La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 22 sur 28

Pages du PDF

La Princesse du Gangster

Chapitre Quatre

 

 

Tanya s'efforçait de ne pas penser au fait qu'il y avait un parfait inconnu devant sa chambre. Non qu'Andrei ne fût pas un parfait inconnu, mais elle connaissait au moins son nom. Cet homme devant la porte était sans nul doute tout aussi dangereux, et elle doutait qu'il fût enclin à lui sauver la vie.

Elle tira les draps jusqu'à hauteur de son cou et essaya de s'endormir. Elle aurait dû être épuisée, mais les évènements de la journée avaient saturé ses veines d'adrénaine. Elle était à cran, et le moindre petit bruit la faisait sursauter.

Elle se raidit donc lorsqu'elle entendit quelqu'un frapper à la porte. Puis elle entendit qu'on parlait au garde avec ce fort accent qui lu était familier.

Le chauffeur. Il fallait vraiment qu'elle apprenne son nom.

Pourquoi était-il donc rentré et pas Andrei ? Elle se glissa jusqu'à la porte et écouta, mais ils se disputaient en russe, et elle n'avait aucune idée de ce dont ils parlaient.

Mais tous deux étaient furieux.

« On attend Volkov, » finit par dire le garde.

« Non, » fit le chauffeur d'une voix glaciale. « On s'en débarrasse maintenant. »

Tout à cous, elle entendit un terrible fracas. Terrifiée, elle attrappa son sac de voyage et se cacha dans la salle de bains. La seule arme qu'elle avait sur elle était sa lime à ongles, et cela serait loin de suffire. Elle lança cependant son sac dans la douche, ferma la porte a clé, et lança des regards frénétiques autour d'elle. Elle fourra la lime à ongles dans sa poche, s'empara de la lunette des toilettes et se hissa sur le comptoir.

À travers les portes, elle pouvait entendre les bruits étouffés du combat qui se poursuivait. Leurs armes étaient-elles munies de silencieux ? Elle fut prise de sueurs froides à cette idée.

Le silence retomba, et elle fit fi des muscles endoloris de ses bras pour lever bien haut son arme de céramique. Et lorsqu'un corps s'écrasa en travers de la salle de bains, elle l'abaissa avec violence.

Le chauffeur hurla et s'étala sur le sol. Le pistolet s'envola à l'autre bout du carrelage, et lorsqu'il tâtonna pour le récupérer, elle le frappa une nouvelle fois. Enfin, il s'immobilisa.

« C'est une tactique intéressante. »

Alarmée, Tanya lui imprima un nouvel élan, mais Andrei avait vu son coup venir et saisit son bras. « Du calme. Ce n'est que moi. »

« Que moi ? » s'exaspéra-t-elle. Les dents serrées, elle plongea en direction du pistolet qui se trouvait toujours sur le carrelage, et lorsqu'elle se retourna, Andrei avait dégainé le sien. « Tu vas me tuer quand tout ça sera fini. »

« C'était le plan, » dit-il d'un ton égal. « Mais les plans changent. »

Tanya ne savait rien des armes à feu. Elle ne savait même pas si la sécurité était enclenchée, mais elle ne baissa pas les bras. « Et tes plans ont changé ? »

« Je ne crois pas que Vadim soit parti de force. Je crois qu'il est parti de son propre chef. »

Une vague de soulagement la traversa. « Alors tu ne crois pas qu'Alana soit une meurtrière ? »

« Non. » Il serra de nouveau les dents. « Mais ça ne veut pas dire que je ne compte pas t'utiliser pour l'atteindre. » Vadim est l'héritier de Gregory. Sans lui, c'est à moi que revient sa place, et je n'en veux pas. Je te propose un marché. »

Elle pencha la tête sur le côté. « Je t'écoute. »

« Tu vas rester avec moi et faire semblant d'être mon otage pour faire sortir Vadim et Alana de leur cachette. Je vais parler à Vadim et promettre de garder sa petite excursion secrète dans l'espoir qu'il revienne auprès de la famille. Alana et toi rentrerez chez vous saines et sauves. »

« Et si je ne suis pas d'accord ? »

« Je t'abattrai. »

Tanya fronça les sourcils. « J'ai un flingue braqué sur toi. Je doute que tu m'abattes si facilement. »

« Vu la façon dont tu vises, tu me manqueras. Et pas qu'un peu. Je parie que tu n'as jamais tiré avant, et ça suffira à te faire hésiter. Je n'aurai aucun mal à presser la détente avant toi. C'est un marché honnête, Mademoiselle. Lawson. Tu veux retrouver ton amie, et je veux retrouver mon cousin. Pourquoi est-ce que tu luttes à ce sujet ? »

« Si Alana est partie avec lui, c'est parce qu'elle l'aime. Je ne veux pas lui ruiner ça, » murmura-t-elle.

