L'Architecture romane
Chapitre II
Afin de faciliter l’étude de l’architecture romane, nous croyons utile d’établir l’ordre suivant pour les édifices présentant un grand intérêt au double point de vue de la construction et de l’archéologie: baptistères ou chapelles rurales et funéraires; églises de forme basilicale; églises rondes ou polygones; églises voûtées, en nous attachant seulement aux grandes divisions et aux caractères principaux de l’architecture. D’ailleurs, les détails concernant les profils, les appareils, la sculpture ont été si bien étudiés par de Caumont, si parfaitement décrits par Quicherat et si admirablement dessinés par Viollet-le-Duc qu’il n’est pas possible de faire plus ni mieux. Les Essais sur l’architecture religieuse du moyen âge, les Fragments d’un cours d’archéologie et le Dictionnaire raisonné de l’architecture française sont, du reste, dans toutes les mains; nos lecteurs y pourront trouver, avec les plus utiles enseignements, tous les détails particuliers que nous croyons inutile de reprendre après les travaux des auteurs que nous venons de citer.
CHAPITRE II
B A P T I S T È R E S O U C H A P E L L E S R U R A L E S E T
F U N É R A I R E S . — B A P T I S T È R E D E B I E L L A
( I TA L I E ) . — C H A P E L L E S R U R A L E S D E S A I N T E -
C R O I X , A M U N S T E R ( G R I S O N S ) , D E L A T R I N I T É
( I L E S A I N T- H O N O R AT D E L É R I N S ) E T D E
Q U E R Q U E V I L L E ( P R È S D E C H E R B O U R G ) . —
B A P T I S T È R E O U C H A P E L L E F U N É R A I R E D E
S A I N T E - C R O I X D E M O N T M A J O U R ( F R A N C E ) .
Il existe encore en divers pays de petits édifices anciens fort intéressants: baptistères ou chapelles.
Ces dernières sont sans doute des exemples des petites églises rurales bâties en grand nombre dans les premiers siècles de notre ère et que les
textes du temps de Charlemagne désignent sous le nom de [48] Capella; ou
bien des oratoires élevés ordinairement dans le charnier des villes ou des grands établissements religieux.
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FIG. 92.—BAPTISTÈRE DE
BIELLA (ITALIE). (Plan.)
Si l’on s’en rapportait seulement à la forme de ces petits édifices, on pourrait dire que ce sont des baptistères. On sait que, dans les premiers
temps du christianisme, les baptistères étaient séparés des églises [49]; ils avaient diverses formes: ils étaient carrés, octogones ou ils présentaient en plan un trèfle ou un quatre-feuilles; la cuve baptismale était au centre et les absidioles recevaient
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FIG. 93.—BAPTISTÈRE DE BIELLA (ITALIE). (Coupe
transversale.)
des autels sur lesquels on disait la messe, afin de donner la communion aux néophytes après le baptême.
Le baptistère de Novare est octogone (fig. 26 et 27), bâti vers le Vᵉ siècle à l’exemple de celui que saint Sylvestre fit élever au siècle précédent près
de Saint-Jean-de-Latran. Celui de Biella (fig. 92 et 93), qui date du IXᵉ siècle, donne en plan un quatre-feuilles et il rappelle en élévation les dispositions de Novare.
Suivant certains auteurs, le petit édifice de Sainte-Croix de Montmajour, près d’Arles, qui date des premières années du XIᵉ siècle, serait une chapelle funéraire, sans doute parce qu’elle est entourée de tombes creusées dans le rocher; cependant il faut remarquer que Sainte-Croix présente, aussi bien en plan qu’en élévation, des formes presque identiques à celles du baptistère de Biella, qui est bien désigné par des auteurs anciens comme un édifice ayant eu cette destination dès son origine.
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FIG. 94. CHAPELLE
SAINTE-CROIX, A
MUNSTER, DANS LES
GRISONS (SUISSE).
«L’édifice de Biella consiste dans un étage limité par quatre absides ou grandes niches ouvertes sur les côtés d’un carré central et dans une espèce de tour qui surmonte ce carré et repose sur des arcs-doubleaux construits en tête de niches... La tour attire l’attention par la singularité de ses
formes [50].» Des pendentifs furent établis à sa base pour racheter le carré; mais, construits avec timidité ou inexpérience, ils n’ont fait qu’arrondir les angles pour obtenir par une déformation graduelle à peu près la forme hémisphérique de la coupole, surmontée d’un petit campanile de beaucoup postérieur à la construction primitive.
