L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 19 sur 37

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L'Architecture romane

Chapitre XVI

C H A P E L L E D U PA L A I S D E C H A R L E M A G N E , A

A I X ( A L L E M A G N E ) . — É G L I S E D E G E R M I N Y- D E S -

P R É S ( F R A N C E ) . — É G L I S E D E L A M A RT O R A N A ,

A PA L E R M E ( S I C I L E ) .

 

La chapelle palatine d’Aix fut élevée par Charlemagne à la fin du VIIIᵉ siècle: un moine de Fontanelles (saint Wandrille) en dirigea les travaux et le pape Léon III en fit la consécration le jour des Rois de l’année 804.

«Aucun des édifices chrétiens, élevés depuis l’achèvement de Sainte-Sophie de Constantinople jusqu’au IXᵉ siècle, ne fut l’objet, de la part de son fondateur, d’autant de sollicitude que Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle. Imitant ce qu’avait fait Justinien pour Sainte-Sophie, Charlemagne fit venir de Trèves, de Rome, de Ravenne, les matériaux précieux destinés à son palais et à la chapelle attenante. Dans l’église, les portes et les balustrades encore existantes sont en bronze; la coupole était revêtue de

mosaïques[29].»

La rotonde carolingienne d’Aix procède évidemment de la rotonde byzantine de Ravenne. Comme celle-ci, Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle se compose d’une salle centrale octogone de 14ᵐ,50 de diamètre, voûtée en coupole et entourée de bas côtes de 6ᵐ,30 de largeur, ou galeries à deux

étages largement ouvertes sur le vaisseau central (fig. 84).

Le porche, à deux étages, est identique à celui de Ravenne; deux tours placées de chaque côté contiennent les escaliers conduisant à une tribune qui communique avec les galeries hautes contournant la nef.

 

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FIG. 83.

CHAPELLE DU PALAIS DE

CHARLEMAGNE

A AIX-LA-CHAPELLE. (Plan.)

 

La différence existant entre les deux rotondes tient à la forme des voûtes et aux dispositions de celles qui les enveloppent. A Ravenne, la coupole sphérique se raccorde par une série de pendentifs avec les parois octogones du tambour. Dans la chapelle d’Aix, la rotonde est octogone comme son appui. Mais la diversité des formes et du système de construction apparaît surtout dans les galeries du pourtour, qui sont dans la chapelle palatine mieux liées aux supports de la coupole et, par elles-mêmes, beaucoup mieux disposées qu’elles ne le sont à Saint-Vital.

Dans la chapelle palatine d’Aix, les supports de la coupole sont relativement frêles et la masse des maçonneries est reportée jusqu’à l’enceinte; celle-ci forme un polygone de seize côtés, se combinant avec l’octogone par une série de voûtes alternativement carrées ou triangulaires. Des arcs-doubleaux, retombant sur des dosserets engagés dans les piliers ou le mur d’enceinte, forment

 

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FIG. 84.—CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE,

A AIX-LA-CHAPELLE

(ALLEMAGNE). (Coupe longitudinale.)

 

seize arcs-boutants et répartissent sur celui-ci la poussée de la coupole (fig.

85).

Les galeries basses sont voûtées d’arêtes, sur lesquelles est établi le sol des galeries hautes; celles-ci sont couvertes par des voûtes légères en berceau rampant, sur lesquelles est posée directement la toiture composée de dalles, de pierre ou de terre cuite, ou peut-être même de feuilles de plomb ou de bronze.

Si les monuments à date certaine méritent de fixer l’attention des archéologues, ceux qui ont été élevés par Charlemagne ou de son temps, et dont les origines sont connues, doivent être particulièrement étudiés en raison de l’influence considérable qu’ils ont eue, certainement et directement, sur l’architecture romane.

