La Princesse du Gangster
Chapitre Cinq
« Merci de m'avoir soutenue. » Kira prononça ces mots par-dessus le gémissement du moteur de la voiture de Viktor.
Elle s'étonnait d'arriver à parler tout court. Viktor était terrifiant à voir. Elle se rappela que cet homme était un membre endurci de la mafia qui avait très probablement tué au service de l'organisation. Avec un soupir, elle se tordit nerveusement les mains sur ses genoux.
Viktor grogna, mais ce fut la seule réponse qu'elle obtint. Son amie Tiana disait souvent que les hommes étaient des porcs. Kira était tentée d'acquiescer.
Il prit brutalement un virage, obligeant Kira à s'accrocher à la portière afin d'éviter de décoller de son siège. « Hé ! Si tu continues de rouler à cette allure de dingue, je vais avoir besoin d'un système de retenue de haute sécurité, ici. »
Viktor jeta un coup d'œil au côté passager de la voiture, l'air surpris. « Désolé. » Il gronda pratiquement le mot.
« J'imagine que c'est un début, » concéda-t-elle.
« Tu as faim ? »
La question sembla sortir de nulle part. Kira y réfléchit un instant. « Je pourrais manger. »
« Bien. Je meurs de faim. »
Ils prirent deux autres tournants avant d'atteindre ce qui semblait être leur destination. Kira aurait juré qu'ils avaient pris le second virage sur deux roues. Enfin, ils s'arrêtèrent dans un crissement de freins devant un restaurant. Viktor ne prit même pas la peine de garer la voiture. Il se contenta d'en sortir en laissant le moteur tourner.
Kira saisit la poignée de la portière. Qui était-elle pour chicaner face à une opportunité de sortir du véhicule ? Elle en descendit en titubant avec toute la grâce d'un bonhomme en fer-blanc. Elle lutta avant de refermer la lourde portière d'un coup sec.
« Tout va bien ? » Viktor la dévisageait comme si elle était sur le point de se casser en deux à tout moment.
« Disons simplement que je n'ai pas beaucoup d'expérience en matière de voitures. » Elle respirait comme si elle venait de courir plus d'un kilomètre en deux minutes.
Il fronça les sourcils. « J'imagine que je peux le comprendre. »
« Tu imagines ? » Kira commençait à se lasser de son attitude hautaine. « Ce n'est pas à toi de décider dans un sens ou dans l'autre. C'est comme ça. »
Viktor haussa les épaules avant de se détourner et d'entrer dans le restaurant sans même lui offrir son bras. Il était parfois un peut brut de décoffrage, mais au vu de son expérience limitée, ses manières étaient acceptables. Il était manifestement sérieusement sur les nerfs.
Kira le poursuivit tandis qu'il prenait place à une table près du centre du restaurant. Elle tira elle-même sa chaise puis s'assit en le regardant avec, sur le visage, ce qu'elle espérait être l'expression de quelqu'un attendait poliment quelque chose.
« Quoi ? » demanda-t-il.
« Je comprends que tu sois en colère, » dit-elle lentement. Toute cette histoire de communication était compliquée, d'autant qu'elle ne le connaissait pas aussi bien que cela. « Mais tu te comportes un peu comme un enfoiré. »
« Un enfoiré ? » À présent il souriait bel et bien.
Elle pencha la tête de côté, perplexe. « Je te traite d'enfoiré et ensuite tu souris ? Je ne comprendrai jamais les hommes. »
« Ce n'est pas grave, » lui assura-t-il. « Les hommes ne comprennent jamais les femmes. »
« Je ne comprend jamais les femmes, » dit-elle d'un ton lugubre. « Si tu as du mal avec les femmes ordinaires que tu croises tous les jours, essaie de passer du temps avec une bande de prima donna. Littéralement. »
Désormais il riait. Cela modifiait son allure tout entière. D'une certaine manière il était passé de maussade et féroce à séduisant et plutôt — eh bien, sexy.
Il la contemplait avec une certaine chaleur dans ses yeux sombre. « Quoi ? »
« J'essayais seulement de comprendre comment le fait de rire pouvait te rendre si sexy. » Elle eut envie de se fourrer ces mots dans la bouche aussitôt qu'ils en furent sortis.
Il posa ses coudes sur la table et se pencha plus près. « Tu me trouves sexy ? »
« J'imagine que tu reçois des tas de compliments dans ce sens, » dit-elle avec raideur, tout en dépliant sa serviette et en étalant le carré de tissu sur ses genoux. « Ne fais pas comme si on ne te l'avait jamais dit auparavant.
