La Princesse du Gangster
Chapitre Un
Un mois plus tôt
Il avait passé plusieurs jours à la surveiller par intermittence. Ses photos ne lui rendaient pas justice. Ses longs cheveux blonds ondoyaient sur ses épaules, et sa peau semblait lisse et douce. Ses yeux bleus étaient toujours emplis d'inquiétude, et il éprouvait l'étrange besoin de la serrer contre lui et de lui dire que tout irait bien.
Mais ce n'était pas possible. Tout n'irait pas bien. Il y avait de fortes chances pour qu'il doive la tuer. Car c'était son rôle. Quand la famille ordonnait de sauter, il décidait de quelle hauteur.
Et lorsqu'elle ordonnait de tuer, il décidait du nombre de victimes.
Pour le moment, il ne voyait aucune raison de la tuer. Tandis qu'il passait à nouveau devant son appartement, il ne remarqua pas l'autre voiture au bout du pâté de maisons. De nombreuses voitures étaient garées sur la route. Le parking débordait sur la rue, voir le même véhicule plusieurs fois de suite ne l'inquiéta donc pas outre-mesure.
Il ne vit pas la personne courbée sur le siège, avec les jumelles.
Il ignorait que cette personne obéissait également à des ordres. Et ces ordres consistaient à obtenir des réponses à tout prix.
***
Alana avait disparu depuis trois semaines. La police ne bougeait pas. Après tout, Alana était une adulte qui avait manifestement fait ses bagages avant de partir. Il était clair qu'elle s'était enfuie avec quelqu'un. Et puisque Vadim s'était également volatilisé, il était naturel de supposer qu'ils avaient fui ensemble.
Mais Tanya ne parvenait pas à se débarrasser du sentiment que quelque chose n'allait pas. Elle connaissait sa meilleure amie depuis longtemps, et Alana n'agissait pas sur des coups de tête. Elle ne faisait pas de secrets. Tanya ne doutait pas du fait qu'Alana était amoureuse de Vadim, mais quelque chose avait du se produire pour inciter son amie à faire ses bagages et à disparaître. Et ce n'était pas seulement parce qu'elle souhaitait prendre un nouveau départ. D'autant que leurs deux voitures avaient été retrouvées en ville. Qui abandonnerait sa voiture, à moins de ne pas vouloir être retrouvé ?
Elle faisait les cent pas dans son salon, le téléphone à l'oreille. « Très bien, mais je pense que vous m'avez mal comprise. Oui, je comprends qu'il est évident qu' Alana est partie de son plein gré. Mais ça ne veut pas dire que tout va bien. L'un des hommes les plus riches de la ville a également disparu. Ça ne vous inquiète pas ? »
« Mademoiselle Lawson, je comprends votre inquiétude au sujet de votre amie, mais à moins d'avoir des preuves concrètes du fait qu'Alana Jameson est en danger, il n'y a vraiment rien que nous puissions faire. Déménager n'est pas un crime. À présent, pour votre propre sécurité, je vous supplie de laisser tomber cette histoire. » La voix de l'agent à l'autre bout du fil était calme, mais elle avait une sonorité dure.
« Qu'entendez-vous par ma propre sécurité ? S'il n'y a pas matière à s'inquiéter, alors ma sécurité ne devrait pas être un problème », s'emporta-t-elle. « Que me cachez-vous ? »
« Je comprends que vous soyez bouleversée, Mademoiselle Lawson. Je ne veux simplement pas que vous fassiez quelque chose que vous puissiez regretter. Vous devez être admise dans une école de cuisine le semestre prochain, n'est-ce pas ? L'Institut Culinaire Gregson n'est pas facile à intégrer. Suivez mon conseil. Occupez-vous de votre cas, et tout ira bien pour vous. »
Un cliquetis clôtura la conversation lorsqu'il raccrocha, et elle regarda fixement le combiné. « Comment est-ce qu'il sait, pour l'école ? »
Elle raccrocha le téléphone et se mordit la lèvre. Avec un soupir, elle se laissa tomber sur le canapé et saisit son bloc-notes. Elle y avait griffonné plusieurs notes. Par exemple, elle connaissait chacun des vêtements que possédait Alana, et en examinant le contenu de ses placards, elle s'était aperçue que son amie avait simplement choisi des choses au hasard. Il manquait des pulls, des T-shirts, des jeans, des shorts, des vestes et des tongs. Manifestement, elle n'avait pas de destination particulière en tête.