Andrei haussa les épaules. « L'amour, c'est surfait. Elle en trouvera un autre. Tu veux risquer ta vie pour son bonheur ? »

Elle abaissa l'arme avec un juron. S'il baissait sa garde, peut-être pourrait-elle tenter de prendre la fuite en cours de route. Il sourit et pressa la détente.

L'arme n'émit qu'un bruit sec et étouffé, mais Tanya hurla quand même. La balle s'enfonça dans le corps du chauffeur, et du sang se mit à s'écouler lentement de sa poitrine. « Pourquoi t'as fait ça ? » demanda-t-elle, choquée.

« Il sait que Vadim s'est enfui. Je ne peux pas le laisser raconter ça à Gregory. Allez, viens. Il faut qu'on parte maintenant. »

Mais elle était incapable de bouger. Elle ne pouvait que regarder fixement le cadavre à ses côtés. Elle l'avait assommé, et à présent il était mort. Elle avait participé à un meurtre.

Elle l'avait fait tuer. Et elle ne connaissait même pas son nom.

« Tu viens de lui tirer dessus, » répéta-t-elle. Pour une raison ou pour une autre, elle ne parvenait pas à se faire à cette idée.

« Tanya, » gronda-t-il avec impatience. Voyant qu'elle ne bougeait pas, il enjamba le corps et la remit brutalement sur ses pieds. Il l'arracha à la baignoire et la tira hors de la chambre. Une fois qu'il eut saisi son propre sac, il prit le temps d'arracher son arme au garde.

Le salon était sens dessus dessous. Les meubles avaient été renversés, et il y avait du sang partout. Elle contempla la scène, bouche bée. Tellement de sang.

Le garde était mort. Lui non plus, elle ne connaissait pas son nom. « Je vais vomir, » murmura-t-elle, les mais crispées sur son ventre.

« Plus tard, » dit-il en l'attrappant par le coude. Elle le suivit d'un pas chancelant tandis qu'il la traînait vers les ascenseurs. « Respire, » ordonna-t-il.

Elle inspira automatiquement. Mais rien ne chassait ces images. Ces visions de sang et de mort la suivirent jusqu'à une heure avancée de la nuit.

***

Tandis qu'il conduisait, il ui lança un regard. Elle semblait dormir, avachie sur le siège avant, mais ses yeux étaient ouverts. Et ils étaient vides. Andrei supposait que c'était la première fois qu'elle voyait un cadavre.

Lui, en revanche, avait pratiquement grandi avec des cadavres. Pour lui, c'était un mode de vie. À l'âge de dix ans, il avait commencé à suivre son père sur le terrain. À douze ans, il avait pris sa première vie. Il ne parvenait pas à se rappeler la dernière fois que quelque chose l'avait choqué.

Et il n'avait aucun mot pour la réconforter.

Il sortit son téléphone, et composa un numéro tout en gardant un œil sur la route. « Il est quatre heures du matin, » gronda son oncle. « J'espère que ça vaut le coup. »

« On a été compromis, » dit-il à voix basse. « Le chauffeur et un des gardes du Seven sont morts. On est en route. »

« La fille est toujours en vie ? »

« Oui. »

« Bien. Où allez-vous ? »

« Je ne sais pas encore vraiment. J'ai recueilli quelques informations au club. Il faut que je les épluche. » Il jeta un coup d'œil à Tanya. « Puis j'interrogerai la femme. »

« C'était des hommes de Sousa ? »

« On dirait, » mentit-il.

Gregory émit un grognement. « Tiens moi au jus. Et n'appelle plus aussi tôt, bordel. »

Il raccrocha le téléphone et lança un nouveau regard à Tanya. Elle avait tourné la tête et le regardait fixement. « Tu as des outils spéciaux pour m'interroger ? » demanda-t-elle d'une voix atone.

