L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 7 sur 37

Pages du PDF

L'Architecture romane

Chapitre IV

subdivisés par des colonnes ou des arcades. Il en est de même pour les moyens de bâtir, consistant dans la construction des points d’appui et des murs en matériaux grossiers, revêtus ensuite de matériaux purement décoratifs.

 

CHAPITRE IV

L E PA N T H É O N D E R O M E E T L E PA L A I S D E

S A RV I S TA N ( P E R S E ) .

 

Avant de reprendre l’ordre chronologique, qui facilite si bien l’étude des grandes époques de l’histoire de l’architecture, il est utile de retourner en arrière afin d’analyser une des plus belles œuvres des architectes romains: le Panthéon de Rome, qui doit être considéré comme le plus parfait des temples ronds.

Cette analyse éclairera la recherche des imitations qu’en ont faites, dans la suite des siècles, les constructeurs d’Orient et d’Occident. Elle permettra de comprendre les transformations qu’ils ont fait subir à ce type admirable pour arriver, après bien des tâtonnements, à la coupole parfaite, point de départ d’un système de voûtement dont l’application a produit au moyen âge de si grands et de si beaux ouvrages d’art.

Il faut même remonter beaucoup plus haut, au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ, pour trouver, chez les Perses, sinon l’origine, tout au moins une des plus anciennes applications de la coupole circulaire élevée sur plan carré.

Dès le temps de la république, les Romains avaient élevé quelques petits monuments sur plan circulaire, couverts par des voûtes hémisphériques en béton. C’est ainsi qu’est construite la cella du temple de Vesta, à Tivoli; mais dès le commencement de l’empire, ce genre de construction prit des développements inconnus jusqu’alors.

 

[Image non disponible.]

FIG. 11.

LE PANTHÉON DE ROME.

(Plan.)

 

Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifiques, à Rome, dans la neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan circulaire, connue sous le nom de Panthéon, qui touchait à ces thermes sans

être toutefois en communication directe avec eux [2]? Quoi qu’il en soit, Dion affirme qu’Agrippa acheva le Panthéon l’an 729 de Rome, soit l’an 24 avant l’ère chrétienne; mais cet achèvement concerne le portique élevé après coup devant la porte de la rotonde, ainsi que le constate l’inscription qu’on lit encore sur la frise de ce portique. Qu’Agrippa ait élevé le Panthéon, ou qu’il l’ait seulement décoré: à l’intérieur d’une splendide ordonnance de marbre et à l’extérieur d’un portique en granit gris et en marbre blanc, ce qu’il est facile de voir et ce qui nous importe, c’est de constater combien la construction de cette salle et sa décoration forment deux parties distinctes.

Ainsi enrichie par les soins d’Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter vengeur. Le diamètre de la salle est, à l’intérieur, de 43ᵐ,40 et le mur circulaire, qui porte la voûte, a 5ᵐ,40 d’épaisseur, soit environ le septième du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte on compte 44ᵐ,40; le diamètre est ainsi égal, à peu de chose près, à la hauteur intérieure de tout l’édifice. Le mur circulaire n’est pas plein; outre la porte d’entrée, il est évidé à l’intérieur par sept grandes niches: quatre rectangulaires et trois semi-circulaires.

Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches en demi-cercle et, à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides qui s’ouvriraient sur le dehors s’ils n’étaient fermés par un mur de remplissage peu épais.

Il n’est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée et de la solidité; elle est entièrement parementée en grandes briques avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode romaine, avec

bandeaux en marbre [3].

La voûte prend naissance à 22ᵐ,50 au-dessus du sol intérieur, c’est-à-dire à peu près à la moitié totale de

 

[Image non disponible.]

FIG. 12.—LE PANTHÉON DE ROME. (Coupe longitudinale.)

la hauteur sous-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison; elles font voir que les Romains possédaient certaines formules applicables aux vides des édifices, qu’ils établissaient des rapports exacts entre les hauteurs et les largeurs de ces vides et qu’ils soumettaient l’apparence extérieure de leurs monuments aux dispositions prises dans les intérieurs.

 

[Image non disponible.]

FIG. 13.—COUPOLE DU

PANTHÉON DE ROME.

(Détails de construction de la

voûte.)

 

La voûte semi-sphérique qui couronne le mur évidé formant la muraille circulaire de l’édifice est bâtie en briques et en blocages; les briques, noyées dans l’épaisseur, tiennent lieu de nervures à la voûte, allégée par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure.

Le mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n’est qu’un composé d’arcs de décharge reportant toutes ses pesanteurs sur seize massifs principaux.

C’est tout un système de construction qui impose des lois à l’architecture, avant que l’architecte ne songe à la décoration du

monument [4].

Il est facile de reconnaître d’abord que la partie purement décorative ne fait pas corps avec la structure, car cette décoration, faite après coup, ne se compose que d’un placage qui ne contribue pas à la solidité de l’édifice; puisqu’il n’existe plus, comme dans les constructions grecques, une alliance intime, absolue, entre la construction et le vêtement décoratif qu’elle reçoit.

En étudiant la construction de cette immense rotonde, on voit avec quel soin l’architecte a évité les masses inutiles et avec quelle science il a combiné les pleins et les vides, ceux-ci contribuant à assurer la rigidité du mur circulaire en reportant les charges sur des points déterminés et en multipliant les surfaces résistantes; à la naissance de la voûte, une série de contreforts, coupant les voûtes en quart de sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire, maintient puissamment la grande coupole

hémisphérique (fig. 13).

Le Panthéon compte, très justement, parmi les chefs-d’œuvre de l’architecture romaine. Il fut construit en l’an 26 avant Jésus-Christ, par l’architecte Valerius d’Ostie. Nous avons vu précédemment les dimensions colossales de cette vaste salle et la décoration qui y fut appliquée après sa construction; l’attique, orné de pilastres, qui, à l’origine, surmontait les colonnes a été remplacé par les cariatides de Diogène. Une petite corniche sépare cet attique de la coupole qui s’élève d’un jet jusqu’à l’ouverture circulaire, large de sept mètres, d’où tombe un flot de lumière. Cet éclairage unique, glissant sur les caissons de la coupole et laissant les grandes niches dans une ombre mystérieuse, la régularité grandiose de l’ordonnance et la beauté de la matière donnent au solennel édifice un aspect extraordinairement majestueux.

 

Le palais de Sarvistan, construit au [5] IV ᵉ siècle avant Jésus-Christ,

s’élève à l’extrémité d’une plaine déserte traversée par la vieille route des caravanes, conduisant de Chiraz à Darab-Guerd et à Bender-Abbas.

 

[Image non disponible.]

FIG. 14.

PALAIS DE SARVISTAN (PERSE).

(Plan.)

(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)

 

Les murs du monument sont construits en moellons bruts posés à bains de mortier; à l’intérieur, ils étaient recouverts d’un enduit en plâtre. Les coupoles et les voûtes en berceau—bâties en briques carrées de 8 centimètres d’épaisseur et de 27 centimètres de côté, très grossièrement fabriquées, mais très solides, grâce à la qualité de la terre qui a pris, par la cuisson, une extrême dureté—sont encore en grande partie debout, ainsi que les murs, malgré la fréquence des tremblements de terre.