L'Architecture romane
Chapitre XIII
Au point de vue technique, ce nouveau mode de bâtir fit une grande impression sur l’esprit des architectes; il excita leur émulation, il provoqua leurs études sur cette nouvelle forme dont ils pouvaient tirer un si grand parti et surtout sur les règles architectoniques qu’il fallait suivre dans ses applications.
«Dès lors, les basiliques de type latin devinrent l’exception en Orient. La coupole fut comme le thème autour duquel on exécuta des variations
nombreuses [22].»
Sous Justinien on éleva à Constantinople, mais sur des plans différents, un grand nombre d’églises à coupoles présentant de grandes variétés dans leurs dispositions, notamment un édifice célèbre à cette époque: l’église des
Saints-Apôtres, décrite par Procope[23].
L’historien grec, si utile à consulter pour ceux qui cherchent la vérité des faits plutôt que l’expression plus ou moins exacte d’une opinion personnelle, nous donne des détails d’un haut intérêt qui prouvent l’origine orientale de deux célèbres monuments élevés en Occident, reproduisant au XIᵉ siècle les dispositions d’un édifice bâti à Constantinople au temps de
Justinien[24].
CHAPITRE XIII
É G L I S E D E S S S . S E R G E E T B A C C H U S , A
C O N S TA N T I N O P L E . — É G L I S E D E S A I N T- V I TA L ,
A R AV E N N E .
L’église des SS. Serge et Bacchus fut élevée à Constantinople dans les premières années du VIᵉ siècle, sous le règne de Justinien.
Elle est, parmi les rotondes byzantines bâties en Orient, une des plus remarquables.
«La coupole octogonale est flanquée de quatre niches dont les axes sont à 45 degrés sur ceux de l’édifice. Les renflements ainsi produits font la transition entre l’octogone central et le carré de l’enceinte extérieure; des niches placées aux coins de celle-ci achèvent de compléter cette
disposition[25].»
La coupole, d’un type fort original, présente, au-dessus des huit pendentifs, seize arêtes saillantes, séparant les uns des autres des fuseaux concaves et formant des pénétrations dans lesquelles de petites fenêtres alternées éclairent et décorent la base de la coupole.
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FIG. 63.—ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.
(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)
Malgré la forme carrée de son mur d’enceinte, l’église des SS. Serge et Bacchus peut être considérée comme une rotonde parce que toutes ses parties sont groupées symétriquement autour d’une coupole à base octogonale.
Le problème d’appliquer cette rotonde aux besoins d’une église chrétienne a été habilement résolu; les niches n’existant que sur les côtés diagonaux de l’octogone intérieur, l’espace central se rapproche du carré et prend une plus grande surface, augmentée par les galeries entourant l’octogone central. C’est un compromis entre le rectangle des églises latines et la rotonde.
L’élévation des travées rappelle encore
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FIG. 64.—ÉGLISE DES SS. SERGE ET
BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.
(Plan.)
les dispositions romaines; les colonnes de l’ordre inférieur, formant comme le soubassement de l’ordonnance générale, sont relevées par un entablement; les arcades de l’étage supérieur forment les pans de l’octogone à l’angle desquels s’élève un pendentif, et elles sont subdivisées chacune par trois arcatures reposant sur des colonnes sans architrave.
L’église de Saint-Vital, à Ravenne, fut fondée en l’année 526 de notre ère, par saint Ecclesius, après un voyage qu’il fit à Constantinople avec le pape Jean Iᵉʳ. Elle paraît avoir été élevée suivant le plan de l’église octogone construite à Antioche par Constantin. Les travaux commencés furent continués d’après les ordres de Justinien, dont les armées venaient de reconquérir une partie de l’Italie, et sous la direction d’un personnage du nom de Julien—Julianus—qui exerçait les fonctions de trésorier— argentarius.
L’édifice achevé, orné de superbes mosaïques, aurait été consacré vers 547 par Maximianus, archevêque de Ravenne—546 à 556—en présence de l’empereur d’Orient Justinien et de l’impératrice Théodora.
