La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 1 sur 28

Pages du PDF

La Princesse du Gangster

Prologue

La Princesse du Gangster

 

Par Bella Rose

 

Tous Droits Réservés. Copyright 2016 Bella Rose.

 

CLIQUEZ ICI

 

pour vous abonner à ma newsletter et peut-être

gagner des livres gratuits !

 

OceanofPDF.com

Prologue

 

 

Kira Berezin jouait nerveusement avec les perles qui ornaient sa robe fourreau blanche. Elle contempla longuement le reflet dans le miroir et se demanda si tout le monde remarquerait à quel point elle semblait pâle et tendue. Ses cheveux noirs avaient été écartés de son visage et tirés en un chignon sévère, et un simple soupçon de maquillage soulignait les traits de son visage.

Sa robe avait été faite sur mesure pour elle par l'une des couturières les plus sélectes de la ville. Kira avait porté une centaine de costumes dans son rôle de soliste au Ballet de New-York, mais elle ne s'était jamais attendue à porter une robe de mariée.

« Kira ? » Son père poussa la porte des minuscules toilettes du tribunal de New-York. « C'est l'heure. Viktor aimerait te parler avant la cérémonie. »

« Oui, Papa, » murmura-t-elle.

Anton Berezin était bâti comme un ours, avec un visage qui rappelait un faucon et une expression toujours maussade. Kira se demandait souvent si sa mère était morte de peur en mettant au monde Kira, une fille, au lieu du garçon tant désiré. À présent son papa lui prêtait attention pour la première fois depuis la mort de sa mère.

« Tu accompliras ton devoir, » décréta son père. « Tu comprends ce que ça veut dire ? »

Kira pâlit. « Je croyais que nous ne serions mariés que sur le papier. »

« Je me fiche de savoir si cet homme veut te prendre comme une bête ici, en plein tribunal, » gronda Anton. « Tu vas écarter les jambes et faire ce qu'on te dit. Ce mariage est important pour ma position au sein de l'organisation. C'est à ça que tu sers. Tu comprends ? »

« Oui, Papa, » Kira parvint-elle à murmurer. « Mais tu as dit que j'aurais toujours le droit de danser. »

« Ce sera à ton nouveau mari d'en décider. » Anton haussa les épaules. « Je m'en moque. Tu n'es plus mon problème. »

Kira disciplina son expression jusqu'à la parfaite neutralité. Des années et des années d'apprentissage de la danse lui avaient donné un maintien qui dépassait de loin ses dix-huit ans. Si elle pouvait tenir jusqu'au bout d'un des cours de renforcement et de maintien de Madame Bissett, elle pouvait faire face à ce mariage de pacotille.

La tête haute et le dos droit, Kira suivit son père le long de l'interminable couloir qui menait à la salle du Juge de Paix qui ferait d'elle une épouse. D'autres couples attendaient dans le couloir avec leurs témoins, leurs familles, et leurs amis. Kira se sentait bien loin de tout, sauf de leurs regards curieux.

Devant elle, elle voyait Viktor qui se tenait près de son frère. En dépit de sa jeunesse, Nicolas régnait sur tous les seigneurs de la mafia Russe dans la région de New-York. Kira avait appris en entendant les plaintes du bras droit de son père, Yuri, que Nicolas prenait sa position dominante très au sérieux. Viktor était son frère cadet de quelques années.

Nicolas Domnin haussa ses sourcils sombres à l'adresse d'Anton Berezin. « Mon frère désire parler à votre fille avant leur rendez-vous avec le juge. »

« Qu'il parle, » dit Anton en agitant nonchalamment la main.

Nicolas retroussa la lèvre, dégoûté. « En privé. »

Anton ricana mais ne fit rien pour empêcher Kira de de suivre son fiancé un peu plus loin, là où ils pourraient essayer d'avoir un peu d'intimité.

Kira dévisageait Viktor avec une fascination non dissimulée. Elle avait très peu d'expérience des hommes en dehors de ses trois demi-frères cadets. Pourtant Viktor avait très fière allure dans son costume sombre impeccablement coupé. Le tissu épousait son torse mince, mais mettait en valeur la robustesse de ses bras. Son pantalon moulait son entrejambe de manière presque obscène, et Kira se rendit compte que sa curiosité menait constamment son regard vers cette région de son corps. Elle n'était pas seulement innocente; elle ne s'était même jamais posé de question à propos de l'acte conjugal en dehors de sa crainte du jour où son tour viendrait. Bien des danseuses avaient abandonné une carrière prometteuse pour le mariage et la maternité.

« Je souhaitais m'entretenir avec toi, » commença Viktor d'un ton raide. « On m'a dit que tu savais que je ne voulais qu'un mariage sur le papier. »

« Je comprends, » acquiesça doucement Kira. « Je n'ai aucune envie d'être mariée. »

« Alors pourquoi accepter ? » demanda Viktor dans un soudain élan de passion. « Dis simplement non et finissons-en avec cette journée de folie. »

Kira l'observa avec perplexité avant de se rappeler qu'il avait perdu son épouse peu de temps auparavant. « Tu es encore amoureux de ta première épouse, » devina-t-elle.

