L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 17 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre XIV

Les détails de l’architecture et de la sculpture sont également romains, mais interprétés avec une grande rudesse, appréciable surtout dans la sculpture des chapiteaux de forme orientale supportant les arcatures des grandes niches. Cette sculpture est grossière, et le rudiment d’entablement romain qui surmonte ces chapiteaux alourdit inutilement la retombée des arcatures.

 

[Image non disponible.]

FIG. 68.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A

RAVENNE.

(Vue perspective d’un des exèdres de la galerie

basse.)

 

Mais ce qui distingue surtout l’église de Saint-Vital parmi les édifices byzantins, c’est la somptueuse décoration en mosaïque dont elle fut revêtue du temps de Justinien.

«C’est à Ravenne qu’il faut chercher les plus belles mosaïques byzantines. Rien en ce genre n’égale la décoration de l’abside de Saint-Vital. D’un côté, Justinien entouré de dignitaires et de gardes; de l’autre, Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents à l’église. L’impératrice franchit l’atrium, où se trouve la fontaine sacrée, tandis qu’un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus à la porte du temple; son costume est splendide: une large broderie, qui représente l’adoration des mages, orne le bas de sa robe; des joyaux couvrent sa poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des torsades de perles, et un haut diadème

couronne la tête ceinte du nimbe[26].»

 

CHAPITRE XIV

É G L I S E D E S A I N T E - S O P H I E , A

C O N S TA N T I N O P L E .

Le premier temple de la Sagesse-Divine de Sainte-Sophie fut élevé à Constantinople, en 325, par Constantin. Constantius son fils l’agrandit en 338. Sous le règne d’Arcadius, en 404, un incendie consuma l’édifice, qui fut reconstruit par Théodose en 415 et détruit en 532 par un nouvel incendie.

Justinien, dans la cinquième année de son règne, commença la reconstruction de Sainte-Sophie en donnant au nouvel édifice des proportions beaucoup plus vastes et une magnificence infiniment plus grande. L’église fut réédifiée, sept années après, sur les plans

 

[Image non disponible.]

FIG. 69.—ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE.

(Coupe longitudinale, de l’abside à l’atrium.)

 

d’Anthémius de Tralles, mort en 534 avant d’avoir achevé son œuvre, et d’Isidore de Milet, son collaborateur ou sûrement son successeur, tous deux originaires des provinces d’Asie, où l’architecture s’était développée avec le plus d’originalité du IVᵉ au Vᵉ siècle.

Au mois de décembre 538, on célébra l’achèvement de l’édifice. La moitié orientale de la grande coupole, ébranlée par plusieurs tremblements de terre—l’un en 553 qui dura quarante jours et l’autre en 557, qui détruisit une partie de la ville—s’écroula le 7 mai 558.

Justinien fit reconstruire la coupole et il chargea de ce travail le neveu d’Isidore qui augmenta l’élévation de la coupole afin de diminuer les poussées et donna en même temps plus de solidité aux grands arcs.

L’église fut enfin terminée, somptueusement décorée et inaugurée de nouveau le jour de Noël de l’année 568.

Les historiens signalent encore un écroulement partiel de la voûte en 987, accident qui fut promptement réparé.

Sainte-Sophie de Constantinople doit être considérée comme le type par excellence de l’art byzantin; elle présente le double avantage de marquer l’avènement d’un style nouveau et d’atteindre du même coup à des proportions telles qu’elles n’ont jamais été surpassées ni en Orient ni en Occident.

«Justinien voulut que la nouvelle église dépassât en splendeur tout ce qu’on racontait des anciens édifices les plus célèbres et, en particulier, du

temple de Salomon[27]....

«Vue de l’extérieur, Sainte-Sophie ne produit qu’une impression médiocre et la coupole même, si hardie qu’en soit la construction, paraît déprimée. C’est à l’intérieur de l’église qu’il faut pénétrer pour en bien comprendre l’originalité et les splendeurs.»

Le plan de Sainte-Sophie semble procéder de celui de Saint-Serge agrandi, en rappelant surtout les vastes proportions des grandes salles voûtées des Thermes romains; ces deux influences sont visibles, car on voit l’intention bien marquée de combiner la forme allongée de la basilique—

comme celle de Constantin (fig. 16 et 17) avec le système concentrique des

édifices à coupole—comme celle des SS. Serge et Bacchus (fig. 63 et 64). Les

 

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FIG. 70.

ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE A

CONSTANTINOPLE.

(Plan.)

 

grands hémicycles transforment le carré central en un ovale et leurs niches secondaires font de cet ovale un rectangle. La nef est accompagnée de galeries étroites de bas côtés qui n’ont pas le caractère de leur fonction. Coupés par les gros piliers en compartiments inégaux et voûtés inégalement, ils ne sont plus que des services sacrifiés. Au-dessus s’étendent les galeries, ou gynécées, réservées aux femmes.

Cet immense ensemble, construit tout en pierres et en marbre, à l’exception des voûtes qui sont faites en matériaux plus légers—en tuiles blanches de Rhodes,—est très pittoresque, mais un peu confus, en raison des dimensions et des formes très variées; il s’étend sur une surface à peu près carrée, mesurant, pour l’église seule, 76 mètres de longueur sur 68 de largeur.

En avant du temple s’étend l’atrium, et du côté de l’église se trouve un double narthex qui communique avec elle par neuf portes.

L’édifice est couvert par des voûtes; une vaste coupole—32 mètres de diamètre—portée sur des pendentifs sphériques reportant la charge sur les piliers, s’élève au centre.