La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 3 sur 28

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La Princesse du Gangster

Chapitre Deux

 

Kira parvenait à peine à contenir son sentiment d'horreur face à ce qui était arrivé à Atalya. La jeune femme avait été ce qui s'approchait le plus d'une amie pour Kira au sein de la mafia. Son époux Boris était l'un des hommes les plus loyaux d'Anton Berezin. Cela signifiait qu'Atalya avait souvent accompagné son mari à des réunions chez les Berezin. Elle avait fréquemment engagé la conversation avec Kira avec sa vitalité amicale et son esprit vif.

« Tout va bien ? » demanda Viktor.

Elle pencha la tête pour lui jeter un coup d'œil. Il conduisait la voiture d'une main experte et avec une présence imposante qu'elle trouva étrangement attirante.

S'efforçant d'y rester insensible, elle se concentra sur les faits. « Où allons-nous ? »

« Dans une planque. »

Kira émit un petit bruit désapprobateur. « Tu ne peux pas garder un œil sur moi dans mon propre appartement ? J'ai des choses à faire demain. »

« Pour l'instant, ce sera plus sûr. » Ce fut sa seule réponse. Il n'y avait aucun indice quant au plan qu'il avait l'intention de mettre en place pour lui rendre son indépendance.

Ils effectuèrent le trajet en silence. Elle gardait les yeux fixés sur les formes sombres des immeubles urbains qui défilaient à toute vitesse autour d'eux et se demanda où ils iraient. Son appartement était proche du ballet. « Est-ce qu'il faut vraiment qu'on aille aussi loin ? Je me sens plus en sécurité quand je reste près du ballet. »

« Ça ne sert à rien de rester dans le même quartier si on essaie d'écarter quelqu'un de ta piste. »

« Oh. » Elle se mordit la lèvre. « J'imagine que c'est logique. »

Il s'engagea dans un parking souterrain. « Nous y voilà. J'ai envoyé quelques gars acheter quelques bricoles en prévision de notre arrivée. »

« Attends. » Kira se figea. « Notre arrivée ? Tu restes ici avec moi ? »

« Je croyais que tu avais compris que je resterais avec toi pour m'assurer que tu es en sécurité. » Il s'engagea dans une place de parking et gara la voiture. « Pas besoin de jouer les prudes. Je ne te toucherai pas, si c'est ce qui t'inquiète. »

Kira se redressa au point d'être sûre d'attraper un lumbago. « Tu n'es pas obligé de t'en réjouir à ce point. »

« Quoi ? » À présent in fronçait les sourcils, consterné.

Elle manqua de très peu de lever les yeux au ciel. « Tu n'es pas obligé de paraître si heureux d'éviter de me toucher. Si je te déplais à ce point, je peux aussi bien rentrer chez moi. »

« Cesse d'être ridicule. » Il lui adressa ces paroles dans un grondement. « Descends de la voiture. Maintenant. »

Le ton de sa voix fit tressaillir Kira. C'était vraiment une sale bête. « Pas besoin d'être aussi méchant. »

« Kira. » La colère qui embrasait son regard soulignait la dureté du ton de Viktor. « Descends de la putain de voiture. »

Elle ouvrit la portière et sortit, serrant son sac contre sa poitrine tout du long. Elle était fatiguée, et plus elle passait de temps assise, plus ses muscles commençaient à se contracter. Elle n'avait pas eu l'occasion de s'étirer correctement dans sa loge avant l'arrivée de Viktor. Désormais elle le suivait d'un pas raide jusqu'à l'ascenseur en souhaitant être n'importe où sauf là.

« C'est pas un enterrement, » dit-il d'un ton bourru. « Tu n'es pas obligée d'avoir l'air si morose. »

« Je n'ai pas envie d'être ici, » lui rappela-t-elle. « Dois-je faire semblant d'être heureuse simplement pour que tu te sentes mieux ? »

Il enfonça le bouton du quinzième étage de l'immeuble, et les portes de l'ascenseur se fermèrent dans un murmure. Kira souhaita être n'importe où sauf là. Être enfermée dans une minuscule boîte avec cet homme était insupportable. Pire, elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi son corps réagissait de manière si évidente à sa proximité. Elle aurait dû haïr l'air même qu'il respirait, et pourtant en inspirant dans cet espace clos elle saisit un soupçon de son odeur masculine et épicée. Cela lui rappela le jour de leur mariage et l'étrangeté de ce baiser. Ses lèvres lui avaient paru inflexibles, pourtant elles étaient si incroyablement douces. Elle se demanda si elle le seraient autant si elle l'embrassait de nouveau.

« Quoi ? » demanda-t-il d'un ton tranchant.