« Ne sois pas ridicule, » murmura-t-il. « Je ne vais pas t'interroger. Mais il faut qu'on préserve les apparences. »

« Tu as tué combien de personnes ? » Il remua, mal à l'aise, tandis qu'il éludait la question, et elle renifla avec dédain. C'était le premier signe d'émotion qu'elle montrait depuis leur départ. « Tu ne sais même pas, pas vrai ? »

« C'est un autre style de vie, » dit-il en tendant la main pour allumer la radio. Elle saisit le message et se tourna de nouveau vers la vitre. Il ne mentait pas. Il ne savait pas combien de personnes il avait tué. Et c'était aussi bien car elle ne lui aurait jamais pardonné si elle avait connu le nombre.

Andrei n'était pas certain de savoir en quoi c'était si important.

Il tourna en direction d'un hôtel de l'autre côté de la ville. Il était loin d'être aussi agréable que celui qu'ils avaient quitté, mais il était aussi facilement accessible par l'avant que par l'arrière, ce qui le rendait bien plus utile à ce stade. Il avait dormi dans des hôtels de luxe, et il dans d'autres qui facturaient à l'heure. Pour lui, cela ne faisait pas de grande différence.

Il plongea la main dans son sac et en sortit une paire de menottes. Elle ne lui accorda même pas un regard lorsqu'il la menotta à la portière. « Je vais nous trouver une chambre. Ne t'en fais pas. Je reviens tout de suite. »

« D'accord. »

Le gérant regardait la télévision et leva à peine les yeux lorsqu'Andrei lui demanda une chambre. « Deux lits doubles, s'il vous plaît. »

« J'en ai pas avec des lits doubles, » dit le gérant en levant les yeux. « Des punaises. Il a fallu en brûler la plupart. Je peux vous donner des chambres côte à côte pour le même prix. »

Andrei se renfrogna. « Une chambre. »

« Même prix, mec. Sans frais. »

« Une. Chambre. » répéta Andrei. Il ne pourrait pas garder un œil sur Tanya, ni le protéger, si elle était dans une autre chance. Le gérant haussa les épaules.

« Comme tu veux. Combien de nuits ? »

« Deux, mais on risque de devoir rester plus longtemps. »

« On n'a pas grand monde dans le coin, alors ça devrait aller. » Il prit l'argent d'Andrei et lui tendit une clé. « Bon séjour. Y'a des distributeurs de glace, de boissons et de casse-croûtes de deux côtés. »

Andrei prit la clé et hocha la tête. Tanya était toujours menottée à la voiture. « Désolé pour ça, » murmura-t-il en la détachant.

« Tu as tué un homme aujourd'hui. Je me disais que me menotter serait le cadet de tes soucis, » dit-elle d'une voix morne. Andrei l'ignora et rassembla leurs affaires. Une fois installée à l'intérieur, elle se dirigea vers la salle de bains.

« Je vais prendre une douche, » annonça-t-elle.

Il fronça les sourcils. « Tu en as déjà pris une ce soir. »

« On dirait bien que je me sens sale en étant si près d'un type mort. »

Andrei sentit sa patience voler en éclats. « Il t'aurait tuée. »

« Oui, et je l'ai assommé. Il était inconscient sur le sol. Il ne faisait de mal à personne. »

« Il aurait couru annoncer à mon oncle que Vadim était un traître. Tu sais ce qu'ils font aux traîtres dans ma famille ? Ils ne font pas que les tuer. Ils tuent tous ceux qu'ils aiment. Une fois qu'ils auraient trouvé ton amie, elle n'aurait pas eu la moindre chance. C'est ça que tu veux ? »

Il regarda ses yeux se remplir de larmes. « Ce que je veux, c'est rentrer à la maison et préparer le repas pour mon amie et moi. Je veux remonter le temps et lui dire de ne pas faire ça. Je veux juste qu'on soit en sécurité. » Elle se détourna, entra dans la salle de bains et claqua la porte.

Andrei sentit sa rage le quitter. Elle traversait une épreuve. Et il ne le comprenait pas. Pas vraiment. Il avait eu des amis et de la famille, mais on lui avait appris à garder tout le monde à distance. Il ne devait se rapprocher de personne. Vadim était probablement la seule personne pour laquelle Andrei éprouvait réellement quelque chose. Il ne pouvait donc pas continuer d'en vouloir à Tanya parce qu'elle se laissait gagner par l'émotion. Ce mode de vie n'était pas le sien. Elle était en train de s'adapter.

Il mit en place une caméra cachée pour surveiller la porte et en installa une autre pour la fenêtre de la salle de bains. Elle ne cria même pas après lui pour être entré dans la pièce alors qu'elle se douchait. Il n'était même pas certain qu'elle ait remarqué sa présence. Il l'entendait sanglotter.

