L'Architecture romane
Chapitre VII
Au milieu de l’aitre se trouvait ordinairement une vasque d’où sortait un jet d’eau, ou bien encore une citerne, ou un puits; cet accessoire a été désigné sous les noms de phiala, cantharus, puteus. C’est là que les fidèles, avant de pénétrer dans la basilique, faisaient les ablutions, dont la prise d’eau bénite à l’entrée des églises est une réminiscence.
De très bonne heure, l’aitre perdit son importance et son aspect monumental; ce ne fut plus qu’une petite cour sans portique, entourée de bâtiments ou seulement de murs. Ce changement tient à deux circonstances: la société tout entière étant devenue chrétienne, la classe des catéchumènes disparut; la discipline s’adoucit à l’égard des pêcheurs et comme les grands coupables furent seuls exclus des sacrements, on cessa de voir ces troupes de pénitents qui assiégeaient auparavant les abords de la basilique en attendant le jour de la réconciliation.
Enfin l’extension que prit l’institution monastique obligea d’augmenter les dépendances de l’église en vue de ceux qui la desservaient.
A partir du VIᵉ siècle la plupart des basiliques chrétiennes furent affectées à des communautés de religieux, souvent si considérables qu’elles comptaient plusieurs centaines de personnes. Plus tard, sous la seconde race, une règle imitée de celle des monastères, la règle des chanoines fut imposée par les conciles nationaux aux clergés des cathédrales et de toutes les grandes basiliques séculières. Les bâtiments nécessaires aux actes de la vie commune de ces pieuses congrégations furent établis sur l’un des bas côtés de l’église et l’on trouva commode de les disposer autour d’une cour carrée. C’est là que fut transporté sous le nom de cloître—claustrum—le quadriportique devenu inutile sur la façade. Il s’est maintenu à cette place pendant toute la durée du moyen âge.
CHAPITRE VII
B A S I L I Q U E S D E C O N S TA N T I N , D E S A I N T- PA U L -H O R S - L E S - M U R S , D E S A I N T E - M A R I E - M A J E U R E ,
D E S A I N T- P I E R R E - A - V I N C O L I , A R O M E . —
B A P T I S T È R E , A N O VA R E ( I TA L I E ) .
La Basilique dite de Constantin est l’une des plus anciennes parmi les basiliques judiciaires qui devinrent les premiers sanctuaires du christianisme.
Commencée sous Maxence, elle fut achevée dans les premières années du IVᵉ siècle, sous le règne de Constantin. Elle peut être considérée comme l’un des derniers monuments de l’art antique. Le plan est simple et digne encore d’être comparé aux œuvres du beau temps de l’architecture romaine. Les proportions de la salle sont fort belles et la construction en est très soignée.
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FIG. 16.—BASILIQUE DE
CONSTANTIN, A ROME.
(Plan.)
La nef de la basilique de Constantin présente cette particularité de ressembler absolument au Tepidarium des Thermes d’Antonin Caracalla
(fig. 10). Il est naturel, d’ailleurs, que les architectes du temps de l’empereur Maxence aient subi l’influence des superbes monuments qu’ils avaient sous les yeux et qui devaient être alors dans tout l’éclat de leur splendeur.
Le parti architectural est le même. Le vaisseau principal se compose, comme aux Thermes, de trois grandes travées marquées par de grands arcs longitudinaux et il est couvert par une voûte d’arête plein cintre, construite en briques et en blocage; la poussée de cette belle voûte, dont les retombées étaient soutenues par des colonnes hors œuvre, couronnées d’une corniche avec architrave, était maintenue par des murs transversaux, percés d’arcades faisant communiquer
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FIG. 17.—BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME. (Coupe transversale.)
entre eux les bas côtés; ces murs transversaux étaient eux-mêmes réunis, solidarisés, par des arcs plein cintre en berceau, construits comme la grande voûte et ornés à l’intérieur de caissons décoratifs.
La basilique se terminait au chevet central par un hémicycle, ou abside, voûté en quart de sphère; et un portique, enrichi de colonnes sous lequel s’ouvraient les portes, s’étendait en avant de la façade et sur toute la largeur de l’édifice.
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FIG. 18.—BASILIQUE DE
SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS,
A ROME. (Plan.)
