La Princesse du Gangster
Chapitre Trois
Tanya n'avait jamais mis les pieds dans aussi bel hôtel auparavant. Elle était sortie avec un avocat à une certaine époque, mais il avait toujours été un peu pingre. Elle passa ses doigts en éventail sur les draps faits de satin blanc et fit de son mieux pour ne pas se délecter de leur toucher luxueux tandis qu'ils glissaient contre sa peau. La veille, sa vie avait pris un tournant passionnant. Non seulement Alana avait disparu, mais elle était désormais prisonnière d'un hôtel cinq étoiles avec, pour gardien, l'homme le plus attirant qu'elle eût jamais vu.
Elle ne savait plus si elle devait être terrifiée ou excitée.
« Combien de temps va-t-on rester ici ? » murmura-t-elle.
Andrei traversa la pièce et regarda longuement par la fenêtre. « Jusqu'à ce que j'aie un autre endroit où aller, » marmonna-t-il.
« Jusqu'à ce que Tonton La Pègre te dise qu'on doit aller ailleurs ? » dit-elle en levant les yeux au ciel. « Allons, Andrei. Je sais que tu veux trouver Vadim, et on ne les retrouvera pas en se terrant dans cette splendide chambre d'hôtel. »
« Splendide ? » Il se retourna et haussa un sourcil. « Ravi que tu t'habitues à ton environnement. »
« Je ne m'habitue pas. Je ne fais que le décrire, » marmonna-t-elle. « Et puis, la question n'est pas là. »
Il s'approcha du lit jusqu'à se tenir juste devant elle. Elle leva le menton pour croiser son regard, et se répéta inlassablement qu'elle ne se laisserait pas intimider par lui. Un sourire narquois traversa lentement son visage tandis qu'il se penchait vers elle. Elle sentit le souffle lui manquer tandis qu'il s'approchait encore et encore. Elle fut tentée de tendre la main et de carresser du bout des doigts son menton mal rasé, mais la réalité la rattrapa rapidement. Au lieu de cela, elle posa ses mains à plat sur sa poitrine et le repoussa.
« Qu'est-ce que tu fais, au juste ? » Sa voix était bien plus haletante qu'elle ne l'aurait souhaité, et elle s'éclaircit la gorge.
Il fit claquer sa langue contre ses dents et glissa la main sous l'oreiller. Son cœur chuta brusquement lorsqu'il en sortit sa lime à ongles. « Tu croyais que je ne t'avais pas vue t'armer ? » demanda-t-il avec un petit rire. Tout en se redressant, il examina la lime métallique. « Et qu'est-ce que tu comptais faire avec ça ? Me poignarder ? »
« Te poignarder ? » Elle battit des cils. « Je voulais seulement prendre soin de mes ongles. Il faut bien que je sois jolie pour mon ravisseur. »
« Peu importe. Tu serais incapable de t'en servir. Tu oublies que je te surveille depuis plusieurs jours. Tu attrapes les araignées pour les relâcher au ieu de les écraser. Tu ne poignarderais jamais qui que ce soit. »
« Si les circonstances l'exigeaient, j'en serais capable, » marmonna-t-elle. Il n'avait cependant pas tort. Elle n'avait pas vraiment le cran de blesser qui que ce soit, et cette pensée lui avait traversé l'esprit lorsqu'elle avait dissimulé la lime à ongles.
Il remit la lime dans son sac d'un geste brusque. Surprise, elle haussa les sourcils. Au fond d'elle-même, elle était certaine qu'il s'en débarrasserait. Elle supposait qu'il ne la pensait réellement pas capable de s'en servir.
« Je vais commander à dîner, » dit Andrei en se redressant. « Qu'est-ce que tu veux ? »
« Du champagne et du caviar,» répondit-elle sèchement.
Il sourit et quitta la chambre à grandes enjambées pour se rendre dans le petit salon. À présent qu'elle était seule, elle ne pensait plus qu'à récupérer sa lime à ongles. Ou n'importe quelle autre arme. Mais à quoi cela servirait-il ? Elle avait le sentiment qu'elle n'irait pas loin. Surtout pas si ces types, les Sousa, étaient à ses trousses.