Un bijou capital manquait à l'appel. Alana ne serait jamais partie sans le petit pendentif en diamant qui constituait l'unique présent qu'elle tenait de sa mère. Elle savait que s'il avait disparu, Alana ne projetait pas de revenir. Bien qu'Alana ne le portât jamais et ne lui eût jamaisconféré ouvertement la moindre valeur, Tanya savait qu'Alana le conserverait jusqu'à sa mort.
En outre, son comportement avait changé durant les jours qui avaient précédé sa disparition. On l'avait secouée. Méchamment. Tanya s'était dit que Vadim l'avait battue, mais Alana avait prétendu avoir eu un accident de voiture au travail. Alana n'aurait jamais couvert Vadim s'il l'avait frappée, Tanya avait donc accepté de croire que ce n'était pas lui, mais elle savait très bien que ces blessures n'étaient pas le résultat d'un accident de voiture. Sans compter le fait qu'Alana n'avait pas quitté l'appartement. Elle avait à peine quitté sa chambre. Et plus Tanya posait de questions, plus Alana se mettait en colère.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? » murmura-t-elle.
Elleavait scrupuleusement surveillé les pages d'Alana sur les réseaux sociaux. Alana ne publiait jamais rien. Son téléphone portable était toujours à l'appartement, et Tanya l'avait fouillé un million de fois. Aucun de ses messages ni de ses e-mails n'expliquait ses actes ou son comportement.
Alana n'était pas du genre à cacher des choses à Tanya. Quelque chose n'allait pas. Alana était en danger. Tanya le savait au fond d'elle-même, mais elle n'avait aucun talent d'enquêteur. Elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont elle devait s'y prendre pour la retrouver. Elle s'était rendue au club et avait parlé à ses collègues. Ils étaient tout aussi perplexes quant à la disparition de leur patron. Elle avait parlé aux anciens camarades d'école d'Alana. Aucun d'eux n'avait eu de ses nouvelles.
Quelqu'un devait bien savoir quelque chose.
Tandis qu'elle parcourait une fois encore sa liste de noms, elle s'arrêta sur l'un des derniers. Il y avait ce gérant du club dont Alana parlait toujours. Il était plus proche de Vadim. Quel était son nom ?
David ? Daniel ? Danny.
Tout excitée, elle se leva. Danny. Alana lui avait souvent raconté que Danny appelait Vadim par son prénom et le réprimandait parfois. C'était peut-être lui, la clé. Sans y réfléchir davantage, elle s'empara de ses clés et se précipita au Seven.
Il était encore très tôt, et le club était fermé. Se sentant légèrement stupide, elle se laissa tomber contre la porte. Elle était si enthousiasmée par l'idée de parler à quelqu'un de nouveau qu'elle n'avait même pas pensé à l'heure. Le club n'ouvrirait pas avant plusieurs heures.
La frustration lui fit monter les larmes aux yeux. « Espèce d'idiote, » marmonna-t-elle. Au fond d'elle-même, elle éprouvait de la colère. Si seulement Alana lui avait dit ce qui se passait, elle ne se trouverait pas dans ce guêpier à l'heure qu'il était. Tanya et Alana s'étaient toujours débrouillées pour résoudre leurs problèmes ensemble. Mais Alana l'avait tenue à l'écart, et Tanya n'était manifestement pas assez intelligente pour retrouver son amie.
