La Princesse du Gangster

Bella Rose · Chapitre 2 sur 28

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La Princesse du Gangster

Chapitre Un

 

Trois ans plus tard…

Kira fourra de nouveau son téléphone portable dans son sac et continua d'appliquer soigneusement son maquillage de scène. La raison pour laquelle son père tentait particulièrement de la contacter maintenant dépensait son entendement.

« Encore ton père ? » Tiana lui lança un regard après avoir appliquer un trait épais d'eye-liner noir sur ses yeux d'un vert éclatant.

« Ouais, » marmonna Kira. Elle retoucha son chignon jusqu'à être satisfaite de l'emplacement de la gypsophile dans ses cheveux. « Je ne sais pas pourquoi il se donne cette peine. Ce n'est pas comme s'il m'appelait pour me féliciter d'avoir obtenu le rôle d'une des fées dans la Belle au Bois Dormant. Il ne sait probablement même pas si je danse encore. »

« Donc il veut seulement quelque chose ? » supposa Tiana. « Mon père est pareil. »

« Ceci dit, j'aime mieux ça qu'avoir une mère comme celle de Désirée, » marmonna Kira. « Elle est tellement envahissante que j'ai entendu dire qu'elle avait déboulé dans le bureau du directeur la semaine dernière pour se plaindre du fait que sa fille n'avait pas eu mon rôle. »

« Ce rôle te revenait, » déclara Tiana avec loyauté. « Tu as cartonné à l'audition. »

« J'ai travaillé d'arrache-pied, » admit Kira. « J'aurais été contrariée si je n'avais pas eu le rôle. »

« Seigneur, je suis tellement contente que dimanche soit la dernière représentation de la semaine, » gémit Tiana. « J'ai les pieds en feu ! »

« Il faut que tu t'endurcisses. » Kira enveloppa ses orteils et chaussa ses pointes usées d'un rose pâle. Elle laça les rubans sur ses mollets et les attacha aussi étroitement que possible. « Je vais m'échauffer. Je serai dans les premières à être appelées. »

« Merde, » dit Tiana avec prévenance.

« À toi aussi. » Kira sourit à son amie. Elle était heureuse de partager une loge avec Tiana. L'autre fille était drôle et chaleureuse. Parfois, Kira était tout à fait scandalisée par les choses que Tiana avait le courage de dire tout haut.

« Et n'attends pas que je revienne à la loge après le spectacle ce soir ! » Tiana remua les sourcils. « J'ai un rencard qui vient me chercher ! »

« Madame Bissett va te faire la peau pour ça ! » Kira agita le doigt en direction de Tiana.

Tiana se contenta de balayer l'avertissement d'un revers de la main. « Je prends la pilule, et je suis en manque. »

Kira ne passa pas pour une idiote en demandant ce que son amie entendait exactement par « en manque. » De temps à autre Kira entendait les autres filles parler de ce qu'elles faisaient avec les garçons, ou selon l'âge de la danseuse, un homme. Mais Kira n'avait pas le courage de s'aventurer sur ce terrain. Lorsqu'on lui posait la question, elle déclarait simplement qu'elle était mariée mais séparée. C'était une position étrangement confortable.

Portant la jambe à la barre dans la zone des coulisses qui servait à l'échauffement, Kira effectua ses exercices d'étirement. Elle ferma son esprit à tout ce qui n'était pas la danse qu'elle allait exécuter. Elle se mit à l'écoute de la musique dans son esprit. Elle trouva ses marques et laissa cette familiarité rassurante apaiser sa tension tandis qu'elle s'étirait.

« Quelle souplesse, » murmura Madame Bissett. « Tu es vraiment l'étudiante rêvée pour la vieille danseuse de ballet que je suis, ma fille. »

« Merci, » murmura Kira.

« Et quel dévouement, » poursuivit Madame. « Je n'ai jamais à m'inquiéter du fait que ma Kira s'enfuie avec un admirateur après une représentation et sacrifie sa carrière pour une nuit de plaisir. »

« Non, Madame,” acquiesça Kira. « Je suis mariée, mais très bien toute seule. »

« Oui. Tu fais partie des chanceuses. » Madame toucha le dos de Kira. « Le dos un peu plus droit, s'il te plaît. Bien. »

Kira s'abîma dans le vertige du ballet. Ses pieds trouvèrent automatiquement les positions qu'ils avaient appris lorsqu'elle n'était qu'une enfant maladroite de quatre ans. Simples pliés, battements, tous s'enchaînaient dans un mouvement fluide que rien ne perturbait. Enfin, au fond de son esprit, elle entendit le premier appel pour son entrée en scène. Le ballet était en cours, et elle était sur le point de monter sur scène.

L'impatience lui nouait étroitement l'estomac, mais elle n'éprouvait aucune appréhension. Elle conserva un sourire tranquille sur le visage et se tint prête pour son signal. Les autres fées se rassemblèrent derrière elle, mais c'était à Kira d'entrer la première. Puis vint l'appel, et elle s'élança sur la scène, les bras parfaitement en position. Sa nuit avait commencé, et rien d'autre n'avait d'importance.

