L'Architecture romane
Chapitre XV
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FIG. 173.—ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Vue perspective de l’abside.)
L’église de Solignac, dans le département de la Haute-Vienne, est un exemple d’un édifice à coupoles, rares dans le Limousin.
Elle ressemble à celle de Cahors, sauf en ce qui concerne le nombre des travées et la disposition du sanctuaire,
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FIG. 174.—ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Coupe sur le transsept,
fragment.)
couvert par une voûte, tout à la fois construite en quart de sphère du côté de l’hémicycle et sur pendentifs du côté de l’arc triomphal formant l’entrée du chœur.
Les ailes du transsept semblent avoir été modifiées après la construction primitive; celle du sud-est, voûtée en berceau et celle du nord-est, couronnée par une coupole hémisphérique, ovale en plan.
La nef est composée de quatre travées couronnées par des coupoles sur pendentifs, la dernière couvrant, avec les particularités que nous avons indiquées, le sanctuaire, cantonné, comme à Cahors, de trois absidioles voûtées en quart de sphère. Celles-ci, circulaires à l’intérieur, sont polygones à l’extérieur et chacun des angles est muni d’un contrefort sous forme de colonne engagée.
Les coupoles de Solignac sont couvertes, comme celles d’Angoulême et d’autres que nous avons signalées, par un comble à deux rampants.
A l’extérieur, les proportions sont moins heureuses encore que celles de Cahors.
A l’intérieur, les absides et les absidioles, bien que polygones, rappellent les églises du Poitou et surtout celles de l’Auvergne par ce détail caractéristique des arcatures ornant la partie haute de l’abside et du transsept, et qui encadrent quelques fenêtres ménagées à la base de la coupole du sanctuaire.
L’église du monastère de Solignac a été élevée dans les premières années du XIIᵉ siècle, car la dédicace en fut faite en 1143.
CHAPITRE XV
É G L I S E D E F O N T E V R A U LT. — É G L I S E D E
S A U M U R . — É G L I S E D U P U Y- E N - V E L AY
( F R A N C E ) .
L’église abbatiale de Fontevrault a été bâtie à peu près en même temps que la cathédrale d’Angoulême, de 1101 à 1120, et consacrée pour la première fois en 1119 par le pape Calixte II.
Le plan de ces deux églises est le même, sauf le chœur; les coupoles sont semblables et sont certainement des dérivés de Saint-Front en ce qui concerne le parti architectural et le mode de construction; cependant les progrès que nous avons constatés à Cahors et à Angoulême s’affirment plus encore et ces perfectionnements s’expliquent par l’habileté toujours croissante des architectes romans; les piles, les arcs-doubleaux et les pendentifs n’ont plus que les dimensions nécessaires; les poussées et les résistances sont calculées savamment et les contreforts, placés aux points utiles, s’accusent davantage, afin de ne plus donner aux murs de clôture que des épaisseurs utilement réduites.
Les détails de la construction, les ornements sculptés sont plus affinés et ils annoncent un art en pleine possession de ses moyens, arrivant à son apogée qui fut bientôt le point de départ d’une transformation nouvelle.
Le chœur de Fontevrault est moins ancien que la nef; c’est une expression différente de l’architecture romane dans laquelle on reconnaît aisément les dispositions des églises d’Auvergne; car cette partie de l’église abbatiale présente une très grande analogie avec le chœur de l’église de
Saint-Paul, à Issoire. (Voir la figure 137.)
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FIG. 175.
ÉGLISE DE FONTEVRAULT.
(Plan.)
Mais la manière, nouvelle alors, dont la croisée de transsept a été voûtée est particulièrement remarquable. Ce n’est plus une coupole proprement dite; c’est une voûte sphérique coupée par les quatre doubleaux des arcs de la croisée; c’est, en un mot, une voûte annulaire dont les poussées sont moins énergiques que la coupole, en raison de sa moins grande pesanteur. La construction en est très simple, car chaque ligne d’assise formant claveau concave, les cintres peuvent être réduits à leur plus simple expression. Les retombées et cette voûte annulaire sont accusées par des chapiteaux placés un peu plus haut que ceux qui reçoivent les arcs-doubleaux de cette croisée.