Une fois les caméras installées et connectées à son téléphone, il prit place sur le lit. Lorsqu'elle sortit, elle portait un débardeur et un pantalon de flannelle. Ses cheveux étaient de nouveau trempés, mais elle était superbe. Il fut pris d'un soudain désir de pencher sa tête et de frôler son cou de ses lèvres.

« J'ai le sommeil léger, » l'avertit-il. « Alors tu peux rester libre tant que tu n'essaies pas de t'échapper. Si tu quittes cette chambre pendant que je dors, non seulement je te rattrapperai, mais tu garderas les menottes pour le reste du temps qu'on va passer ensemble. C'est compris ? »

Elle regarda le lit. « Je suis censée dormir à côté de toi ? »

Andrei se retourna. « Pour ce que j'en ai à faire, tu peux bien dormir par terre. Mais il faut que tu dormes. Je me lève dans quelques heures. »

Au bout de quelques minutes, il l'entendit traverser la pièce en traînant les pieds. Le lit s'affaissa légèrement, et il ne put s'empêcher de sourire dans l'obscurité. Lorsqu'il ne la sentit plus bouger, il jeta un coup d'œil derrière lui. Elle était roulée en boule aussi loin de lui que possible. Au moindre mouvement, elle tomberait du lit.

« Andrei ? »

C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom. « Hmm ? » grommela-t-il.

« Qu'est-ce que tu fais quand tu ne travailles pas pour la famille ? »

« Je ne fais jamais autre chose que travailler pour la famille, » marmonna-t-il. « Dors. » C'était l'habitude qui le faisait s'endormir aussi rapidement. Il avait appris très tôt à saisir les occasions de dormir lorsqu'elles se présentaient, et se trouver auprès d'une belle femme était pour lui la meilleure occasion qui fut.

Il rêva d'elle.

***

Quelqu'un la touchait. Tanya émit un faible gémissement tandis que la main vagabondait sur son corps. Elle glissa sur ses seins et le long de son ventre. Elle se glissa sous son haut et effleura légèrement sa peau. De plus en plus humide, elle écarta les jambes pour faciliter l'accès à cette main, qui ne se fit pas prier. Elle se glissa par-dessus son pantalon, et se referma sur elle. Un pouce caressa sa fente, et elle souleva les hanches.

« Encore, » murmura-t-elle en ouvrant les yeux. En tournant la tête, elle vit Andrei ouvrir les yeux. Ils se figèrent tous les deux. « Qu'est-ce que tu fais ? » persifla-t-elle.

Il sourit paresseusement. « Apparemment, je m'amuse bien en dormant. Qu'est-ce que tu gémissais ? Encore ? »

« Enlève ta main, » dit-elle, les dents serrées. Au lieu de faire ce qu'elle lui demandait, il la caressa à nouveau de son pouce. Elle prit une brusque inspiration et s'éloigna à la hâte. Une fois en sécurité hors du lit, elle réajusta ses vêtements et le fusilla du regard.

« Toutes mes excuses, » fit-il avec un petit rire en se levant. « Ce n'est pas souvent que je me réveille à côté d'une femme excitée. »

« Je n'étais pas excitée, » mentit-elle.

« Tes tétons suggèrent le contraire, » fit-il sèchement.

Elle se couvrit de ses mains et se précipita dans la salle de bains. En allumant la lumière, ce qu'elle vit dans le miroir lui arracha presque un gémissement. L'excitation avait rougi sa peau, et ses tétons transperçaient pratiquement le tissu de son haut. Elle s'aspergea le visage d'eau froide et secoua la tête. « Reprends-toi, » murmura-t-elle. « C'est un tueur. Tu ne couches pas avec des tueurs ! »

Mais elle mentirait en refusant d'admettre qu'une partie de ses rêves était composée d'un étrange mélange d'horreur et d'érotisme. Du sang et du sexe.

Parfait.

Lorsqu'elle estima qu'elle s'était reprise, elle ouvrit la porte. Il était debout et préparait du café. « J'ai besoin d'une douche, » murmura-t-il en se passant la main sur le menton.

Il ferait comme si de rien n'était. Cel lui convenait parfaitement. Elle s'éloigna de lui d'un pas agile, et il ne lui accorda même pas un regard en claquant la porte. Pendant qu'il était occupé, elle s'habilla rapidement et se servit une tasse de café. Tout en faisant nonchalamment les cent pas, elle jeta un coup d'œil au dossier sur le bureau. Curieuse, elle fouilla dans les papiers.

