L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 30 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre X

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FIG. 143.—ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, A TOULOUSE.

(Vue perspective des façades ouest et sud.)

 

les détails de sa construction; c’est une imitation, agrandie, des églises de Clermont et d’Issoire.

La nef dont la façade est inachevée a été rebâtie au XVᵉ siècle, mais sur les données primitives. Le vaisseau central est voûté par un berceau contrebuté par les demi-berceaux latéraux couvrant les galeries hautes des collatéraux; celles-ci sont simples, tandis que les galeries basses des bas côtés, voûtées d’arête, sont doubles et se retournent dans le transsept, très vaste et dont la face orientale est percée d’absidioles voûtées en quart de sphère.

Le chœur est enveloppé par un collatéral, voûté d’arête, sur lequel s’ouvrent cinq absidioles ou chapelles rayonnantes voûtées comme celles du transsept.

Sur la croisée du transsept, et soutenue par quatre énormes piliers, s’élève une haute tour construite au XIIIᵉ ou au XIVᵉ siècle, en pierre et en briques dont l’appareil est très ingénieusement étudié pour l’étagement des arcatures et leur construction, dans laquelle l’emploi des matériaux est des plus judicieusement combinés.

 

CHAPITRE X

É G L I S E E T C L O Î T R E D E S A I N T- T R O P H I M E , A

A R L E S . — P O RTA I L S D E S A I N T- G I L L E S E N

L A N G U E D O C , D E S A I N T E - M A RT H E , A

TA R A S C O N E T D E M O I S S A C . — C L O Î T R E S D E

M O N T M A J O U R , P R È S D ’ A R L E S E T D E S A I N T-

PA U L - D U - M A U S O L É E , P R È S D E S A I N T- R É M I

( B O U C H E S - D U - R H Ô N E ) .

 

Dans les contrées méridionales de l’Europe et principalement dans le Midi de la France, l’architecture romane a pris, dès son avènement, un caractère particulier de finesse et d’élégance qui s’explique facilement.

Les architectes méridionaux, nés au milieu des chefs-d’œuvre de l’art romain que leurs ancêtres s’étaient non seulement assimilés, mais encore qu’ils avaient rapidement amenés à un plus haut degré de perfectionnement, nous en donnent la preuve.

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FIG. 144.

ÉGLISE DE SAINT-TROPHIME

A ARLES. (Plan.)

 

Ce fait a été parfaitement dégagé par le savant épigraphiste Léon Rénier, dans ses cours du Collège de France. «Il est remarquable que les changements, les enrichissements, les modifications de l’architecture importée par Rome dans tous les pays soumis à sa domination se produisent dans les provinces bien avant de se produire en Italie. Rome ne donnait plus, mais recevait des provinces un goût plus affiné, et il s’est opéré alors

comme une transfusion d’un sang nouveau plus vif et plus riche[81].»

Les architectes romans de la province ont suivi les traditions non interrompues de l’antiquité et, tout en sacrifiant à l’art nouveau qui se manifeste par l’adoption d’un parti architectonique pour la construction des édifices élevés au XIᵉ et au XIIᵉ siècle dans les provinces méridionales, ils conservent les caractères de l’art ancien par le goût raffiné de l’ornementation et de la statuaire dans l’expression desquelles on retrouve aisément les influences syriennes et byzantines.

L’église de Saint-Trophime, à Arles, présente un des exemples, nombreux en Provence, des édifices bâtis au commencement du XIIᵉ siècle selon les nouveaux principes de la construction romane. Elle se compose

d’une nef et de deux bas côtés étroits (fig. 144), divisés en cinq travées et séparés par un transsept du sanctuaire formé d’une grande abside et de deux absidioles voûtées en quart de sphère.

Le plan de Saint-Trophime rappelle la basilique antique par les dispositions de la nef, du transsept et de l’hémicycle accompagné de deux absidioles; mais l’édifice est roman par son système de voûtes.

Le berceau de la nef est en forme d’arc brisé et les arcs-doubleaux des bas côtés sont en plein cintre. L’arc brisé de la nef n’est pas la caractéristique d’un style d’architecture; ce n’est qu’un moyen, employé souvent par les architectes romans dans le Centre et le Midi de la France, parce que le berceau en forme d’arc brisé exerce, sur les murs latéraux, une action beaucoup moins énergique que le berceau en plein cintre. On voit, du reste, à Saint-Trophime, comme en d’autres églises, l’arc brisé et l’arc plein cintre employés simultanément dans le même édifice selon les exigences de la construction pour assurer sa parfaite solidité.

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FIG. 145.—PORTAIL DE SAINT-TROPHIME, A ARLES.

 

Le portail de Saint-Trophime d’Arles est un des plus beaux de la Provence, aussi remarquable par la perfection de sa construction que par la richesse de sa décoration.

Selon Viollet-le-Duc, l’ornementation de ce portail est toute romano-grecque syriaque, et la statuaire est gallo-romaine avec une influence byzantine prononcée.

