La Princesse du Gangster
Chapitre Sept
« Tu saignes encore. Andrei, tu dois voir un médecin, » dit Tanya tout en tapottant sa plaie. Il l'avait examinée afin de s'assurer qu'elle n'était pas blessée. Ensuite, il avait arraché le système de localisaton GPS de la voiture et il avait repris la route. La coupure de sa tête continuait de saigner, et, en dépit de toutes ses tentatives pour arrêter le saignement, il ne cessait pas.
Elle se pencha par-dessus le boîtier à vitesses pour y appliquer de nouveau la serviette . « La serviette est trempée. Il faut qu'on s'arrête. »
« On a déjà perdu trop de temps, » dit-il en écartant sa tête d'un mouvement brusque. « Je vais bien. »
« Tu ne vas pas bien, » fit-elle, haussant le ton. « Andrei Volkov, tu vas garer cette voiture devant la prochaine pharmacie ou, Dieu me vienne en aide, je t'assommerai et je panserai moi-même la blessure. »
« Je conduis. Si tu m'assommes, on finira dans le décor, » dit-il doucement.
« Andrei ! »
« Très bien, » gronda-t-il. « Très bien. » Il repéra l'enseigne d'une chaîne de pharmacies sur la gauche et s'y gara. « Prends ce dont tu as besoin. Dépêche-toi, » dit-il en lui tendant de l'argent. Tanya le lui arracha des mains avec un regard assassin.
« Espèce de bourrique, saleté de... » elle ne finit pas sa phrase et claqua la portière. Ses mains tremblaient toujours tandis qu'elle entrait dans le magasin. Tandis qu'elle prenait de l'alcool à 90°, de la gaze, du sparadrap et des bandages, elle s'efforçait d'ignorer les images qui tournaient en boucle dans sa tête.
L'arme braquée sur elle. Les hommes qui tombaient comme des mouches tandis qu'Andrei les abattait un par un. Un homme comme ça, un homme qui sourçillait à peine en assassinant quatre types, était aussi froid qu'on peut l'être. Alors pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de souhaiter qu'il éprouvât quelque chose pour elle ?
N'importe quoi.
Après avoir payé ses achats, elle remonta aussi rapidement que possible dans la voiture. Il était déjà sur la route lorsqu'elle sortit les outils de premiers secours du sac. « Tu ne pouvais pas attendre que j'aie fini ? » murmura-t-elle en se tournant pour essuyer sa plaie avec de la gaze.
« Comme je l'ai déjà dit, on a perdu trop de temps, » répliqua-t-il sèchement.
Tanya leva les yeux au ciel et tamponna la plaie. Une fois le surplus de sang enlevé, elle se servit de l'alcool pour la nettoyer. Il ne grimaça même pas à la brûlure. « La plupart des hommes pleurnichent comme des bébés, » marmonna-t-elle.
« Tu rafistoles souvent des hommes ? » fit-il.
« Quelques ex petits-amis, » admit-elle en rougissant. « Jamais pendant qu'ils conduisaient, cela dit. »
« Content d'être ton premier, » fit-il d'un ton amusé.
Elle l'ignora. « Est-ce que tes oreilles bourdonnent ? Est-ce que ta vision est floue ? Tu te rappelles ce que tu as mangé hier soir ? »
« Non, non, et c'est toi que je voulais bouffer hier soir, mais on n'en a pas eu l'occasion. Aïe ! »
Elle savait très bien qu'elle ne lui avait pas fait mal, mais elle appuya sur la plaie un peu plus fort que nécessaire. Une fois qu'elle l'eût bandée, elle se cala de nouveau dans son siège et attacha sa ceinture de sécurité. « J'ai aussi pris de l'aspirine. On aura des courbatures demain. Et, contrairement à toi, je ne suis pas insensible à la douleur. »
Il ne lui retourna pas une de ses remarques provocatrices, et elle soupira. Elle commençait à se lasser de ces moments de silence gênants.
« On va où ? » finit-elle par demander lorsqu'elle n'y tint plus.
« Je cherche un contact, mais on va jeter un coup d'œil à différents endroits. Il se déguise en sans-abri et change tout le temps de place. On a déjà dépassé deux de ses coins. J'ai le sentiment qu'il est sur Pearl Street. »
« Joli nom. Attends, il se déguise en sans-abri ? Alors il fait la manche ? Vous ne le payez pas, vous autres ? »
« Oh, il n'est pas à plaindre. Et oui, il fait quand même la manche. »
« C'est horrible. Pourquoi est-ce que vous autorisez ça ? Il y a de vrais sans-abris qui ont besoin d'argent ! »
Andrei gardait les yeux sur la route. « En effet. Il y en a. Et Sergei en a rencontré la plupart. À la fin de la journée, il distribue sa nouvelle fortune, et une partie de la sienne, aux véritables sans-abris. »
Tanya sentit la honte lui brûler la poitrine. « C'est gentil, » dit-elle enfin.
« On fait de sales trucs, Tanya. Mais on n'est pas tous des sales types. »
Aider les sans abris était une bonne chose, mais ça n'effaçait pas exactement le sang de leurs mains. Elle n'en fit cependant pas la remarque. Ce n'était pas le meilleur moment pour se mettre à chercher la bagarre. « Merci de m'avoir sauvée. Une fois encore, » dit-elle à la place.