Andrei sortit de la salle de bains, ruisselant d'eau. Une serviette pendait pendait bas sur ses hanches et elle put voir que son corps était recouvert de cicatrices et de tatouages. « Seigneur, » dit-elle en voyant une cicatrice particulièrement affreuse qui courait le long de son flanc.

Il sourit. « Les cicatrices ou mes abdos ? »

Ses abdos étaient impressionnants, mais elle leva les yeux au ciel. « La cicatrice. »

« Une lame très émoussée. Heureusement, elle ne s'est pas enfoncée très profondément, mais ça n'a jamais bien cicatrisé. » La serviette tomba tandis qu'il fouillait dans son sac, et elle se détourna avec un petit cri.

« On dirait que tu n'a jamais vu un homme nu, » dit-il en riant. « Ne te gêne pas pour regarder. »

Au lieu de cela, elle s'efforça de se concentrer sur les papiers devant elle. Lorsqu'elle comprit enfin ce qu'elle avait sous les yeux, elle fronça les sourcils. « C'est une liste d'inventaire, mais le Seven ne propose pas ces produits. Ou du moins, s'ils le font, c'est sur un menu secret. »

« C'est une liste de distribution des drogues, » expliqua Andrei. « On substitue les noms de faux produits à ceux des drogues. Ça permet de garder une trace de ce qui se vend ou ne se vend pas. »

« C'est logique, » murmura-t-elle en passant à la feuille de papier suivante. C'était un reçu venant d'une bijouterie. « Et les bagues en diamant, ce sont aussi des substituts ? »

Il leva brusquement la tête. « En principe, non. Fais-moi voir ça. » Il lui arracha le papier des mains, et elle lui adressa un regard agaçé.

« Ça t'écorcherait de dire s'il te plaît, » marmonna-t-elle.

« On dirait que c'est une vraie, » dit-il en laissant tomber le papier devant elle.

« Attends, alors il a vraiment acheté un diamant, pas vrai ? » Un sourire éclaira son visage. « Il a demandé Alana en mariage. Oh mon dieu, j'aurais tellement voulu être là. Honnêtement, je n'aurais jamais cru qu'un homme la conduirait un jour à l'autel. Je me demande quel genre de mariage elle veut. »

« Reviens sur terre, » gronda-t-il. « Il n'y aura pas de mariage. »

Le cœur de Tanya s'arrêta. « Bien sûr. Parce que Vadim doit rentrer. »

Andrei pencha la tête sur le côté et la dévisagea. « Une minute. Est-ce qu'elle se marierait sans toi ? »

Tanya haussa les épaules. « Je ne sais pas. En temps normal, je dirais non, mais dans cette situation ? Elle n'a peut-être pas le choix. »

« Ton portable. Il est où ? »

« Mon téléphone ? Il est resté à l'appartement. Je n'ai pas pu le prendre avant que tu ne me traînes dehors. »

Andrei secoua la tête. « Peu importe. Elle ne t'appellerait sans doute pas. Est-ce que tu as une adresse mail ? »

« Bien sûr que j'ai une adresse mail. Tu en as besoin ? »

« Est-ce qu'elle la connaît ? »

Tanya le regarda fixement. « Elle la connaît, mais on n' échange pas vraiment de mails. On s'appelle et on s'envoie des textos. Beaucoup, en fait. Parfois, on communique via Facebook quand on a la flemme de sortir de nos chambres. »

« C'est débile, » remarqua-t-il. « Enfin, peu importe. Vadim ne la laisserait pas t'appeler, mais il la laisserait peut-être t'envoyer un mail. » Il lui fourra son téléphone dans les mains. « Consulte ta boîte mail. Et ne fais rien d'autre. »

Tanya lança le navigateur sur son téléphone et ouvrit sa messagerie. Il lui fallut quelques essais pour se rappeler son mot de passe. Au bout d'une minute, elle hocha la tête. « Ce n'est que du courrier indésirable. »

« Ouvre-les quand même. Elle pourrait camoufler ça en courrier indésirable. »

« Tu plaisantes ? Je reçois une centaine de mails par jour qui finissent dans ma corbeille. » Andrei tendit la main vers le téléphone, et elle l'éloigna vivement. « D'accord, d'accord. Je regarde. » L'air renfrogné, elle se mit à faire défiler les mails. Certains lui proposaient de la débarrasser de ses prêts étudiants, de baisser le prix de son assurance auto, de gagner des cartes cadeaux, et, dans un cas, de rencontrer des filles sexy des environs. Elle continua de tous les ouvrir jusqu'à ce qu'un mail à l'objet particulier retienne son attention.