« Oui. » Il eut un hochement de tête catégorique. « Et je doute que mon sentiment change jamais à ce sujet. »

« Alors nous sommes sur la même longueur d'onde. » Elle soupira de soulagement. « Je veux simplement me dégager de l'emprise de mon père afin de pouvoir poursuivre ma carrière dans le ballet. Je viens d'être promue soliste. C'est un grand honneur, mais qui implique que je m'y consacre entièrement. »

Viktor parut réellement soulagé. « Tu ne m'épouses donc que pour plaire à ton père ? »

« Tout comme tu ne m'épouses que pour plaire à mon père et à ton frère dans ce conflit de pouvoir ridicule qu'ils se livrent. Je ne prétends pas comprendre la politique de la mafia. Je ne m'en soucie même pas particulièrement. »

« Très bien, dans ce cas. » Viktor lui adressa un sourire.

L'effet de ce changement d'expression fut dévastateur. Kira dut s'obliger à baisser les yeux pour ne pas simplement se tenir là avec un stupide air d'émerveillement sur le visage. Comment n'avait-elle jamais remarqué qu'il était si séduisant ? De son teint basané à sa sombre chevelure et ses yeux d'un brun chaleureux, il semblait incroyablement viril et imposant, de la plus agréable manière qui fût.

« Allons-y ? » Il lui offrit son bras, et elle posa délicatement les doigts au creux de son coude.

De nombreuses personnes les dévisagèrent, et un grand nombre de téléphones portables apparurent afin de les filmer tandis qu'il descendaient le couloir. Kira n'y comprenait rien.

« Qu'est-ce qu'ils font ? » murmura-t-elle à Viktor.

« Je crois qu'ils s'imaginent que nous sommes des célébrités qui tentent de demeurer incognito ou d'autres bêtises du même genre, » expliqua-t-il.

« C'est ridicule. »

« Oui, mais quand quelqu'un a décidé de croire quelque chose de stupide, on ne peut pas le faire changer d'avis, » dit-il d'un ton désinvolte.

Kira absorba ces sages paroles et se demanda si elle aurait un jour l'occasion de connaître véritablement cet homme étrange qu'elle était sur le point d'épouser.

« Après toi. » Il ouvrit les portes qui menaient au bureau du juge.

Elle baissa timidement les yeux. « Merci. »

 

VIKTOR SUPPOSAIT QU'IL était censé prêter quelque véritable attention au juge et à la cérémonie, pourtant il ne parvenait pas à se concentrer. Il ne parvenait à penser qu'à son pauvre amour, Elena, et au fait que seulement deux ans auparavant, il s'était tenu dans le chœur d'une église et avait fait serment de l'aimer pour le restant de ses jours. Désormais Elena était morte, et Viktor épousait une inconnue.

« Vous pouvez lui passer l'alliance au doigt. » L'annonce du juge arracha Viktor à sa rêverie.

Il fouilla sa veste de costume à la recherche de la minuscule alliance que le père de Kira avait fournie pour la cérémonie. Anton était un enfoiré d'intrigant retors, et ni Viktor ni Nicolas ne faisaient même semblant de croire que ce mariage satisferait sa cupidité. Pourtant, alors que Viktor glissait la bague au doigt délicat de Kira, il se dit que c'était elle qui faisait les frais de ce contrat.

Le juge regarda Kira. « Vous pouvez à présent lui passer l'alliance au doigt. »

La main de Kira tremblait légèrement tandis qu'elle faisait ce qu'on lui ordonnait.

Viktor regarda longuement sa propre main. La vue de l'alliance à son annulaire lui était à la fois familière et étrangère. Il avait envie de l'arracher. Elena ne l'avait quitté que trois mois plus tôt. Comment pouvait-il épouser quelqu'un d'autre ?

Seulement sur le papier.

Il se répéta cette affirmation encore et encore jusqu'à ce qu'il pût respirer sans que l'air ne l'étouffât. C'était enfin terminé.

Sauf que ça ne l'était pas.

« Vous pouvez à présent embrasser la mariée. » Le juge arborait un large sourire, probablement parce qu'il ignorait complètement à quel point le marié redoutait ce moment.

Viktor prit maladroitement le visage de Kira entre ses paumes. Ses joues étaient douces. Elle semblait incroyablement délicate là, près de lui, comme s'il avait pu l'écraser d'un mouvement trop brusque. Il abaissa lentement sa bouche vers la sienne. Il voulait lui donner tout le temps de s'écarter si elle le souhaitait. Il ne lui imposerait pas ses démonstrations d'affection si elle ne les désirait pas. Mais elle demeura raide comme un piquet.