Au lieu de cela, elle se leva et s'étira. Elle avait encore en mémoire le souvenir des sales pattes du Sousa sur elle, et elle se sentait souillée. « Je peux prendre une douche ? » demanda-t-elle en passant la tête par la porte de la chambre.
Il était au téléphone, le menu ouvert devant lui. Au bout d'un moment, il hocha la tête. Soulagée, elle se rendit dans la salle de bains et ferma la porte à clé. Après s'être débarrassée de ses vêtements, elle se tint sous le jet d'eau chaude et s'efforça d'imaginer qu'elle balayait jusqu'au dernier les douloureux souvenirs de la journée. Lorsque l'eau entra en contact avec sa mâchoire, ce fut douloureux, mais elle la frotta néanmoins avec vigueur.
Les larmes lui montèrent aux yeux. À quoi avait-elle bien pu penser ? Elle n'était pas taillée pour ça. Tout ce à quoi elle avait jamais aspiré, c'était travailler en tant que chef dans un bon restaurant, prendre quelques verres avec quelques bons amis, et retrouver un gentil garçon en rentrant à la maison. Elle n'était pas détective. Elle n'était pas taillée pour l'aventure. Qu'est-ce qui avait bien pu lui faire croire qu'elle pourrait retrouver et secourir Alana ?
Elle renifla, sécha ses larmes et redressa les épaules. Peu importait de quoi elle se sentait capable. Ce qui comptait, c'était qu'elle avait les moyens de retrouver Alana. Et elle devait en tirer le meilleur parti.
Tout à coup, une ombre tomba sur elle. Avec un cri aigu, Tanya se couvrit immédiatement de ses mains et passa la tête derrière le rideau. Andrei s'appuyait sur le comptoir, l'air amusé. « On ne ferme pas les portes à clé. »
« Comment ça, on ne ferme pas les portes à clé ? Je prends une douche. J'aimerais bien être tranquille, » gronda-t-elle. Que pouvait-il voir exactement à travers le rideau blanc ?
« Comme tu peux le constater, les portes fermées à clé ne m'arrêtent pas. Mais elles me ralentissent, et dans notre situation, tout ce qui me ralentit est mal. Alors on ne ferme pas les portes à clé. »
« Très bien, » bredouilla-t-elle. « On ne ferme pas les portes à clé. Mais un peu d'intimité, ce serait sympa. »
Son regard parcourut le rideau de douche, et elle ne put s'empêcher de frissonner. Que ferait-elle s'il arrachait le rideau et la rejoignait dans la douche ? Elle lutterait sûrement. Il était son ravisseur, et il était hors de question qu'elle soit attirée par lui.
Hors de question qu'elle le laisse toucher son corps et deviner ce qui la faisait trembler d'envie.
Pendant un instant, il lui parut dangereux tandis que leurs regards se croisaient à nouveau. Certaine qu'il parvenait à lire ses pensées et à voir l'image qui se formait dans son esprit, elle paniqua. « Dehors, » parvint-elle à exiger.
« Le dîner sera bientôt là, » finit-il par dire tout en se redressant et en s'éloignant du comptoir. She could see the lines of his jaw as he clenched his teeth, lui tournait le dos, et quittait la salle de bains d'un pas lourd. Heureusement, il ferma la porte derrière lui.
Abasourdie par sa propre réaction, elle se laissa tomber contre le mur de la douche. Qu'est-ce qui clochait chez elle, à la fin ? Elle était là, à la merci de l'homme le plus dangereux qu'elle ait jamais rencontré, traquée par d'autres dangereux personnages, à la recherche de sa meilleure amie disparue, et elle était sexuellement attirée par Andrei Volkov.
À en juger par l'humidité qui s'était formée entre ses jambes, sexuellement attirée était un terme bien faible pour décrire ce qu'elle éprouvait pour lui.
