L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 33 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre XIII

Il est intéressant de remarquer l’analogie qui existe entre les dispositions de Saint-Front et de Saint-Marc et celles de Sainte-Sophie et des Saints-Apôtres à Constantinople qui rappellent le parti architectural adopté par les Romains dans les Thermes d’Antonin Caracalla; il est utile de revoir à ce sujet dans la première partie les chapitres III, XII et XIV.

A l’est, l’hémicycle primitif a été remplacé plus tard par une abside plus importante, et deux absidioles ont été ménagées dans le côté oriental des bras de la croix nord et sud.

A l’ouest, l’église à coupoles communique avec l’ancienne église latine dont nous avons parlé au chapitre XI de la première partie et sur deux travées de laquelle le grand clocher, marquant la sépulture de Saint-Front, aurait été élevé par Frotaire, évêque de Périgueux sur la fin du Xᵉ siècle.

Les grands doubleaux de l’église à coupoles présentent cette particularité d’être des arcs brisés. Ainsi que nous l’avons déjà dit au chapitre X de la deuxième partie, cette forme est un moyen de construction, plutôt qu’un caractère d’architecture, employé pour diminuer l’action des poussées de l’arc plein cintre, beaucoup plus énergique que celles de l’arc brisé.

Du reste, l’arc brisé était connu bien avant la construction de Saint-Front; les savants dont nous parle Quicherat signalent sa présence: au Caire, dans des monuments arabes du IXᵉ siècle de notre ère; au centre de l’Arménie, à Diarbekir, dans un portique de l’époque romaine et dont les colonnes sont reliées par des arcs brisés; enfin, remontant encore plus haut dans l’histoire, en Perse où les constructeurs n’ont pas employé d’autres cintres depuis les derniers Sassanides.

Une forme qui eut autant de succès chez le peuple le plus artiste de l’Orient dut certainement être transportée de très bonne heure dans la Syrie et se rencontrer sur le passage des pèlerins si nombreux qui fréquentaient alors les Lieux Saints; pour que cette forme eût attiré l’attention des Latins, il faut nécessairement qu’ils l’aient vue, non pas dans les mosquées où ils n’avaient garde d’entrer, mais dans des édifices consacrés au culte chrétien.

 

CHAPITRE XIII

É G L I S E D E C A H O R S ( L O T ) . — É G L I S E D E S A I N T-

AV I T- S É N I E U R ( D O R D O G N E ) .

 

Les premières églises bâties à l’exemple de Saint-Front, celles de la première génération pour ainsi dire comme celles de la cité ou de Saint-Étienne à Périgueux et de Cahors, conservent le même mode de construction, mais présentent quelques différences dans le plan; les bras latéraux de la croix grecque sont supprimés et il ne reste plus qu’un rectangle formé de deux ou de plusieurs travées couronnées par des coupoles et terminé par un sanctuaire demi-circulaire cantonné d’absidioles comme à Cahors, ou même simplement par le mur de clôture d’un des côtés de la travée terminale comme à Saint-Avit, soit parce qu’on s’est contenté de cet arrangement ou bien parce que l’édifice n’a pas été achevé.

 

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FIG. 161.—ÉGLISE DE CAHORS.

(Plan.)

 

L’église de Saint-Étienne, à Cahors, bien qu’elle ait été consacrée dans les premières années du XIIᵉ siècle, remonte cependant au milieu du siècle précédent, et elle doit être contemporaine de l’achèvement de la célèbre église de Périgueux; c’est d’ailleurs une des plus importantes et surtout des plus fidèles imitations de Saint-Front.

La construction de l’église de Cahors est semblable à celle de Saint-Étienne de Périgueux—du moins dans la partie antérieure de celle-ci—qui a suivi de très près celle de Saint-Front.

On peut remarquer déjà dans ces deux églises et surtout à Cahors un perfectionnement sensible dans l’économie de la construction. Les arcs-doubleaux sont beaucoup moins larges, et l’on sent que les architectes,

 

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FIG. 162.—ÉGLISE DE CAHORS.

(Coupe longitudinale, fragment.)

 

familiarisés avec la coupole et calculant mieux les poussées des arcs et des voûtes ainsi que la résistance des points d’appui, avaient réalisé un progrès sensible qui est comme le témoignage de leurs connaissances techniques.