Après les monuments de Constantin vinrent ceux de ses successeurs qui donnèrent encore plus d’extension à la construction des basiliques.
Parmi celles qui furent bâties en grand nombre jusqu’à la fin du Vᵉ siècle, il faut citer la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la route d’Ostie, construite sur l’emplacement d’une petite église de Constantin.
Commencée en 386 et terminée dans les premières années du Vᵉ siècle, sous le règne d’Honorius, elle était, avec l’église Saint-Pierre, une des plus grandes basiliques de Rome.
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FIG. 19.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME.
(Vue perspective de l’altarium.)
(D’après la Messe de Rohault de Fleury.)
Elle possédait un vaste transsept, appartenant à la disposition
théodosienne[8].
Le plan de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donne le transsept de l’église chrétienne bien marqué. La nef principale et les quatre nefs latérales sont séparées du transsept par un mur, percé d’un arc triomphal et de quatre arcs secondaires. L’autel majeur
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FIG. 20.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A
ROME. (Coupe transversale.)
avec sa clôture,—l’altarium—sur la confession, séparait le chœur réservé aux prêtres, des fidèles placés dans la nef.
Les bras du transsept étaient occupés par les clercs et les personnes revêtues d’un caractère religieux.
Les proportions de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs étaient colossales; sa longueur était de 143 mètres, y compris l’abside qui avait 25 mètres de diamètre; la nef et les bas côtés avaient 65 mètres de largeur et les transepts 72. La nef centrale, large de 25 mètres environ, était formée de deux rangées de vingt colonnes corinthiennes reliées par des arcades plein cintre sans archivoltes; au-dessus de ces arcades une grande frise était ornée de peintures à fresques, le
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FIG. 21.—BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME.
(Coupe transversale.)
dessous des poutres des fermes était à 30 mètres au-dessus du sol. De somptueuses mosaïques décoraient l’abside, les parois du transsept et de l’arc triomphal.
La basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome (plan, fig. 22), fut élevée au commencement du Vᵉ siècle par Sixte III sur l’emplacement d’un autre édifice de même genre, bâti par le pape Liberius et consacré en 353. Le pape Eugène III, vers le milieu du XIIᵉ siècle, y ajouta un portique qui fut démoli en 1572 par Grégoire XIII et remplacé, sous Benoît XIV, en 1743, par le portique actuel, à huit colonnes, exécuté d’après les plans de Ferdinand Fuga. De ce portique on pénètre par cinq portes dans les trois nefs de la basilique
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FIG. 22. FIG. 23.
BASILIQUE DE BASILIQUE DE
SAINTE- SAINT-
MARIE-MAJEURE, PIERRE-A-
A ROME. (Plan.)
VINCOLI
(ROME). (Plan.)]
qui a près de cent mètres de longueur en y comprenant l’hémicycle et trente-deux mètres de largeur.
La nef est formée par deux rangées de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses; elles sont couronnées par un entablement horizontal dont la
frise est décorée de rinceaux et la corniche enrichie de modillons [9] au-dessus et dans la hauteur des toitures des bas côtés une grande frise ornée, au-dessus de laquelle s’ouvrent les fenêtres à plein cintre éclairant la grande nef.
Le plafond de cette nef est du temps de Célestin III vers la fin du XIIᵉ siècle; il est décoré de sculptures
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FIG. 24.—BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME.
(Coupe longitudinale.—Détail.)
dorées exécutées à la fin du XVᵉ siècle, sous le pontificat d’Alexandre VI, par Julien de Sangallo.
Santo-Pietro-in-Vinculis, fondé, en 425, par Eudoxie, femme de Valentinien III, est une basilique à trois membres, c’est-à-dire, suivant les auteurs anciens, que les trois galeries longitudinales, la nef principale et les deux bas côtés étaient considérés comme des églises ayant chacune leur patron particulier; au milieu l’autel principal placé au centre de l’abside et les deux autres,
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FIG. 25.—BASILIQUE DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI (ROME).
(Coupe transversale et longitudinale.—Fragment.)
moins importants, dans des absidioles ménagées à l’extrémité des bas côtés et s’ouvrant, toutes les trois, sur le transept.
La basilique est précédée d’un portique à colonnes sur lequel s’ouvre la porte qui donne accès à la nef,
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FIG. 26.—BAPTISTÈRE DE NOVARE (ITALIE).