La chapelle de Sainte-Croix à Munster (Grisons) est citée par des auteurs anciens comme un édifice funéraire élevé à l’exemple des chapelles des catacombes: cellæ memoriæ qui servaient aux cérémonies funèbres et commémoratives; cependant ce petit monument, qui date du VIIᵉ siècle, dit-on, et qui présente en plan la réduction d’une grande église, pourrait être un des exemples des petites églises rurales, capella, bâties avant Charlemagne. Elle est formée d’une nef terminée par une abside et accompagnée de deux absidioles donnant à la chapelle la figure d’une croix latine.
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FIG. 95. CHAPELLE DE LA
TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT
DE LÉRINS) (Plan.)
Il en pourrait être de même pour la chapelle de la Trinité, dans l’île Saint-Honorat de Lérins et celle de Saint-Germain à Querqueville, près de Cherbourg.
La chapelle dédiée à la Sainte-Trinité s’élève à l’extrémité orientale de l’île Saint-Honorat de Lérins, sur les côtes de la Méditerranée.
«Au premier aspect, ce singulier édicule laisse une très grande incertitude sur l’époque de sa construction; mais, après un examen plus attentif, on reconnaît qu’elle doit être de beaucoup antérieure au XIᵉ siècle. Composée d’appareils réguliers posés négligemment, dépourvue de profils, sans la moindre décoration, cette chapelle a paru à tous les archéologues et à tous les architectes qui l’ont visitée jusqu’à présent, pouvoir être
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FIG. 96.—CHAPELLE DE LA TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT
DE LÉRINS.) (Coupe longitudinale.)
citée comme l’une des premières qui furent élevées dans la Gaule chrétienne... Ce petit sanctuaire se compose d’une nef recouverte d’une voûte plein cintre, terminée par une abside...; une petite coupole à base circulaire et de forme conique surmonte l’espace compris entre la nef,
l’abside et les absidioles [51]...»
Suivant Viollet-le-Duc il n’existerait pas en Occident une coupole plus ancienne que celle de la chapelle de la Trinité, qui paraît remonter au VIIᵉ siècle ou au VIIIᵉ siècle. «Et cet exemple, qui probablement n’était pas le seul, indiquerait que les architectes de ce temps étaient préoccupés de l’idée d’élever des coupoles sur pendentifs; car, à coup sûr, il était vingt procédés plus simples pour voûter la travée principale de cette chapelle, sans qu’il y eût nécessité de recourir à ce moyen. Il y avait là évidemment l’idée d’imiter ces constructions byzantines qui alors passaient pour les chefs-
d’œuvre de l’art de l’architecture [52].»
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FIG. 97. CHAPELLE DE SAINT-
GERMAIN A QUERQUEVILLE
(PRÈS DE CHERBOURG). (Plan.)
La chapelle de Saint-Germain à Querqueville, près de Cherbourg, qui aurait été construite vers la fin du XIᵉ siècle, pourrait bien avoir été également une église rurale; sa forme actuelle rappelle celles de Sainte-Croix de Munster et même de la Trinité; cependant la nef est moderne et les amorces existant encore à sa jonction avec la construction ancienne sembleraient indiquer que le quatrième côté était semi-circulaire comme les trois autres et que la chapelle présentait originellement la forme d’un quatre-feuilles.
Le nom du pays, qui par son orthographe rappelle une origine septentrionale, s’écrivait autrefois Kerkeville ou Kerkenville et semblerait indiquer que ce petit édifice était une église rurale.
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FIG. 98.—CHAPELLE DE SAINT-GERMAIN, A
QUERQUEVILLE (PRÈS DE CHERBOURG). (Coupe
transversale.)
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FIG. 99. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE
MONTMAJOUR (PRÈS D’ARLES). (Coupe
longitudinale.)
Le plan de la chapelle Sainte-Croix de Montmajour est absolument
semblable à celui du baptistère de Biella (fig. 92). La seule différence entre ces deux édifices réside dans le narthex ou porche qui précède l’une des absides de la chapelle, laquelle donne en plan un quatre-feuilles.—Au milieu, au-dessus du carré formé par l’intersection des quatre absides semi-circulaires et voûtées en quart de sphère, s’élève une coupole carrée en forme d’arc brisé que surmonte un campanile ouvert sur ses quatre côtés et surmonté lui-même d’une petite coupole carrée (coupe transversale, fig. 99).
Suivant des auteurs modernes, Sainte-Croix devrait être considérée comme une chapelle funéraire; ils s’appuient sur ce fait que les seules fenêtres éclairant la chapelle s’ouvrent sur l’enclos servant de champ de repos. «La nuit, une lampe brûlait au centre du monument et, conformément à l’usage admis dans les premiers siècles du moyen âge, ces trois fenêtres
projetaient la lueur de la lampe dans le charnier [53].»
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FIG. 100. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE
MONTMAJOUR (PRÈS D’ARLES). (Plan.)