La disposition générale de l’église, les détails de sa décoration intérieure donnent à cet édifice un caractère particulièrement intéressant, car nous trouvons pour la première fois un monument franchement byzantin, construit en Occident au commencement du VIᵉ siècle et portant les signes certains qui ont marqué les œuvres des architectes de cette époque.
Les analogies frappantes qui existent entre le plan de Saint-Vital et celui de l’église des SS. Serge et Bacchus, appelée par ses contemporains la petite Sainte-Sophie—et qui a précédé la grande,—ont fait supposer avec raison que le célèbre monument de Ravenne a été construit par des architectes de Constantinople.
Le plan de l’église de Saint-Vital est un octogone ayant 34 mètres de diamètre intérieur, cantonné à l’extérieur de plusieurs tours rondes et terminé à l’est par une grande abside.
L’église est orientée suivant la règle prescrite par le clergé dès le Vᵉ siècle. (Orientation des basiliques chrétiennes, Iᵉʳ partie, chap. V.)
La nef intérieure, de 15 mètres de diamètre, reproduit dans son plan la même forme que le périmètre extérieur; mais chaque pan est agrandi par un exèdre,
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FIG. 65.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.
(Plan.)
formé par deux colonnes disposées symétriquement sur un arc de cercle communiquant par les entre-colonnements avec la galerie intermédiaire.
Les bas côtés, enveloppant la nef intérieure, sont à deux étages recouverts par des voûtes d’arête; ils établissent la circulation depuis la tribune à l’ouest jusqu’à la travée de l’octogone contenant le sanctuaire à l’est, sur lequel s’ouvrent deux tribunes dans la galerie haute. Le chœur et le sanctuaire sont accessibles, dans la galerie basse et latéralement, par des entre-colonnements qui établissent une communication facile avec
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FIG. 66.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Coupe longitudinale du narthex
(ouest) à l’abside (est).)
les sacristies placées dans les tours vers l’abside.
Ces tribunes étaient, suivant l’usage, réservées aux femmes.
Le porche moderne, qui précède l’édifice, a changé les dispositions anciennes. Le narthex à deux étages, ou porche primitif, n’occupait sur la surface ouest qu’un des côtés de l’octogone; deux tours s’élevaient à chaque extrémité de cet avant-corps; elles contenaient
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FIG. 67.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.
(Détails d’une arcade de la galerie haute.)
des escaliers s’ouvrant dans le vestibule du temple et desservant les galeries hautes, éclairées par des fenêtres percées dans le mur extérieur.
L’extérieur de Saint-Vital n’offre plus grand intérêt parce qu’il a été dénaturé par de nombreuses réparations et par l’adjonction du porche moderne placé maladroitement en biais.
A l’intérieur, le principe des églises à coupole est développé avec une puissance de moyens, aussi originaux par la composition et les détails de l’architecture que par la somptuosité de sa décoration appliquée.
Chacune des faces de l’octogone central, soutenu par huit piliers robustes qui portent sur leurs reins la grande coupole, est percée d’une grande arcade. Ces arcades forment sur sept de leurs pans des niches qui viennent se fermer en quart de sphère derrière les grands arcs et qui sont ajourées par deux étages d’arcatures éclairant les galeries hautes et basses. Le huitième pan de l’octogone à l’est s’ouvre dans toute la hauteur de l’arcade afin de laisser voir l’abside et l’autel.
Au-dessus de ces grandes arcades s’élève la coupole hémisphérique, dont la base circulaire se lie à l’octogone par une série de petits pendentifs. —Cette disposition rappelle les moyens employés en 515 par les constructeurs du baptistère de Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie centrale
(fig. 39). A la base de la coupole, huit grandes baies géminées, à la manière byzantine, éclairent la partie haute de la nef centrale.
Les détails de la construction attestent la continuité de l’influence romaine; la coupole est construite en poteries noyées dans un mortier très solide, à l’exemple du temple de Minerva medica et du cirque de Maxence. A Saint-Vital, la base de la coupole est bâtie en poteries ayant la forme des amphores antiques, emboîtées les unes dans les autres et posées verticalement; la calotte est faite de même, mais avec des amphores plus petites reliées par du mortier; ces poteries forment une spirale continue, d’une grande légèreté et d’une solidité à toute épreuve.