***
Andrei ouvrit la porte à l'employé nerveux du room service et lui donna un généreux pourboire pour le chariot de nourriture qu'il apportait. L'eau de la douche avait cessé de couler quelques minutes après son départ de la salle de bains, et il s'efforçait d'empêcher son imagination de vagabonder. Il n'avait pas pu voir grand chose à travers le rideau de douche, mais le peu qu'il avait aperçu avait suffi à affoler ses hormones. Même à présent, il l'imaginait qui se penchait pour sécher ses longues jambes. Il imaginait ses seins qui se soulevaient tandis qu'elle séchait ses cheveux, et son torse mince qui s'allongeait tandis qu'elle s'étirait.
Après des années d'entraînement, il avait du mal à croire qu'il bandait déjà pour une femme dont il était censé se servir pour trouver Vadim.
Il était certain d'une chose. Lorsqu'il trouverait Vadim, il le tuerait pour avoir mis Andrei dans cette situation. Tout cela était sa faute.
Tout.
« Le dîner est là, » appela-t-il d'un ton bourru.
« J'ai pas faim, » marmonna-t-elle à travers la porte, et prit un air renfrogné.
« Si tu ne viens pas manger, je viens te chercher et je te sors de là par la force. Tu as exactement une minute pour t'habiller et me rejoindre, » répliqua-t-il à voix basse. Poussant sa patience à la limite, elle le rejoignit au bout d'une minute et demie.
Ses longs cheveux blonds et humides étaient retenus en hauteur par une pince, et elle s'était entièrement démaquillée. Elle n'en était pas moins belle, et cela ne fit qu'accentuer sa colère. Un bleu était en train de se former sur sa mâchoire, et il ne put s'empêcher de remarquer que ses yeux étaient rouges et enflés. Elle avait pleurée.
Méfiante, elle s'assit sur la chaise. Il poussa une assiette vers elle et ouvrit le couvercle. Un sourire finit par apparaître sur son visage lorsqu'il posa une flûte à chamagne devant elle et lui servit un verre. « Du caviar et du champagne ? Sérieux ? » fit-elle sèchement.
Andrei haussa les épaules. « C'est ce que tu as demandé. »
Elle leva les yeux au ciel et repoussa l'assiette. « Combien d'argent est-ce que tu as ? » marmonna-t-elle avec dégoût.
Il eut un sourire narquois et retira l'assiette. Il la remplaça par une autre, qu'il découvrit pour dévoiler un cheeseburger et des frites. Ses yeux s'illuminèrent de plaisir. « Suffisamment, » dit-il doucement.
Tanya fourra une frite dans sa bouche. « Merci, » fit-elle d'un ton raide.
« Je ne peux pas te laisser mourir de faim avant d'en avoir fini avec toi, si ? » fit-il nonchalamment tout en s'attaquant à son propre plat de steak.
« Et ça représente combien de temps, ça ? »
Il haussa les épaules. « J'attends des nouvelles de certaines sources. « En attendant, on ne bouge pas. »
« Et une fois que tu auras eu ces nouvelles ? »
« Alors on ira là où les informations nous mèneront. Et on ne s'arrêtera pas tant que je n'aurai pas trouvé Vadim. Et si je découvre qu'il est mort, on ne s'arrêtera pas tant que je ne l'aurai pas vengé. »
Tanya leva les yeux au ciel. « Alana n'est pas une meurtrière. C'est une serveuse de bar avec un diplôme de commerce. J'ai passé toute ma vie avec elle. Elle n'a rien d'un assassin. »
« Et peut-être que tu la couvres, » fit-il doucement.
« Je t'en prie. Si j'étais une meurtrière, je ne m'armerais pas d'une lime à ongles, » rétorqua sèchement Tanya tout en engouffrant le cheeseburger dans sa bouche. Au bout d'un moment, elle avala et le fusilla du regard. « Tu serais mort à présent, parce que je serais un assassin de génie. »
« Et les assassins de génie savent quand ils doivent cacher leurs secrets, » dit-il doucement.
Elle soupira, manifestement frustrée par lui. « Parle-moi de ta famille, » dit-elle en mâchant une frite.
« Partager mes secrets avec toi ? Je ne crois pas, non. »
« Alors de quoi est-ce qu'on va parler, exactement ? » marmonna-t-elle.