« Mademoiselle ? Tout va bien ? »
Gênée, Tanya sécha ses larmes. « Ça va, » marmonna-t-elle. Elle renifla et observa l'homme en face d'elle.
Petit. Maigre. Pâle. Ses yeux s'ouvrirent en grand. « C'est vous, Danny. Oh mon Dieu, c'est vous, Danny ! » s'écria-t-elle à nouveau.
Un éclair de reconnaissance passa dans ses yeux, et il lança un regard nerveux autour de lui. Pour finir, il leva les yeux, et elle suivit son regard pour découvrir une caméra de surveillance. « Vous devez être Elaina, » dit-il doucement. « Je croyais que notre entretien ne devait avoir lieu que dans une heure. Votre enthousiasme fait plaisir à voir », dit-il d'une voix neutre. Elle y décela cette même tonalité dure qu'elle avait entendue dans la voix de l'agent, et se redressa.
« Les bons emplois sont durs à trouver, ces temps-ci, » balbutia-t-elle.
Il eut un sourire qui sembla soulagé. « Je suis ravi de l'entendre. En réalité, vous tombez bien. J'ai besoin d'apporter deux ou trois bricoles au club. Ça vous ennuierait, de me donner un coup de main ? »
Soit c'était un excellent acteur, soit il avait vraiment besoin d'aide. Peu importait. N'importe quelle excuse ferait l'affaire tant qu'elle lui fournissait une raison de lui parler. « Bien sûr ! »
Tandis qu'elle le suivait sur le parking, elle nota qu'il n'y avait aucune autre voiture alentour. Un sentiment de peur la submergea soudain. Et si Danny était la raison pour laquelle ils avaient fui, tous les deux ? Personne n'entendrait ses cris. Tout petit et maigre qu'il fût, il n'en était pas moins susceptible de dissimuler une arme.
« J'ai oublié votre nom, mais si vous cherchez Alana, vous devez y renoncer, » dit-il en faisant volte-face. Ils avaient atteint sa voiture et se trouvaient en sécurité, hors du champ des caméras de surveillance. « Elle est partie de son plein gré. »
« Je sais. Et je me suis faite à cette idée. Mais quelque chose lui est arrivé avant son départ, et je crains qu'elle ne soit en danger. Elle ne serait pas partie sans même laisser un mot à moins que quelque chose n'aille pas. La police refuse de mener l'enquête. Je vous en prie, aidez-moi, j'ai seulement besoin de quelques réponses. »
« Quel est votre nom ? » finit-il par demander.
« Tanya Lawson. Alana est ma colocataire et ma meilleure amie depuis des années. Je la connais. Je sais que quelque chose cloche. »
« Mademoiselle Lawson, pour votre propre sécurité, vous devez laisser tomber. »
Elle plissa les yeux, et le fusilla du regard. « Vous n'êtes pas le premier à me dire ça aujourd'hui. Qu'est-ce qui se passe, à la fin ? Pourquoi ma sécurité serait-elle en jeu ? »
Il soupira et regarda autour de lui. « Mademoiselle Lawson, tout ce que je peux vous dire, c'est qu'Alana a fait son choix en toute connaissance de cause. Si vous la connaissez, vous savez qu'elle ne s'est pas décidée sur un coup de tête. Ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas en danger, mais croyez-moi lorsque je vous dis qu'en la recherchant, vous ne feriez qu'empirer sa situation. »
Tanya le regarda fixement. Elle n'avait jamais réussi à tirer autant d'informations de qui que ce fût, mais cela ne répondait toujours pas à ses questions. Cela ne faisait que confirmer ses craintes. « Je n'aurais pas besoin de partir à sa recherche si je savais où elle se trouve, » dit-elle doucement.