Presque deux heures plus tard, Kira reprit le chemin de la loge qu'elle partageait avec Tiana. Elle était heureuse que son amie ait d'autres projets, pour une fois. Kira était épuisée par une semaine de représentations et apprécierait le répit d'un lundi chômé.

Elle poussa la porte, entra dans la pièce et laissa le lourd battant claquer derrière elle. Elle s'y adossa, et exhala un soupir. Elle avait hâte de retirer ses pointes. À cet instant, Kira était d'accord avec Tiana. Elle avait les pieds en feu !

« Bonjour, Kira. »

La surprise causée par cette voix masculine manqua de la faire tomber à la renverse. Faisant brusquement volte-face, elle agrippa la poignée de la porte et s'apprêta à fuir. Puis elle fronça les sourcils. L'homme qui se tenait dans le coin de la loge, si nonchalamment appuyé contre la coiffeuse de Tiana, lui était familier.

Viktor.

Ce qui n'était pas familier fut sa réaction physique totale et immédiate à sa proximité. Avait-il toujours été si séduisant ? Elle ne parvenait pas à se rappeler que ses yeux avaient cette ravissante teinte chocolat, ou que son corps était si ferme et musclé. Et ses bras semblaient si puissants. Elle se demanda quel effet cela ferait de les sentir autour d'elle. Le souvenir du baiser de leur mariage lui effleura l'esprit, et elle sentit presque sa saveur masculine et épicée sur sa langue. Tout ce qui se trouvait au-dessous de son nombril s'embrasa, et elle eut l'étrange sensation de fondre tout au fond d'elle-même. Que se passait-il ?

« Viktor ? » Elle ne parvint pas à dissimuler la surprise dans sa voix. « Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu es venu voir le ballet ? »

Bien entendu, ce qu'elle aurait dû demander, c'était si oui ou non il avait emmené l'une de ses nombreuses femmes voir le ballet. Son père prenait un malin plaisir à se moquer d'elle à propos du fait que son mari ne se donnait même pas la peine d'être fidèle.

« Kira, il faut qu'on parle. » Le ton de Viktor était laconique. « Tu as ignoré les coups de téléphone de ton père toute la semaine. »

« Oui. » Elle ne parvenait pas à imaginer la raison pour laquelle Viktor s'en soucierait. Elle se dirigea vers sa coiffeuse et s'assit pour délacer ses pointes. « Je n'ai rien à dire à mon père. »

« Il essayait de te contacter pour s'assurer que tu étais saine et sauve. » Du coin de l'œil, elle vit Viktor retrousser les lèvres avec un agacement manifeste. « Tu ne te soucies donc pas des inquiétudes de ta famille ? »

« Vu qu'habituellement le seul souci de mon père consiste à me raconter joyeusement les détails de ton dernier exploit sexuel, non. Je ne peux pas dire que je consacre beaucoup d'énergie à m'inquiéter de ce que mon père pense, dit, out fait. » Kira n'essayait même pas de croiser son regard. Elle était si gênée qu'elle savait qu'elle ne ferait que rougit comme une écolière. « Je me suis donné beaucoup de peine pour laisser toutes ces idioties de mafia derrière moi. »

Si Viktor fut déconcerté par ses allusions à son infidélité, il choisit de ne pas s'en préoccuper. « Eh bien, il y a certaines choses au sujet de la mafia qu'on ne peut pas ignorer ou laisser derrière soi. Ceci en est une. »

« Comment ça ? » dit Kira d'un ton de défi. « J'ai vingt-et-un ans à présent. Je ne suis plus une enfant qui peut être ballottée à droite et à gauche par des hommes qui veulent seulement me vendre pour servir leurs stupides manigances de pouvoir. »

 

VIKTOR NE POUVAIT CERTAINEMENT pas contredire Kira sur ce point. Elle n'était pas une enfant. Même en dépit de ses cheveux si sévèrement tirés en arrière en un chignon et le maquillage de scène qui altérait ses traits de petit lutin, il pouvait constater les changements incroyables que ces trois années avaient apportés innocente jeune épouse.

Ses doigts effleurèrent la chemise de papier kraft qu'il avait apportée dans la loge. La sensation fraîche du papier le ramena à l'instant présent et à la raison de sa présence. « Kira, il ne s'agit pas de manigances de pouvoir ou des jeux auxquels tu crois que nous jouons. Il s'agit de ta sécurité. »

« Vraiment ? » Ses sourcils élégants se haussèrent en ce qui aurait pu passer pour du sarcasme. « Raconte-moi ça. »

« Quelqu'un s'en prend aux épouses des lieutenants de la mafia. » Viktor dut serrer les dents face à la colère que lui inspirait l'absurdité de ce crime. « Au début il ne s'agissait que de harcèlement, des pneus lacérés et des coups de fil qui raccrochaient. Ce genre de choses. »