« Gagnez un séjour complet à paris, avec vol, repas, hôtels et plus encore, » lut-elle d'une voix douce.

Andrei la scruta. « C'est elle ? »

« On parlait toujours d'aller à Paris pour que je goûte l'authentique cuisine française. J'adore le chocolat et les pâtisseries, mais je suis bien meilleure cuisinière que pâtissière. C'était un de mes rêves. » Elle inspira profondément et ouvrit le mail. Tout en s'installant sur le lit, elle le lut à voix haute. « Avez-vous déjà rêvé de voir les lumières de la Tour Eiffel de la fenêtre de votre hôtel et de vous promener parmi les cafés le matin ? Participez dès aujourd'hui afin de gagner un séjour gratuit pour vous et votre meilleur ami ! Lorsque votre vie semble perdre tout son sens, dites-vous que tout ira bien. Vous aurez du vin et danserez sous les étoiles qui scintillent comme des anneaux de diamant. C'est la vie que vous avez toujours désirée, et vous pourrez la vivre si vous participez aujourd'hui. »

Tanya déglutit avec difficulté. « Elle me dit que tout va bien. Elle est heureuse. » Elle leva les yeux et dévisagea Andrei. « Si on les trouve, tu les arracherais l'un à l'autre. Vadim fait partie de ta famille. Tu ne veux pas qu'il soit heureux ? »

Il la regarda durement. « Tu oublies une chose, Mademoiselle Lawson. On n'est pas les seuls à les chercher. Et s'ils les trouvent avant nous, ils les tueront. Alors, qu'est-ce qui est le plus important pour toi ? La vie de ta copine ou son bonheur ? »

« Il n'y a jamais de juste milieu avec toi, pas vrai ? » soupira-t-elle. « Tu crois qu'ils sont à Paris ? »

« Non. Ce serait trop simple. » Il sortit un ordinateur portable et l'ouvrit. « J'ai fait une copie des enregistrements des caméras de surveillance pris le dernier jour où Alana a été vue. »

Il s'assit au bureau, et elle se pencha au-dessus de lui. Il sentait délicieusement bon, et quelques gouttes d'eau s'attardaient encore au creux de son cou. Elle fut prise d'une folle envie de se pencher et de les lécher. Au lieu de cela, elle s'efforça de se concentrer sur la vidéo lorsqu'elle apparut. « Il n'y a pas de son, » murmura-t-elle en regardant Alana entrer dans le bureau suivie de Danny.

« Non, mais je peux lire sur les lèvres, » dit-il doucement. « Il lui dit de prendre contact avec l'inspecteur. » Il fronça les sourcils, frustré. « Il sait que la caméra le filme. Il fait exprès de tenir la carte hors de portée. Bordel, je sais qu'il est impliqué. » Il ferma brutalement l'ordinateur et émit un grognement. « Il faut qu'on retourne le chercher. »

« Pour que tu puisses le torturer ? » Tanya leva les yeux au ciel. « Pour autant qu'on sache, il écrit vraiment les coordonnées de l'inspecteur. »

« Non. » Andrei recula et tapotta la chaise du bout des doigts. « Il y a quelque chose qui m'échappe. Quelque chose que je ne peux pas voir. »

« On ne va pas torturer le gérant du club, » s'impatienta Tanya. « Reviens en arrière. Regardons-la encore. »

Andrei fit ce qu'elle lui demandait, et elle la regarda de nouveau attentivement. Tout à coup, elle tendit la main et appuya sur la touche de pause. « Là. » Elle indiqua du doigt le reflet dans l'écran éteint de l'ordinateur. « Tu peux l'agrandir ? »

« Tanya, c'est pas un ordinateur high-tech. Non, je ne peux pas zoomer dessus. »

Elle haussa les épaules. « Peu importe. J'arrive à lire un nom. L'Hôtel West Side. C'est pas cet hôtel ? »

Andrei se retourna et la dévisagea. « T'es géniale. » Sans lui laisser le temps de réagir, il se redressa et l'embrassa.

Ce ne fut qu'un petit bisou rapide avant qu'il ne recule, les yeux rivés sur elle. Lentement, il se baissa de nouveau et l'embrassa encore. Cette fois, son baiser était lent et brûlant. Tanya tomba sous son charme et tendit la main pour passer ses doigts dans ses cheveux. Ses lèvres s'ouvrirent pour lui et elle sentit sa langue se glisser dans sa bouche.

