L'Architecture romane
Chapitre IV
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FIG. 108.—ÉGLISE ABBATIALE DE
CERISY-LA-FORÊT, MANCHE
(FRANCE). (Coupe longitudinale,
fragment.)
La nef est formée par deux rangs d’arcades superposées, retombant sur un faisceau de colonnes engagées et de pilastres composant chaque pilier. La galerie basse est voûtée d’arête et la galerie haute est couverte par une charpente en appentis. Au-dessus de ces arcades, une rangée d’arcatures décore la partie supérieure de la nef et forme avec le mur extérieur un passage étroit établissant une circulation autour de l’édifice, coupes (fig.
107 et 108).
CHAPITRE IV
É G L I S E A B B AT I A L E D U M O N T S A I N T- M I C H E L
( F R A N C E ) . — É G L I S E D E WA LT H A M - A B B E Y
( A N G L E T E R R E ) . — É G L I S E D E P E T E R B O R O U G H
( A N G L E T E R R E ) . — C L O Î T R E D E M O I S S A C
( F R A N C E ) .
L’église abbatiale du Mont Saint-Michel présente en plan des dispositions analogues à celle de Cerisy-la-Forêt et rappelle les mêmes influences latines et byzantines. Si l’on en croit les traditions, elle aurait été élevée sur les vestiges d’un oratoire érigé par saint Aubert au VIIIᵉ siècle et sur les ruines d’une église construite au Xᵉ siècle par Richard Iᵉʳ, petit-fils de Rollon. Il ne subsiste aucune trace des édifices des VIIIᵉ et Xᵉ siècles; mais de l’église fondée en 1020 par Richard II, duc de Normandie, il reste encore le transsept et la plus grande partie de la nef.
L’église fut commencée en 1020 par Hildebert II, quatrième abbé du Mont Saint-Michel (de 1017 à 1023), et que Richard II chargea du détail des travaux. C’est à Hildebert qu’il faut attribuer les vastes substructions de l’édifice roman qui, principalement du côté occidental, ont des proportions gigantesques. Au lieu de saper la crête de la montagne, et surtout pour ne rien enlever
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FIG. 109.—ÉGLISE ABBATIALE DU MONT
SAINT-MICHEL
(FRANCE). (Plan.)
à la majesté du piédestal, l’architecte construisit un vaste plateau dont le centre affleure l’extrémité du rocher, dont les côtés reposent sur des murs et des piles reliés par des voûtes, et forment un soubassement d’une solidité
parfaite[62].
Cette immense construction, dont le sol est à 80 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer, est admirable en tous points; d’abord par la grandeur de la conception et par les efforts qu’il a fallu faire pour la réaliser au milieu d’obstacles de toute nature résultant de la situation même, de la difficulté d’approvisionnement des matériaux et des moyens restreints de les mettre en œuvre.
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FIG. 110. ÉGLISE ABBATIALE DU MONT SAINT-
MICHEL (FRANCE). (Coupe transversale de la nef.)
La figure 109 donne le plan de l’église après son achèvement; la silhouette ponctuée à l’est est celle du chœur reconstruit au XVᵉ siècle; les lignes ponctuées à l’ouest indiquent les constructions ajoutées par Robert de Torigni, de 1154 à 1186.
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FIG. 111. ÉGLISE ABBATIALE DU MONT
SAINT-MICHEL (FRANCE). (Coupe longitudinale,
fragment.)
Ce vaste édifice, élevé sur le plateau artificiel construit par Hildebert, avait alors la forme d’une croix latine figurée par le chœur, par le transsept et par la nef composée de sept travées.—Il en reste quatre; les trois premières ont été détruites en 1776.—Au centre, les arcs triomphaux de la nef et du chœur, ainsi que les arcs latéraux du transsept, supportaient la tour-lanterne que Bernard du Bec, treizième abbé du Mont, de 1131 à 1149, construisit en 1135, et dont les vestiges sont encore visibles sur les quatre faces de la tour-lanterne, au-dessous de la massive pyramide construite en 1602.