Les yeux de Danny se fixèrent soudain sur un point derrière elle. Lorsqu'il prit la parole, sa voix était basse et sévère. « Mademoiselle Lawson, j'imagine que sans elle, vous ne pouvez pas payer votre loyer. Rendez-vous service et déménagez. Partez ailleurs sous un nom différent, n'utilisez que de l'argent liquide et restez discrète. Et, je vous en prie, laissez tomber cette histoire. »
Effrayée, Tanya tourna la tête et vit une voiture sombre longer lentement le club. « Danny ? » demanda-t-elle d'une voix faible. « Qu'est-ce qui se passe, à la fin ? »
« Faites-moi confiance. Il vaut mieux que vous n'en sachiez rien. »
***
Andrei Volkov observait de derrière la vitre la jolie blonde qui jetait des regards nerveux par-dessus son épaule. Voilà plusieurs jours qu'il la surveillait, et elle venait seulement, en compagnie du gérant du club, de le remarquer.
« On est grillés, » dit-il doucement. Bien qu'il eût vécu plus longtemps aux États-Unis qu'en Russie, son accent demeurait très prononcé.
Le chauffeur n'accéléra pas en faisant le tour du pâté de maisons. « Voulez-vous l'enlever maintenant ? » demanda-t-il.
Andrei secoua la tête. « Non. Même si elle s'enfuit, elle n'ira pas loin, et c'est notre première occasion de parler au patron. Fais demi-tour. J'aime autant ne pas avoir de public quand je lui parle. »
Il sortit son téléphone et appela son supérieur. « Mon oncle. »
« Tu as quelque chose ? » demanda son oncle d'une voix sombre. Même au téléphone, Gregory Volkov était terrifiant.
« Voilà plusieurs jours que je suis la fille. Il est clair qu'elle n'a aucune idée de l'endroit où son amie se trouve. Je suis sur le point de m'occuper du gérant, à présent. »
« Si elle n'a aucune information, sers-toi d'elle pour envoyer un message », gronda Gregory. « Je ne sais pas à quel gang ou groupe cette Alana appartient, mais je veux qu'elle sache bien qu'elle ne peut pas s'attaquer à nous sans en payer les conséquences. »
Andrei se figea. « Vous voulez que je tue Tanya Lawson ? » Ça ne faisait pas partie du plan. Sa mission n'était censée être qu'une opération de recherche et de sauvetage. Gregory Volkov était convaincu du fait que son fils avait été influencé, enlevé ou tué par un groupe rival qui utilisait Alana comme appât. Mais jusque-là, il n'en avait eu la preuve. « Je n'ai aucune preuve de son implication. »
« Et si elle était impliquée, il n'y aurait pas de preuves, n'est-ce pas ? Et même si elle ne l'est pas, cela rendrait le message d'autant plus percutant. Je veux mon fils, Andrei. Tu feras tout ce qu'il faudra pour le ramener. Tu comprends ? »
« Oui, monsieur », dit-il doucement. Il n'y eut pas d'adieux formels. Seulement un cliquetis à l'autre bout de la ligne, et Andrei fronça les sourcils.
Ils étaient déjà de retour au club. Saisi d'un sentiment de frustration, Andrei abattit son poing sur le siège. « Un problème, M. Volkov ? » s'enquit froidement le chauffeur.
Il n'était loyal qu'envers Gregory. Le moindre signe d'hésitation de la part d'Andrei reviendrait aux oreilles de son oncle. Il ne savait pas pourquoi il répugnait tant à agir à l'encontre de Tanya Lawson. Dans n'importe quel autre cas, il aurait été ravi de suivre les ordres sans même sourciller. La quantité de sang qu'il avait sur les mains ne l'empêchait pas de dormir. Mais, pour une raison qui lui échappait, cette fois, c'était différent.
Elle rendait tout différent.