Elle gémit.

Andrei recula et se redressa. « Allons parler au gérant de l'hôtel et rafraîchissons-lui la mémoire. Il a peut-être quelques renseignements à nous donner. »

Légèrement troublée par son baiser, et inquiète, elle le prit par le bras. « Attends, on va juste lui parler, pas vrai ? On ne va ni l'aggresser ni le torurer ? »

« Pas s'il ne me donne aucune raison de le faire. »

« Andrei, il ne fait pas partie de la pègre. C'est un employé qui touche le salaire minimum. Je ne pense pas qu'il va opposer beaucoup de résistance. Je devrais peut-être lui parler en premier. »

Il la regarda d'un air soupçonneux. « Si tu comptes essayer de te servir de lui pour t'enfuir, tu vas le regretter. »

« Fais-moi un peu confiance, » dit-elle avec un sourire. « Donne moi juste une minute. » Elle disparut dans la salle de bains et se maquilla un peu. Avec un haussement d'épaules, elle sortit son rouge à lèvres rouge sombre. Celui qu'elle ne portait que la nuit. Au bout d'un moment, elle ébouriffa ses cheveux et ouvrit la porte. « Je n'ai pas vraiment les vêtements qui vont avec, mais je pense pouvoir lui soutirer quelques informations. »

Il la couva d'un regard avide. « Tu feras l'affaire, » dit-il d'une voix tendue.

En voyant son expression, elle ne put réprimer un sourire malicieux. Il était bon de savoir qu'elle détenait un peu de pouvoir sur lui. « Bien. J'ai peut-être l'allure qu'il faut, mais je ne peux pas jouer mon rôle sans savoir ce qu'il faut demander. »

Andrei sourit et lui indiqua quelques questions à poser. Elle prit une profonde inspiration, et s'efforça de prendre un air détaché tandis qu'elle se dirigeait d'un pas décidé vers le bureau du gérant. Il était plus âgé qu'elle de quelques années. Vêtu d'habits chiffonnés, il se frottait les yeux en fixant la cafetière qui coulait encore. Donc il n'avait pas encore pris son café. Ce serait encore plus facile que prévu.

« Salut ! J'espérais vous poser quelques questions, » dit-elle en se penchant au-dessus du comptoir. Son regard plongea directement dans son haut, et elle eut du mal à ne pas lever les yeux au ciel. Quand elle en aurait terminé, elle aurait besoin d'une autre douche. En fait, lorsque tout cela serait terminé, elle aurait probablement besoin de prendre un bon millier de douches.

« Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? » marmonna-t-il. « Je peux nous trouver une chambre. Je veux dire, vous trouver. Je peux vous trouver une chambre. »

« Je n'ai pas besoin d'une chambre. Seulement de quelques renseignements. Il y a trois semaines, un grand Russe vous a loué une chambre. Il était accompagné d'une jolie femme Noire. Vous vous souvenez de ça ? »

L'homme fronça les sourcils. « Je suis pas censé donner des renseignements sur les clients. Vous êtes de la police ? »

Tanya jeta un coup d'œil au nom sur son badge. « Je serais volontiers de la police, si c'est ce qui te branche, David. »

Les yeux de David s'ouvrirent en grand. « D'ac', alors si vous êtes de la police, je vais vous parler sans problème. Un grand type s'est pointé, mais il avait un accent américain. Mais quand il parlait au téléphone, il était aussi russe qu'on peut l'être. Et il s'est pointé seul, mais il est pas parti seul. Et laissez-moi vous dire, la chambre était à sac quand ils sont partis Ils se sont drôlement éclatés. »

Tanya eut du mal à ne pas laisser transparaître son dégoût. « Ils sont restés combien de temps ? »

« Seulement une nuit. Ils étaient déjà partis quand je suis arrivé. Les clés étaient dans le casier. »

« Est-ce que la chambre a été occupée depuis leur séjour ? »

David hocha la tête. « Ouais. C'est la meilleure chambre, donc je la loue souvent. On a refait la moquette y'a pas longtemps. »

Soudain, la porte s'ouvrit à la volée, et Andrei entra en trombe. « Qu'est-ce que tu fais ? » protesta-t-elle. « Je me débrouille. »

Andrei grogna et empoigna David. Lui et Tanya poussèrent tous deux un cri lorsqu'Andrei le tira par-dessus le comptoir. « Arrête ! On avait un marché, » cria-t-elle.