Ainsi que la plupart des églises romanes construites dans le nord de l’Europe et notamment en Normandie, la nef centrale était couverte par une charpente apparente. Le chœur et l’abside étaient couverts par des voûtes en berceau ou en quart de sphère; les absidioles du transsept sont voûtées de même, c’est-à-dire en quart de sphère.
Les bas côtés sont couverts par des voûtes, composées d’arcs-doubleaux dont les intervalles sont remplis par des voûtes d’arête.
Les piles carrées sont cantonnées par quatre colonnes engagées (fig. 109). Les colonnes, placées du côté de la nef, s’élèvent jusqu’à la corniche
supérieure et supportaient les fermes de la charpente apparente (fig. 110 et
111); les trois autres colonnes, surmontées de chapiteaux, reçoivent les arcs-doubleaux du mur latéral et ceux des bas côtés.
Le transsept et les absidioles ont conservé leurs dispositions anciennes, sauf la charpente supérieure apparente; la façade du côté nord du transsept a été modifiée au XIIIᵉ siècle par la construction du cloître.
Le chœur roman s’est écroulé en 1421; il avait les mêmes dispositions qu’à Cerisy-la-Forêt.
L’architecture romane a exercé sur l’architecture de l’Angleterre une influence certaine, qui s’est manifestée dès les premiers temps de la conquête normande; cette influence s’est établie naturellement, car les édifices élevés vers la fin du XIᵉ siècle de chaque côté du détroit furent bâtis par des architectes normands ou par des constructeurs instruits en Normandie, où l’architecture romane avait fait déjà à cette époque de si grands progrès. Lorsque les Normands envahirent l’Angleterre après la conquête, ils y trouvèrent une civilisation chrétienne consacrée déjà par une longue suite de siècles. L’architecture nationale, autant qu’on en peut juger par les rares documents qui sont parvenus jusqu’à nous, suivait, pour la construction des édifices religieux, la tradition basilicale, traduite grossièrement par les Saxons qui, ne connaissant pas la voûte ou n’osant pas encore l’employer, couvraient leurs églises en bois.
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FIG. 112.—ÉGLISE DE
WALTHAM-ABBEY
(ANGLETERRE). (Plan.)
«Ce système de couverture était tellement ancré dans la pratique des constructeurs indigènes qu’on ne pourrait citer, dans toute l’architecture anglaise de l’époque, un seul exemple de nef voûtée. Même après la conquête normande, on voit s’élancer des piliers de hautes colonnes, qui vont jusqu’au haut des nefs chercher des arcs imaginaires, à défaut desquels elles s’arrêtent brusquement sous des charpentes plates, peintes et dorées.
«Comme en Normandie, cependant, toute la construction semble attendre une couverture voûtée. Les piliers sont, ou bien de lourdes piles cylindriques dressées en petit appareil, ou bien des massifs formés de demi-colonnes et d’autres moulures rondes; leurs bases se composent d’un simple tore et d’une plinthe chanfreinée; leurs chapiteaux constituent une variante
rudimentaire du chapiteau cubique[63].»
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FIG. 113.—ÉGLISE DE WALTHAM-
ABBEY (ANGLETERRE). (Coupe
transversale de la nef.)
L’église abbatiale de Waltham a été construite selon ce programme, à la fin du XIᵉ siècle ou au commencement du siècle suivant; la nef se compose de deux rangs d’arcades superposées, s’élevant du sol à la corniche supportant la charpente sans aucune liaison avec les murs latéraux; l’arcade supérieure n’est qu’une décoration traditionnelle, car elle n’éclaire, comme l’arcade inférieure, que le bas côté d’un seul étage couvert par une charpente apparente. Le mur intérieur de la nef est d’une grande épaisseur et semble avoir été préparé pour résister facilement à la poussée des voûtes de la nef.
Les dispositions générales et les détails de la construction rappellent les églises de la Normandie, mais plus particulièrement celle de Cerisy-la-Forêt, dont l’église de Waltham-Abbey semble être une copie servile, sauf par les petits détails de l’arrangement des arcatures supérieures de la nef. Il
est intéressant de comparer la coupe figure 114 avec celle de Cerisy-la-
Forêt, figure 108.
