L'Architecture romane
Chapitre III
PRÉTOIRE DE MOUSMIEH
(SYRIE CENTRALE).
(Plan.)
Ce prétoire, bâti sous la direction d’Egnatius Fuscus, centurion de la 3ᵉ légion gallique, se compose de trois nefs, formées par huit arcs accouplés deux à deux, portés sur quatre groupes de quatre colonnes chacun; le carré central était couvert par une coupole d’arête construite en blocage. Les galeries qui l’entourent étaient fermées par des dalles portant sur l’extrados des arcs accouplés et formant une voûte en berceau.
Les consoles encastrées dans les murs latéraux portent des inscriptions qui démontrent qu’elles ont été destinées à recevoir les portraits des centurions des légions 3ᵉ gallique et 6ᵉ flavienne qui ont tenu garnison
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FIG. 7.—PRÉTOIRE DE MOUSMIEH (SYRIE CENTRALE).
(Vue perspective intérieure.)
dans la ville de Phæna, sous les empereurs Marc-Aurèle et Commode; cette circonstance fixe la date de la construction des murs, de l’hémicycle du fond avec sa large conque décorant la voûte et des niches latérales.
CHAPITRE III
L E S T H E R M E S D ’ A N T O N I N C A R A C A L L A A
R O M E .
Bien qu’ils paraissent s’éloigner des basiliques par leur destination, les Thermes antiques et surtout les Thermes d’Antonin Caracalla, bâtis au commencement du IIIᵉ siècle, s’y rattachent intimement, non seulement par les particularités de leur construction, mais encore par le parti architectural.
Les Thermes de Caracalla étaient le dernier mot de l’art romain arrivé à son plus haut développement; et si leurs ruines gigantesques sont encore l’objet d’un légitime étonnement, on peut se figurer l’admiration que durent exciter ces immenses monuments lorsqu’ils étaient complets, imposants par leurs proportions colossales autant que séduisants par la richesse de leur décoration.
Aussi ont-ils frappé l’esprit des architectes contemporains et de ceux qui recueillirent leur succession. Cette influence s’exerça dès les premières années du IVᵉ siècle; nous verrons d’abord les constructeurs chrétiens s’inspirer directement de cette œuvre admirable et donner à l’une de leurs premières basiliques les dispositions
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FIG. 8.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME. (Plan.)
presque identiques de l’une des plus belles salles des Thermes de Caracalla.
Nous verrons ensuite, deux siècles plus tard, les architectes de Sainte-Sophie se souvenir des Thermes et suivre encore les traditions romaines, perfectionnées ou modifiées au contact de la civilisation orientale.
A l’exception des temples ronds, la plupart des temples et des basiliques de Rome, grecs par le plan et la structure, étaient couverts par des charpentes.
Les nefs des basiliques n’étaient pas voûtées, mais fermées par des combles lambrissés. Ce ne fut qu’après l’incendie de Rome, sous Néron, que les Romains abandonnèrent presque partout les couvertures en charpente pour y substituer les voûtes en maçonnerie.
Les Thermes d’Antonin Caracalla furent construits par cet empereur et achevés en 217, la sixième année de son règne, sauf les portiques de l’enceinte qui y furent ajoutés par Héliogabale et Alexandre Sévère.
Les Romains construisirent ces édifices, réunis dans un immense ensemble, de la manière la plus simple et la plus économique en raison de leur état social. Les Romains n’employèrent presque exclusivement que la brique et le blocage. Les parements sont composés de briques triangulaires posées à plat, leur grand côté vers l’extérieur; au milieu des murs et des massifs, un béton, composé de gros cailloux et d’un excellent mortier, garnissait l’espace vide entre les briques. Afin de régler les assises et pour s’assurer des niveaux, des chaînes de grandes briques sont arasées à certaines hauteurs régulières; des arcs de décharge en briques, noyés dans la construction, répartissent les charges sur les points
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FIG. 9.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE FRIGIDARIUM.
(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)
d’appui principaux. Quant aux voûtes, les arcs de tête sont en grandes briques sur deux rangs ordinairement et les remplissages en béton composé de mortier et de pierre ponce.
Après cette construction si simple, si économique et d’une exécution si rapide, les architectes ont élevé leurs portiques formés de colonnes et d’entablements en marbre. Les murs, les piles et les voûtes sont partout à l’intérieur revêtus de marbre, de stuc ou de mosaïque et cette masse grossière a été revêtue d’un splendide manteau embelli du plus somptueux ornement.
La grande salle circulaire, le Caldarium des Thermes de Caracalla, avait plus d’un point de ressemblance avec la rotonde d’Agrippa dans sa forme ainsi que dans son mode de construction; mais si les détails sont moins purs, elle n’en reste pas moins un sujet d’étude des plus intéressants au point de vue de la construction des temples ronds.
Les Thermes d’Antonin Caracalla, un des plus beaux exemples du génie romain, de la science des architectes du IIIᵉ siècle et l’un de ceux qui marquent le mieux la puissance de ce grand peuple bâtisseur, inspirèrent les architectes de Rome et de la Syrie dès le IVᵉ siècle, plus tard les constructeurs de Sainte-Sophie et plus près de nous ceux de Saint-Marc à Venise.
L’influence est visible, car on retrouve dans les grands édifices élevés à Rome, en Orient et en Italie du IVᵉ au XIᵉ siècle, non seulement les détails des profils et de la décoration, mais encore la tradition monumentale adoptée et suivie par les Romains, surtout en ce qui concerne le parti architectural des grands arcs,
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FIG. 10.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE TEPIDARIUM.
(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)