L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 36 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre XVI

FIG. 180.—ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Cloître.)

 

CHAPITRE XVI

É G L I S E D E W O R M S ( H E S S E - D A R M S TA D T ) . —

É G L I S E D E S P I R E ( B AV I È R E ) A L L E M A G N E .

 

La première moitié du XIIᵉ siècle doit être considérée comme une époque de transition.

Nous entendons donner à ce mot transition une signification plus étendue que celle donnée généralement par les archéologues modernes à cette époque de l’histoire de l’architecture, car nous ne croyons pas que les perfectionnements progressifs qui ont marqué le milieu du XIIᵉ siècle se soient manifestés seulement par les changements apportés dans les formes des arcs.

Les arcs en plein cintre ou les arcs brisés ont une origine très ancienne, et si l’on en croit les savants, les Perses auraient employé l’arc brisé bien avant l’époque romaine. D’ailleurs, l’arc brisé était en usage, non comme une forme consacrée ou encore moins comme un système, mais bien comme un moyen, un expédient de construction dans des édifices construits en Provence dans les premières années du XIᵉ siècle. Les exemples de berceaux et d’arcades en forme d’arcs brisés abondent dans les plus anciens édifices romans du Limousin et du Poitou; on voit même souvent cette forme et le plein cintre employés simultanément dans le même édifice.

La transition doit être entendue dans un sens plus large et plus général, car il nous semble que cette époque est caractérisée par la transformation du système de voûtement des églises, fait bien autrement important que la forme des arcs, qui n’est plus qu’un mince détail dans un vaste ensemble.

Ce grand mouvement d’art est né de l’application générale du mode de construction des églises à coupoles, qui avait si profondément modifié, dès les premières années du XIᵉ siècle, l’art de bâtir en Occident, dont Saint-Front est resté l’admirable exemple, le type par excellence.

 

[Image non disponible.]

FIG. 181.—ÉGLISE DE

WORMS, HEISSE-

DARMSTADT (ALLEMAGNE).

(Plan.)

Nous connaissons les étapes parcourues depuis l’église des Saints-Apôtres, à Constantinople, jusqu’à l’église de Saint-Front, en France. Nous savons avec quelle merveilleuse adresse les architectes aquitains se sont assimilé les traditions byzantines pour les appliquer selon leurs ressources et par l’emploi, judicieusement combiné, des matériaux dont ils disposaient; nous avons suivi les progrès réalisés par leurs successeurs romans, depuis l’église de Périgueux jusqu’à celle de Fontevrault, et enfin nous avons constaté les modifications apportées, avec une science pleine d’ingénieuses ressources, dans la construction des voûtes, depuis la coupole de Saint-Front jusqu’à la croisée d’ogives si nettement accusée à Saint-Avit et à Saumur.

Ce nouveau système de construction, ayant pour but d’alléger les voûtes, amena tout naturellement des changements considérables. Ils consistèrent dans la diminution des masses portantes, plus faibles, mais plus nombreuses. Entre les piles principales, on éleva des piliers plus faibles; ceux-ci reliés entre eux par des arcades superposées et celles-là par un formeret rejoignant la voûte et solidarisant les piles principales.

Les voûtes d’arête, munies ou non d’arcs-doubleaux, avec ou sans croisée d’ogives, très bombées et rappelant la forme des coupoles ou des voûtes annulaires, reportent les charges sur les piles principales, solidement contrebutées par les voûtes latérales; elles sont disposées sur un plan carré, réminiscence, ou plutôt imitation traditionnelle des églises à coupoles élevées sur un plan semblable.

Les églises bâties au milieu du XIIᵉ siècle, ou à peu près, de Worms et de Spire en Allemagne, de Saint-Ambroise de Milan en Italie et de la Trinité de Caen en France, nous fournissent les exemples les plus intéressants de cette époque de transition qui prépara la révolution monumentale du XIIIᵉ siècle.

Dans la nef de la cathédrale de Worms, nous dit Viollet-le-Duc, nef qui date de la moitié du XIIᵉ siècle, une grande voûte d’arête sans arc-doubleau la couvre et s’élève sur plan carré. Les piles intermédiaires forment des compartiments dans les bas côtés qui sont également couverts par des voûtes d’arête qui dérivent de la tradition romano-byzantine.

 

[Image non disponible.]

FIG. 182.

ÉGLISE DE WORMS (ALLEMAGNE).

(Détail de la coupole.)

 

La cathédrale de Worms est à trois nefs, rappelant les dispositions basilicales, et qui aboutissent à un transsept, donnant à l’édifice la forme d’une croix latine: l’église a deux chœurs, l’un à l’orient qui se termine par un hémicycle à l’intérieur et dont la face extérieure est carrée; l’autre à l’occident et formé par une abside polygone.

La coupole qui couronne la croisée du transsept est construite suivant les données byzantines-grecques; elle rappelle particulièrement les coupoles de

Daphni près d’Athènes et plus encore celle de Saint-Nicodème (fig. 78) par la disposition des niches voûtées en quart de sphère qui font passer la coupole du plan carré à l’octogone.

 

L’église de Spire est du même temps ou à peu près que la cathédrale de Worms. Les dispositions de son plan rappellent celles des églises normandes du XIᵉ siècle.

 

[Image non disponible.]

FIG. 183.

ÉGLISE DE SPIRE, BAVIÈRE

(ALLEMAGNE). (Plan.)

 

C’est une basilique composée de trois nefs, d’un transsept dont la croisée est couronnée par une coupole octogone et d’un chœur en hémicycle couvert par une voûte en quart de sphère. A l’extérieur et à l’intérieur, il est décoré de colonnes ornées de chapiteaux qui supportent des arcatures en plein cintre, couronnées d’un cordon au-dessus duquel s’élève une galerie à jour formée de petites colonnettes reliées par des arcades, disposition qui

ressemble au couronnement de l’abside des églises d’Auvergne [93].

 

[Image non disponible.]

FIG. 184.—ÉGLISE DE SPIRE, BAVIÈRE (ALLEMAGNE).

(Vue perspective intérieure.)

 

La nef à six travées est formée de deux rangées de formerets s’élevant jusqu’à la voûte et reliant les points d’appui principaux; les travées sont subdivisées par des piliers intermédiaires réunis par des arcades

superposées suivant les dispositions indiquées par la figure 185, qui fait voir en même temps les détails particuliers des colonnes supportant les grands arcs-doubleaux de la nef qui se divisent en six parties.