L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 31 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre XI

Les cloîtres des abbayes de Montmajour, près d’Arles, et de Saint-Paul-du-Mausolée, près de Saint-Rémi, sont moins ornés que le cloître de Saint-Trophime d’Arles; mais ils présentent avec celui-ci de grandes analogies par le mode de construction adopté par les architectes de ces édifices romans.

Les galeries des cloîtres de Montmajour et de Saint-Paul-du-Mausolée sont également couvertes par des voûtes en berceau, nervées par des arcs-doubleaux et retombant sur les murs latéraux; celui du côté de l’aitre du cloître est fort épais, et il est encore renforcé extérieurement par des contreforts au droit des arcs-doubleaux intérieurs. Ces contreforts sont reliés, extérieurement, par des arcs en segment dont le vide ou plus exactement la claire-voie est décorée d’arcatures reposant sur des colonnettes jumelles.

Le cloître de Montmajour est plus ancien que celui de Saint-Paul, qui paraît remonter aux premières années du XIIᵉ siècle; il a été construit avec plus d’art que celui-ci, les profils sont plus nets, les sculptures mieux composées et l’ensemble de la construction n’a pas la rusticité de Saint-Paul, qui semble avoir été une imitation grossière de Montmajour, comme ce dernier est une traduction simplifiée de Saint-Trophime.

 

CHAPITRE XI

É G L I S E D E S A I N T- M A R C A V E N I S E ( I TA L I E ) .

 

La construction des églises à coupoles a été une des phases les plus intéressantes de la révolution dans l’art de bâtir, qui a pris naissance en Orient au VIᵉ siècle et qui s’est manifestée, à peu près simultanément, dès le commencement du XIᵉ siècle, en Italie et en France par deux admirables monuments, chefs-d’œuvre d’architecture de la période romane.

Les églises élevées à la fin du Xᵉ siècle et surtout dès le commencement du XIᵉ siècle sont voûtées, partiellement ou entièrement, selon les principes, nouveaux alors, de l’architecture romane, et nous avons vu les efforts des constructeurs pour arriver à ce résultat. Cependant les dispositions générales étaient restées à peu près les mêmes que celles de la basilique antique, à l’exception des églises rondes ou polygones, et les édifices dans lesquels on peut constater les combinaisons les plus ingénieuses et les plus savantes de la formule romane ne s’écartent pas de la forme basilicale, forme consacrée pour ainsi dire. C’est toujours la même nef centrale, accompagnée d’un ou de plusieurs bas côtés, aboutissant à un transsept sur lequel s’ouvrent, au delà, un hémicycle principal, ou grande abside et deux ou plusieurs absidioles. Ces diverses parties de l’édifice sont couvertes en bois ou en pierre, par des charpentes apparentes ou par des voûtes, en berceau plein cintre ou brisé, d’arête ou en quart de sphère; c’est le plan latin augmenté d’un plus ou moins grand nombre de détails accessoires qui ne changent pas la forme générale.

 

[Image non disponible.]

FIG. 153.—ÉGLISE DE SAINT-MARC, A

VENISE. (Plan.)

 

Mais par l’adoption du système nouveau dont la coupole est l’élément capital, les églises se transforment et, si elles gardent encore quelques détails latins, elles deviennent byzantines par l’économie même de leur construction. Le plan des édifices ne rappelle plus les basiliques romaines; il devient semblable à celui de l’église des Saints-Apôtres, bâtie sous le règne de

 

[Image non disponible.]

FIG. 154.—ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE.

(Coupe longitudinale.)

 

Justinien à Constantinople et décrit par l’historien grec Procope.—De ædificiis Justiniani, d’après Quicherat.

L’église des Saints-Apôtres figurait une croix grecque composée de deux nefs égales, de trois travées chacune, se coupant à angle droit et formant par conséquent cinq travées semblables, couronnées chacune par une coupole hémisphérique soutenue par quatre pendentifs

 

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FIG. 155.—ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. (Vue perspective intérieure.)

 

rachetant le carré. C’est absolument la description de l’église de Saint-Marc et de celle de Saint-Front que nous étudierons dans le chapitre suivant.

Saint-Marc ne fut donc pas construit sur le plan de Sainte-Sophie de

Constantinople, à moins qu’il ne s’agisse de l’église primitive[83], détruite par un incendie en 976—ce qui indiquerait qu’elle était couverte par une charpente comme les basiliques antiques.

L’église de Saint-Marc, qui existe encore aujourd’hui, a été commencée, selon les historiens et les archéologues dignes de foi, en 1043 et couverte, en 1071, sinon achevée, car on continua pendant des siècles à l’agrandir et à la décorer. Elle a la forme exacte de l’église des Saints-Apôtres, si bien décrite par Procope.

L’origine orientale de Saint-Marc est donc absolument démontrée; elle s’explique aisément d’ailleurs par les relations incessantes qui existaient entre Constantinople, le Levant et Venise qui monopolisa, jusqu’au Xᵉ siècle, le commerce de l’Orient et celui d’une partie de l’Occident.

La construction de Saint-Marc indique un art avancé. Les nefs croisées sont formées par des arcs-doubleaux réunis au sommet par des pendentifs formant une assise solide aux coupoles hémisphériques. Les piles recevant les retombées des arcs-doubleaux sont évidées par des arcades étagées et forment des bas côtés qui établissent les communications faciles

latéralement aux nefs croisées [84].

Mais si le plan et le parti architectural en élévation sont franchement byzantins, le mode de construction est resté romain; l’ossature de l’édifice a été revêtue après coup d’une décoration qui dissimule les détails de sa construction.

Les détails d’architecture sont également romains;

 

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FIG. 156.—ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE.

(Détails de sculpture.)

 

les bases, les profils ont tous les caractères antiques, et les fûts des colonnes ainsi que leurs chapiteaux semblent avoir été enlevés à des monuments grecs.

A l’est, un hémicyle, ou abside, cantonné d’absidioles,—comme à l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem—est accompagné de deux absides plus petites, disposées de même manière. Cette abside et ces deux absidioles forment un sanctuaire qui rappelle celui des églises chrétiennes de Constantinople ou de la Grèce, surtout celles de Théotocos et de Saint-Nicodème.