 

Le cloître roman de Saint-Trophime est certainement un des plus curieux du Midi de la France, qui en possède cependant plusieurs de cette époque, notamment à Montmajour et à Saint-Rémi. «Deux des galeries de ce cloître datent du commencement du XIIᵉ siècle; chacune d’elles se compose de trois travées principales, divisées en quatre arcades portées sur des colonnettes jumelles. Les piles d’angles sont très puissantes ainsi que celles qui séparent les travées. Les galeries étant voûtées en berceau continu, les piles d’angles reçoivent deux arcs-doubleaux et un arc diagonal qui masque la pénétration des deux berceaux. Chaque pile de travée reçoit un arc-

doubleau [82].» Le berceau est un arc rampant qui recevait primitivement la couverture du cloître, en dalles posées sur l’extrados du berceau, selon le mode provençal.

Ce cloître est d’une grande richesse comme sculpture; les colonnettes, les chapiteaux, les revêtements des piles sont en marbre gris, et on sent, aussi bien dans la sculpture que dans les profils, l’influence des arts de l’antiquité romaine.

L’église abbatiale de Saint-Gilles, en Languedoc,

 

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FIG. 146.—ÉGLISE DE SAINT-TROPHIME, A ARLES. (Vue perspective de l’aitre du cloître.)

 

de même que celle de Saint-Trophime, reproduit dans les détails de sa décoration des fragments romains qui

 

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FIG. 147.—PORTAIL DE SAINT-GILLES, EN LANGUEDOC. (Vue perspective des trois portes.) couvrent encore le sol de la Provence. L’édifice est très

 

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FIG. 148.—PORTAIL DE SAINTE-MARTHE, A TARASCON (BOUCHES-DU-

RHONE).

 

intéressant et son magnifique portail est un des plus somptueux exemples de l’ornementation romano-byzantine; suivant Mérimée, elle se présente comme

 

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FIG. 149.—PORTAIL DU MOUSTIER A MOISSAC (TARN-ET-GARONNE).

 

un immense bas-relief de marbre et de pierre où le fond disparaît sous la multiplicité des détails. D’après Viollet-le-Duc, l’école de Toulouse avait su concilier

 

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FIG. 150.—CLOÎTRE DE L’ABBAYE DE MONTMAJOUR (FRANCE). (Vue perspective des

galeries.)

 

les traditions de l’architecture gallo-romaine—et auvergnate—avec les données byzantines recueillies en Orient. Une autre école voisine, celle de la Provence, s’était initiée plus intimement encore aux derniers vestiges de l’art gréco-romain réfugié en Syrie. En examinant les portes de Saint-Gilles, qui datent du

 

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FIG. 151.—ABBAYE DE MONTMAJOUR (FRANCE).

(Vue perspective de l’aitre du cloître.)

 

XIIᵉ siècle, on croirait voir les restes de ces monuments semés en si grand nombre sur la route d’Antioche à Alep.

C’est dans cette église que se trouve la Vis de Saint-Gilles, chef-d’œuvre de stéréotomie qui a donné son nom aux voûtes rampantes en spirale; elle était autrefois le but des pèlerinages des compagnons tailleurs de pierre.

Le portail de Sainte-Marthe à Tarascon est beaucoup

 

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FIG. 152.—ÉGLISE SAINT-PAUL-DU-MAUSOLÉE, A SAINT-RÉMI (FRANCE). (Vue

perspective des galeries.)

 

moins riche que ceux de Saint-Trophime et de Saint-Gilles, mais les caractères de l’architecture romane du XIIᵉ siècle sont peut-être plus franchement accusés. Il faut constater, toutefois, les réminiscences antiques très marquées par le galbe des colonnes, les profils, la sculpture et plus encore par l’attique qui surmonte le portail.

Cet attique est composé de pilastres alternant avec des colonnettes, les uns et les autres cannelés et compris entre deux corniches minces; celle du bas est soutenue par des modillons ou plutôt des corbeaux sculptés dont l’espacement est rempli par une frise en forme de métopes gravées. Ces membres d’architecture ont conservé l’aspect des mêmes motifs qu’on retrouve fréquemment sur les édifices romains bâtis en Provence vers les premiers siècles de notre ère.

Parmi les portes d’églises du XIIᵉ siècle les plus remarquables, il faut citer, d’après Viollet-le-Duc, celle de Moissac.

Cette porte s’ouvre latéralement sur le grand porche; elle est élevée sous un large berceau—presque en plein cintre—qui forme lui-même l’avant-porche et qui est richement décoré de sculptures en marbre gris. Son trumeau est formé de lions entrelacés, formant une ornementation dont le caractère asiatique est très fortement accusé; la sculpture est d’ailleurs d’une finesse et d’une netteté extraordinaires; le temps l’a ornée d’une admirable patine qui donne à cette singulière composition, si originale et si décorative, l’aspect d’un bronze antique.

Les pieds-droits se découpent en croissants sur le vide des baies et le linteau est décoré de belles rosaces admirablement fouillées. Dans le tympan est assise une grande figure couronnée représentant le Christ bénissant; de chaque côté sont les quatre symboles des évangélistes, accompagnés de deux anges de dimension colossale et des vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse. Les voussures sont décorées d’ornements finement sculptés. Sur les pieds-droits du berceau et dans des arcatures latérales, des bas-reliefs en marbre, d’un style byzantin très marqué, représentent, à la droite du Christ, les vices punis, et à gauche: l’Annonciation, la Visitation, l’Adoration des mages et la Fuite en Égypte.