Nous avons vu la chapelle palatine d’Aix, en Allemagne, le plus important des édifices construits par Charlemagne; nous devons citer une église bâtie en France, à la même époque que l’église d’Aix-la-Chapelle, c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ siècle: l’église de Germiny-des-Prés. Elle est des plus curieuses, parce qu’elle a tous les caractères des églises byzantines bâties, avant le IXᵉ siècle, à Constantinople, ou au commencement de ce siècle à Athènes; elle présente en même temps une

grande analogie avec un édifice antique: le prétoire de Mousmieh (fig. 6 et

7), dans la Syrie centrale, construit par les Romains au IIᵉ siècle de notre ère.

 

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FIG. 85.—CHAPELLE DU PALAIS

DE CHARLEMAGNE, A AIX-LA-

CHAPELLE (ALLEMAGNE).

(Coupe transversale.)

 

Suivant les écrits du moine Létolde, qui vivait au Xᵉ siècle, Théodulphe, évêque d’Orléans, après avoir été abbé de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, fit construire, en 806, l’église Germigny-des-Prés ou Germiny-des-Prés. (Plutôt Germiny, car d’après d’anciens auteurs cette église est dite des saints Ginevra et Germinus.)

Elle se compose, comme les édifices que nous connaissons

 

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FIG. 86.—ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE).

(Plan.)

 

déjà dans la Syrie centrale et en Orient, d’une nef centrale sur plan carré, couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les murs s’élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la toiture en charpente.

Autour de la nef quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par trois—et peut-être quatre—absides, la principale à l’est et les deux ou trois secondaires aux trois autres points cardinaux. Les bas côtés, montant au-dessus des absides, sont couverts par des voûtes

 

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FIG. 87.—ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Coupe

transversale.)

 

(fig. 87) au-dessus desquelles s’élève encore la nef centrale, percée sur chacune de ses faces d’une petite fenêtre éclairant la partie supérieure qui conserve sa forme carrée.

Les trois—ou quatre—absides sont voûtées en quart de sphère; l’abside principale, à l’est, est ornée d’arcatures et la voûte de l’hémicycle est décorée de mosaïques à fond d’or. La partie haute de la nef centrale est couverte de stuc et tout l’édifice est bâti avec soin en pierres de petit appareil.

 

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FIG. 88.—ÉGLISE DE LA MARTORANA

A PALERME (SICILE). (Plan.)

 

La disposition de la nef centrale s’élevant en s’étageant au-dessus des bas côtés égaux et des absides est intéressante à retenir, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle est une réminiscence évidente des coupoles latines, byzantines ou grecques, comme celles du prétoire de Mousmieh et

de Saint-Georges d’Ezra dans la Syrie centrale (fig. 6, 7, 39, 40); du

baptistère de Novare (fig. 26, 27); de Saint-Vital de Ravenne (fig. 67, 68,

69); des églises des saints Serge et Bacchus, de Sainte-Sophie et de

Théotocos à Constantinople (fig. 64, 65, 70, 71, 72, 73, 74); de l’église de

Santa-Fosca à Torcello (fig. 75, 76 et 77); de Saint-Nicodème et de Daphni

à Athènes (fig. 78 à 83); et de l’église d’Aix-la-Chapelle en Allemagne (fig.

84 à 86). Puis, parce

 

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FIG. 89.—ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE).

(Coupe longitudinale.)

 

qu’elle est une innovation et que le mode de construction rationnelle est beaucoup plus simple et moins coûteux que celui des coupoles.

Et enfin, parce qu’elle est une des premières applications en France de la

tour-lanterne[30] s’élevant au-dessus de l’autel principal sur la croisée formée par la nef, les

 

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FIG. 90.—ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). (Vue

perspective intérieure.)

 

deux bras du transsept et le chœur, suivant un système de construction dont nous avons établi la filiation et qui, à partir du Xᵉ siècle, devait prendre, en se perfectionnant, un développement extraordinaire.

 

L’église de Sainte-Marie de l’Amiral à Palerme, fondée par l’amiral Roger, fils de Tancrède de Hauteville, fut cédée par Alphonse d’Aragon à un couvent de femmes, au XVᵉ siècle, et prit à cette époque le nom de la Martorana.