A l’intérieur de l’église le parti architectonique est le même qu’à Saint-Front; mais les proportions générales des grands arcs sont moins heureuses, plus trapues

 

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FIG. 163.—ÉGLISE DE CAHORS (FRANCE). (Vue perspective intérieure.)

 

et plus lourdes. La nef se compose de deux travées égales sans galeries latérales; les piles formant un contrefort saillant à l’intérieur sont pleines, sauf un étroit passage à hauteur de la galerie latérale, et elles n’ont plus qu’une arcade simplement décorative. Les deux travées sont couronnées par des coupoles hémisphériques sur pendentifs appareillés comme à Saint-Front et éclairées à leur base par de petites fenêtres ouvertes aux quatre points cardinaux. A l’extrémité orientale, un vaste hémicycle ayant la largeur de la nef est couvert par une voûte en quart de sphère; il est cantonné par trois absidioles et il rappelle, sauf l’absence de la colonnade du sanctuaire intérieur, les dispositions du chœur de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, réminiscence que nous avons déjà signalée en étudiant l’église de Vignory et celles de l’Auvergne.

Cette partie de l’église paraît, du reste, postérieure à la construction de la nef; mais elle a cependant tous les caractères particuliers de l’architecture romane.

L’extérieur de l’église présente des dispositions des plus intéressantes

parce que les coupoles sont très franchement accusées (fig. 164). Elles émergent au-dessus du comble dont la corniche est soutenue par des corbeaux; elles montrent leurs tambours appareillés formant la base de la coupole et couronnés par une corniche ornée de corbeaux. Aujourd’hui la calotte est couverte par une charpente, mais il est probable que la couverture primitive devait être en pierre ou bien celle-ci était revêtue de lames de métal suivant la courbe hémisphérique de la coupole.

L’église de Saint-Avit-Sénieur procède évidemment

 

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FIG. 164.—ÉGLISE DE CAHORS (FRANCE). (Vue perspective extérieure, prise du cloître.)

 

des églises à coupoles de Saint-Étienne, de la Cité à Périgueux, de Cahors et de Saint-Jean à Cole, qui sont des filles de Saint-Front.

Le plan de Saint-Avit ainsi que sa coupe sont les mêmes que ceux de Saint-Étienne, de la Cité et de Cahors et les détails de la construction sont identiques. Mais ce qui rend cet édifice digne d’un examen particulièrement attentif, c’est la disposition des voûtes et ces voûtes elles-mêmes qui diffèrent des églises à coupole sur le modèle duquel l’église de Saint-Avit a été bâtie, sinon achevée.

 

[Image non

disponible.]

FIG. 165.—ÉGLISE DE

SAINT-AVIT-SÉNIEUR.

(Plan.)

 

Il n’est pas démontré, comme on l’a écrit, que les coupoles aient été construites, puis détruites pour être remplacées par les voûtes qui existent encore aujourd’hui.

Si l’église commencée sur le plan de Saint-Front ou de ses dérivés avait dû être couronnée par des coupoles sur pendentifs, les claveaux des arcs-doubleaux devaient être taillés, selon les lois et l’appareil, suivant la douelle des pendentifs sphériques. La suppression de ceux-ci, en admettant qu’on les ait remplacés après coup par des voûtes dont les arêtes sont marquées par des arcs diagonaux, aurait nécessité un travail de sapement et de relancement beaucoup plus considérable que la construction, ou la reconstruction, toute simple, qui restait à faire de la calotte hémisphérique.

Il était beaucoup plus facile, alors que les piles étaient arrivées à hauteur de la naissance des arcs-doubleaux, de prévoir dans l’appareil des sommiers la retombée des arcs diagonaux. C’est évidemment ce qui a dû se passer, et c’est très probablement vers la fin du XIᵉ siècle que les arcs-doubleaux ont été construits, époque à laquelle on voit apparaître, timidement du reste, les arcs diagonaux ou croisées d’ogives.

 

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FIG. 166.

ÉGLISE DE SAINT-AVIT-SÉNIEUR.

(Coupe longitudinale.)

 

D’ailleurs, les voûtes de Saint-Avit qu’on suppose avoir été refaites à la fin du XIIIᵉ siècle ne sont pas appareillées comme elles le furent dès la fin du XII ᵉ siècle et surtout dans les siècles suivants, c’est-à-dire en voûtes d’arête dont les pénétrations sont accusées et surtout soutenues par des arcs