« Aucun problème, répondit Andrei d'un ton neutre. Encore une impasse. Attends-moi ici. Je ne serai pas long. »
Il claqua la portière derrière lui et se dirigea à grandes enjambées . L'arme au poing, il se tenait prêt à abattre la porte d'un coup de feu lorsqu'elle s'ouvrit. « Pas besoin de faire ça », déclara gaiement le gérant. « Je n'avais pas vraiment prévu l'achat d'une nouvelle porte dans mon budget de ce mois-ci. Danny Sylvester, à votre service. Que puis-je faire pour vous ? »
Andrei observa l'homme avec méfiance et lança un rapide coup d'œil derrière lui. Le club semblait vide. « Où sont les gardes ? » gronda-t-il.
« Si vous parlez de nos videurs, ils n'embauchent pas avant six heures », fit le gérant d'un ton neutre. « Si vous cherchez un emploi, je serais plus que ravi de vous sortir un formulaire de candidature. Nous n'engageons pas de videurs en ce moment, mais je peux garder votre candidature à portée de main au cas où un poste se libérerait. »
« Arrête tes conneries », gronda Andrei. Il agita son arme afin d'intimer à Danny de se décaler et pénétra dans le club. Personne ne lui sauta dessus, ce qui était aussi bien. Andrei ne manquait jamais sa cible.
Le gérant ferma la porte derrière lui. « Souhaitez-vous privatiser le club pour une soirée ? »
« Je t'ai dit d'arrêter tes conneries. Où est Vadim ? »
Le petit homme hocha la tête. « Ah. Oui. L' insaisissable Vadim Volkov. Croyez-moi, si je le savais, je vous le dirais. S'il ne revient pas dans les mois qui viennent, je me retrouve au chômage. Et j'aime bien ce boulot. Il paie bien. » Il posa les yeux sur le pistolet. « Même s'il a ses inconvénients. »
Andrei se détendit, mais garda son arme braquée sur Danny. « J'ai fait des recherches approfondies à ton sujet. Tout concorde. En fait, trouver des informations sur toi était presque trop facile. »
Danny lui lança un regard interloqué. « Désolée que ma vie soit un livre ouvert ? Écoutez, je ne suis pas armé. Ne vous gênez surtout pas pour ranger votre flingue. D'après ce que je vois, je pense que vous pourriez m'écraser comme un insecte sans vous servir de votre arme. »
Ça, au moins, c'était vrai. Andrei n'accordait pas la moindre confiance à Danny, mais il rangea néanmoins son arme. « D'après les bruits qui courent, tu as rendu visite à Vadim chez lui. Vous avez parlé de quoi, tous les deux ? »
« Et pourquoi devrais-je vous communiquer des informations personnelles sur Vadim ? Je ne vous connais même pas. »
« Disons simplement que sa famille s'intéresse à ce qu'il devient. Je serai tout à fait ravi de ressortir mon flingue, si ça peut t'aider. »
Danny se cala dans son siège de bureau et haussa les épaules. « Ça ne sera pas nécessaire. Nous avons surtout parlé travail. Vadim ne pensait toujours qu'à ce club. Il voulait s'assurer que tout allait comme sur des roulettes, et ça impliquait, en gros, que je travaille vingt-quatre heures par jour. »
« Ton casier est vierge, alors par quel miracle est-ce que tu t'es retrouvé à gérer cette affaire ? Je sais que tu es au courant des profits secondaires que génère ce club. »
Danny haussa les épaules. « Je n'ai vraiment été au courant qu'après avoir travaillé ici pendant quelques années. Je n'ai pas commencé en tant que gérant. J'ai découvert les bénéfices secondaires au moment où mes factures ont commencé à s'entasser. Vadim me proposait un salaire très généreux en échange de mon aide. J'avais les compétences d'organisation dont il manquait. Tout fonctionnait, et avec le temps, nous sommes presque devenus amis. Plutôt ironique, quand on pense que c'est à moi qu'il a chargé de faire le ménage derrière lui. »
