L'Architecture romane
Chapitre XV
La nef principale, de forme carrée, est allongée par deux hémicycles cantonnés par quatre grandes niches, et dont les voûtes en quart de sphère contrebutent la base de la coupole à l’est et à l’ouest; les deux autres côtés, au nord et au sud, sont maintenus par de puissants contreforts dans l’épaisseur desquels de larges ouvertures forment galerie que des colonnes achèvent de séparer de la grande nef. Les portes et l’abside occupent le fond des hémicycles.
Ce grand vaisseau est éclairé latéralement par un réseau de jours perçant les murs des grands arcs au nord et au midi et, dans la partie supérieure, par quarante fenêtres ménagées à la base de la coupole.
La construction de Sainte-Sophie est une merveille, car nulle part on n’a appliqué avec plus de hardiesse et
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FIG. 71.—ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE. (Vue perspective intérieure.)
de franchise les principes de construction d’une architecture rationnelle.
Sainte-Sophie est le chef-d’œuvre de l’art byzantin; elle est restée un modèle pour tout l’Orient. On s’est efforcé de l’imiter, tout en le simplifiant, non seulement en Orient, mais encore dans toute l’Europe occidentale, en Italie, en Allemagne et surtout en France où l’art antique et l’art byzantin semèrent les germes d’une architecture qui devait avoir un si grand éclat quelques siècles plus tard.
CHAPITRE XV
É G L I S E D E T H É O T O C O S , A C O N S TA N T I N O P L E .
— É G L I S E D E S A N TA - F O S C A , A T O R C E L L O
( I TA L I E ) . — É G L I S E D E S A I N T- N I C O D È M E , A
AT H È N E S . — É G L I S E D U M O N A S T È R E D E
D A P H N I , P R È S D ’ AT H È N E S .
L’église de la Mère-de-Dieu—Agia Theotocos—édifice byzantin bâti à Constantinople dans les dernières années du IXᵉ siècle, rappelle des dispositions presque identiques à celles du prétoire de Mousmieh, bâti par
les Romains, dans la Syrie centrale, vers le IIᵉ siècle de notre ère (fig. 6 et
7). Suivant l’usage adopté par les chrétiens grecs, le plan figure une croix grecque composée d’une nef carrée, formant la croisée des quatre bras au-dessus desquels s’élève la coupole principale. La nef centrale est cantonnée de quatre bras: celui de l’est, prolongé pour continuer le chœur et se terminant par une abside majeure accompagnée latéralement de deux galeries terminées chacune par une absidiole; celui de l’ouest, augmenté ou, plus exactement, précédé d’un narthex plus ou moins important, communiquant avec les galeries latérales. La croisée de celle-ci, près du chœur et du narthex, est souvent couronnée par une petite coupole.
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FIG. 72.—ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A
CONSTANTINOPLE. (Plan.)
Cette disposition—s’accusant par une coupole centrale flanquée de quatre coupoles plus petites aux angles du carré, au-dessus duquel elle s’élève—est très fréquente dans l’architecture byzantine. On sent encore l’influence de Sainte-Sophie que les architectes byzantins ont imitée, tout en simplifiant la construction dans son ensemble et dans ses détails pour des raisons majeures, parmi lesquelles il est permis de supposer que la question des dépenses devait avoir une importance réelle.
On remarque également des modifications apportées par les constructeurs, ayant pour objet d’augmenter la solidité des arcs formant le carré et de diminuer sinon l’importance de la coupole, tout au moins, et peut-être surtout, d’en assurer parfaitement la stabilité.
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FIG. 73.—ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE.
(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)
On voit aussi que la coupole s’élève davantage audessus des grands arcs et les fenêtres disposées à la base de cette coupole—qui semble annoncer déjà les tours-lanternes romanes—prennent une plus grande importance en décorant et en éclairant même la partie centrale de l’édifice.
La coupole de l’église de Théotocos présente ces caractères particulièrement intéressants. Elle repose sur des pendentifs très accusés, rachetant le carré, au-dessus desquels une couronne de fenêtres sur plan circulaire est fermée par une calotte hémisphérique.
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FIG. 74.—ÉGLISE DE SANTA-
FOSCA, A TORCELLO.
(Plan.)
L’appareil de la construction est déjà plus soigné; à l’extérieur, les murs sont bâtis en briques ou, le plus souvent, en assises alternées de briques et de pierres de taille. Ils sont même souvent divisés en grandes bandes horizontales diversement colorées qu’on généralisa en encadrant les fenêtres ou en enveloppant les archivoltes. A l’intérieur, les mosaïques à fond d’or sont remplacées par des marbres ou des mosaïques fort simples ou très souvent par des fresques appliquées sur des enduits préparés avec soin.
L’église ou la rotonde de Santa-Fosca, dans l’île de Torcello, près de Venise, présente également une grande analogie, comme plan et comme parti architectonique, avec les dispositions syriennes du prétoire de
Mousmieh (fig. 6 et 7).