« Et maintenant ? » À moins d'avoir mal deviné, il n'avait pas encore véritablement gagné son attention. « Je veux dire, je n'aime pas enfoncer les portes ouvertes, mais adopter pour de bon le style de vie de la mafia signifie s'entourer d'une bande de voyous qui te tueraient s'il pensaient que ça leur rapporterait quelque chose. »

Viktor saisit le dossier qu'il avait apporté et l'ouvrit. Il franchit les trois pas qui le séparaient de l'autre coiffeuse et y laissa tomber les photographies qu'il avait chapardées à la police. Elles étaient horribles. Atalya Alexandrovna avait été si sévèrement battue qu'elle était à peine reconnaissable. Ses deux orbites étaient fracturées, et elle avait fini par mourir d'un coup à l'arrière de son crâne après trois heures d'opération dans un hôpital.

Kira prit une brusque inspiration et se couvrit la bouche de sa main. Il avait enfin fini par ébranler ce satané sang-froid.

« Atalya, » murmura-t-elle. « Est-ce qu'elle est morte ? »

« Oui. Elle est morte sur la table d'opération hier soir. »

Il vit la gorge de Kira se contracter tandis qu'elle déglutissait. « Atalya était mariée à l'un des lieutenants de mon père — Boris. »

« Je sais. » Viktor retroussa les lèvres. « Je suis désolé de t'effrayer ainsi, mais c'est nécessaire. Il faut que tu comprennes que tu es en danger. »

« Tu crois que ce — » Elle désigna les photos d'un geste et marmonna de sombres paroles en Russe. « — fou. Tu crois qu'il va s'en prendre à moi ? » Son front délicat se barra d'un pli. « Pourquoi ? Je ne suis plus impliquée dans les agissements de la mafia. Je suis une danseuse. Je ne fais plus partie de ce monde depuis que je t'ai épousé il y a trois ans. »

« Et c'est pourtant ce qui te rend précisément si vulnérable. » Viktor serra les dents, haïssant cette vérité. « Tu est mon épouse, Kira. De ce fait, tu es une cible. »

« Et que proposes-tu que je fasse ? Que je me cache dans mon appartement jusqu'à ce que tout ça soit terminé ? » Elle secoua la tête avec tant de véhémence que les minuscules fleurs dans son chignon frémirent. « Je ne peux pas faire ça. On va encore donner la Belle au Bois Dormant pendant une semaine. C'est mon premier grand rôle. Je suis si proche de mes objectifs. Je refuse de laisser une guerre mesquine entre mafieux me ruiner ça ! »

Son discours passionné le toucha. Viktor se demanda s'il avait jamais éprouvé une telle ardeur à faire quelque chose qu'il aimait, mais aucun exemple ne lui vint à l'esprit.

Il soupira. « Viens avec moi dans une planque, et tu as ma parole que je ferai ce que je peux pour te permettre de continuer de danser. »

« Vingt-quatre heures, » dit-elle en croisant les bras sur sa poitrine. « Je viendrai avec toi pendant vingt-quatre heures. Après ça, il faudra que je revienne au ballet. Je ne peux pas tout simplement m'en aller en pleine tournée de représentations. Ce serait impardonnable. »

« Même pas quand ta sécurité est en jeu ? » demanda Viktor d'un ton dubitatif.

Elle tint bon. Il voyait la détermination qui embrasait son regard. « Même pas. Quelle importance si on me tue, si rester en vie signifie que je ne peux pas danser ? »

« Je ne crois pas que tu penses ça. » Il l'observa longuement tandis qu'il s'efforçait de comprendre le sens de ce qu'il entendait.

Elle haussa les épaules. « Crois ce que tu veux. Je ne vois même pas pourquoi tu t'en soucierais. »

Viktor fut désarçonné. « Tu es mon épouse et de ce fait je suis responsable de toi. Bien sûr que je me soucie de ta sécurité. »

« Ton épouse sur le papier seulement, » fit-elle avec un reniflement dédaigneux. « Et ce n'est pas comme si tu avais pris ces serments-là au sérieux, ce qui me conduit à penser que tu as autre chose en tête. »

La vague de culpabilité qui inonda Viktor à cette légère accusation lui laissa un sentiment d'inconfort et d'incertitude. Il ne faisait pas étalage de ses liaisons, mais il était un homme. Il avait des besoins. Comment pourrait-elle seulement être au fait de ces choses-là ?

Elle ôta les ailes et autres fanfreluches de son costume puis enfila un legging et un sweat-shirt ample par-dessus ses collants et son justaucorps. « On est prêts ? » Elle ramassa un sac et lui adressa un regard impatient.

Viktor hocha la tête et ouvrit la porte, jetant des coups d'œil à gauche et à droite. Il régnait dans les couloirs une certaine agitation d'après-spectacle. Rien ne lui parut sortir de l'ordinaire. Il la conduisit à la voiture qu'il avait laissé dans la ruelle sur le côté du théâtre et se demanda quels changements le temps avait apporté à son innocente jeune épouse.

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