« On en avait un, » murmura-t-il. « Jusqu'à ce que je trouve les caméras dans la chambre. Ou plutôt, les caméras. Une dans la chambre et une dans la salle de bains. »

Tanya recula, le souffle coupé. « Quoi ? »

David leva la main. « C'est pour des raisons de sécurité ! » protesta-t-il. Andrei lui frappa brutalement la tête contre le bureau, et David émit un grognement.

« Où vont les enregistrements ? » David ne répondant pas, Andrei le souleva par la chemise et serra le col autour de sa gorge.

« Ordinateur, » dit-il d'une voix étranglée. « L'ordinateur. »

Andrei désigna l'ordinateur d'un signe de tête, et Tanya se glissa derrière le bureau pour l'allumer. David secoua la tête. « Ordinateur personnel. Le sac, » s'étrangla-t-il.

L'espace d'une seconde, Tanya le dévisagea. « Si c'est pour des raisons de sécurité, pourquoi est-ce que les enregistrements vont sur ton ordinateur personnel ? »

« Plus tard, » gronda Andrei. Elle tendit la main sous le comptoir et en sortit le sac de David’s. Elle s'assura que l'ordinateur était bien à l'intérieur, et hocha la tête.

« Je l'ai. Je t'en prie, lâche-le. C'est un pervers dégoûtant, mais il ne vaut pas la peine qu'on le tue. Je t'en prie. »

Andrei lui lança un long regard avant de lâcher David. « Si qui que ce soit vient me chercher, et si tu lui dis la moindre chose à propos de moi ou de ma compagne, je reviendrai et je te tuerai. Tu comprends ? »

David hocha la tête et se laissa glisser au sol. « Espèce de vicelard, » marmonna Tanya en se hâtant à la suite d'Andrei. « Je n'ai pas eu les renseignements que tu voulais, mais je sais qu'on a eu la même chambre que lui. David m'a dit qu'ils avaient refait la moquette, et crois-moi, la plupart des hôtels de ce genre n'ont pas de moquette aussi propre que celle de notre chambre. »

« Tanya, on a bien mieux que cette réponse. On a la vidéosurveillance. »

Évidemment. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à ça ? Elle sortit l'ordinateur du sac et l'ouvrit. En quelques clics, elle trouva le fichier. « Vidéosurveillance de l'hôtel, » marmonna-t-elle. « Pas très doué pour la dissimulation. »

Elle ouvrit le fichier. Les vidéos étaient rangées par date et par chambre. « On est bien organisé, pas vrai, David ? » En ouvrant le fichier, elle en vit une qui datait de la nuit précédente. Leur chambre était la seule à être occupée. Elle l'ouvrit et poussa un hurlement strident. C'était elle, nue sous la douche. « Pourriture ! »

Elle sentait le regard d'Andrei par-dessus son épaule. Prise de panique, elle ferma l'ordinateur. « De l'espace, » s'écria-t-elle. « J'ai besoin d'espace. »

Andrei éclata de rire et recula. « Pardon. »

Avec un grognement, elle rouvrit l'ordinateur et ferma la vidéo d'un clic. « Très bien, Alana a disparu…ce jour-là. » Elle cliqua sur le dossier pour l'ouvrir. « Trouvé. » Elle se cala dans son siège et regarda attentivement la vidéo.

Andrei revint se poster derrière elle, et ils regardèrent Vadim faire les cent pas dans la pièce. Au bout de quelques minutes, il ouvrit la porte. « Alana, » fit doucement Tanya. Les bleus d'Alana étaient toujours visibles, mais il y avait autre chose sur son visage.

De la colère. Du désespoir. De l'amour.

Elle les regarda échanger quelques mots, puis l'ambiance s'échauffa. Et pas qu'un peu. Lorsque les vêtements s'éparpillèrent et qu'Alana fut plaquée contre le mur, Tanya accéléra la vidéo. « Je ne crois pas que cette partie soit nécessaire, » dit-elle en s'éclaircissant la gorge.

Andrei eut le mérite de ne rien dire. Lorsque vint le matin et que Vadim et Alana furent habillés, Tanya appuya sur le bouton de lecture. « Il n'y a pas de son. Tu peux lire sur leurs lèvres ? »

Il se pencha en avant et fixa son attention. Elle ne dit pas un mot tandis qu'il se concentrait, mais elle voyait les muscles de sa mâchoire se contracter. Elle voyait ses narines se dilater lorsqu'il prenait de brusques inspirations. Enfin, il se retourna et sourit. « Ça te dit d'aller à Las Vegas ? »

 

OceanofPDF.com