Andrei pencha la tête sur le côté. Tout ce que disait Danny concordait parfaitement avec ce qu'Andrei savait. Et en temps normal cela ne posait aucun problème, mais les tripes d'Andrei lui disaient toujours que Danny mentait. « Tu n'as pas l'air plus inquiet que ça, pour un type qui en train de se faire interroger par un inconnu avec un flingue », dit-il d'un ton affable. « Ça me donne l'impression que tu es à l'aise dans ce genre de situation. »
« Oh, je suis très doué pour garder mon sang-froid. Je crois que c'est la raison pour laquelle j'ai tant plu à Vadim. De plus, vous vous ressemblez physiquement, sans parler de votre fort accent russe. Je suis sûr que vous faites partie de sa famille. Vadim était une tête brûlée. Il aimait bien lancer des menaces en brandissant un flingue, alors je crois bien que j'y suis habitué. » Danny ne le quittait pas des yeux. « Mais je suis surpris d'apprendre que sa famille ignore où il se trouve. Il y a eu des rumeurs, et j'ai supposé que sa disparition était une affaire de famille. »
Andrei ignora la question dissimulée. « Que représente Alana Jameson pour Vadim ? »
« Ah. Voilà une question intéressante. Je sais qu'il l'aimait beaucoup. Je crois qu'ils étaient proches, mais je ne les ai jamais vus ensemble en dehors du club. J'ai supposé que leurs disparitions devaient être liées, mais je me suis dit que Vadim n'en était pas réduit à enlever des gens pour s'envoyer en l'air. » Danny eut un sourire malicieux. « Il a eu un certain nombre de femmes dans son lit. En même temps, parfois. »
« Qu'est-ce qui te fait penser qu'il l'aurait kidnappée ? »
« Je ne le pense pas. Je me contente de réagir aux rumeurs. La vérité, c'est que je je connaissais pas bien Alana. Elle était nouvelle mais elle faisait bien son boulot. Elle m'avait tout l'air d'une femme qui avait la tête sur les épaules et qui ne cédait pas facilement à ses impulsions, ni à ses tentations. J'ai du mal à croire qu'elle se serait enfuie avec lui, comme la police le laisse entendre. »
« Tu n'as jamais eu l'impression qu'elle cachait quelque chose ? Peut-être qu'elle a rencontré quelqu'un au travail, ou passé quelques coups de fil suspects ? Est-ce qu'elle a montré des talents particuliers ? »
Danny haussa les sourcils. « Des talents particuliers ? Je ne suis pas sûr de savoir de quoi vous parlez, mais non. Alana semblait normale et transparente. Je crois que la seule chose qu'elle ait cachée, c'était sa liaison. »
Andrei grinça des dents. Ce que disait Danny n'avait aucun sens. Si Alana était amoureuse de Vadim, suffisamment pour s'enfuir avec lui, il aurait dû y avoir des signes avant-coureurs. D'un autre côté, si Alana faisait partie d'un groupe qui avait enlevé Vadim, il aurait également dû y avoir des signes. Au lieu de cela, si Danny disait la vérité, la disparition d'Alana n'était rien d'autre qu'une coïncidence.
Mais Andrei ne croyait pas aux coïncidences.
« Quelques jours avant sa disparition, Vadim avait des problèmes avec un distributeur concurrent. On l'a retrouvé mort. Tu sais quelque chose à ce sujet ? »
« Je sais qu'on a retrouvé beaucoup de balles. La police m'a interrogé, et on dirait bien qu'ils n'ont aucune piste. C'est tout ce que je sais, en gros. Son club est sur le point de fermer, ce qui multiplie notre activité par deux. Je trouve étrange que Vadim s'en aille juste au moment où ses affaires allaient exploser. »
Andrei plissa les yeux. « Tu as parlé à Tanya Lawson ce matin. Qu'est-ce qu'elle voulait ? »
« Sa colocataire a disparu. Qu'est-ce qu'elle veut, à votre avis ? » fit Danny en posant ses mains à plat. « Je lui ai dit de laisser tomber. »
« Et elle a l'air d'être prête à laisser tomber ? » marmonna Andrei.