Parler ? Pourquoi éprouverait-elle le besoin de parler ? Elle était prisonnière, et il avait manifestement besoin d'établir sa domination sur elle. « On ne parle pas. Mange ton repas en silence. »
« On ne parle pas ? »
« Quelle partie de ça est-ce que tu ne comprends pas ? » dit-il froidement. « Ton seul but est de faire sortir Alana Jameson de son trou. Et tu n'as pas besoin de parler pour ça. Alors soit tu tiens ta langue, soit je te bâillonne. »
Ses yeux s'ouvrirent en grand sous le coup de la surprise, et elle rougit. Il éprouva un élan de culpabilité en la voyant garder les yeux sur sa nourriture. Il se montrait plus dur que de raison, mais d'une certaine manière, au cours des quelques dernières heures, il avait perdu l'avantage. Et c'était inacceptable.
Elle garda le silence pendant le reste du repas. Au lieu de continuer savourer son repas, elle se contentait de le picorer. Au bout du compte, il en eut assez de la voir bouder et débarrassa les assiettes. Après avoir poussé le plateau du repas dehors, il se retourna, mais elle s'était déjà glissée dans la chambre. Andrei pensa l'y suivre afin de lui rappeler qu'il ne l'avait pas autorisée à quitter la pièce, mais il y renonça.
Son téléphone sonna. Andrei avait envoyé le chauffeur surveiller le club, et espérait qu'il avait de bonnes nouvelles. « Dis-moi que tu as quelque chose pour moi, » dit-il en décrochant.
« Rien de plus qu'une poignée de fêtards ivres, » répondit froidement l'homme. « J'ai parlé aux videurs. Ce sont tous des hommes de Gregory, et ils n'ont rien vu qui sorte de l'ordinaire. Rien qui laisse penser qu'Alana ait été quoi que ce soit de plus que son employée et sa maîtresse, et rien qui indique que Vadim ait été enlevé. À moins que quelqu'un ne mente, je suis pour rapporter que Vadim est parti de son plein gré. »
Andrei vit rouge. « Tu ne vas rien faire de tel. Leur parole ne prouve pas grand chose. Si Alana est aussi douée que je le pense, ils n'auraient rien vu. Tu ne vas rien rapporter à Gregory, tu m'as bien compris ? »
Il y eut un bref silence à l'autre bout de la ligne. « Vous êtes trop proche des évènements. Ils auraient dû envoyer quelqu'un d'autre, » finit-il par dire.
« Ils m'ont envoyé parce que je suis le meilleur. Si j'ai la preuve que Vadim est un déserteur, alors je m'en occuperai. Mais je ne mettrai pas la tête de mon cousin sur le billot avant d'avoir des preuves irréfutables. C'est bien clair ? »
« Limpide. »
Andrei serra les dents. Le chauffeur était une nouvelle recrue. Andrei ne se rappelait même pas son nom, mais il était clair que le chauffeur avait de l'ambition.
« Gare un oeil sur le club. Une fois que tout le monde aura quitté le bâtiment, entres-y et dis-moi ce que tu trouves. Les gardes ont l'ordre strict de te laisser accéder à tous les dossiers. » Andrei lança un rapide regard dans la chambre. « En fin de compte, envoie-moi un des hommes. Je lui ferai surveiller Tanya et t'accompagnerai dans tes recherches. » Si Vadim conservait du matériel sensible au bureau, il ne voulait pas que le chauffeur mette la main dessus.
L'homme donna son assentiment, et l'appel fut coupé. Andrei était doté d'un instinct exceptionnel, et quelque chose chez le chauffeur le gênait. jusque-là, il avait fait tout ce qu'Andrei lui avait ordinné, mais il se rebellait de plus en plus ces derniers temps. Il semblait persuadé que Vadim était un traître.
Bien sûr qu'il voudrait que Vadim soit un traître. Une place se libérerait alors dans les rangs, et celui qui l'avait découvert obtiendrait une promotion impressionnante.
Et Andrei ne pouvait nier le fait que c'était de mauvais augure. Mais il n'était pas près d'abandonner Vadim . Même si les signes étaient flagrants.