« Toi, tu ne me l'avais jamais dit, » lui fit-il remarquer. « Et tu sembles être complètement indifférente à tout ce qui est de sexe masculin. »
« Je ne suis pas indifférente ! » Elle était sur la défensive. « Je suis seulement — » Elle chercha le terme adéquat. « — occupée. »
« Trop occupée pour le sexe ? »
Kira se sentit presque outrée par ce sous-entendu, mais une délicieuse manière car ils abordaient des sujets tabous. « Je ne suis pas trop occupée pour — pour ça. »
« Tu n'arrives même pas à le dire. » Il la taquinait à présent. « Prononce simplement ce mot, Kira. »
« Le sexe. »
Elle prononça le mot avant que le courage ne lui fasse défaut. Malheureusement, elle le prononça également à l'instant même où la serveuse s'approchait de la table. La jeune femme battit des paupières et ouvrit de grands yeux avant de reprendre le contrôle de son expression. Elle s'éclaircit la gorge, mal à l'aise.
« Apportez-nous deux services de ma commande habituelle, » dit Viktor à la jeune femme.
Kira ne savait pas trop ce que cela signifiait, mais elle savait ce qu'elle voulait. « Je prendrai un thé glacé sans édulcorant et une salade du jardin sans assaisonnement, s'il vous plaît. »
La serveuse parut perplexe, mais hocha la tête et s'éloigna néanmoins en hâte.
Viktor secoua la tête. « Une salade verte sans assaisonnement ? »
« Je ne peux pas me permettre d'absorber les calories d'une sauce en ce moment. Ne plus rentrer dans mon costume le dernier week-end du spectacle serait gênant et catastrophique. » Elle étaya ses paroles d'un hochement de tête.
« Tu n'aimes pas manger ? » Il donnait à ces mots une tonalité presque sexuelle. « La saveur du chocolat sur ta langue ? La sensation d'un bon pudding tandis que tu suces la cuillère et le fais rouler dans ta bouche ? »
Ce fut au tour de Kira d'éclater de rire. « À t'entendre, tu aimerais mieux faire l'amour avec de la nourriture ! »
Son regard s'embrasa. Il le laissa glisser de son cou à ses seins. Elle portait toujours son justaucorps sous son sweat-shirt, et l'ensemble lui tint soudain très chaud. La manière dont il la regardait envoya une étrange secousse dans tout son corps. Ces folles sensations culminaient à un point entre ses jambes qui devint chaud et glissant. Elle dut remuer légèrement sur son siège pour rester à l'aise.
« J'aimerais mieux faire l'amour avec toi, Kira, » dit Viktor d'une voix basse et sensuelle. « Si tu mettais ta main entre mes jambes maintenant, tu saurais à quel point j'ai envie de toi. »
Elle essaya de déglutir, mais sa bouche semblait soudain sèche. « Comment est-ce que je le saurais ? »
« Ma queue est dure. » Son explication prononcée à voix basse fit trembler ses entrailles. « Je sens mes bourses se contracter tandis qu'elles se préparent à déverser ma semence en toi. Un homme ne peut jamais dissimuler ses désirs, Kira. Son corps le trahira toujours. »
VIKTOR CRAIGNAIT RÉLLEMENT de courir le risque de décharger là, dans son pantalon, comme un jeune puceau. La chaleur sexuelle dans les yeux de Kira n'était qu'innocence et désir. Il n'avait jamais été autant attiré par une femme de toute sa vie. Elle était parfaitement intacte, et elle lui appartenait. Le besoin de rendre ce fait permanent était si fort qu'il avait du mal à rester sur son siège.
« Et ton corps à toi ? » demanda-t-il doucement. « Est-ce qu'il trahit ton excitation ? »
« J'ai chaud, » admit-elle. Ses cils s'abaissèrent brièvement pour dissimuler ses yeux avant qu'elle ne rencontre de nouveau son regard. « Je suis mouillée entre les jambes comme quand... » Sa voix s'éteignit.
Son intérêt se focalisa sur ce qu'elle s'efforçait de cacher. « Comme quand, Kira ? Comme quand tu te touches ? »
Il la vit déglutir et sut qu'il avait tapé dans le mille. Il dut ravaler un grognement. L'idée de Kira en train de se toucher, de se faire jouir, était si érotique qu'il parvenait à peine à la supporter. Viktor laissa échapper un souffle irrégulier et s'efforça de retrouver quelque peu sa contenance lorsqu'il remarqua que la serveuse se dirigeait vers eux.
Il y eut un silence chargé et pesant à leur table tandis que l'on déposait leurs plats et boissons devant eux. Les yeux Viktor ne quittèrent pas Kira un instant. Elle était adossée au dossier de son siège, la poitrine se soulevant et s'abaissant rapidement et les joues colorées d'une charmante teinte rosée.
