L'Architecture romane
Chapitre XVII
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FIG. 185.
ÉGLISE DE SPIRE (ALLEMAGNE).
(Coupe longitudinale.)
Les bas côtés subdivisés sont couverts par des voûtes d’arête.
La nef principale est couverte par une voûte d’arête sans nervure, bâtie sur plan carré entre les arcs-doubleaux. Les arêtes diagonales de la voûte forment un plein cintre; cette disposition, qui se rencontre dans un grand nombre d’églises allemandes, donne à la voûte l’aspect d’une partie de coupole, construite à l’imitation des églises qui dérivent de Saint-Front.
CHAPITRE XVII
É G L I S E D E S A I N T- A M B R O I S E A M I L A N
( I TA L I E ) . — É G L I S E D E L A T R I N I T É A C A E N
( F R A N C E ) .
La forme générale de l’église de Saint-Ambroise, à Milan, est celle d’une basilique latine; elle ressemble à Saint-Pierre-a-Vincoli, élevée à Rome au Vᵉ siècle; plus encore aux églises chrétiennes bâties en Syrie sur le plan des basiliques romaines, notamment celles de Qalb-Louzeh et de Tourmanin qui datent du VIᵉ siècle, et enfin à celle de Saint-Clément (sauf
les dispositions intérieures), construite à Rome au [94] IX ᵉ siècle. Comme cette dernière basilique, Saint-Ambroise de Milan est précédée, sur la largeur de la façade, d’un narthex qui forme un des côtés du quadriportique disposé en avant de l’église. Le plan de celle-ci est un parallélogramme divisé en trois galeries; une grande au milieu et deux latérales; la nef principale se termine par un hémicycle et les deux bas côtés par des absidioles, toutes les trois voûtées en quart de sphère.
Le vaisseau central est composé de quatre travées carrées—celle vers le chœur surmontée d’une coupole octogone dont les quatre faces d’angle sont soutenues par des encorbellements;—ces quatre travées sont marquées par des arcs transversaux s’étendant sur toute la largeur de l’édifice, et composées d’un grand arc et de deux autres superposés par les galeries étagées.
Les bas côtés sont divisés en compartiments, voûtés d’arête sans nervures, formés par la subdivision des grands arcs latéraux.
La construction des voûtes de Saint-Ambroise est particulièrement digne d’attention, parce qu’elle nous fournit un exemple des constructions faites à l’époque de la transition—comme nous l’entendons, et que nous avons étudiée au chapitre XVI.
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FIG. 186.
ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE A
MILAN (ITALIE). (Plan.)
La voûte de la nef est composée des arcs-doubleaux transversaux, des formerets latéraux et des arcs diagonaux, ou croisées d’ogives dont la section est rectangulaire; ils retombent fermement sur les sommiers communs aux faisceaux des six arcs réunis qui s’élèvent au-dessus des chapiteaux. Sur cette ossature solidement établie d’abord et sans liaison avec elle, sont posés les remplissages des quatre segments appareillés normalement à leurs
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FIG. 187.
ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE, A MILAN
(ITALIE). (Coupe transversale.)
courbes. La forme sphérique est donnée par le relèvement des croisées d’ogives et par la courbure des segments de la voûte conservant la forme traditionnelle de la coupole.
Les arcs-doubleaux et les voûtes d’arête des bas côtés contrebutent solidement les poussées des arcs-doubleaux et des croisées d’ogives; ils font fonction d’arcs-boutants couverts par un comble à deux rampants.
La voûte rappelle donc la forme des coupoles ou celle des voûtes annulaires. Soutenues par des croisées d’ogives qui font l’office de cintres permanents, les dispositions de cette voûte marquent encore plus explicitement que par les exemples précédents, le passage, la transition, entre la voûte en coupole et la voûte d’arête.
L’église de la Trinité, ou ancienne abbaye aux Dames, à Caen, qui date de 1046, était peut-être couverte primitivement par une charpente apparente; mais elle a dû être achevée autrement qu’elle n’a été commencée, ou bien, ce qui est plus probable, la nef a été reprise après un incendie, ou démolie à partir du cordon tangent aux arcades latérales et terminée, avec les voûtes qui existent actuellement, vers le milieu du XIIᵉ siècle.
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FIG. 188.
ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE, A MILAN
(ITALIE). (Coupe longitudinale.)
La preuve nous est fournie par les dispositions mêmes des parties hautes et la nef. Dans les églises normandes romanes, les travées sont égales et les piles ont la même section puisqu’elles n’avaient à soutenir qu’une charpente dont les fermes reposaient sur une des colonnes continuant la pile et montant de fond jusqu’à la couverture en bois. Les églises de Cerisy-la-
Forêt et du Mont Saint-Michel[95], avec lesquelles l’abbaye aux Dames de Caen présente beaucoup d’analogie en plan, sont, entre un grand nombre d’autres églises, des exemples authentiques de la disposition régulière et égale des piles.