Il se rendit dans la chambre pour y trouver Tanya qui fouillait dans son sac de voyage. Il l'avait déjà fouillé et n'y avait rien trouvé de dangereux, il n'était donc pas particulièrement inquiet. Il pencha cependant la tête avec un air de curiosité. « Qu'est-ce que tu cherches ? »
Elle leva la tête et le foudroya du regard sans dire un mot.
« Tu vas parler quand je te pose une question, » dit-il à voix basse.
« Je ne savais pas que j'avais le droit de parler, » le provoqua-t-elle. « Je te suis reconnaissante pour cette opportunité de m'exprimer que tu me donnes. Je cherche un pyjama. »
« Un pyjama ? » ricana-t-il. « Tu as été enlevée, et tu t'inquiètes de savoir ce que tu vas porter pour dormir ? »
« Je n'ai pas fait mes bagages en sachant qu'on m'enlèverait, » répondit-elle sèchement. « Et on dort dans un hôtel cinq étoiles, alors pardonne-moi si j'essaie encore de garder un semblant de courtoisie. »
Il haussa les épaules. « C'est bien, que tu ailles te coucher. Je vais bientôt m'absenter pour quelques heures, et il y aura un garde à la porte. Il aura ordre de ne pas te parler. Aller te coucher est la meilleure option qui te reste. »
Ses yeux s'emplirent de terreur. « Tu me laisses avec quelqu'un d'autre ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
« Bien. Je suis content que tu t'inquiètes. Tu devrais. Je suis gentil avec toi parce que tu me fais rire. Ne t'en fais pas, ce ne sera pas son cas. Reste dans cette chambre, et n'interagis avec lui d'aucune façon que ce soit. »
« Et quand est-ce que tu vas revenir ? »
« Trouver ce que je cherche ne devrait pas me prendre plus de quelques heures, » dit-il doucement. La peur dans sa voix commençait à l'atteindre. « Reste ici et tais-toi. Tout ira bien. »
Elle hocha la tête, et il ferma doucement la porte derrière lui. Quelques minutes plus tard, le garde arriva. Il adressa un hochement de tête rigide à Andrei, reconnaissant qu'Andrei était d'un rang supérieur au sien.
« Elle se rebelle, mais je ne pense pas qu'elle fasse quoi que ce soit de stupide. Je ne suis pas entièrement convaincu qu'elle ne bosse pas avec Alana, alors garde un œil sur la porte. Elle ne doit pas quitter la chambre. Si elle tente quoi que ce soit, tu dois t'interposer, mais si sa mise à mort n'est pas nécessaire, j'aimerais la trouver vivante en revenant. »
« Compris, » dit le garde d'une voix atone.
Andrei lança un dernier regard en direction de la porte de la chambre avant de partir. Il monta dans la voiture dans laquelle était arrivé le garde, et se rendit au Seven. Le chauffeur se tenait contre la voiture qu'ils utilisaient auparavant.
« Il y a des caméras de surveillance sur le parking, » lui fit remarquer Andrei. Ce type était bien à l'aise avec tout ça.
Il haussa les épaules. « Je ne m'en fais pas. C'est notre territoire, après tout. »
« Oui, mais certaines personnes qui travaillent ici ne sont pas des nôtres. Et moins on fera de bruit, moins on aura besoin de faire le ménage. »
« On pourra détruire les enregistrements tant qu'on sera à l'intérieur, » fit le chauffeur d'un ton blasé.
« Je te retiens ? » gronda Andrei. « Pourquoi es-tu si impatient ? »
Le chauffeur ouvrit la bouche avant de la refermer brusquement et d'incliner la tête. « Toutes mes excuses, » marmonna-t-il. Il avait dû se rendre compte du fait qu'Andrei était à bout de patience.
« Très bien. La clé ? »
Andrei prit la clé et entra dans le bâtiment. De là, le chauffeur désactiva l'alarme sur le mur. « Tu prends le bureau du gérant. Je prends celui de Vadim, » ordonna-t-il.
Le chauffeur hésita mais fit ce qu'on lui demandait.
