L'Architecture romane
Chapitre III
Nous ferons remarquer à ce sujet que les tombes creusées dans le rocher, en admettant qu’elles soient du temps de la chapelle, existent en avant de l’édifice en bien plus grand nombre que partout ailleurs et que par conséquent la lampe intérieure ne pouvait éclairer le cimetière. Puis, nous insisterons sur l’identité du plan et de la coupe, que l’on peut constater entre le baptistère de Biella et la chapelle funéraire, présumée, de Sainte-Croix de Montmajour,
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FIG. 101.—CHAPELLE SAINTE-CROIX DE
MONTMAJOUR (PRÈS D’ARLES). (Vue perspective
extérieure.)
ce qui permettrait de dire, sinon d’affirmer, que ce dernier monument était, primitivement, un baptistère qui aurait été affecté plus tard à un autre usage.
Cette chapelle, ou ce baptistère, ressemble par son plan aux églises byzantines; la construction, très savante et très soignée ainsi que les profils, rappelle les monuments antiques si nombreux dans la région.
Il faut noter que cet ouvrage, ainsi que l’église du monastère de Montmajour, ont été bâtis dans les premières années du XIᵉ siècle et qu’à cette époque on peut déjà constater la construction de voûtes en forme d’arcs brisés (vulgairement appelés ogives).
CHAPITRE III
É G L I S E D E F O R M E B A S I L I C A L E . — É G L I S E D E
V I G N O RY. — É G L I S E D E S A I N T- G E N O U . — É G L I S E
D E C E R I S Y- L A - F O R Ê T ( F R A N C E ) .
Les premières églises romanes n’eurent qu’une durée éphémère, soit par les vices de leur construction, soit par la précipitation avec laquelle elles avaient été bâties, ou soit encore par l’inexpérience des constructeurs.
Après plus ou moins d’années de service, ces édifices s’écroulèrent ou durent être démolis. Quicherat nous apprend qu’on en sauva ce qu’on put: des pans de murs, une abside, quelques arcades de nef, les cryptes dont la construction s’était effectuée sans sortir des pratiques connues. Les tours étaient dans le même cas, n’ayant que des étages étroits, enfermés entre quatre murs; aussi sont-elles ce qui s’est le mieux conservé des ouvrages de l’an 1000. Il y en a peu, parmi celles qui adhèrent aux anciennes églises, dont la base ne remonte à cette antiquité.
L’étude des monuments démontre l’existence précaire de ces édifices primitifs. Ces faits sont très particulièrement prouvés par les chroniques des cathédrales et des monastères mentionnant, dans le courant du XIᵉ siècle, les mêmes faits d’écroulements partiels ou complets, aussi fréquents, après l’an 1000, que l’avaient été avant cette époque les relations d’incendies.
«Ce fâcheux résultat du travail de la première heure paraît avoir suggéré un compromis, auquel nous devons les monuments du XIᵉ siècle qui se sont
le mieux conservés [54].»
Telles sont les églises dont certaines parties seulement sont voûtées, tandis que le reste de l’édifice est couvert en bois.
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FIG. 102.—ÉGLISE DE
VIGNORY, HAUTE MARNE
(FRANCE). (Plan.)
Quelques-uns de ces édifices sont parvenus jusqu’à nous dans leurs dispositions primitives; telles sont les nefs de Jumièges, de Montiérender et l’église de Vignory.
La nef de cette dernière église, réminiscence des basiliques latines, est formée de deux rangées d’arcades en plein cintre, au-dessus desquelles s’élèvent d’autres arcades subdivisées, qui ne sont plus qu’un simulacre traditionnel. A Vignory, ces arcatures supérieures n’éclairent
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FIG. 103.—ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE-MARNE
(FRANCE). (Coupe transversale de la nef.)
pas une galerie haute, selon les dispositions des basiliques romaines, et ces arcades superposées s’ouvrent sur les bas côtés, qui n’ont plus qu’un étage.
La nef et ces bas côtés sont couverts par une charpente apparente dont la
coupe (fig. 103) indique les dispositions.
A l’extrémité orientale de la nef commence la partie
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FIG. 104.—ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE-MARNE (FRANCE). (Vue
perspective intérieure.)
voûtée; d’abord par un arc triomphal accompagné de deux autres plus petits, puis par des voûtes latérales en berceau, renforcées par des arcs-doubleaux, et enfin
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FIG. 105.—ÉGLISE DE SAINT-GENOU, INDRE (FRANCE). (Vue
perspective de la nef.)
par un berceau entourant le chœur semi-circulaire, voûté en quart de sphère, de même que les trois chapelles cantonnant le pourtour de l’abside. Il est bon de noter que le plan du chœur de l’église de Vignory est semblable à
celui de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem (fig. 119 et 120).
«Dès la fin du Xᵉ siècle, on voit quelquefois les bas côtés conduits tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquer avec lui par des arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent, dès cette époque, donner asile à quelques chapelles. Au XIᵉ siècle, l’allongement du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les grandes églises. Les bas côtés font le tour du sanctuaire... à l’église de Vignory et dans les grandes
églises de Saint-Savin, de Saint-Hilaire de Poitiers [55], etc.»
L’église de Saint-Genou (Indre) a conservé à l’intérieur l’aspect d’une basilique antique, dont elle rappelle en plan les dispositions caractéristiques
(fig. 105).