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FIG. 176.—ÉGLISE DE
FONTEVRAULT.
(Coupe de la voûte de la croisée du
transsept.)
Nous avons vu déjà ce mode de construction de voûtes[91]; il se montre quelques années après Fontevrault, à l’église Saint-Pierre, à Saumur, avec un perfectionnement plus accusé qui marque, mieux encore qu’à Saint-Avit-Sénieur, le passage de la voûte en coupole à la voûte d’arête, soutenue par des croisées d’ogives.
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FIG. 177.—ÉGLISE DE SAUMUR.
(Coupe de la voûte.)
Ce dernier système qui donne une plus grande légèreté aux voûtes et nécessite des arcs-doubleaux et des
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FIG. 178.—ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Façade.)
points d’appui beaucoup moins importants, se développa rapidement; nous en verrons les premières applications dans les chapitres XVI et XVII.
En dehors des églises à coupoles, que nous avons étudiées ou signalées, il faut citer l’église de Notre-Dame au Puy-en-Velay, issue des mêmes types, mais qui présente un caractère particulier.
La nef, se terminant par une abside sans collatéral, consiste en une suite de travées voûtées, comme le carré du transsept l’est ordinairement dans les églises romanes, c’est-à-dire que chacune de ces travées est surmontée d’un tambour octogone, sur plan carré, racheté par des trompes très ingénieusement disposées, et d’une coupole également octogone, qui rappelle celles de Saint-Vital, de Ravenne ou de l’église palatine d’Aix-la-Chapelle; la coupole surmontant la croisée du transsept est disposée de même, mais plus élevée au-dessus du comble à deux pentes qui couvre celles de la nef; les ailes du transsept sont voûtées en berceau.
Suivant Viollet-le-Duc, Notre-Dame du Puy est unique dans sa disposition. «En passant par un porche très relevé, comme une loge immense, on pénètre sous le parvis de l’église et on débouche par un escalier devant le maître-autel. Ce degré se prolonge au loin, dans la rue percée en face le portail. Cette disposition si étrange avait été prise pour permettre aux nombreux pèlerins qui visitaient Notre-Dame du Puy d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée. La cathédrale du Puy présente des traces d’un édifice du XIᵉ siècle. Les trois travées orientales sont en plein cintre et les autres
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FIG. 179.—ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Clocher.)
en arcs brisés,—achevées vers le milieu du XIIᵉ siècle et couronnées par des coupoles octogones... Les parements extérieurs sont composés d’assises de
grès blanc et de lave noire, de façon à former de grandes mosaïques [92].»
Le clocher rappelle les clochers limousins et périgourdins, surtout ceux de Saint-Léonard et de Brantôme. Il se compose, à la base, d’une muraille carrée, reliée à quatre piles isolées par des arcs portant des berceaux perpendiculaires aux quatre côtés de ce mur; sur ces berceaux reposent les étages supérieurs se rétrécissant à chaque étage jusqu’à l’aplomb des piles intérieures.
Le cloître, dont la construction primitive remonterait, en partie, au Xᵉ siècle (?), a été reconstruit sur trois côtés au XIIᵉ siècle. Les galeries sont couvertes par des voûtes d’arête romaines, portant d’un côté sur les murs extérieurs et, du côté de l’aitre du cloître, sur de grosses piles composées d’assises et cantonnées de colonnes monolithes dégagées. Ces piles sont reliées par deux rangs d’archivoltes en plein cintre, formées de claveaux alternativement noirs et blancs et dont l’extrados est orné de mosaïques de lave et de briques en losange, qui décorent également les écoinçons et la frise au-dessus de la corniche. Le cloître du Puy a un caractère byzantin très accusé par la construction même, indiquant nettement l’influence orientale et par tous les détails de la décoration bâtie ou sculptée.
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