La plupart des papiers dans le bureau étaient ceux qu'on pouvait s'attendre à trouver. Des inventaires. Des inventaires factices. La liste de distribution aux clients. Des calendriers et des emplois du temps. Des dépôts. Tout était en ordre. En fait, tout était plus qu'en ordre. Les calendriers étaient établis des mois à l'avance, et les bordereaux de dépôt étaient déjà signés. Si Gregory n'avait pas envoyé quelqu'un pour enquêter sur la mort de son rival, ils n'auraient même pas su que Vadim avait disparu.
Il éprouva un bref éclair d'appréhension . Ce n'était pas bon signe. Soit Danny et Vadim formaient une équipe d'enfer, soit Vadim avait prévu de partir et se donnait une longueur d'avance.
« Andrei, » appella le chauffeur. « J'ai trouvé quelque chose. »
Andrei glissa les papiers incriminants dans un dossier et le fourra dans la poche de sa veste. Méfiant, il rejoignit l'homme dans le bureau. « Qu'est-ce qu'il y a ? » Il espérait ardemment qu'il ne s'agissait pas d'une preuve que Vadim avait préparé son coup des mois à l'avance.
Il se trompait. « Écoutez ça. » Le chauffeur avait allumé l'ordinateur et sorti quelques enregistrements de voix. Andrei sentit son cœur s'arrêter lorsqu'il entendit la voix de Vadim s'élever des haut-parleurs.
« Ne t'en fais pas, Papa. J'ai la situation bien en main. »
Le chauffeur tendit la main pour taper quelques mots dans le champ de recherche , et ils entendirent la voix de Vadim les répéter. Ils étaient dénués d'intonation, mais néanmoins bien enregistrés. « On dirait qu'ils ont enregistré quelques phrases-clés et pratiquement chaque mot du dictionnaire. Faire ça leur a sûrement pris des mois, » murmura le chauffeur. « Est-ce que ce n'est pas suffisant, comme preuve que Vadim s'est enfui ? »
« On ne sait pas comment il comptait se servir de ça. On ne sait même pas si Vadim était impliqué dans l'enregistrement. On a peut-être fait ça contre son gré, » fit-il sèchement.
Le chauffeur le regarda, bouche bée. « Vous ne serez pas convaincu tant que Vadim ne vous aura pas dit en face qu'il s'est enfui, pas vrai ? Qu'est-ce que vous comptez faire ? Trimballer cette fille partout pour toujours et dire à Gregory que vous n'êtes toujours pas sûr ? »
« C'est quoi, ton problème avec la fille ? » gronda Andrei. « J'en ai besoin pour exécuter mon plan. »
« Il n'y a pas de plan, Andrei. Il n'y a pas d'assassin. Cette fille est un poids mort, et vous vous porterez bien mieux une fois que vous vous en rendrez compte. Débarrassez-vous en ce soir et présentez ces preuves à votre oncle lorsque nous rentrerons. Vous serez l'héritier. »
Andrei ne voulait pas être l'héritier. Il était plus qu'heureux de laisser Vadim prendre les rênes. « Continue de chercher, » cingla-t-il. « On n'a pas encore fini. »
Il quitta le chauffeur et retourna dans le bureau. Ce ne fut que lorsqu'il entendit la porte claquer qu'il réalisa que le chauffeur était parti. Pris de panique, il se précipita dehors et vit le chauffeur s'éloigner sur les chapeaux de roue. « Fait chier, » jura-t-il en tendant la main vers son téléphone.
Il n'était plus là.
Ni ses clés.
Ce fils de pute avait dû les lui tirer dans le bureau. Jurant encore plus fort, il força la portière d'une voiture restée sur place et la démarra en trafiquant les fils. Comme il l'avait dit à Tanya, les portes fermées à clé le ralentissaient.
Il n'aurait pas eu besoin de voler ses clés et son téléphone s'il retournait à New-York. Cela ne pouvait donc que signifier qu'il se rendait à l'hôtel.
Tuer Tanya ferait bonne impression sur son CV.
Déterminé et hors de lui, Andrei agrippa le volant et garda les yeux braqués sur les ténèbres devant lui tandis qu'il conduisait comme un fou furieux en direction de l'hôte.
OceanofPDF.com