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FIG. 114.—ÉGLISE DE WALTHAM-
ABBEY (ANGLETERRE). (Coupe
longitudinale, fragment.)
L’église ou la cathédrale de Peterborough, construite ou commencée dans les premières années du XIIᵉ siècle, présente une ressemblance plus complète encore avec l’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt.
La nef centrale est couverte en charpente et les bas côtés sont voûtés,— avec cette particularité que les voûtes ne sont pas d’arête, mais reposent sur des croisées d’ogives.
Ces bas côtés sont surmontés de galeries, couvertes par une charpente apparente en appentis et ouvrant par des arcades géminées sur le vaisseau
central (fig. 117). Une étroite galerie ménagée dans l’épaisseur des murs
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FIG. 115.—ÉGLISE DE PETERBOROUGH
(ANGLETERRE).
(Plan.)
de la nef, comme à Cerisy-la-Forêt, et de même qu’à Waltham-Abbey, établit une circulation autour de l’édifice à la hauteur des fenêtres hautes de la nef.
Au centre de l’édifice s’élève une tour-lanterne portée sur quatre grosses piles formant la croisée du transsept et de la nef, à l’exemple des églises romanes du continent. Dans les églises anglaises comme dans les églises normandes, les archivoltes des arcades, les encadrements des galeries et surtout les portails reproduisent à profusion les ornements linéaires particuliers à l’école normande, billettes, pointes de diamants,
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FIG. 116.—ÉGLISE DE PETERBOROUGH
(ANGLETERRE).
(Coupe transversale.)
étoiles, dessins imbriqués ou à bâtons rompus, etc.
La façade de l’église-cathédrale de Peterborough s’ouvre entre deux clochers placés en avant et à côté des collatéraux, et terminés horizontalement par une forte corniche à créneaux. Les portails sont en plein cintre, sans linteau ni tympan, la porte s’ouvrant dans toute la hauteur de l’ouverture.
La plupart des églises et des cathédrales d’Angleterre remontent à l’époque normande; mais comme elles ont été agrandies et transformées à différentes époques, on ne retrouve des traces de leur origine romane que dans les cryptes ou confessions sur
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FIG. 117.—ÉGLISE DE PETERBOROUGH
(ANGLETERRE).
(Coupe longitudinale, fragment.)
lesquelles elles ont été élevées.
La cathédrale de Winchester, qui date de la fin du XIᵉ siècle, possède encore un transsept et une grande crypte primitifs; d’autres cryptes importantes existent à Worcester et à Canterbury, ainsi qu’à l’église de Gloucester, dont le chœur est également de la fin du XIᵉ siècle.
La cathédrale de Norwick, fondée en 1096, est un spécimen des formes très allongées données au chœur et qui sont très particulières aux églises romanes de l’Angleterre.
La cathédrale de Peterborough, achevée vers la fin du XIᵉ siècle,
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FIG. 118.—CLOÎTRE DE MOISSAC (FRANCE). (Vue perspective des galeries.)
présente tous les caractères des édifices bâtis du XIᵉ au XIIᵉ siècle, sous l’influence directe de l’architecture romane continentale, à laquelle elle ressemble absolument par la grandeur des dimensions, par la proportion des arcades et même par les détails de son ornementation. Ces divers éléments primitifs se sont transformés et constituent le fond de l’architecture anglaise, ou plutôt anglo-normande, dans laquelle on retrouve toujours les traces de son origine romane.
Les cloîtres des abbayes sont une réminiscence de l’atrium qui précédait les basiliques chrétiennes primitives. A partir du VIᵉ siècle, ainsi que nous
l’avons vu [64], la plupart des basiliques furent affectées à des communautés religieuses, et les bâtiments réguliers nécessaires furent établis sur l’un des côtés de l’église, autour d’une cour carrée. C’est sur ce point que fut transporté, sous le nom de cloître—claustrum—le quadri-portique, devenu inutile sur la façade.