La serveuse se hâta de les laisser, sans nul doute bien consciente de l'ambiance qui régnait à leur table. Son départ laissa Viktor libre d'insister pour obtenir une réponse à sa question. « Eh bien ? »
« Oui. » Sa voix était le plus faible des murmures. « Je me touche. »
« Et que se passe-t-il ? »
« Ma — » Elle cherchait manifestement un mot. « — chatte devient tout humide et glissante. Il y a un point très sensible juste à gauche de mon... »
« Ton clitoris, » devina-t-il.
« Oui. »
« Tu aimes particulièrement qu'on te touche à cet endroit ? »
Elle hocha la tête, et il la vit exhaler un souffle irrégulier. « Oui. Vraiment beaucoup. Parfois j'arrive carrément à me faire atteindre l'orgasme juste en touchant ce point-là. »
« Merde, » grogna-t-il doucement. « Tu me tues, là, Kira. »
Elle parut surprise. « Vraiment ? »
« Tu plaisantes ? » Il eut un petit rire. « L'idée de toi en train de caresser ta chatte humide suffirait à me faire jouir. J'imagine sans problème de quoi ça a l'air avec ces jambes si longues grand ouvertes. Je parie que tes cuisses sont incroyablement douces. Je sais qu'elles sont puissantes. Et je parie que tu as la plus jolie des chattes. Je parie que quand tu écartes les jambes, tes plis s'ouvrent comme une fleur. Ils doivent être roses et parfaits et prêts pour les caresses. »
Impossible de nier à quel point elle était excitée. Les lèvres de Kira étaient entrouvertes, et son souffle était laborieux. Elle avait l'air d'une femme sur le point de jouir.
« Est-ce qu'on fait bien de parler de ça ici ? » demanda-t-elle doucement. « Je veux dire, en public ? »
« Pourquoi ? Ça t'excite ? »
Elle parut tout à fait scandalisée. « Ouais. En quelque sorte. »
« Je ne suis pas surpris. » Il y réfléchit. « Quiconque arrive à danser comme tu le fais sur scène devant des milliers de personne a un petit côté exhibitionniste. »
« Ce qui signifie ? »
« Est-ce que tu aimerais que je touche ta chatte ici devant d'autres personnes ? » suggéra-t-il malicieusement. « Est-ce que ça t'exciterait ? »
Elle parut véritablement échafauder un scénario dans son esprit. Sa sincérité était rafraîchissante. « Pas comme si c'était comme si j'étais sur scène. Mais si tu étais assis très près de moi et que je mettais ma main sur ta jambe sous la table. Alors je pense que ça m'exciterait. »
« Juste ma jambe ? » taquina-t-il. « Tu ne voudrais pas monter un peu plus haut que ça ? »
« Pour toucher ton — euh — ton pénis ? »
« Ma queue. Et oui. »
« Je le ferais. » Elle parut choquée par son propre aveu. « Est-ce que c'est mal ? »
« Rien n'est mal entre nous, » lui dit-il fermement. « Comme tu l'as déjà souligné. Tout ça est parfaitement approprié parce que nous sommes mariés. »
Étrangement, ce rappel sembla calmer ses ardeurs. Elle saisit sa fourchette et poussa la salade sur son assiette. Il la laissa profiter de quelques instants de silence tandis qu'il découpait le bœuf bien mariné dans son assiette et se remplissait le ventre. Kira était sans nul doute une femme fascinante, et ce de bien des manières.
« À quoi est-ce que tu penses ? » finit-il par lui demander après plusieurs minutes d'un silence qui n'était pas inconfortable.
« Je réfléchissais seulement à l'idée du mariage, » lui dit-elle à voix basse. « Je ne suis pas sûre de vraiment comprendre ce que ça signifie. Tant de mariages au sein de la mafia sont soit contractés pour des raisons pratiques, soit terriblement déséquilibrés sur le plan du pouvoir parce qu'une des deux parties doit énormément à l'autre. »
« C'est vrai. »
« Alors que sommes-nous ? »
« Uniques, » suggéra-t-il. « Nous avons accompli notre devoir. Désormais il ne nous reste plus qu'à choisir la manière dont nous vivrons nos vies. »
« Je ne pourrai jamais assez te remercier pour m'avoir permis de continuer à danser, » lui dit Kira pour la seconde fois. « Tu n'étais pas obligé de défier ton frère comme ça. »
« Non, mais je t'ai bel et bien fait une promesse le jour de notre mariage. J'ai l'intention de tenir cette promesse. De toute évidence, la danse est important à tes yeux. Je ne comprends peut-être pas toutes les raisons pour lesquelles c'est le cas, mais je peux tout à fait comprendre ce que tout ça signifie. »
« La danse était ma seule échappatoire loin de mon père et de mes frères, » admit-elle à voix basse. « Sur scène, rien n'existe hormis la musique et les pas. Tout le reste disparaît tout simplement. »
Viktor lui envia soudain ces moments. « Dans ce cas, il semblerait que tu doives continuer de danser, Kira Domnin. »
OceanofPDF.com