A l’église de la Trinité, les piles sont égales jusqu’à la hauteur du premier cordon; mais au-dessus les sections des piles sont plus fortes de deux en deux sur les points qui recevaient les retombées des arcs-doubleaux et des arcs diagonaux, ou croisées d’ogives. La pile intermédiaire est plus faible parce qu’elle ne reçoit qu’un
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FIG. 189.—ÉGLISE DE LA
TRINITÉ, A CAEN (FRANCE).
(Plan.)
arc, arc-doubleau de secours, pour soulager seulement la grande portée des
voûtes d’arête (fig. 191).
Les voûtes de la nef sont sur plan carré, comme les églises allemandes et italiennes que nous avons citées, avec l’adjonction d’un arc intermédiaire dont nous parlons plus haut. Les bas côtés sont couverts par des voûtes d’arête, entre des arcs-doubleaux qui paraissent être les voûtes du XIᵉ siècle, avant la modification de la partie haute de la nef ou sa reconstruction au milieu du XIIᵉ siècle.
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FIG. 190.
ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE).
(Coupe transversale.)
Sauf les absidioles du transsept, le plan est à peu près le même que celui de Cerisy-la-Forêt, mais plus simplement combiné.
Au centre de la croisée du transsept s’élève une haute tour-lanterne, à l’exemple de celles qui avaient pris dans les églises monastiques et surtout en Normandie une grande extension.
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FIG. 191.—ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN
(FRANCE). (Coupe longitudinale.)
Les églises de la Trinité et de Saint-Étienne—abbaye aux dames et abbaye aux hommes de Caen—possèdent des tours centrales qui font ainsi partie du vaisseau intérieur et ne sont pas des clochers, mais des coupoles
ou plus exactement des lanternes[96] donnant de la lumière au centre de
l’édifice. Les clochers [97] élevés sur les façades des églises romanes en Normandie prennent également de l’importance; mais ils sont étroits et terminés par des pyramides très aiguës.
La coupe transversale de la nef de la Trinité (fig. 190) montre le rudiment d’un arc-boutant qui est encore caché sous le comble en appentis des bas côtés; il contrebute effectivement les poussées des voûtes des bas côtés, mais il ne s’accuse pas encore au dehors, comme nous le verrons un peu plus tard.
Les voûtes de la Trinité marquent encore un pas en avant, un progrès réalisé par les constructeurs au moment où la période romane prend fin, après avoir préparé une nouvelle révolution dans l’art de bâtir par un système de construction nouveau qui s’annonce dès la première moitié du XII ᵉ siècle, qui grandit jusqu’à la fin du même siècle, pour arriver au XIIIᵉ siècle à son complet développement.
Nous avons cherché et trouvé les origines de l’architecture romane.
Nous avons montré la naissance, les transformations et les superbes développements de cette belle et grande architecture, absolument rationnelle dans ses principes aussi bien que dans ses applications.
Nous verrons dans le volume suivant: l’Architecture gothique, des monuments qui sont des merveilles par leurs ingénieuses combinaisons, et des miracles d’équilibre par la hardiesse de leur construction; mais nous devons rendre hommage à la mère de tous ces chefs-d’œuvre, à l’architecture romane qui a produit des monuments qu’il faudrait imiter parce qu’ils sont des modèles achevés, autant par leur simple beauté que par la sagesse de leur structure, disposant prudemment à l’intérieur leurs points d’appui et protégeant leurs organes essentiels en les mettant à l’abri des intempéries destructives.
Il faut admirer ces grands édifices qui sont la gloire de notre pays et donnent une si haute idée du génie de nos architectes. Si l’on ne peut pas ou, plutôt, si l’on ne veut pas les imiter, on doit les connaître et surtout les étudier sérieusement, sincèrement, afin d’en tirer les plus sérieux enseignements.
Le gouvernement de la République française a bien mérité des savants et des artistes en fondant, dans un des musées de l’État, un cours d’architecture du moyen âge. Le ministre qui l’a institué dernièrement pour répondre aux vœux légitimes exprimés en même temps par la commission des monuments historiques et par le directeur des cultes, sur l’avis des inspecteurs généraux des édifices diocésains, a rendu un grand service public en comblant une lacune regrettable; car l’architecture du moyen âge, l’un des chapitres les plus intéressants de notre art si intimement lié à l’archéologie nationale, n’était enseignée nulle part, sauf à l’École des chartes, dont les cours ne sont pas publics.
C’est un grand progrès qu’il faut s’empresser de constater, en souhaitant plus encore.
Si pour des raisons spéciales le cours nouveau d’architecture est professé au musée du Trocadéro, dans un milieu excellent d’ailleurs, puisqu’il comprend une partie des chefs-d’œuvre de l’art français du XIᵉ au XVIᵉ siècle, il est permis d’espérer que, dans un avenir très prochain, l’architecture française du moyen âge aura enfin sa place marquée au rang qu’elle doit occuper dans l’enseignement des arts donnée par l’État à l’École nationale des beaux-arts.
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Édouard Corroyer
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