Il ne dit rien en retour. Il gara la voiture et déboucla sa ceinture de sécurité. « On ne peut pas conduire sur Pearl Street, alors il faut qu'on marche. »
Tanya le suivit le long de la rue pavée de briques et s'émerveilla des superbes œuvres d'art qui y étaient exposées. Des statues de bronze s'alignaient le long du trottoir, et de magnifiques peintures étaient suspendues à des chariots mobiles. Elle mourait d'envie de s'asseoir simplement sur un banc pour lire et regarder les gens passer.
S'il s'en aperçut, il n'en laissa rien paraître. Au lieu de cela, il la saisit par le coude. « Le voilà. Reste ici. Je ne veux pas qu'il sache qu'on est ensemble. Et quand je partirai, attends vingt secondes et suis-moi jusqu'à la voiture. Ne t'en fais pas. Je ne te quitterai pas des yeux une seule seconde. »
Tanya hocha la tête et s'assit sur le banc. Elle aurait voulu avoir un livre ou quelque chose pour s'occuper les mains, mais un groupe d'enfant jouaient dans un grand bac à sable, et, à la place, elle se divertit en les observant.
Leurs parents ne seraient-ils pas pris de panique s'ils savaient ce qui se passait juste à côté de leurs enfants ?
Si elle survivait à tout cela, elle ne verrait plus jamais le monde de la même façon.
***
Andrei laissa tomber quelques pièces ainsi qu'un jeton fait pour moitié d'or et pour l'autre moitié d'argent, qu'il gardait dans sa poche. Sergei leva les yeux et grimaça. Les quelques fois où le chemin de Sergei avait croisé le sien, Sergei n'était pas reparti très heureux.
« Tire-toi, » grogna-t-il.
Andrei l'ignora. « T'as vu quelque chose d'intéressant, ces temps-ci ? » demanda-t-il à voix basse. Tout le monde ne savait pas que Vadim avait disparu, et Andrei n'avait aucune envie de diffuser l'information. Mais si quelqu'un d'autre était au courant, c'était Sergei. Il avait été proche de la mère de Vadim. Andrei avait l'impression que Sergei n'avait jamais entièrement pardonné Gregory pour ce qu'il lui avait fait.
« Ouais. Il y a un gars qui vient plusieurs fois par semaine habillé de plumes. Il y a ces gens tout petits qui arrivent à se fourrer dans des boîtes. Et il y a ce Russe intéressant qui court après sa queue, » dit Sergei avec un large sourire.
Andrei prit une profonde inspiration et s'efforça de ne pas frapper Sergei. Ce type pouvait être insupportable par moments. « Et ce Russe n'aurait pas de la famille qui se serait arrêtée dans le coin ? » fit-il, les dents serrées.
« Peut-être. Qu'est-ce que ça peut te faire ? »
« Un père très inquiet le recherche. »
Sergei haussa les épaules. « C'est un adulte. Personne ne devrait s'inquiéter pour lui. »
Andrei se pencha en avant et dévisagea l'homme plus âgé. « Je sais qu'il a choisi de partir, Sergei. Et je sais que tu le sais. Gregory lui pardonnera s'il revient, mais s'il ne revient pas, Gregory pourrait bien le tuer. »
« Tu sous-estimes ton cousin, » dit doucement Sergei. « Et je me fous de ce qui pourrait arriver. Ce qui m'intéresse, c'est la jolie blonde que tu a amenée avec toi. Elle n'a pas l'air d'un otage. »
« Elle est mon otage, » rétorqua sèchement Andrei.. « J'essaie d'appâter la nana deVadim. »
« Très belle femme, cette Alana. Et si gentille. Et si amoureuse. » Son regard dépassa rapidement Andrei et se posa sur Tanya. « Elle a l'air bien proche de toi. La plupart des otages s'enfuiraient une fois seuls. Mais elle est simplement assise là à t'attendre patiemment. Oh, regarde Elle nous observe, à présent. Seigneur, est-ce de l'inquiétude dans ses yeux ? » fit Sergei avec un large sourire. « Est-ce de l'amour dans ses yeux ? »
La rage submergeaAndrei, qui empoigna Sergei par le col et le plaqua violemment contre le mur. « Ne la regarde même pas. »
Conscient du regard des gens autour d'eux, il lâcha Sergei et secoua ses vêtements. « Où est Vadim ? »
« Je vais te dire où il allait, mais je ne sais pas où il est maintenant. Et je ne te le dis pas parce que j'ai peur de toi ou parce que je veux que tu le ramènes. Je te le dis parce que tu pourrais bien apprendre deux ou trois trucs de lui. » Sergei regarda nonchalamment alentour avant de reporter son attention sur lui. « Il va vendre deux ou trois chouettes œuvres dans une gallerie d'art ce soir. Il était là pour les préparatifs, mais je ne sais pas s'il sera là pour l'évènement. »
« Comment tu sais ça ? Est-ce qu'il avait besoin de tes services ? »
Sergei sourit de toutes ses dents. « Ce qu'il voulait de moi n'avait rien à voir avec l'art. »
Andrei plissa les yeux. « Qu'est-ce qu'il voulait de toi ? »
« Des alliances. »
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