La nef de l’ancienne église du monastère de l’ordre de Saint-Benoît est formée de deux rangs de colonnes, dont les fûts sont composés d’assises régulières, reliées par des arcs étroits. Entre ces arcs et les fenêtres hautes, à plein cintre, éclairant le vaisseau, une rangée d’arcatures est composée de colonnettes trapues supportant de petits arcs très solidement appareillés.
Il y a évidemment, à Saint-Genou comme à Vignory, une réminiscence très marquée des dispositions adoptées par les architectes romains pour les galeries hautes des basiliques. A Saint-Genou, l’arcature aveugle n’est plus qu’un ornement traditionnel décorant la partie occupée par le comble en appentis du bas côté.
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FIG. 106. ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-
FORÊT, MANCHE (FRANCE). (Plan.)
La sculpture des grands et des petits chapiteaux supportant les arcs et les arcatures est curieuse, parce qu’elle montre, sous une traduction plastique très grossière, ou plutôt très naïve, les influences antiques et byzantines. Elles sont très nettement accusées par les détails de l’ornementation, rappelant à l’état rudimentaire les volutes ioniques, les feuilles d’acanthe corinthiennes, les ornements plats découpés des Arabes, en même temps que des têtes affrontées, expression d’un art plus ancien dont l’origine orientale n’est pas douteuse.
Un grand nombre d’églises construites vers la première moitié du XIᵉ siècle conservèrent longtemps, surtout dans les pays du nord de l’Europe, aussi bien en Allemagne qu’en France, les traditions basilicales, tout en adoptant les lois de la construction nouvelle; cependant ces premiers ouvrages témoignent encore de la grande timidité des constructeurs, principalement en ce qui touche au voûtement des grandes nefs. La voûte d’arête, celle en quart de sphère et même les petites coupoles leur étaient déjà familières et l’emploi fréquent; mais on voit qu’ils hésitèrent longtemps, en raison des accidents nombreux qui avaient marqué les premiers essais, et qu’ils cherchèrent longtemps la formule du système de construction qu’ils devaient si bien appliquer dès le siècle suivant.
Aussi les architectes du XIᵉ siècle adoptèrent-ils divers modes de construction pour les églises. Les unes avaient leurs nefs et leurs bas côtés
couverts en bois, comme à Vignory (fig. 103 et 104); les autres conservaient seulement une charpente apparente sur la nef centrale et couvraient les bas côtés par des voûtes d’arête et les absides et absidioles par des voûtes en berceau et en quart de sphère.
Au centre des édifices bâtis vers cette époque s’élevait généralement une
tour-lanterne[56], portée sur les arcs triomphaux de la nef, de l’abside et sur les arcs latéraux du transsept; si elle n’indique plus extérieurement, comme dans les premiers temps du christianisme, l’emplacement de l’autel majeur, elle éclaire largement le centre de l’église, en répandant la lumière sur le chœur et le sanctuaire.
Nous avons indiqué les origines des tours-lanternes; elles sont fort anciennes, car nous en voyons un des premiers exemples à Saint-Georges
d’Ezra, dans la Syrie centrale [57], construit à la date certaine de 516 de notre ère; puis à diverses églises byzantines, notamment à l’église de
Théotocos, bâtie à Constantinople au [58] IX ᵉ siècle, à l’église palatine d’Aix-
la-Chapelle et à celle de Germiny-des-Prés [59].
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FIG. 107.—ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-
LA-FORÊT, MANCHE (FRANCE). (Coupe
transversale de la nef.)
Afin de diminuer la propagation des incendies, la nef était généralement, dans le haut des combles, séparée du reste de l’édifice par un pignon s’élevant au-dessus de l’arc triomphal à l’entrée du transsept et formant une des faces de la tour centrale; c’est une imitation lointaine de l’architecture syrienne que nous avons vue dans la première partie. L’église de Roueiha,
dans la Syrie centrale (fig. 47 et 48), a été construite au VIᵉ siècle; elle présente cette ingénieuse disposition qui, non seulement sépare la nef du transsept et du chœur, mais divise, à l’aide des pignons élevés sur les arcs-doubleaux de la nef, le vaisseau en plusieurs compartiments, afin d’atténuer les effets de l’incendie des charpentes. (Voir Saint-Sernin de Toulouse.)
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt fut élevée vers 1020 par l’arrière-petit-fils de Rollon, Richard II, duc de Normandie. Elle rappelle les dispositions des basiliques antiques, et surtout celles de la Syrie centrale, par le plan des nefs et des transsepts, et celles des églises byzantines par le
prolongement de l’abside et des absidioles adjacentes[60]. Par sa coupe
transversale (fig. 107), elle ressemble aux églises syriennes, et
particulièrement à celles de Roueiha et de Tourmanin [61]. La seule différence consiste dans l’importance plus grande qui a été donnée au transsept par l’adjonction de travées débordant le vaisseau antérieur; chacune de ces travées est terminée par une absidiole voûtée en quart de sphère.
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt présente un exemple des édifices bâtis au commencement du XIᵉ siècle par des constructeurs hésitants.
Le chœur, l’abside et les absidioles adjacentes sont voûtés en berceau et en quart de sphère; les bas côtés, couverts par des voûtes d’arête, sont très savamment construits comme les autres ouvrages voûtés; mais la nef seule est couverte en charpente. Chaque travée est marquée par une colonne engagée montant d’un trait du sol à la corniche supérieure, pour recevoir une des maîtresses-fermes de la charpente apparente.