Kira sentit ses joues s'échauffer et lutta pour conserver son allure détendue. « Rien. Je souhaitais simplement que cet interminable trajet en ascenseur se termine. C'est tout. »

L'ascenseur s'arrêta à leur étage avec un tintement. Les lèvres de Viktor s'étirèrent en un sourire crispé. « Et ton souhait est exaucé. »

Elle le suivit le long d'un étroit couloir jusqu'à une porte sur la droite. Il mit une clé dans la serrure, poussa la porte et entra. Kira le suivit, retenant son souffle et craignant presque ce qu'elle pourrait voir.

« Désolé, » marmonna Viktor. « Même si ça pourrait certainement être pire. »

Kira ne répondit pas. Elle s'avança jusqu'au milieu de la pièce et fit un petit tour sur elle-même. La moquette à poils longs d'un vert miteux n'arrangeait en rien la pièce, pas plus que le linoléum d'un brun terne dans la cuisine, ou les plans de travail en Formica ébréché. Il y avait un petit réfrigérateur et une cuisinière qui semblait avoir connu des jours meilleurs. Quelqu'un avait mi un micro-ondes sur un plan de travail en face de l'évier.

Le reste de l'appartement n'était pas beaucoup mieux. Un canapé défoncé, un fauteuil inclinable pratiquement usé jusqu'à la corde par endroits qui trônait près d'une minuscule télévision sur un chariot bancal. Au moins la salle de bain était tolérable. Les installations de porcelaine blanche avaient l'air d'avoir traversé les âges, mais aucun énorme cafard n'attendait dans les lavabos.

 

VIKTOR ATTENDAIT QUE Kira remarque ce qu'il avait déjà noté. Il la vit se glisser dans la chambre puis en sortir et ouvrir une porte de placard. Puis elle se tourna vers lui et lui adressa un regard perplexe.

« Il n'y a qu'une chambre ? » demanda-t-elle, avec dans la voix une note de panique manifeste.

Viktor hocha la tête. Il n'y avait vraiment pas besoin d'adoucir le coup. « C'est vrai. Si on dort chacun d'un côté du lit, ce sera tout à fait correct. »

Elle renifla avec dédain. « Compte tenu du fait qu'on est mariés, ce serait tout à fait correct de toute façon. C'est juste que je ne suis pas habituée à partager un lit avec quelqu'un. »

Il n'aurait pas su dire pourquoi, mais cette déclaration lui procura un incommensurable soulagement. Il ne voyait pourtant aucune raison de la traiter comme une princesse. « J'imagine que tu peux dormir sur le canapé, si tu préfères. »

Elle contempla avec dégoût les coussins défoncés et les accoudoirs d'une dureté impitoyable. « Je suis une danseuse, pas un pygmée ! Je me serai changée en bretzel demain matin si j'essaie de dormir là-dessus. Mon repos est très important. »

« Alors j'imagine que tu vas dormir dans le lit avec moi. » Il haussa les épaules.

Elle parut vexée. « Tu sais, tu n'es pas vraiment un gentleman. »

« Pourquoi ? Parce que j'aime mieux partager un lit avec mon épouse qu'aller dormir sur un vieux canapé pour nains ? Oui. Ça fait de moi un sacré connard. »

« Exactement ! »

« Je ne me rappelle pas que tu étais une telle diva quand on s'est mariés, » dit Viktor d'un ton agacé. « Est-ce que tu aurais oublié qui continue de payer tes factures ? »

Elle se figea en pleine tentative de réponse. Il vit l'expression de honte sur son visage et s'en voulut terriblement de l'y avoir mise. Cependant, elle devait se rappeler comment les choses fonctionnaient. Mais au lieu d'être contrite, elle se dirigea d'un pas vif vers son sac et en tira ce qui s'avéra être un livret de banque.

Puis elle lui fourra le livret entre les mains. « Voici l'historique de là où est passé tout l'argent de ta pension. J'ai ouvert un compte épargne à ton nom, et tous les mois quand tu me verses le paiement, je le mets sur ce compte. »

Pour une raison ou pour une autre, cela énerva profondément Viktor. « Pourquoi est-ce que tu fais ça ? »

« Parce que je peux me débrouiller toute seule ! »

Sa véhémence le laissa perplexe. « Pourquoi est-ce que tu me cries dessus ? »

« C'est toi qui es en train de crier. » Elle le pointa du doigt.

Enfin, elle lui tourna le dos et se dirigea à grands pas vers le canapé. Elle marmonnait en Russe, trop bas et trop vite pour qu'il comprenne. Viktor n'y comprenait rien. Kira était modeste et presque docile lorsqu'il l'avait rencontrée pour la première fois. D'où sortait cette attitude ?