Elle ressemble surtout à l’église de Théotocos, bâtie à peu près en même
temps à Constantinople, vers la fin du IXᵉ siècle (fig. 72 et 73).
L’église de Santa-Fosca se compose d’un carré central de dix mètres de côté environ, surmonté d’une coupole circulaire, entourée sur ses côtés de larges arcs-doubleaux—un
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FIG. 75.—ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO.
(Coupe transversale.)
grand et deux plus petits—retombant sur des colonnes isolées et des pilastres engagés. Ces arcs-doubleaux sur plan carré soutiennent fortement la base circulaire de la coupole.
Les angles rentrants extérieurs du carré sont renforcés par des niches en quart de cercle, qui maintiennent solidement les poussées des trompes
intérieures. La coupe (fig. 76) faite sur la diagonale du carré central indique cette ingénieuse disposition.
Dans le quatrième côté se trouve l’abside, précédée d’un chœur ayant la largeur du grand arc et accompagnée de deux galeries latérales de même largeur que les petits arcs et terminées par des absidioles.
Au XIᵉ siècle, l’église a été agrandie par la construction
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ÉGLISE DE SANTA- ÉGLISE DE SAINT-FOSCA, NICODÈME, FIG. 76. FIG. 77.
A TORCELLO. (Coupe A ATHÈNES. (Plan.) diagonale.)
d’une galerie ouverte enveloppant les trois côtés de l’édifice.
La coupole est remarquable par les détails de sa construction; elle ne repose pas sur des pendentifs franchement accusés comme à l’église de Théotocos à Constantinople. Pour racheter le carré, les architectes de Torcello ont construit, dans les angles du carré central, des trompes superposées, transformant le carré en octogone, de sorte que les pendentifs —entre les pans de l’octogone—ont peu d’importance et se trouvent
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FIG. 78.—ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES.
(Coupe longitudinale, du narthex à l’abside.)
noyés dans le blocage formant la calotte de la coupole hémisphérique. Celle-ci n’est pas accusée extérieurement; elle est couverte par une
charpente comme à Saint-Vital, à Ravenne (fig. 66).
A Athènes, l’une des plus grandes églises est celle de Saint-Nicodème, bâtie vers le Xᵉ siècle suivant les
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FIG. 79.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS
D’ATHÈNES[28]. (Plan.)
principes de l’art byzantin modifié par les constructeurs grecs.
L’édifice est couronné dans la nef centrale carrée par une seule coupole circulaire dont la base, décorée de fenêtres, rappelle celle de Théotocos à Constantinople; mais le parti pris pour racheter le carré est différent. L’architecte, n’ayant pas osé construire sa coupole sur quatre pendentifs ou cherchant un effet nouveau, l’a établie sur quatre grandes niches ou, plus exactement, sur quatre trompes, faisant passer le plan du carré à l’octogone et de l’octogone au plan circulaire par huit tympans gauches, élevés sur l’extrados des huit arcs (coupe longitudinale, fig. 80).
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FIG. 80.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS
D’ATHÈNES. (Coupe longitudinale.)
L’abside et deux absidioles s’ouvrent sur le côté oriental du côté central. Celui-ci est entouré de bas côtés voûtés supportant une galerie, également voûtée, destinée aux femmes.
L’édifice présente cette particularité qu’il est couvert par une terrasse au-dessus de laquelle s’élève la coupole percée à sa base d’une couronne de fenêtres s’ouvrant au-dessus de la toiture.
A l’intérieur, des mosaïques décorent les murs et la coupole, des plus curieuses pour l’étude de l’iconographie chrétienne grecque.
L’église du monastère de Daphni, élevée vers le IXᵉ siècle, à 10 kilomètres d’Athènes, est, parmi les édifices religieux bâtis par les Grecs, celui qui rappelle le
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FIG. 81.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS
D’ATHÈNES.
(Détail des trompes et pendentifs de la coupole.)
plus les traditions byzantines, si complètement caractérisées à Sainte-Sophie de Constantinople.
Comme l’église de Saint-Nicodème, elle consiste en une nef centrale carrée, surmontée d’une coupole qui repose sur des trompes dont la figure
81 donne les curieuses dispositions. Sur le côté oriental de la nef s’ouvrent l’abside principale et deux absidioles couvertes par des voûtes d’arête; le fond de ces absides et absidioles, à pans à l’extérieur, est semi-circulaire à l’intérieur et couvert par des voûtes en quart de sphère.
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FIG. 82.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS
D’ATHÈNES. (Façade latérale.)
A l’extérieur, les murs sont construits en pierre, dont les assises et les joints sont marqués par des rangées de briques; à l’intérieur, les voûtes sont en briques et elles étaient décorées de brillantes mosaïques.