fait qu'elle avait pleuré. Et la serrer contre lui après qu'elle eût joui lui avait procuré un plaisir infini.
Mais ça ne durerait pas pour toujours. Elle n'était pas le genre de fille qui le suivrait partout. Et Gregory ne consentirait jamais à un tel accord. Les hommes de Gregory ne se mariaient pas sans la permission de Gregory. C'était simplement leur vie.
Et quel genre de vie pourrait-il offrir à une femme comme Tanya ? Il partait des mois durant pour faire le sale boulot de Gregory. Il revenait avec du sang sur les mains sans en être plus troublé que cela. Ses enfants tomberaient sous la tutelle de Gregory. Ayantgrandi dans la sphère privée de Gregory, Andrei avait vu comment les choses se passaient pour les femmes. Elles avaient beau être assoiffées de pouvoir au début, une fois qu'elles avaient porté des enfants, elles essayaient souvent de s'enfuir.
Elles n'allaient jamais loin.
L'autoroute avait été déserte sur des kilomètres, mais lorsque le soleil éclaira son rétroviseur, il fronça les sourcils. Sur la route plate, il pouvait distinguer une autre voiture qui roulait à un peu moins d'un kilomètre derrière lui.
La distance idéale pour suivre quelqu'un.
Mais il se faisait des idées. Comment quiconque aurait pu savoir qu'ils étaient à Las Vegas ? Il n'avait aucune raison de soupçonner que Gregory ou Sousa ait envoyé des hommes à sa poursuite. Il se détendit donc, mais garda un œil sur la voiture. Lorsque la route se mit enfin à grimper, Il accéléra au sommet de la pente et fonça dans la descente. Lorsque la voiture noire derrière lui arriva en haut, elle accéléra également.
Le cœur d'Andrei s'arrêta. Ils le suivaient.
La voiture noire dût s'apercevoir qu'elle était grillée car elle changea de vitesse. Elle se rapprochait, et bien qu'Andrei roulât déjà à bien plus de cent kilomètres par heure, il ne pouvait pas aller beaucoup plus vite. Lorsqu'ils heurtèrent une petite bosse et décollèrent du sol, Tanya se réveilla.
« Andrei, » s'exclama-t-elle. « Ralentis. Qu'est-ce que tu fais ? »
« On nous suit, » dit-il d'un air sombre. « Fais profil bas et accroche-toi. »
Elle pâlit et s'agrippa à la poignée de la portière, mais n'ajouta rien de plus. La voiture noire s'approcha encore et encore jusqu'à ce qu'Andrei puisse enfin voir le conducteur. Il ne reconnut pas l'homme derrière le volant.
« Sousa, » murmura-t-il. Ce devait être un de ses hommes. « Comment il nous ont trouvés ? » gronda-t-il.
La voiture les heurta légèrement, mais cela suffit amplement. Dans une embardée vers l'avant, Andrei perdit le contrôle de la direction, et la voiture manqua de peu de sortir de la route. Agrippé au volant, il la redressa d'une poussée brusque, mais la voiture noire freinait déjà derrière lui.
« Baisse-toi, » cria-t-il en voyant le pistolet. Lorsque la balle fit voler les vitres en éclat, il poussa Tanya au sol et se plaça au-dessus d'elle. La voiture gronda tandis qu'elle sortait de la route en direction de la mince barrière de bois tout près d'eux. Il l'attira en arrière juste avant que la voiture ne percute un arbre et que les airbags de jaillissent.
Elle poussa un hurlement, mais il était déjà en train de détacher sa ceinture de sécurité et de dégainer son arme. Du sang ruisselait de sa tête. « Reste ici, » murmura-t-il en grimpant sur le siège arrière. La vitre était en morceaux, et il se glissa rapidement à travers.
« Ça veut dire quoi, ça, reste ici ? » s'exclama-t-elle d'une voix étranglée. Elle fit néanmoins ce qu'il disait. Andrei s'accroupit derrière la voiture et se déplaça derrnière l'arbre. Il observa tandis que trois hommes sortaient de la voiture noire et s'approchaient lentement du lieu de l'accident, l'arme au poing.
Le conducteur était sans doute encore dans la voiture. Il visa depuis sa cachette et attendit.
« La fille est inconsciente, » marmonna l'un des hommes. « On l'emmène ou on la tue ? »
« Où est le gars de Volkov ? »
« Il n'est pas là. »
« Emmenez-la. »
Aussitôt qu'ils tendirent la main vers la poignée de la portière, Andrei tira les deux premiers coups, touchant le conducteur de la voiture. Lorsque les trois hommes pivotèrent, il eut facilement les deux premiers.
Le dernier homme se baissa derrière la voiture, privant Andrei d'un bon angle de tir. Trois balles atterrirent dans l'arbre, et Andrei fut forcé de sortir de sa cachette. Tandis qu'il bondissait et roulait au sol, le troisième homme passa la tête derrière la voiture et braqua son arme sur lui.
Andrei tira. L'homme s'effondra en gémissant. « Tanya, » cria Andrei en faisant le tour de la voiture. Elle était recroquevillée sur le plancher. « Ils ont dit que tu étais inconsciente. »
« Je n'avais pas vraiment envie qu'ils me demandent où tu étais passé, » rétorqua-t-elle en s'extrayant avec difficulté de la vitre. « C'était qui ? »
Andrei se pencha pour fouiller les poches des morts. « Les hommes de Sousa, sans aucun doute. Je ne sais pas où ils pêchent leurs infos, mais ils savaient qu'on était à Las Vegas. La question, c'est de savoir s'ils savent qu'on va à Boulder ou s'ils ne faisaient que nous suivre. »
« C'est important ? » demanda-t-elle précipitemment. « On doit quand même y aller, pas vrai ? »
« Oui, » dit-il sombrement. « Il le faut. » Un sourire mauvais barra son visage. « Et pour ça, on va prendre leurs pneus. »
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