Leur lèvres se touchèrent dans le plus léger des baisers, et le choc figea presque Viktor sur place. Elle avait un goût de soleil, et était aussi évanescente qu'un papillon. C'était comme serrer une nappe de brume matinale dans ses bras. Puis un son minuscule s'éleva du fond de sa gorge, et Viktor fut saisi par l'embrasement de quelque chose qui ressemblait fort à du désir remuant dans son bas-ventre. Il approfondit le baiser et glissa sa langue dans sa bouche.

Il sentit sa surprise, mais elle leva les bras et les noua autour de son cou. Ses doigts agrippèrent ses cheveux, et elle griffa légèrement son cuir chevelu de ses ongles. C'était tout à la fois décadent et délicieux. Viktor sentit quelque chose remuer entre ses jambes où il n'avait rien ressenti depuis la mort d'Elena.

Ils se séparèrent enfin, et il prit conscience du fait qu'elle tremblait contre lui. Il la tint doucement jusqu'à ce qu'il fût certain qu'elle parviendrait à tenir debout toute seule.

« Tout va bien ? » murmura-t-il.

« Oui. Tout à fait. Merci. J'imagine que je me suis emportée l'espace d'un instant. » Une adorable rougeur colorait ses pommettes pâles.

« C'est compréhensible, j'en suis certain. » Viktor ne pouvait s'empêcher d'avoir un peu envie de la protéger. Il glissa de nouveau sa main à elle au creux de son bras et se retourna pour faire face à leurs seuls invités. Ni Anton Berezin ni Nicolas Domnin ne souriait. « Ce n'est pas un enterrement, messieurs, » leur rappela Viktor.

« Le photographe attend dehors dans le jardin public. » Anton lança cette brusque annonce puis tourna les talons et sortit du bureau du juge d'un pas vif.

« J'imagine que nous allons au jardin public, dans ce cas, » déclara pensivement Viktor.

Kira leva le menton afin de parler tout contre son oreille. Elle était en réalité plutôt grande, mesurant probablement un mètre quatre-vingt contre son mètre quatre-vingt-dix. « Pourquoi, à ton avis ? Si ce n'est qu'un mariage sur le papier, qui se soucie des photographies ? »

« Les preuves, » proposa sombrement Nicolas. « Anton veut des preuves de l'événement. »

« Comme il voudra, alors, » dit Viktor avec un haussement d'épaules. « Le contrat de mariage a déjà été signé la semaine dernière. »

Tandis que Nicolas rattrapait l'allure de Viktor, il parut oublier la délicate créature aux allures de fée qui marchait auprès d'eux. « Tu as trouvé un endroit où la mettre, alors ? »

« Son père m'a assuré qu'elle a déjà son propre appartement, » expliqua Viktor. « Je dois seulement reprendre le contrat de location et lui verser une pension. »

« Bien, » grogna Nicolas. « Je veux que ça cause aussi peu de soucis que possible puisque je sais que tu n'en avais pas envie du tout. »

Viktor sentit un tremblement parcourir la femme à ses côtés. « Je ne crois pas que Kira en ait eu envie non plus, Nicolas. Mais nous avons mis les choses au clair entre nous. Elle mènera sa vie, et je mènerai la mienne. »

« Parfait. »

Ils sortirent par la porte latérale du tribunal et se rendirent dans un jardin d'une beauté surprenante. Il était luxuriant et empli de fleurs colorées. Un photographe les attendait, déjà prêt. Elle leva la main et leur fit signe d'approcher. Après avoir réussi à pousser Nicolas sur le côté, Viktor et Kira furent placés devant un arbre énorme. Le photographe se mit à prendre des photos.

« Souriez, s'il vous plaît ! » ordonna le photographe.

Viktor étira sa bouche en ce qui était probablement une sinistre parodie de sourire. Il baissa les yeux, et s'imprégna du visage glacial de la femme qu'il venait d'épouser. Elle semblait aussi intouchable qu'une statue de verre.

« Splendide, splendide ! » clamait le photographe.

« Le monde entier est une scène, » murmura sa jeune épouse.

Viktor lui toucha doucement la main. « Peut-être que la vie est simplement une pièce de théâtre et la mort n'est que le tomber de rideau à la fin du premier acte. »

« Tu dis ça à cause du décès de ton épouse, » dit doucement Kira. « Elle fait partie des chanceuses. »

« Elle a été assassinée dans la fleur de l'âge, » dit froidement Viktor. « Où est la chance là-dedans ? »

Kira haussa une épaule étroite. « Elle a eu l'opportunité d'aimer et d'être aimée. Qu'est-ce qu'on peut demander d’autre ? »

Tout ce qu'il aurait pu dire mourut sur ses lèvres. Sa dernière pensée avant que son chemin et celui de son épouse se séparent—peut-être pour de bon—fut qu'elle était bien plus qu'elle ne laissait paraître.

 

OceanofPDF.com