« Les femmes sont parfois têtues, mais je doute qu'elle aille très loin. Je ne pense pas qu'elle soit une menace pour qui que ce soit. »
Andrei eut un sourire mauvais et sortit son pistolet. « Voilà qui est intéressant. Qu'est-ce qui te fait croire que je pourrais la considérer comme une menace ? »
Une fois encore, Danny ne sourcilla même pas à la vue de l'arme. « Vous essayez d'obtenir des réponses en agitant un flingue sous mon nez. C'est sans doute elle que vous comptez aller voir ensuite, et je ne crois pas qu'elle sache quoi que ce soit à propos de ce qui se passe dans ce club. Si c'était le cas, elle ne serait pas venueici seule et sans arme. »
« On dirait que tu fais beaucoup de suppositions, M. Sylvester. »
« Comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas idiot. Si vous pensez que Tanya Lawson est impliquée, vous vous trompez. Et si vous la mêlez à ça, vous mettriez probablement une personne innocente en danger. Ça ne vous gêne pas, de faire ça ? »
En temps normal, Andrei n'aurait même pas cillé. C'était le genre de choses qu'il faisait tout le temps, mais cette fois, il hésitait. Et Danny revint immédiatement à l'assaut. « Elle a prévu d'intégrer une école de cuisine au prochain semestre. C'est une femme douée et brillante, et un avenir radieux l'attend. Son seul crime est de s'inquiéter au sujet de son amie disparue. Elle ne vous menace en rien. »
« Tu sembles beaucoup tenir à la protéger, M. Sylvester. Tu sors avec elle ? »
Danny fronça les sourcils. « Je l'ai seulement rencontrée quelques fois. »
Andrei relâcha la pression qu'il exerçait sur la détente. « Fais tourner le club, M. Sylvester. Et si j'étais toi, je me procurerais une arme. »
Il fourra son pistolet dans son pantalon et, pour la première fois, Danny parut sincèrement surpris. « Je l'ai déjà avertie. Elle vous verra venir. »
« Ça fait déjà un moment que je la surveille. Le fait qu'elle m'échappe ne m'inquiète pas plus que ça. »
Danny inspira profondément. « Je la surveille aussi. Et à moins que vous ne conduisiez une berline brune, vous n'êtes pas le seul à l'avoir à l'œil. »
Surpris, Andrei le regarda fixement. « Je n'ai vu personne d'autre qui la surveillait, » dit-il abruptement.
« Parce que vous ne cherchiez pas. Moi, oui. Vous passez devant son appartement dans trois voitures différentes trois fois par jour. Hier vous l'avez suivie jusqu'au commissariat. Mais vous vous cantonnez aux voitures de luxe. Cette voiture est bien plus ancienne et passe facilement inaperçue. Voilà maintenant plusieurs jours qu'ils gardent un œil sur ses moindres faits et gestes. Si elle essaie de s'enfuir, ils l'auront. »
Le petit homme n'était pas aussi inutile qu'il n'y paraissait. « Et pourquoi est-ce qu'elle s'enfuirait ? »
« Je lui ai dit de le faire. Je me disais que vous étiez la menace la plus conséquente. »
« Et maintenant ? »
« Je crois toujours que c'est vous, la plus grande menace. Mais je ne crois pas que vous irez jusqu'à la tuer. »
« Et pourquoi ça ? »
« Parce que je suis encore en vie. »
Andrei grinça des dents. Il devait être en train de se ramollir. Au bout d'un moment, il tourna le dos et s'en alla. Il se dit que Tanya lui serait d'un plus grand secours si elle restait en vie.
Et s'il ne se montrait pas suffisamment rapide, elle mourrait.
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