Elle fouillait dans son sac. Enfin, elle se laissa tomber sur le sol et se mit à s'étirer. Il la regarda faire un long moment avant de se rendre compte qu'il la dévisageait.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? » demanda-t-il.

Elle ne leva même pas les yeux pour croiser son regard. « Parce que si je ne le fais pas, j'aurai mal partout demain. J'ai dansé ce soir, mais tu as interrompu mes exercices de refroidissement. Normalement, j'aurais fait tous ces étirement dans ma loge. »

« Oh. » Il ne pouvait pas vraiment lui donner tort là-dessus. « Alors je te laisse faire. Il faut que j'appelle mon frère Nicolas pour lui dire qu'on est arrivés ici sains et saufs. »

Elle ne leva même pas les yeux lorsqu'il disparut de la chambre. Viktor se demanda pourquoi cela le contrariait autant. C'était comme si elle le détestait alors que tout ce qu'il avait fait, c'était lui ficher la paix comme elle l'avait souhaité.

Il composa le numéro de Nicolas sur son téléphone. « On est arrivés, » dit-il à son frère en Russe.

« Ah, ta première nuit seul avec ton épouse. Je suis sûr que tu as de grands projets. »

« Ça m'étonnerait. » Viktor réfléchit aux paroles de Nicolas. « Elle n'a rien à voir avec Elena. Mon épouse était douce et aimable. Cette femme a autant de chances de me mettre un coup de pied dans les noix que de réchauffer mon lit. De plus, j'appartiens toujours à Elena. Tu le sais. »

« J'espérais peut-être qu'après trois ans et demi, tu laisserais son fantôme reposer en paix, » suggéra Nicolas. Il y avait une étrange tonalité dans sa voix. « C'était une femme incroyable. Certains jours j'ai du mal à croire qu'elle n'est plus là. »

« Ne parlons plus de fantômes, » dit fermement Viktor. « As-tu découvert autre chose à propos du meurtre ? »

« Non. » Nicolas émit un petit bruit frustré. « Pire encore, Anton nous met la pression. Il veut des réponses. Il commence à porter de folles accusations selon lesquelles nous sommes incapables nous occuper de sa fille. »

« Donc tu crois qu'il va causer des problèmes ? » Viktor se demanda ce qu'il devait faire des plaintes de son beau-père.

« Je vote pour qu'on enferme la donzelle dans une planque et qu'on oublie tout ça. Problème réglé. »

« Pas vraiment. Kira est loin d'être aussi obéissante qu'elle l'était il y a trois ans. »

« C'est une femme. Ce sont toutes des harpies acariâtres quand la situation l'exige. Elle le redeviendra. Et jusque là, peut-être que tu devrais utiliser tous les moyens qui sont à ta disposition pour te permettre d'atteindre ton objectif. »

« Ce qui veut dire ? » Viktor fronça les sourcils.

« Séduis-la. À l'heure qu'il est, tu devrais lui avoir fait un enfant ou deux de toute façon. À quoi d'autre sert une épouse ? »

Viktor contempla le lit double tandis qu'il considérait cette idée. Le seul fait d'y penser lui semblait déloyal envers le souvenir d'Elena. « Je t'appellerai demain. Dis aux gars de trouver ce connard et de mettre un terme à ces conneries. C'est le meilleur moyen. »

« Le conseil se réunit demain. Tu y seras, et tu emmèneras la fille. Ça devrait satisfaire Anton et me l'enlever de sur le dos pour un peu plus longtemps, au moins. »

Viktor grogna. Il ne se souciait pas vraiment du père de Kira ou de ses jeux de pouvoir.

Un faible coup lui fit savoir que Kira était à la porte de la chambre.

« Je te parlerai demain alors, » dit Viktor à Nicolas avant de raccrocher.

En ouvrant la porte de la chambre, Viktor fit signe à Kira d'entrer. Elle portait encore les mêmes vêtements qu'auparavant.

Viktor haussa un sourcil. « Est-ce que tu as vraiment besoin d'autant de couches de vêtements pour te protéger de moi ? »

« Je ne sais pas. Tu crois que oui ? »

Viktor était planté comme un piquet à côté du lit près des fenêtres. « Tu n'as rien à craindre de moi. Mon cœur appartient encore à une autre. »

Elle fronça les sourcils. « Elena ? »

« Oui. »

Kira sembla sur le point de dire quelque chose, mais elle finit par hausser les épaules. « Comme tu veux. Je prendrai le côté le plus proche de la porte. Si tu me touches, je ne peux pas répondre de ma réaction. »

Viktor dissimula un sourire. L'idée qu'elle puisse lui faire du mal pendant la nuit était grotesque, mais il épargnerait au moins sa fierté. « Je m'en souviendrai. »

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